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Svinkels 2008 (1ère partie)
90bpm : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, vous pouvez rapidement vous présenter ? (Ndlr : Alors que Xanax vient de "disparaître" du bar où l'on vient de se poser depuis peu...)
Baste : Est-ce qu’il y a des gens qui ne connaissent pas le groupe encore ? Hélas…Bon, ok : donc Les Svinkels, 10 ans de carrière officielle, Gérard Baste, MC-entertainer, Nikus Pokus, compositeur, chanteur, et Xavier, euh…disparisseur...
90bpm : Disparisseur officiel…
Nikus : qui disparaît, et réapparaît en …Xanax…
Baste (chantonne) : « J’ai dû disparaître,… pour réapparaître…. »
90bpm : Alors ce match, déçu ? (Ndlr : l’interview se déroule le lendemain du premier match de la France en coupe d’Europe, contre la Roumanie, match nul 0 à 0).
Baste : Moi, personnellement je m’en fous…
90bpm : Et toi Nikus ?
Nikus : Nan, j’me fous pas, mais je crains qu’ils ne se rattrapent pas…Ils ne démarrent jamais bien les compétitions…
Baste : Déjà y’a deux ans, c’était la blague aussi…
90bpm : un pronostique quand même ?
Nikus : Bah là t’as envie de dire Hollande ou Allemagne, mais les premières équipes qui jouent les bleus, je les donne favorites…
90bpm : Vous jouez au foot, un peu ?
Nikus et Baste : …. [Regards dubitatifs]…
Nikus : Non, c’est trop dur le foot…
Baste : remarque un concert de Svinkels c’est sportif aussi…
Nikus : Est-ce qu’il faut jouer au foot pour aimer le foot, est-ce que tous les gens qui vont regarder le foot et qui vont discuter de ça au bistrot jouent au foot, je ne pense pas….
Baste : Non parce qu’aujourd’hui t’as un drôle de truc, quand t’écris des bouquins t’es pas crédible si t’es pas un ancien flic, si t’as pas été procureur, tu vois, c’est l’heure où…T’as plus beaucoup de place pour la fiction finalement.
90bpm : C’est lié à la spécialisation actuelle, sur l’ensemble des domaines…
Baste : Ca pose une question sur le rap : est-ce qu’il faut être du ghetto pour faire du peura ?
90bpm : Ouais, ça fait longtemps qu’elle se pose cette question. Ok. Ce nouvel album, Dirty Centre, est bien influencé par la vibe west-coast, californienne, P-funk et G-funk. Pourquoi avoir appelé cet album Dirty Centre au final ? Quel est le lien au Dirt South et au crunk ?
Nikus : Bah c’est un clin d’œil…En fait il y a trois choses qui font qu’on a appelé cet album Dirty Centre : Avant on nous disait : vous venez d’où de Paris ? De quelle banlieue ? Et nous on disait : on est de Paris, Banlieue Centre ! Voila quoi….
Baste : Tu sais nous on a un délire, et avec le Redman Let’s Get Dirty, c’est depuis toujours le truc « Dirty »… Après je pense pas qu’il soit plus particulièrement west-coast ou G-Funk, je pense juste qu’on a voulu faire un album bien bien ricain….Si tu veux c’est pas spécialement south ou west, c’est plus à l’américaine, avec des synthés et tout…C’est funky en fait, c’est ce qui caractérise la west coast aussi, et nous c’est ce qu’on désirait faire, un truc groovy plus qu’un truc programmé…
Nikus : Qui soit phat et bien composé, ouais, c’est ce qu’on a essayé de faire…
90bpm : Justement par rapport au funk, j’ai cru comprendre qu’au départ vous avez pas mal joué avec des groupes de funk
Nikus : A Paris, les premières fois qu’on a joué, c’était avec les groupes parisiens, en première partie de Juan Rozoff, Backchich,
Baste : Frogmouth…les Fanfares funk, y’avait une grosse scène fonk, toujours un petit peu d'ailleurs, y’avait beaucoup de brass band…
90bpm : Tu parles de quelles années, là ?
Baste : C’était en 1996-1997, c’était une époque où tu avais aussi des groupes comme F.F.F…Y’avait vraiment une scène… Elle existe toujours, même une scène soul etc…Tu sais le disque de référence de quand on était petits, c’est Thriller. Ca veut dire quand même que c’est ce truc là qui a fait qu’à un moment…Nous quand on était gamin, on avait la radio NRJ qui passait Imagination… Ca te met déjà dans un groove tu vois…Après tu découvre d’autres trucs, le rap ça nous a aussi ouvert à toutes les autres musiques… C’est vrai qu’on écoutait du rap assez tôt, 87, un truc comme ça, à cette époque j’avais quoi, 15-16 ans, je commençais à découvrir la musique en général, de toute façon on est marqués autant par les années 1980 parce que c’est notre enfance, autant par les années 1970 parce que c’est ce qu’on a découvert quand on était ados, et pour nous ça va autant de George Clinton à Jimmy Hendrix, de Sly Stone aux Doors…
90bpm : Et vous pensez quoi tous les deux des alternatives bien actuelles électro-funk qui sévissent un peu partout dans le monde ? Type Chromeo….
Nikus : Chroméo ça a cinq ans…
90bpm : Ouais, mais je parle plus de l’ampleur actuelle de l’ensemble, des tournées stylées Cameo, d’un Cali Tour il y a quelques semaines pour Fancy Footwork… Chromeo c’est un exemple…
Nikus : C’est bizarre que tu nous parle de ça, nous on a pas voulu faire forcément un album qui sonne west coast…
Baste : Attends, oui et non, parce qu’au départ on disait qu’on voulait faire un album qui sonne entre Snoop et Queen….Donc, ouais, on va pas mentir, au départ quand on a commencé à bosser avec notre arrangeur, on lui a dit « Vas y sors les synthés ! », tu vois on veux du moog partout…Donc c’est pas entièrement faux, après c’est un ensemble de trucs, c’est toute cette musique américaine…Tu vois Jay-Z et Snoop Dogg c’est deux aspects différents mais d’une même musique, le rythm’n’blues américain si tu veux, qui peut vraiment être hyper funky chez Snoop et beaucoup plus soul chez Jay-Z. C’est un aspect qui nous plaisait vachement quoi qu’il en soit, d être dans la mouvance des groupes un peu comme Outkast, qui mélangent bien les influences et qui font un truc original…Tout ça c’est des groupes qui nous ont marqué, qu’on aime beaucoup, et on avait jamais mis en avant ce côté-là dans Svinkels. Parce qu’au départ on faisait des trucs assez jazzy, assez funky, et on l’a mis de côté c’est vrai, parce que quand on a commencé à faire des concerts on a concentré pas mal de morceaux sur l’énergie un peu rock, le côté un peu rentre dedans et tout – qu’on a toujours, on bosse vachement comme ça - mais là on avait envie d’ouvrir à la musicalité, au groove, d’autant plus que Xanax adore chanter, de plus en plus on aime les vraies mélodies, Nico dans ses compos il a des mélodies qu’il n’avait pas avant, moi j’adore chanter aussi, trouver des gimmicks…
Nikus : C’est la façon de composer qui a changé, y’a plus de samples, on prend plus de samples, moi je prends plus de samples et les autres qui ont composé pour cet album ne prennent plus de samples. Tout le monde compose avec des expandeurs et des synthés ou des plugs.
90bpm : C’est ce que j’allais te poser comme question, qui a fait quoi sur cet album ?
Nikus : Y’a Drixxé qui a fait deux prods qui ont été retouchées par l’arrangeur, qui sont où est passé Xavier et Faites du Bruit…On a une autre prod, La Youte, des DSL et Bogue.
90bpm : Bogue ?
Nikus : C’est le guitariste qui avait fait le punk avec nous, qui est aussi guitariste des DSL, c’est un mec qui a bossé avec pas mal de gens, avec Medhi…
Baste : Il avait fait beaucoup de guitare pour nous à l’époque. Et donc y’ a l’arrangeur PGD qui a bossé avec nous, qui là, pour l’occasion, on a rebaptisé docteur Crunkenstein, qui lui aussi a fait deux instrus et qui a surtout tout réarrangé…
90bpm : C’est Ludovic Bource c’est ça ?
Baste : Oui, c’est ça.
90bpm : Et quels sont les morceaux qu’il a produits ?
Baste : Sur l’album, ou dans notre discographie ? Parce qu’en fait il avait déjà fait Dizy (qu'il est fini), Happy Hour, Le Svink c’est chic, Cereal Killer, il est sur les hits quoi…
Nikus : Généralement il produit les titres un peu lourds…
90bpm : Il a fait un boulé d’ingé-son, de réarangeur ?
Nikus : Oui de l’arrangement, carrément,…
Baste : Il a plein de synthés qu’il a sortis avec des sons d’orchestre, des cuivres, des violons…
90bpm : Oui, j’ai listé quelques morceaux sur lesquels on sent vraiment cet effet de composition travaillée, changeante…Voilà : La Youte, Dirty Centre, Tour Eiffel, Faites du Bruit, Tout Nu Yo…Et toi Nikus, tu produis aussi ?
Baste : Il a fait les deux tiers en fait
Nikus : J’ai fait les deux tiers des instrus, mais la plupart ont été retouchés par Ludovic, Dr Crunkeinstein, sauf les trois interludes, là c’est moi entièrement…Tu verras les crédits de toute façon plus précisément quand tu auras le digipack…
90bpm : « Bienvenue au club de l’apocalypse, bienvenue parmi les nains, les tyroliennes et les culturistes, et les transformistes…On est comme les gremlins, ne leur donnes jamais à boire, rien à branler des karchers, sortez les canons à bières ». Le Club de l’apocalypse, le premier morceau de cet album, remet bien les pendules à l’heure. En gros vous êtes de retour. Il s’est passé quoi pour chacun et pour le groupe entre Dirty Centre et Bons pour l’Asile ?
Baste : Bah la vie de Svinkels, et tu la connais aussi…Tu vois quoi qu’il en soit, avec nous y’a toujours beaucoup de tournées…Souvent on nous demande « qu’est-ce que vous avez fait en cinq ans depuis le dernier album ? », en cinq ans y’a eu pas mal de choses : la compil de Pone, y’a eu le projet Qhuit Gran Bang avec TTC, Triptik etc…on s’est investi beaucoup aussi… t’enlève deux ans déjà.
Nikus : Ca fait six mois entier le projet Grand Bang, la tournée ça te prend au moins deux ans…C’est par périodes, tu tournes en automne…(Il s’arrête). Quand tu tournes, tu peux pas bosser à côté, t’arrives pas…
90bpm : Vous ne bossez pas du tout sur la route, dans le Tour Bus… ?
Nikus : Non, franchement faut vraiment qu’il y ait une coupure d’un week-end…Il faut vraiment que tu aies dix bonnes journées devant toi pour te remettre à bosser un peu. Moi je sais que pour la compo…Tu vois là je sais que je n’ai pas touché aux machines depuis trois mois parce qu’avec la tournée plus l’emploi du temps…
90bpm : La promo…
Nikus : C’est pas négligeable, parce que lorsqu’on a du se remettre à bosser, lorsque on s’est dit, « bon là on va bosser sur un nouvel album », j’avais pas la masse de trucs intéressants sur lesquels poser…
90bpm : C’était y’a combien de temps ça ?
Baste : Ca a mis trois ans…Mais on faisait plein de trucs à côté, moi j’avais l’émission de télé à côté, y’a eu la sortie de l’album et la tournée du Klub des 7, Xanax il a fait des featuring à droite à gauche, dont DJ Medhi, des trucs pour Sébastien Tellier…Y a toujours des trucs qui font que les choses prennent du temps…Et finalement quand on a eu fini la première version de l’album…
Nikus : Y’a presque deux ans maintenant
Baste : On avait fini et on s’est dit, ouais, c’est bien, mais il faut quelque chose d’autre. Et c’est là qu’on est allés voir l’arrangeur, et là on a repris les choses à zero et ça a repris encore six mois, six-huit mois de taf…
Nikus : Six mois, plus finitions, dix mois…
90bpm : Vous aviez la volonté de faire évolué le son donc… ?
Baste : Quand on fait des albums, on a envie que ce soit des beaux albums si tu veux. Après y’ a différentes façons de faire de la zikmu et du rap en particulier : le rap c’est une musique assez spontanée, qui peut aller super vite, tu peux faire des trucs…même Qhuit on l’avait fait en très peu de temps, y’a des gens qui sortent des tapes, des cds, des machins…
Nikus : Tu peux faire un couplet en deux heures, tu peux faire un 16 et le poser en deux heures et le poser mais après…
Baste : Quand c’est un album Svinkels on a envie qu’il y ait un vrai truc qui se passe….
90bpm : Et les gens vous attendent un peu au tournant aussi, sur les lyrics également…
Baste : Ouais, mais même sur tout artistiquement, il faut que le truc soit cohérent de bout en bout si tu veux…Quand on fait des albums, on veux que ce soit une pierre à notre édifice. A chaque fois qu’on a fait des projets, on a évolué d’une certaine façon, et personnellement on trouve que c’est de la bonne façon, donc là on voulait, et devait de se dire « Là c’est bon, ça tue, on peut le sortir… ».
90bpm : L’album en tout cas est bien homogène…
Nikus : L’expérience fait qu’à partir d’un moment, tu as envie d’aller plus loin. Et si tu vois qu’il y a un blocage, tu t’interroges etc. On est donc allé faire appel à Dr Crunkenstein. Et ça change pas mal de choses, tu sais, d’avoir quelqu’un qui a du recul, qui veut t’amener plus loin, ça amène le projet final a quelque chose de mieux. C’est ce qui est arrivé à plein de groupes dans l’histoire de la musique.
Baste (Il le coupe) : Mais malgré tout il y avait une optique dès le départ, ce qu’il n’y avait pas forcément avant, où on se disait, bon on va faire tant de morceaux, tant de thèmes etc… Là il y avait l’idée, une direction, se dire que ça sonne cainri, avant même la partie arrangements il y avait l’idée d’aller vers des choses plus simples plus efficaces, plus abordables… A un moment ca nous fait chier aussi de faire de la musique bavarde, que les gens apprécient beaucoup pour ses jeux de mots etc.…mais que tu ne peux pas jouer en soirées…
90bpm : Ca c’est lié à la scène ? A force d’avoir tourné, d’analyser ses morceaux en fonction du show ?
Baste : C’est lié à l’expérience, nous de toute façon on va à fond vers ce qui est bien pour la scène. Et ça depuis bon pour l’asile, parce qu’on y pensait déjà. Tu sais, il y a toujours ce côté « Ah Svinkels, c’est mortel, c’est le jeux de mots », on avait envie de dire non, c’est aussi de la musique, on a du groove et on a envie de la faire savoir.
90bpm : D’accord. Pour continuer sur le groove, depuis peu vous êtes accompagnés sur scène par le Dirty Centre Orkestra. Comment s’est passé l’enregistrement de ce nouvel album ? Vous avez enregistré quelques parties instrumentales avec le groupe? Est-ce que le groupe prolongera sur la suite, ou, vu son nom, c’est juste une formation lancée pour ce disque ?
Nikus : Non, les musiciens n’ont pas participé à l’album, y’a des trucs joués, mais pas par eux…
90bpm : Et comment vous avez connu les gars ?
Nikus : Le bassiste on le connaît depuis longtemps, il vient de Sergent Garcia, avant il jouait dans le groupe Sept (7)… Un groupe de fusion, ou justement Ludovic était clavier… Donc c’est des gens qu’on connaît bien. Le batteur, on a appelé Cyril Attef, le Batteur de M…
90bpm : Bumcello…
Nikus : Ouais, et on lui a demandé quelques numéros de téléphone de batteurs, donc il nous a conseillé des noms…Donc le batteur Thomas, qui est aussi batteur dans le groupe de dub Lab° et dans d’autres groupes aussi, un groupe de punk et un groupe de hard-core…
Baste (En se marrant) : Il a quand même un groupe de punk qui s’appelle Urine, quand même…enfin bon.
Nikus : Le clavier il vient de Freedom For King Kong, le groupe de fusion de Lorient, un groupe qu’on a croisé souvent en tournées, donc Tonz, on le connaît depuis 9-10 ans…
90bpm : Ils ont splitté Freedom For King Kong ?
Nikus : Ouais, c’est fini, ils ont arrêté.
Baste : Splitter, c’est un mot un peu négatif…A un moment t’as envie d’arrêter. Y’a des moments tu vas au bout du truc, et quand t’as fait le tour de la question, bah tu arrêtes…splitter ça a ce côté ça explose…L’idée c’est que nous depuis qu’on a 16-17 ans, on traîne avec des musiciens, donc quand on s’est mis à chercher des mecs, on a cherché surtout des gens avec qui on s’entendrait bien, des gens qu’on connaissait… finalement sur le batteur on a un peu galéré, c’est pour ça qu’on a demandé conseil, mais finalement sur les autres on s’est démerdé avec les gens qu’on connaissait. Par exemple avec Ardag, le guitariste, c’est pas forcément un guitariste de ouf au départ, c’est plus un pote qui avait vachement envie de taffer avec Svinkels, qui a fait sa place dans la musique, qui a bossé sur plein de projets différents à Paris et ailleurs….Voilà l’idée, bosser avec des gens avec lesquels ce serait le plus cohérent possible…
90bpm : Et la meilleure ambiance possible j’imagine, un minimum… Et combien de dates avec eux pour l’instant ?
Nikus : une quinzaine, je crois…
90bpm : Donc c’est rodé, ok. Les Etats-Unis, on en a parlé tout à l’heure…
Baste (En se marrant) :On en parle jamais assez…
90bpm : Ca évoque quoi pour vous ? Vous y êtes allé ?
Nikus : Nan.
Baste : Ouais, mais tu sais c’est pas une Mecque pour nous. L’idée c’était qu’on est des fans de cette culture, depuis tout petits. Ca fait plus de vingt ans qu’on écoute du rap. Chez nous c’est arrivé en 85, tu vois. L’idée, c’est donc de rendre hommage à cette culture qu’on kiffe, rendre hommage à cette musique, mais à notre façon. Et avec Svinkels y’ a toujours ce côté où on kiffe le rap cainri, en étant bien français, limite franchouillards, tu vois. Genre on sait d’où on vient etc…On avait envie de jouer la dessus, sur la double culture, le choc des trucs…
90bpm : La boule de pétanque…
Baste : Moi je fais souvent cette comparaison avec un mec que j’adore en France, qui s’appelle Eddy Mitchell, qui à fait « Où sont mes racines, Nashville ou Belleville », plein de trucs comme ça, qui a repris la musique américaine, avec des thèmes super français, genre les VRP « Il ne rentre pas ce soir… ». J’avais donc un peu envie de ça, de ce choc là, de se dire « qu’est-ce que c’est aujourd’hui d’être un rappeur français, qu’est ce que c’est aujourd’hui d’être des gars comme Svinkels etc ? » J’avais envie de voir ça…
90bpm : Ok. Et que-ce que vous pensez aujourd’hui de la monopolisation du rap US par le sud des Etats-Unis ?
Nikus : Ca tourne ! Après ce sera le nord !
Baste : Bah Le nord on l’a jamais vu
Nikus : Attends, ouais, est, ouest, sud.. ouais, le nord on l’a pas vu..
Baste : Ouais, franchement, ok, c’est vrai qu’aujourd’hui y’a une grosse vague du sud…Ok, je veux bien, mais…
Nikus : Mais de toutes façons les trucs sont différents, quand tu prends Outkast, c’est pas du tout pareil que les crunk de Lil Wayne ou Khaled…
Baste : Tu sais 50 il continue à faire des tubes, Puffy aussi, Jay-Z son American Gangster il a marché, Snoop il continue à balancer… C’est juste qu’il y a eu une nouvelle vague depuis quelque années du sud, ce qui n’empêche pas qu’il y a eu la west coast à un moment, un retour de l’est quand t’as eu 50…Tout ça c’est la même musique, c’est un bloc, les mêmes gars qui ont la même zikmu… Parce que comme il disait, c’est pas la même chose, Texas, Atlanta, Miami…
90bpm : Non, mais je réfléchis plus en terme de mass-média, de diffusion radio… etc. Aujourd’hui les mecs… Nikus (Il me coupe) : Même Cee-Lo, il vient d’Atlanta, il a fait un truc avec MF Doom qui vient de New-York…
Baste : Et Lil Wayne a même déménagé à Miami, héhé. Non plus sérieusement, tu sais, au final, les Etats-Unis, c’est la même chose que la France, c’est juste plus gros. C’est comme si tu disais « en ce moment c’est Toulouse, c’est plus Marseille ». C’est juste que tu as des courants, et les mecs les suivent un peu. Quand tu découvres une tendance, un truc frais, tu as envie d’y aller, d’aller dans ce sens. Et c’est pareil pour nous, quand tu découvres des trucs qui te plaisent, t’es un rappeur, c’est normal t’as envie d’aller dans des directions innovantes…Ce qui n’empêche pas qu’en même temps ça a été l’explosion de Kanye West, c’est lui qui a vendu le plus de disques et ça n’a aucun rapport avec du Dirty South, c’est que des boucles, des trucs soul…Tu vois ? Et c’est lui qui a vendu le plus au final avec 50. Lil Wayne il vend pas de squeuds…Enfin il vend pas de squeuds, il fait des featurings de ouf, qui rapportent trop d’oseil, mais c’est pas un gars qui a fait l’album de l’année…
90bpm : Justement par rapport à Lil Wayne : une bonne phase de la track Dirty Centre sur des gentes qui m’a fait bien rire, comme plein d’autres, et m’a fait penser au clip de Lollipop de Wayne. Vous l’avez vu, ce clip dans une caisse-club de 30 mètres de long ? Tout ca pour rebondir sur ma question : Pour vous est-ce qu’il y a un hip-hop sérieux et un hip-hop pour se marrer, ou il est possible de faire les deux ? Ou même : est-ce qu’il y a de la musique qui vous fait marrer à part la vôtre ?
Baste : Ouais ! Avec le GMC géant…héhé. Moi je pense qu’avant toutes choses, Dans le rap américain, y’a pas de frontières entre le premier et le second degré. Quand les mecs se la racontent à outrance, c’est autant pour se la flamber que pour faire rigoler leurs potes. Tiens regarde son clip : j’suis sur le Humer géant et téma la tocante. Et en plus tu fais un solo de guitare !
90bpm : Ouais, là c’est grillé…
Baste : Ca les fait rigoler. Snoop tu sais très bien qu’il est là en train de parler des gangs et de ses putes et que quand il rentre à la maison il se fait son show de téléréalité avec sa femme et ses trois gosses…
Nikus : Etre outrancier et grandiloquent, c’est drôle aussi, c’est une forme d’humour
Baste : Nous ça nous parle tout ça, c’est comme si tu demandes à un moment si Queen c’est sérieux ou pas sérieux… Y’a un moment Freddy Mercury bien sûr qu’il rigole avec sa moustache, et qu’il se déguise, se travestit…
90bpm : Héhé, il est sérieux Freddy Mercury, attention…
Baste : Ouais…Regardes, Snoop son idole c’est Rick James. Rick James c’est quand même un mec qui met des bas-résilles tu vois…
90bpm : Ouais, mais attention, Rick James il était quand même cocké en permanence…Ca joue…
Nikus : 10 000 dollars de coke par semaine… !! Héhé…
90bpm : Tu déconnes mais c’était ça
Nikus : Héhé, nan mais je déconne pas…Il était dealer,il devait vraiment faire n’importe quoi…
Baste : Et nous c’est aussi ce qui nous fait marrer chez tous ces rappeurs américains, c’est ce décalage entre leur cinéma et toute la réalité qu’il y a derrière…Tu vois ça me fais autant marrer de voir un clip de Lil Wayne que de voir un espèce de mec déguisé avec des faux diamants aux oreilles au forum des Halles. Voilà le truc avec les gentes : à la fois dire on a une fascination pour ça, on adore ce genre de musique, on a envie d’en faire, et en même temps, on est pas dupes du cinéma qu’il y a derrière. On sera jamais des gros américains, on peut essayer de faire de la musique qui ressemble, pour l’instant on raconte notre vie, on a pas le permis, et si en plus on l’avait, ça m’étonnerait qu’on puisse mettre des 23 pouces sur une Twingo. C’est la France.
FIN DE LA PREMIERE PARTIE DE L'INTERVIEW Propos recueillis et transcrits par Lux pour 90bpm [07.07.08] http://www.90bpm.com/ |