Effectivement clip et musique Stresssssant comme le bruit d'un cutter sur la carrosserie d'une voiture... Pas agréable à écouter ni à regarder, mais perturbant et donc pour ma part, digne d'intérêt. D'autant plus que cela vient prendre à revers l'image policée du groupe Justice (Dance, We are your friends...) et la stratégie de communication jusqu'alors tenue. mais bon même si c'est intéressant à observer ce n'est pas très important justice est un groupe d'aujourd'hui qui s'assume
entre punk et pop, grand publique et extrémisme, attraction/répulsion... Par contre les correspondances entre ce qui se passe dans, autour du clip et en dehors du clip et plus intéressant.
Société de fait divers: Aujourd'hui Lundi 05/05/08 un groupe d'une vingtaine de personnes cagoulées fait irruption dans un collège de Cergy Pontoise et arrose élèves et adultes de gaz lacrymogène. (Non ils n'avaient de teddy en cuir noir avec croix dans le dos)
Est ce que c'est ça LA Réalité?
C'est une réalité mais ça n'est pas LA Réalité! Au même moment dans les autres collèges de France des milliers d'élèves sont en cour, des centaines d'autres sèche les cours, d'autres font un foot dans la cour... LA Réalité est multiple. C'est pas parce que ça se passe dans un endroit que ça se passe partout! Idem ici un clip est un clip! c'est une fiction, les gens qui sont dans ce film jouent un rôle (même si ce ne sont peut être pas des comédiens professionnels)! Sans se voiler la face (la violence existe et la jeunesse a toujours fait peur qu'elle soit en jogging capuche matraque rétractable aujourd'hui ou blouson noir gomina chaine de vélo dans les années 50/60), il faut aussi savoir prendre de la distance par rapport aux images. La question de l'image, des médias, de leur omniprésence dans la société d'aujourd'hui, de leur rôle prépondérant dans la construction de la société d'aujourd'hui, dans la construction des relations sociales... est l'angle d'approche le plus intéressant de ce clip (la question de la couleur de peau des jeunes comédiens est un leurre et ceux qui s'y arrêtent se trompent, c'est l'arbre qui cache la forêt) d'ailleurs le final avec le retournement de situation contre le cameraman pose bien la question:"ça te fait kiffer de filmer ça fils de pute?!"
On peut penser qu'en choisissant ce final que le réalisateur veut se dédouaner de toute complicité en se transformant en victime.
On peut aussi y voir une façon de dire que le preneur/fabricant d'image provoque la situation qu'il filme et que c'est un jeu dangereux qui peut se retourner contre lui
On peut y lire la réaction d'individus (les jeunes protagonistes du clip) bien plus lucides que certains ne veulent le croire! Qui jouent le rôle qui leur est demandé (le reporter leur demanderai au début du clip: "alors c'est quoi des jeunes de banlieux qui ont la rage?") ils poussent le jeux à son extrême dans un monde incohérent aux repères flous et comme à aucun moment le preneur/fabricant d'image ne pose de limite, ne prend parti (sans doute parce qu'il se croit à l'abri derrière sa caméra fantasmant une position neutre) ils décident eux même de mettre un terme (tragique) à cette mascarade (tout aussi tragique) et lui claque la gueule pour le ramener à la réalité! Parce qu'ils ont intégré que ce qu'ils font n'est pas "bien" et sont en mesure de juger que "Kiffer de filmer ça" c'est "pas bien" non plus, et quelque part ils nous claquent la gueule aussi à nous spectateur. Ce que rend très bien l'effet de fin de clip où la façon de filmer donne l'impression que c'est nous spectateur qui somme derrière la caméra à faire des images.
Aucun média n'est neutre! aucun réalisateur, photo-reporter n'est neutre, aucun spectateur n'est neutre!
Il n'y a pas de témoins, il n'y a que des complices!