| Imprimer |
Pete Philly & Perquisite90bpm : Avant de commencer, introduction classique: vous pouvez vous présenter, en quelques mots, pour ceux ou celles qui ne vous connaissent pas, ce que vous faites, d’où vous venez…?
Pete Philly: Pete Philly et Perquisite, on est basé à Amsterdam, on fait de la musique et on a l’habitude de laisser les gens nous étiqueter comme bon leur semble. Musicalement, on a tous les deux des backgrounds bien différents et des visions bien différentes…
90bpm : Ok, cool. Vous savez que pour nous français ce n’est pas forcément courant de voir émerger des artistes hollandais, touche-à-tout et tournant autour de la sphère hip-hop…Vous pouvez nous présenter l’histoire du mouvement hip-hop aux Pays-Bas? Comment vous qualifieriez la scène hip-hop chez vous ?
Perq : C’est assez vieux en fait, genre le début des années 1980, quelque chose comme ça…
90bpm : Ah oui ? Aussi vieux, comme en France ?
Pete Philly dit un truc en néerlandais à Perq. Il a l’air de le contredire…
Perq : mm, en fait cela date, mais les choses chez nous ont commencé très doucement et tout petit…
90bpm : Comment le hip-hop a été introduit depuis les Etats-Unis ? C’est l’aspect musical qui a primé ?
Pete Philly: En fait, en voyant ce qui s’est passé aux Pays-Bas, je pense que chez nous se sont développés pas mal de sous-genres, avec le hip-hop comme base…Des groupes comme Urban Dance Squad,ou Postman sont des groupes qui sont venus en Hollande et nous ont pas mal influencés et en retour ont influencé des gens comme Limp Bizkit ou Rage Against The Machine…Tout ce mélange entre hip-hop et reggae, vraiment influent aussi en Angleterre à l’époque.
90bpm : Les mélanges des genres, une base rock donc…
Pete Philly : Ouais, toujours un peu rock, je pense que les hollandais sont assez connus pour ça, ce mélange des genres…
Perq : Il faut aussi voir un truc : au début des années 1990, les gens ont commencé à rapper en anglais. Puis au milieu de la décennie les groupes hollandais se sont mis à rapper de plus en plus en néerlandais, et aujourd’hui la scène néerlandaise est plus importante que la scène anglaise…On est aujourd’hui l’un des deux plus importants groupes de hip-hop en Hollande à l’heure actuelle, mais on va dire qu’on fait exception, en tant que groupe chantant en anglais…c’est assez historique comme changement, et particulier au Pays-Bas…
90bpm : c’est lié au fait qu’aux Pays-Bas vous avez cette particularité linguistique, je veux dire, le fait que l’anglais soit appris tôt par les jeunes, que beaucoup de gens parlent anglais en plus du néerlandais… ?
Pete Philly : Oui, mais tu sais c’est aussi vrai pour l’allemand et le français. Les néerlandais parlent très bien de même le français et l’allemand…Cela vient aussi du fait, en plus de l’apport de l’école, qu’on soit un petit pays, on se doit de parler les langues des pays importants…
90bpm : Ok. On va parler un peu de ce nouvel LP, Mystery Repeats, si vous voulez bien. Cette sortie est en fait un rerelease pour la France en février, l’album est déjà sorti chez vous et est arrivé en bacs chez les belges en janvier…Pensez-vous qu’il est temps à présent pour votre musique d’exploser, d’être diffusée en dehors des Pays-Bas, après l’accueil chaleureux reçu par le disque en 2007 (ndlr : Mystery Repeats s’est placé en deuxième position des ventes de disques aux Pays-Bas dès sa sortie, battant les scores des derniers 50 Cent et Kayne West sortis la même semaine) ?
Perq : Ce n’est pas un rerelease en fait, c’est important de le dire, parce que le disque pour le moment n’est sorti qu’en Hollande…
90bpm : Ce sont les mêmes tracks ?
Perq : Oui, c’est le même album, mais qui connaît une distribution à l’étranger. Pour le premier album, Mindstate, on avait sorti le LP dans tous les pays en même temps. Cette fois on procède différemment : Hollande, Belgique et le reste de l’Europe. On va aussi sortir l’album au Japon…On fait les choses pas à pas !
Pete Philly : Ouais, parce que si tu dis rerelease, on va croire que c’est un truc qu’on a fait pendant les années 1960, alors que ça a cinq mois ! (Rires). Tu comprends, on est indépendants, on préfère faire les choses, disons…de façon plus organisée…On aimerait que ça sorte en même temps en France et en Allemagne, mais le fait est qu’on bosse beaucoup par rapport au live, on se doit d’assurer des tournées derrière pour bien promouvoir le truc. Et c’est clair que les concerts qu’on a fait à Paris ou à Clermont-Ferrand nous on bien motivés, le public était super chaud !!
90bpm : Cool d’apprendre que les français réagissent bien…Passons. Dans la pochette qui accompagne ce nouveau disque, on peut voir une photo d’une cité à Leiden, Hollande, photo dont je cite la légende qui l’accompagne: « Pete Philly a vécu quelques années dans ce quartier de Leiden. Ces années ont été si ennuyeuses, qu’il passait le plus clair de son temps à freestyler ». Qu’est-ce qui était si chiant à Leiden ?
Pete Philly : En fait la vérité a été un peu déformée…Ils ont pris une photo du quartier dans lequel je vivais juste quand je suis arrivé en Hollande (ndlr : Pete Philly est arrivé des Caraïbes en Hollande lorsqu’il avait 6 ans), où je vivais donc, en périphérie de la ville. Ensuite quand j’ai eu quelque chose comme 18 ans, je suis arrivé dans le centre de Leiden, et c’est là où je me suis vraiment emmerdé…(rires). J’y ai vécu deux ans, je devais aller étudier et je ne savais pas trop si c’était ce que je voulais faire, j’étais un peu perdu…Et c’était chiant d’être là, dans cet endroit où tu n’as pas trop autre chose à faire qu’aller bosser…
90bpm : Et il n’y avait pas des bars, des clubs, cafés où des endroits où chanter, bouger etc… ?
Pete Philly : Le truc c’est que je n’ai jamais considéré que je pouvais faire vraiment quelque chose de pro ou d’intéressant…J’ai toujours cru que j’avais un certain talent, mais tu vois, la Hollande, c’est un endroit qui…(Il s’arrête, cherchant ses mots)
90bpm : Ce n’est pas les Etats-Unis.
Pete Philly : C’est n’est pas les Etats-Unis ! Exactement, c’est ça…Et je n’avais pas vraiment d’amis dans le même délire, tout le monde autour de moi me disait « tu sais, ça ne sert pas à grand-chose d’essayer, arrête tes délires »… Et puis j’ai donc commencer à freestyler pour ce mec qui avait un groupe, il a commencé à me présenter à des gens, à des personnalités de l’industrie musicale et après, tout est allé très vite, j’ai commencé à faire partie de différents groupes, à enregistrer un maximum de tracks…Mais avant ça j’étais comme la majorité des gamins qui font des trucs dans leur chambre, qui passent leurs journées à rapper, juste comme ça. Personne ne savait ce que je faisais…Et maintenant je me vois à la télé, j’me dis « Ouah, c’est fou comme ça va vite ! » (rires).
90bpm : Et donc à un moment vous vous êtes rencontrés. C’était sur le projet North West Metropolis ?
Pete Philly : Ouais, c’est le premier truc sur lequel on a bossé ensemble.
Perq : En fait, on était à peu près tous étudiants en architecture, et au même moment j’ai décidé de monter mon label, Unexpected Records. J’ai sorti deux EP en solo sur ce label (ndlr : deux EP presque nu-jazz : le premier avec le saxophoniste Benjamin Herman « Outta Nowhere EP » (2001) et le deuxième avec le clarinettiste David Kweksilber « Double Vision EP » (2002)) et au même moment Pete bossait dans un groupe appelé Nicotine. On ne se connaissait ni l’un ni l’autre. Et un pote à moi, qui travaillait à mes côtés et qui était aussi un pote de Pete, m’a dit un jour « Tu sais je connais ce MC qui déchire, tu devrais me donner un cd de ton deuxième EP etc.. ». Et trois jours après, je recevais un coup de fil de Pete du genre « Yo, il faut qu’on se capte mec ! ». A ce moment là je commençais en plus à vraiment bien bosser sur le projet North West Metropolis, avec un autre ami producteur. On était dans un délire où on voulait genre plein de MCs et nous deux à la production. Alors quand j’ai entendu la track que Pete venait de faire, j’ai tout arrêté et me suis dit « il faut qu’il soit sur North West Metropolis ! ». Il a donc intégré le truc, et on a commencé à bien s’entendre, une vraie bonne connexion, et c’est la qu’on a commencé à bosser ensemble en tant que Pete Philly and Perquisite…
90bpm : Ok, au moins on est fixé sur l’historique maintenant. Passons. Vous avez tourné, et vous tournez encore pas mal au sein du réseau jazz, dans pas mal de festivals de jazz (Festival de Den Haag – La Haye, Cape Town, Amsterdam…). Perq, tu joue du violoncelle. Est-ce que vous vous sentez affiliés à la scène jazz ou nu-jazz ? C’est pour vous un point positif j’imagine ?
Pete Philly : Je pense que la force de notre musique vient du fait qu’on puisse aussi bien jouer dans des festivals électro que dans des festival de jazz…
Perq : Ouais, on a joué au Sonar à Barcelone par exemple…
Pete Philly : on joue aussi dans des festivals rock, pop et des festivals hip-hop…On est super ouverts…On est autant associés avec la scène jazz que la scène hip-hop ou la scène pop. C’est donc un super avantage surtout si tu ne fais pas de compromis !
90bpm : Musicalement, ce dernier album, Mistery Repeats, me semble vraiment ouvert sur pas mal de choses différentes : broken-beat (« High-tide, Awake, Last Love song »), du hip-hop bien boom-bastic, en passant par cette touche jazzy-electro, voire world qu’on note sur le titre « Traveller ». D’où ma question : vous écoutez quoi en général, ces derniers temps, qu’est ce qui vous a marqués musicalement ? Perq (en se marrant) : Bon bien je vois que t’as bien écouté le cd !!
90bpm : T’inquiète…
Perq : Pour revenir à la question, c’est clair que j’écoute beaucoup de hip-hop…Mais les sorties US de ces cinq dernières années ne m’ont pas intéressé, donc je penche de plus en plus vers le jazz, la soul, la musique classique, de la musique du monde, des trucs d’Amérique du sud, d’Afrique…Tu sais, dans tous les genres musicaux il y a des trucs terribles, et c’est ça qui est bien avec le hip-hop, c’est qu’au final tu peux mettre ce que tu veux dedans, comme une grande mixture. Tant que ça « groove », que ça a de l’âme…C’est ça que j’aime bien avec le hip-hop en fait !
90bpm : Et vous trouvez votre inspiration dans des trucs récents, ou plutôt en écoutant des vieux disques, années 50s, 60s ou 70s ?
Perq : Pour ma part, je suis pas malconcentré sur des vieux trucs, mais je me retrouve aussi en écoutant des trucs comme M.I.A, Goldfrapp…4 Hero ou Bugz in The Attic…Et je trouve la scène hip-hop française pas mal intéressante aussi en ce moment !
90bpm : Ah oui, comme qui ?
Pete Philly : Abd-Al-Malik…
Perq : bah des gens comme Oxmo Puccino, j’ai bien aimé son dernier projet bien jazz….Et Saïan Supa Crew avec qui on a tourné…
Pete Philly (à Perq) : T’écoutais I AM à fond à un moment, nan ?
Perq : Ouais, j’avais bien squatté l’Ecole du Micro d’Argent !
90bpm : les années 1990 !
Perq : Ouais, j’aimais vraiment bien, même si je ne comprenais qu’un truc comme 10 % des lyrics…héhé.
90bpm : Mais vous parlez français, non, vous deux ? Un peu… ?
Perq : Nan…On va dire que je sais commander un sandwich si je dois le faire…
Pete Philly : Quand on tournait avec le Saïan, après 5 jours avec eux, je te jure qu’on était à fond !
90bpm : Ils ne sont pas du genre à parler doucement en plus…
Pete Philly : Tu sais quand j’étais enfant, je parlais espagnol, qui est pas mal similaire au français, et j’avais du français à l’école. Et quand tu commences à parler plusieurs langues, tu captes pas mal de similitudes…Tes réflexions, ta grammaire devient un mélange de l’ensemble, donc quand on était avec les Saïan, qui ne parlaient pas vraiment anglais, je te jure que j’ai explosé mon français!
90bpm : Tu as ce background multiculturel, c’est cool. Revenons à l’album. D’où vient ce sample sur la fin de la chanson “The Last Love Song”?
Perq : Tu veux dire, la fin de la track ?
90bpm : Oui.
Pete Phillly : Oh mais en fait c’est nous, c’est pas un sample !
Perq : Ce qui s’est passé en fait c’est qu’on est partis dans une maison en France, et là bas il y avait ce groupe de rock, des bons potes à nous…
90bpm : Quel groupe ?
Perq : Voicst !
90bpm : Voicst ?
Pete Philly : Ils viennent de sortir un album…
90bpm : C’est un groupe français ?
Perq : Nan, c’est un groupe hollandais…Des bons potes à nous…Donc on est allés dans cette maison, et juste avant de partir on a enregistré la chanson «The Last Love Song ». Et le gars de Voicst adorait la track, à tel point qu’il n’arrêtait pas de faire le con avec la chanson, jusqu’à ce qu’il sorte son propre accordéon, et chante en même temps dessus ! Ca nous paraissait tellement dans le délire qu’on a décidé de l’enregistrer…
Pete Philly : Faut dire que le mec de Voicst a commencé par l’accordéon au début étant petit, il a récupéré le vieil instrument de sa grand-mère, il était là tout le temps, à faire ce truc (ndlr : Pete imite le poussé-tiré, geste de l’accordéoniste)…
Perq : Et donc on s’est penchés dessus, un autre gars avait une guitare et on a enregistré le tout.
Pete Philly (qui le coupe) : C’était pas un banjo, nan ?
Perq : Nan, nan, c’était une guitare…Et donc j’ai choppé un petit ampli et j’ai enregistré ce qu’ils faisaient un peu à l’arrache, en rajoutant des delays, des reverbs etc…L’idée sympa au final, c’est qu’on peut croire que c’est la partie originale du morceau, mais en fait pas du tout !
Et pourquoi avoir choisi cet endroit, La Forge, dans les Vosges, en France ?
Pete Philly : En fait, on cherchait une maison qui soit loin d’Amsterdam…
Perq : Moi je voulais un endroit avec des montagnes, loin de tout, et c’est vrai que c’était l’endroit le plus près de chez nous en France qui soit « montagneux ».
90bpm : Ok. Ce nouvel album est plus “libre” que Mindsate, le premier LP de 2005, qui correspondait à un concept bien précis. Etes vous sortis de la phase « album conceptuel », qui cloisonne un peu la création, en bien ou en mal ?
Pete Philly : Je pense que les gens, pas que les musiciens, les gens en général, peuvent être libérés par les restrictions. Tu vois, le fait d’être contraint en un sens te force à pousser, à aller au maximum de tes possibilités. Ce fut donc un super moyen de bosser à l’époque, sur Mindsate. Et c’est vrai qu’en plus on est tous les deux des mecs un peu conceptuels. Donc c’est cool au final d’avoir fait un album avec, disons, une « vision », pour ensuite enchaîner avec quelque chose de beaucoup plus libre, où tu peux faire ce que tu veux…Peut-être qu’au final le troisième sera de nouveau un truc bizarre, plein de concept…je ne sais pas.
Perq : Il faut dire aussi que le fait d’être forcé de s’inscrire dans des « cases », dans un schéma précis facilite la créativité…(ndlr : Sur Mindstate, premier LP du duo, chaque track correspondait à une « humeur » : la paresse, l’espoir, l’étonnement…etc).
90bpm : Comment vous qualifieriez votre “dynamic duo”? Je veux dire votre façon de procéder pour composer, vous entendre tous les deux?
Pete Philly : En gros, on fait des allers et retours, ça dépend de ce que l’un ou l’autre apporte sur la table. Parfois je me dis qu’on est les Simon & Garfunkel du hip-hop d ans le sens où…
Perq (mort de rire dans son coin) : …
90bpm (rires) : Simon & Garfunkel ? Question : qui est Simon et qui est Garfunkel ?
Pete Philly (très sérieux) : Bah ça dépend des chansons…Tu sais ce n’est pas juste « d’un côté tu as ce mec qui fait des beats et de l’autre tu as cet autre mec qui chante et fait le MC », on est tous les deux à fond dans la musicalité, on a tous les deux un idée très forte de ce que doit être une chanson, on se croise tout le temps aux frontières de la création… Mais en général Perq construit des beats, jusqu’à ce qu’à un moment il y en ait un qui m’accroche, qui me colle bien à la peau, le tout dépendant bien sûr du feeling à ce moment là. Mais ce qui est bien avec Perq c’est qu’il ne commence jamais avec un seul loop, il balance à chaque fois quatre ou cinq nappes musicales, des layers différents, tu vois ce que je veux dire, et au fur et à mesure, il module, il recolle etc…Et ça relance mes idées, qui relancent ses structures, ses constructions musicales…
90bpm: Ok. Toujours concernant Mystery Repeats: est-ce que des maxis sont prévus, où tout cela va rester strictement cd ? Perq : Oui, normalement, il va y avoir une sortie, un 12 inches pour le marché japonais, et le double LP vinyle sortira un peu plus tard en Europe. Mais bon, comme tu le sais, le marché du maxi hip-hop ce n’est plus vraiment ça…Ca s’est vachement effondré, les DJs jouent des cds ou jouent même des mp3s…Avant, on avait sorti pas mal de 12 inches, Insomnia, Grateful, Remindstate aussi…mais aujourd’hui c’est plus compliqué, je ne sais pas si on recommencera…On continue à en balancer pour la tradition, mais ça n’a plus autant d’impact qu’il y a cinq ans, plus beaucoup de monde n’achète de vinyles…
90bpm : Revenons un peu sur vos influences : Avez-vous été marqués par toute une frange d’artistes nu-soul, nu-jazz, qui a émergé dans les années 1990s, je pense aux Soulquarians, The Ummah, Dilla, D’Angelo…et la continuation actuelle avec certains producteurs comme Plant-Life, Sa-Ra Creative Partners…Vous pensez quoi de tous ces gens ?
Pete Philly : Oui carrément, ce sont des artistes qui nous ont trop marqué. Mais je ne suis pas d’accord avec tous ceux que tu viens de citer. Je ne pense pas, en parlant pour moi, que Sa-Ra ait vraiment quelque chose à faire dans le lot. On était là avant eux, et eux sont plus dans un délire de revival P-Funk, si tu vois ce que je veux dire. Même si c’est clair qu’il y a quelques productions d’eux que j’adore, le Agent Orange par exemple (ndlr : Une production de 2003 pour Rawkus avec Pharoahe Monch). Sinon le reste je suis tout à fait d’accord, les Soulquarians, pffff…
Perq : Et D’Angelo…
90bpm : Les prods d’Ali Shaheed…
Perq : Graaave ! Et Jay Dee aussi, je suis fan. Définitivement.
90bpm: Tant qu’on y est : tes “top producers”?
Perq : Jay Dee, le Timbaland « back in the days », Premier, Shawn J Period…On parle de producteurs hip-hop?
90bpm : N’importe…
Perq: Ok : Quincy Jones, Paul Simon, Phil Spector et…y’en a trop…
90bpm: Ok. Avant d’en terminer, je voulais revenir à certaines collaborations que vous aviez montées, sur l’album de remixs ReMindstate par exemple. Je veux parler de Mitsu The Beats ou Seiji de Bugz In The Attic…Comment vous les avez captés ?
Perq : Ca dépend. Sur ReMindsate, la moitié des gens sont des hollandais, l’autre s’est crée en fonction de hasards, de rencontres au fil de concerts….Chaque rencontre a son histoire…Sieji par exemple est venu jouer dans un club à Amsterdam et j’étais là ce soir là, je lui ai filé un cd…Et je ne sais plus comment à un moment donné il m’a dit qu’il avait joué du violoncelle comme moi, lorsqu’il avait dix ans, un truc comme ça…C’était vraiment marrant, on a commencé à s’échanger des mails, et comme on aimait chacun la musique de l’autre, on lui a demandé de participer à ce remix.
Pete Philly : En fait tu sais, cet album de remix s’est monté bizarrement. C’est venu du fait qu’on avait pas mal de remix en maxis, et que personne ne les connaissait, encore une fois parce qu’ils n’étaient juste sortis qu’au Japon ou d’autres trucs dans le genre. On avait six remixs et les gens nous demandaient « comment je peux faire pour trouver ce remix ? » etc. On s’est donc dit « allons y, remixons ce putain d’album en entier ! ». On s’est dit aussi que cela pourrait être vraiment pas mal de promouvoir d’autres artistes dont on apprécie le taff, ou des genres musicaux différents qu’on aime…Comme avoir un DJ house, ou faire un truc avec le Metropole Orchestra…des trucs de dingue…
Perq : le New Generation Big Band !
Pete Philly : Ouais, par exemple! Le New Generation Big Band c’est 28 musiciens quand même, pour un remix!
Perq : Et au final c’est cool d’avoir cet album, qui devient presque marrant avec tous ces remixs dans des styles différents, qui montre pas mal qu’on est ouvert d’esprit, je pense…
![]() 90bpm : Et pour la rencontre sur ce nouvel LP, Mystery Repeats, avec Erminia Fernandez Cordoba & Ricardo Rivera, qui donne la chanson « Traveller », très « électro-world » ?
Perq : J’étais à un concert à Amsterdam, à cinq minutes de chez moi, et du studio aussi. Bref, c’était un concert de flamenco, et j’ai adoré. J’ai donc invité le guitariste à venir jouer sur mes beats, puis Erminia à venir chanter ensuite. Elle vit en Hollande, mais elle est espagnole à la base. Et au final ça donne une bonne chanson je pense…
90bpm : Héhé, carrément. Ok, dernière question et je vous laisse : Pendant un temps, à la fin des années 1990, The Proov était au top en Hollande, mais aussi en Europe et même aux Etats-Unis (ndlr : suite à une diffusion dans le Stretch & Bobbito show). Je me rappelle aussi avoir pris une grosse claque en écoutant un Freestyle de Cee-Major chez Lefto & Gus sur Studio Brussels, l’émission De Hop… Donc la question : que devient Cee-Major, il est encore actif ?
Pete Philly : Il est journaliste comme toi à présent. Et il est aussi enseignant. Il enseigne la musique dans le nord de la Hollande, et il a sorti un disque y’a pas longtemps, un truc dans le genre de Danger-Doom avec un producteur… Mais tu sais il est vraiment, vraiment, vraiment sous-estimé en Hollande.
90bpm : Pas qu’en Hollande…
Pete Philly : C’est clair, pour moi les meilleurs lyrics jamais écrites en Hollande c’est lui qui les a sorties…
Perq : Il faisait d’ailleurs partie du projet North West Metropolis à l’époque…J’espère qu’on l’aura en featuring sur notre troisième album….Je pense juste que certaines bonnes décisions n’ont pas été prises à un certain moment, si tu vois ce que je veux dire…
Pete Philly : C’est un peu comme quand nous on se demande pourquoi tout le monde n’écoute pas I AM, et là les gens rétorquent : « mais I AM, c’était à l’époque, plus maintenant, tu vois ? Parfois les gens en ont marre de certains trucs, même si la qualité est là…
Un dernier mot pour nos lectrices et lecteurs?
Pete Philly : Big Up à tous les français, je pense vraiment que la culture en France est extraordinaire, très développée, remplie d’influences…On va jouer à Lille en mars ou Avril…
90bpm : Cool, vous savez où ?
Perq : Non…Un festival, je crois…pourquoi ?
90bpm : J’ai vécu à Lille pendant un bail…
Perq : C’est cool mec, vas-y, donne ton mail….
Pete Philly : Les gens doivent comprendre qu’il se passe des choses à Amsterdam, que les choses avancent… Merci aussi à Radio Nova aussi qui nous supporte….
Perq : Merci. Je veux aussi dire un truc : soutenez votre propre scène locale, la scène française, la scène européenne, il se passe énormément de choses, et c’est important entre les pays d’Europe de s’entraider les uns les autres ! Merci à toi !
Propos recueillis, transcrits et traduits par Lux pour 90bpm.
All pics from www.ourmindstate.com
[07.02] http://www.90bpm.com/ |