90bpm : On ne change pas nos bonnes habitudes : peux-tu tout d’abord Marlon, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, te présenter rapidement ?
Marley Marl : Ok : Légendaire DJ Marley Marl, producteur avant tout, j’ai d’abord commencé à produire du hip hop, à produire du hip hop en samplant. Je pense avoir introduit le sampling dans le game, les sons de batteries, ces sonorités bien funky, tout droit issues d’enregistrements originaux de funk. En gros : la bande son de l’âge d’or du hip hop, de 1982 à 1992…J’ai pas mal participé aux sons de cette époque en fait, si tu regardes bien…(Rires)
90bpm : Ouais, je sais ça, héhé. Question introductive : si tes premières prods ont été des dub plates, comme le Sucker DJs pour Dimples D, concrètement, quelle a été ta première wax ? Raconte nous…
Marley Marl : Ouais, concrètement, ma première wax est sortie chez Sound Records, c’était un truc pour le groupe The Webboes, ça s’appelait Under The Wear, si tu check bien. Et c’était la toute première fois que je voyais mon nom sur un disque…On peut voir sur l’impression « a Marlon Mix », ça date d’avant que je ne devienne Marley Marl…
90bpm : C’était donc avant tes titres pour Express Records (Ndlr : Soit Lets Get It On pour Les Love and Love Kids en 1982 et Games Of Life pour Just Four, 1982 également) ?
Marley Marl : Ouais, en effet, ça date d’avant ça. Juste avant que je ne devienne Marley Marl, parce que tu vois Les Love, ça remonte au temps où je bossais et enregistrais avec Mr Magic, lorsque je faisais déjà de la radio. En fait j’ai même fait Dimples D avant Les Love…
90bpm : Dimples D ça ne date pas de 1983 ?
Marley Marl : Si. Mais attends, je t’explique. En fait j’ai fait Dimples D en 1982 mais c’est seulement sorti l’année suivante, et Les Love ça date d’un peu après, lorsque j’enregistrai pour Mr Magic, quand je commençais à le suivre en studio…
90bpm : Ok pour la genèse. Mais j’insiste quand même parce que beaucoup de gens imaginent que tu es apparu dans le game avec le Juice crew, alors que tu avais tout de même pas mal de bouteille avant l’époque d’apogée de The Symphony…Tu peux nous parler de ces early – mid 1980s, où tu as enregistré pour pas mal de labels ? Tu as enregistré pour Nia, le label d’Aleem… C’est d’ailleurs sur ce label que sont sortis Marley Marl Scratch et Super Kids, non ?
Marley Marl : Héhé…Ouais, Super kids, Captain Rock…En fait lorsque j’ai fait la chanson Captain Rock, c’est lors de cette session, sur cette même chanson, que j’ai utilisé pour la première fois des samples de batteries, c’était pour Captain Rock. C’est ce jour là que tout a commencé, que j’ai commencé à sampler régulièrement. C’était comme expérimenter petit à petit un truc nouveau… (Ndlr : le 12 inches Cosmic Blast / The Pure de Captain Rock avec Fab Five Freddy aux scratches est sorti en 1984 sur Nia records. The Tragedy de Super Kids, le groupe originel de Tragedy Khadafi aka The Intelligent Hoodlum, date quant à lui de 1986. Au passage, c’est sur ce même label Nia que Freddie C, plus tard Freddie Foxxx enregistrera son début en 1986…)
90bpm : Tu avais quel équipement à ce moment là ?
Marley Marl : Lorsque j’étais en studio, j’avais un E-mu - Emulator, une table, mais ça c’était le studio…héhé…Après ça je me suis équipé avec un Sampler Korg SDD, Digital, j’avais ma 808 (Ndlr : Roland 808, drum machine parmi d’autres, utilisée majoritairement dans le hip hop entre 1983 et 1988), j’avais donc mon propre sampleur à la maison. C’était pas aussi cher que le gros E-mu, plutôt un de ces sampleurs bon marché…Et c’est avec ça que je faisais mon son…
90bpm : Là tu parles de quand tu étais chez ta sœur ? Dans le DVD Beats Kings, sorti il y a peu, tu expliques que ton QG dans les années 1980 c’était l’appartement de ta sœur à Queens Plaza, Block 40, Appartement 2E… ?
Marley Marl : Ouais, c’est exactement ça, quand j’étais là bas, chez elle, j’avais ma 808, mon enregistreur 4 pistes, une petite console et deux sampleurs, 2 Korg. Et en plus de ça j’avais… merde je ne me souviens plus du nom…mais c’était un sampleur, du style « one shot », tu vois ce que je veux dire ?
90bpm : Genre 2 secondes …
Marley Marl : Ouais, ouais, carrément ! Y’avait même pas de gestionnaire d’enregistrement, ça ressemblait à ces appareils, tu vois les pédales pour guitaristes ?
90bpm : Ahh. Ok..Ok (Rires)
Marley Marl : Ouais, c’était marrant…Archaïque…Héhéhé
90bpm : Ok passons, revenons au son. Quand j’écoute Marley Marl Scratch ou Down By Law aujourd’hui, parfois j’ai le sentiment d’avoir à l’oreille la source, la racine du hip hop actuel, mais aussi celle de pas mal de musiques épurées assez spé, de l’électro minimaliste, à la baltimore bass…Qu’est ce que tu me dis si je te parle d’intemporalité… (Ndlr : cf. The Bridge ou Kill That Noise) ? Qu’est ce qui fait pour toi que tes chansons ont bien vielli ?
Marley Marl : Peut être parce que j’ai toujours été un fan de hip hop, donc tu vois, étant passionné, ça implique que tu sois à l’écoute de ce qui se passe autour de toi…J’ai toujours adoré le hip hop. Et mes sons restent bons aujourd’hui parce qu’à l’époque ils étaient en avance sur pas mal de trucs… et au cours de toutes ces années, je me suis amélioré en tant que producteur, j’ai pu avoir accès à un meilleur équipement, je me suis entraîné, j’ai beaucoup appris…
90bpm : Et la technologie a évolué avec le temps…
Marley Marl : C’est vrai. La technologie est en perpétuelle évolution, en mouvement constant… Je n’ai jamais voulu, tu vois, m’écarter de la technologie et de ses évolutions, j’ai toujours souhaité aller dans son sens, évoluer en même temps qu’elle…Je suis plutôt du style « Oh, ce nouveau laptop ! C’est pas possible ! », une vraie plongée en apnée…
90bpm : Tu t’adaptes donc avec le temps…
Marley Marl : Je dois m’adapter, parce que si je ne le fais pas, je suis perdu. Pense juste à ce que j’ai fait avec le sampling. Je serais aujourd’hui presque oublié comme Larry Smith ou quelqu’un d’autre à présent, si je n’avais pas accompagné et ne m’étais pas adapté à la technologie.
90bpm : Comme tous ces gars qui n’ont pas réussi à franchir l’étape mid-school / new school…
Marley Marl : Parce qu’ils n’étaient pas vraiment préparés, à même de voir ce qui se passait autour d’eux à l’époque. Et parce qu’ils ne se sont pas adaptés à ce que la technologie pouvait offrir à l’époque. La technologie est quelque chose de beau pour la musique, quelque chose d’enrichissant, je pense.
90bpm : Ok. Revenons à tes premières heures. Il paraît que tu as bossé comme stagiaire pour Arthur Baker ? C’était en quelle année et sur quel projet ? Tu bossais chez Party Time ? (Ndlr : label d’Arthur Baker sur lequel est sorti Sucker DJs de Dimples D. Arthur Baker est le producteur de Planet Rock d’Afrika Bambaataa, du Breaker’s Revenge et de nombreux autres projets, notamment cinématographiques)
Marley Marl : En fait mon stage ce n’était pas à Party Time, mais chez Unique Recordings.
90bpm : Ah, chez Unique… Ok je ne savais pas…
Marley Marl : Ouais, chez Unique. C’était là bas qu’Arthur avait l’habitude de venir, et moi j’étais là, petit stagiaire, chez Unique. Parfois Arthur Baker et pas mal d’autres types venaient en session, pour enregistrer. Rappliquaient alors la Soulsonic Force et Afrika Bambaataa, Force MD’s…Attends y’avait qui à ce moment là…(Il cherche)…Jazzy Jay, ouais, DJ JAZZY JAY (Il insiste avec un grand sourire), il était tellement…c’était une grande star tu vois, il était down avec Bambaataa…Et moi j’étais tout bonnement personne…héhé…tu vois, en gros j’étais juste le mecton qui va chercher et ramène le thé…héhé…Et ils ne m’adressaient même pas la parole (Rires).
90bpm : C’était à l’époque de Jazzy Sensation ?
Marley Marl : Ouais à peu près, un peu plus tard… Et un jour, je suis allé à l’un de leurs concerts, je me rappelle bien, Afrika Bambaataa, de la Zulu Nation. Mais il avait un genre de groupe, super électro, c’était vraiment de la musique…vraiment, vraiment électronique, ça m’a inspiré direct. J’étais là, trop impressionné, genre « Whoaaa !! ». C’était en effet avant que je les rencontre. Je les avais vu à un concert à l’ouest de Manhattan…Peers 39, je m’en rappelle ! Je m’en rappelle trop ! Direct 39ème rue ! (Il sourit comme un gamin). Je les revoie, sur scène, avec la fumée, la lumière… et le vocoder ! (Il imite une voix « vocoderisée » en se marrant). J’étais hébété, genre « yooooo », ça m’a retourné, et c’est là que j’ai su que c’était ce que je voulais faire !
90bpm : Héhé…Cool. Parlons un peu de production. Dans une interview récente, Hank Shockley (Ndlr : du Bomb Squad, fine équipe aux manettes des sons du grand Public Enemy d’époque) expliquait quelques unes de ses vues à propos de la production. Je le cite : « Le processus de création musicale de nos disques à l’époque s’apparentait beaucoup à un travail d’équipe. C’est pourquoi on avait le Bomb Squad, parce qu’à l’époque tout le monde avait une tâche spécifique et une fonction spécifique ». Et il ajoute « Je vois beaucoup de producteurs passer des milliards d’années sur l’instrumentation, et je pense que l’instrumentation fait partie du truc, mais la partie la plus importante de n’importe quelle chanson est la partie vocale. Je souhaite produire la voix comme on produit la musique, parce que c’est son pendant et son aboutissant. C’est pour ça que je m’assure que toute ma partie instru se trouve en dehors de la fréquence des voix […] Au final la voix est la star et l’instru est plus comme un accompagnement, qui l’entoure ». Quelle est ton opinion à ce propos ?
Marley Marl : Je suis d’accord avec le fait de différencier les fréquences instrumentales et vocales, de les confiner à leur propre espace, je suis vraiment down avec ça, je bosse exactement comme ça. (Il s’arrête un instant). Tu sais la musique c’est comme la couleur, ça peut être juste noir, marron, blanc ou gris, pareil à des sons distincts...
90bpm : Comme ça peut très bien être un mélange total de textures, de teintures...
Marley Marl : Carrément. Vert, orange, jaune, toutes les nuances imaginables, comme un tableau bien travaillé. Et lorsque je compose un morceau, j’accorde beaucoup d’importance, comme dit Shokley, au niveau sonore, à l’adéquation des éléments de provenance différente. Et déjà à l’époque, lorsque je faisais tout sur magnéto 4 pistes -j’étais donc limité, tu peux t’imaginer- je mettais déjà les parties de fréquence équivalente sur la même piste... Je posais bien ma grosse caisse et ma ligne de basse sur la même piste, les basses fréquences ensemble, tu vois ? Je comprends donc bien et crois profondément au fait de ne pas mêler les fréquences différentes. J’ai toujours fais ça, et je pense l’avoir compris et appris du temps du 4 pistes, tu vois : disposer et caler des caisses claires sur la même piste, les mids ensemble, je sais comment gérer les différents timbres, parvenir à bien ajuster ligne de basse et grosse caisse et laisser couler le tout...J’ai toujours fait ça, avec le sampler centralisant tout ça, sans le laisser interférer avec les parties vocales...
90bpm : Ok. Et concernant une méthode d’équipe?
Marley Marl : En fait j’ai toujours eu, sur la plupart des projets sur lesquels j’ai bossé, un ingénieur avec moi, je fais les productions et l’ingé apporte ses oreilles, participe au mix ou le prend en main littéralement, conservant le son en fonction de ce que je veux obtenir au final...Et ça vit, et survit ! Héhé...
90bpm : Revenons sur certaines influences : Impeach The President des Honey Drippers, (Ndlr : samplé sur MC Shan - "I Ran the Game" et « Eric B Is President », un des plus fameux breaks de l’histoire du hip hop), Rare Earth, Chuck Brown and the Soul Searchers.... Qu’est ce que t’évoquent ce morceau et tous ces artistes... ?
Marley Marl : Hé, ce sont les fondations, mec, les bases, les vraies fondations du hip hop ! Ces breaks beats ont vraiment formé ce qu’est le hip hop. Le noyau dur, tu vois ? Ils constituent ce que j’ai fait et produit en hip hop et pour le hip hop. La seule raison pour laquelle j’ai utilisé ces chansons et les ai incorporé, samplé, dans mes productions, c’est que mes premières approches du hip hop, les premières fois que j’ai entendu des choses s’en rapprochant, c’était sur des cassettes où tu avais des breaks beats de folie, des raps terribles, des échos...C’est pour ça qu’une fois devant le sampleur je me suis mis à utiliser les breaks de ces artistes qui au final m’ont aidé à façonner un certain son, une identité sonore propre, celle que je recherchai et cherchai à véhiculer...Ces artistes sont vraiment la base mec.
90bpm : et c’était quoi les premières cassettes dont tu parles ? Des enregistrements radios, de la fin des 1970 ?
Marley Marl : En fait, concrètement on me donnait un paquet de cassettes à l’époque... Des types qui allaient en soirées ou à des jams, avec leur magnéto et qui n’hésitaient pas à tout enregistrer....Héhéhé.
90bpm (Rires) : Ok, c’était le bon vieux temps ça ! (« It was the good times ! »)
Marley Marl (Rires) : Ouaiiis, le bon vieux temps... !
90bpm : Comment as-tu vécu le passage de l’ère de la boîte à rythme à celle du sampler, puis celle justement de la restriction suite au Need A Haircut de Biz Markie, après que Gilbert O’Sulivan ait attaqué Biz en justice, déclenchant un bouleversement majeur dans l’approche générale du hip hop, sous le joug des « copyright laws » ?
Marley Marl : En fait pas pour moi, ça ne m’a pas vraiment touché...Il faut que tu vois un truc simple : lorsque la loi sur la pratique du sampling est vraiment devenue très sévère, j’avais déjà fait ce que j’avais à faire... C’est seulement arrivé parce que (il s’interrompt)...Tu vois moi, lorsque je samplais un artiste, je ne prenais pas énormément du morceau d’origine, c’était quelque chose de l’ordre de 1,3 secondes, tu vois, je prenais...un truc comme...
90bpm : Une caisse claire, un kick...
Marley Marl : Ouais, un truc du style, un élément de batterie...A mon époque, à ce moment là, la technologie ne me permettait pas de sampler plus de quelques secondes, tu vois, kick/snare, des petits riffs...Mais je n’ai jamais...(Il réfléchit). Le disque que Biz a utilisé, pour lequel il a été poursuivi....
90bpm : I Need A Haircut, Alone Again...
Marley Marl : Alone Again (Naturally) (Il chante le refrain)… Il a utilisé une boucle de la chanson d’au moins trente secondes ! Héhé... C’est trop ! C’était du vol et il était normal qu’il soit poursuivi pour ça.
90bpm : C’était l’apogée de l’utilisation d’une forme de sampling radicale...
Marley Marl : Je sais dans un sens - je suis aussi propriétaire de catalogue – je sais dans un sens que la moindre seconde de n’importe quel enregistrement d’un artiste est soumise à des lois très strictes, au copyright...La moindre seconde (Il compte) : « un, et : tshhh ! », cette seconde est l’enregistrement de quelqu’un, son propre truc, en partant dans le sens du copyright. Mais d’un autre côté je pense que le sampling des premières heures, des cris, une cymbale et une caisse claire, ce n’était pas la même chose, c’est bien différent des années 1990 où Puffy a vraiment abusé de ça ! En utilisant une minute et demi d’une chanson…
90bpm : Je suis d’accord… Il y a eu des solutions financières à ce problème, comme le fait de rejouer les morceaux… Quel a été ta réaction lorsque tu as pour la première fois entendu des instrus / prods rejouées, je veux parler entre autres du boulot de Dre sur The Chronic, sur Doggystyle ou celui de Premier sur Step Into The Arena de Gangstarr… ?
Marley Marl : Mmm, je pense…ma réaction…Tu sais on utilisait aussi à l’époque des musiciens, pas mal de gars venaient jouer en studio, comme sur Left Me Lonely de Shan, j’avais aussi des gars qui venaient de temps en temps jouer…
90bpm : Ok, mais ce n’était pas vraiment le même type de réinstrumentation ?
Marley Marl : Ouais, ce qu’on faisait était plus rentre-dedans, plus dur…Lorsque j’ai entendu… Surtout Dre… Je pense que les sons de Premier étaient tout de même bien liés à la côte est… Premier était à cette époque une « extension » de ce qu’on faisait, si tu vois ce que je veux dire, une extension de la côte est. (Marley se met à fredonner la ligne de basse de Step Into The Arena, récupération du Blow for Me a Toot to You des Horny Horns de Fred Wesley). Mais lorsque j’ai entendu Dre…
90bpm : C’était un autre niveau, genre bien plus “smooth”…
Marley Marl : Laid back mec! Tellement…clair, tu vois, des thèmes west-coast parfaits pour la conduite, pour se balader en voiture…Nous on vit dans une ville où on prend le train, on marche beaucoup, on marche vite… Là bas tout est tellement étendu…
90bpm : Ouais, il y a des autoroutes et des échangeurs partout…Au final, c’est un peu une adaptation de la musique à l’urbanité…
Marley Marl : C’est pour ça que nos productions étaient plus brutes, c’est une différence qui se sent dans les parties instrumentales et même vocales…À Los Angeles, tu ne fais que conduire, en permanence, le son s’y prête et Dre l’a parfaitement assimilé.
90bpm : Et tu te souviens quand tu as reçu pour la première fois du son provenant d’en dehors de NYC et du tri-state (Jersey, Connecticut, NY State) ? Tu te souviens du premier disque west coast que tu as écouté comme tel? Ice T ? King T ?
Marley Marl : C’était… 6 In The Mornin’…lalala (Il chantonne)
90bpm : Ice T !
Marley Marl : Ouais, ça a été ma première connection avec la hip hop west coast, parce que, honnêtement, toute l’époque de Breakin’, lorsque j’ai vu pour la première fois le film, ça m’a laissé un sale goût dans la bouche, une sale vision des trucs west-coast, si tu vois ce que je veux dire…(Ndlr : Breakin, sorti en salles aux Etats-Unis courant 1984, fut le premier d’une longue série de long-métrages édulcorés exploitant l’explosion commerciale du hip-hop après l’apparition remarquée des danseurs du RockSteady Crew dans le film à succès Flashdance).
90bpm : Pour beaucoup ça a été comme une bonne décoloration du hip-hop par la machine hollywoodienne…
Marley Marl : Ouais, ça ne m’a vraiment pas laissé une bonne impression, un mauvais souvenir…Au passage je salue Arabian Prince, tout ces vieux trucs, tous ceux qui ont fait avancer les choses en premier à l’ouest…
90bpm : Uncle Jam’s Army et Egyptian Lover !
Marley Marl : Héhé…Ouais, exactement, mec. J’en place une pour tous les DJ crews de la côte ouest…J’ai vu tout ça évoluer vers les trucs actuels, alors, tu vois… A l’ouest, j’ai vu des types cool en train de danser…genre Wreckin’ Crew (Ndlr : Fameux groupe d’electro funk de LA, à 130bpm passés, composé de Lonzo Williams, The Unknown DJ, Cli-N-Tel, et de la doublette des Mixmasters Yella et Dre, futurs NWA), mais j’ai aussi pu voir quand ils sont devenus plus durs…Tu vois après 6 In The Mornin’ et Fuck Tha Police, avec l’émergence d’un style west-coast à part entière et surtout avec l’arrivée de NWA. La première fois que j’ai entendu leur son, j’ai fait : Whaooo !! C’était dingue de voir tout ce qu’on pouvait dire sur un seul disque, j’ai adoré, j’adorai ce G-rap !
90bpm : Ok. Je sais que The Stunt Of The Block de Tragedy des Super Kids (Ndlr : Tragedy qui deviendra plus tard Intelligent Hoodlum avant de se rebaptiser Tragedy Khadafi) n’est jamais sorti, même chose pour le Go Southside / Who’s On Mine de Frick and Frack (1986)… Y’a t-il de nombreuses prods que tu n’as pas pu sortir à l’époque pour différentes raisons ?
Marley Marl : Plein. Pour être honnête, j’ai un site internet, hotchillin.com, sur lequel tu peux retrouver pas mal de sessions jamais parues de l’époque Cold Chillin’, des acapellas, des instrus, des versions alternatives… D’ailleurs mon prochain album sur Hot Chillin’ sera un album instrumental, ou plutôt d’instrumentales de l’époque, issues des masters originaux que j’ai récupérés…Vous verrez assez vite !
90bpm : On regardera ça… Justement à ce propos : tu as bossé avec énormément des gens, sur énormément de projets et sortis des disques sur quantité de labels: entre autres: Bridge, CCL, Cold Chillin, Express, Jive, MCA, New Image, Nia, Party Time, Pop Art, Prism, Romil, Smokin’, Snowflake, Steets Sounds, Tuff City, Ultimate…Tu as donc récupéré tes Masters et les droits des sessions de Cold Chillin, d’après ce que tu viens de dire ?
Marley Marl : Ouais j’ai pu récupéré pas mal de trucs issus des sessions Cold Chillin’. Je détiens aujourd’hui les droits des masters que j’ai récupérés, une partie du publishing et 50 % des masters. Je peux donc ressortir tout ça, represser, j’ai pu mettre en place Hot Chillin’, via lequel j’ai sorti deux maxis, deux 12 inches, le premier qui est Minute Work (Instrumental / Acapella) et le deuxième, Set It Off (Instrumental / Acapella). Et ça sonne vraiment, vraiment bien!
90bpm : Ok. Parlons un peu du Juice Crew à présent si tu le veux bien. Tu peux nous raconter ta connection avec Fly Ty et Mr Magic ? Ton arrivée sur WBLS ? T’es devenu l’ingénieur du show Rap Attack ? Qu’est ce que tu as appris à leurs côtés ?
Marley Marl : En fait j’ai rencontré pas mal de monde…Fly Ty bossait à LIB, qui était le pendant FM de BLS, il bossait là bas et avait vraiment un sens inné du business. Et moi j’avais besoin d’un manager pour moi et Dimples D. Donc le jour où on a rencontré Ty, lorsqu’on faisait notre promo, je lui ai demandé qu’il nous aide, qu’il bosse avec nous, et c’est comme ça qu’il est devenu notre manager. A ce moment là je suis devenu stagiaire à BLS, et Mr Magic bossait aussi à la radio…
90bpm : tu étais stagiaire à WBLS ?
Marley Marl : Ouais, j’étais stagiaire à WBLS à l’époque, je faisais des petits boulots d’antenne, et c’est comme ça que Magic a entendu mon mix…en fait c’était juste un petit truc avec Buffalo Gals…
90bpm : De la World Famous Supreme Team. C’est vrai que Magic était avec eux sur HBI un peu avant…
Marley Marl : Exact. Et donc il entend le mix et il me dit : “tu pourrais passer ton mix pendant mon show ?”, et je lui dis : “Mon mix dure deux minutes”, et là il me dit “Ok, c’est parti”…Il a donc passé mon mix à l’antenne et c’est à partir de là qu’on a sympathisé. Il a joué mon truc qui était différent de ce qu’il passait à l’époque, et c’est après ça que j’ai commencé à bossé en radio avec lui le week-end et parfois en studio. C’est aussi à partir de là que Magic, Ty et moi on s’est mis à chercher et dénicher de nouveaux talents…
90bpm : Je vois. A ce propos, raconte nous comment tu as rencontré lolita Gooden aka Roxanne Shanté. Mettons fin ou confirmons la légende : cette toute première rencontre avec Roxanne, 14 ans, qui vous accoste dans la rue toi, Ty et Magic alors que vous discutez justement de UTFO…
Marley Marl : En fait elle est venue vers moi avec une détermination incroyable. Elle est arrivée et m’a sorti un truc du genre : “Yo! J’ai une chanson, une réponse à la Roxanne de UTFO! Laisse moi enregistrer le titre!”. J’ai donc dit OK, j’ai mis la version instrumentale sur cassette, elle est venue, je l’ai enregistré d’une cassette à l’autre en une seule prise, et elle est partie!
90bpm : Whoo! One shot!
Marley Marl : Ouais mec, one shot! Mr Magic l’a joué à la radio la semaine suivante et les gens sont devenus fous! C’était le début de pas mal de choses…Mais concrètement, même si je savais qu’il y avait une embrouille entre UTFO et Mister Magic à propos d’un show quelque part (Ndlr : Ce à quoi se rajoute le fait que Kangol Kid et The Educated Rapper aient refusé d’enregistrer une promo pour le show de Magic), je sais que ce disque n’était pas une forme de réponse à ça, on était juste contents de faire cette chanson…
90bpm : Mais tu as quand même décidé d’utiliser la même instru que l’original “Roxanne, Roxanne”…Une manière très “jamaïcaine” d’opérer…
Marley Marl : Ouais, ouais, cool, ça me plaît ce que tu dis…héhé. Mais tu sais quoi? Même lorsque j’ai fait Sucker DJs, qui était comme une réponse au Sucker MCs de Run DMC, je ne l’ai pas fait contre Run DMC ou dans un esprit de provocation… Je voulais juste faire une bonne dub-plate, me faire ma propre version pour pouvoir la jouer, tu vois? Et c’était la même chose avec “Roxanne Revenge”, je souhaitais juste faire ma propre version. Tu avais la versions des mecs, de leur point de vue…Donc quand j’ai fait la version féminine du titre de UTFO, je me suis moins attardé sur le fait qu’elle attaquait UTFO que sur son côté “version féminine” de la chanson d’origine, chose qui pour moi était géniale, puisque ça risquait de déclencher pas mal de choses spéciales…
90bpm : Et surtout pas mal de réponses sur vinyles…Ok. Toujours à propos du Juice Crew : c’est quoi cette histoire de voiture avec Shan ? Tu peux revenir un peu sur comment vous vous êtes rencontrés ? Vous êtes cousins à la base ou pas ?
Marley Marley : Mmm…Ce truc me suit depuis des années… (À voix basse)…“Est-ce que MC Shan est bien ton cousin etc ?”…N’importe quoi, tout ça c’est un tissu de conneries…Des pseudo histoires sorties de nulle part par Cold Chillin afin de revendiquer des trucs absurdes…Avec Shan on est juste de bons amis du même quartier à la base…Et cette histoire de voiture, Tyron disant qu’il a choppé Shan en train d’éclater la fenêtre passager de sa voiture, tout ça c’est un amas de conneries….
90bpm : Ok, au moins c’est clair maintenant.
Marley Marl : Parce que tu vois, quand j’ai rencontré Shan, il est venu me voir, dans le quartier à l’époque, on a enregistré ensemble, il a rencontré tout le monde, c’était cool. Tout le reste, tout ce qui a été dit à côté, c’est vraiment n’importe quoi.
90bpm : OK. Toi qui as vraiment vécu les disses entre Bronx et Queens et entre crews via les « Roxanne Battle » et « Bridge Battle », est-ce que tu ne crois pas que les answers records étaient au final moins une vrai rivalité qu’un moyen de vendre des disques, par vagues, régulièrement ?
Marley Marl : Non. NON. C’était sérieux pour moi. Je n’ai pas du tout pris les choses comme tu les décris. Moi je l’ai pris comme une certaine agressivité, on était au top de ce qui se faisait niveau rap quand il a crié partout qu’on était mauvais, qu’on était wack (Ndlr : Marley parle évidemment de KRS-One). Je pouvais comprendre qu’il clâme « We are hip hop! We are bringing to you hip-hop!» et des trucs du genre. Et je comprends qu’il ait souhaité être down avec notre crew à un moment (Ndlr : l’histoire veut que KRS-One et Scott La Rock aient donné une demo de BDP à Mr Magic en 1985 et que Magic ait raillé avec force l’enregistrement, créant la légendaire vexation, et le retour de flammes du Blastmaster, via le titre South Bronx, en réponse au Bridge de Shan), mais pourquoi dire qu’on était mauvais et tous ces trucs dans la même veine. J’étais très sérieux à propos de ça, je n’ai jamais fait de shows à leurs côtés, j’étais extrêmement sérieux à propos de tout ça.
90bpm : Et à présent comment tu vois ces tensions et affrontements, avec du recul ?
Marley Marl : C’est la passé et c’est l’histoire, l’histoire est faite, et l’histoire c’est quelque chose d’important, de formateur.
90bpm : Ok. Autre membre du Juice Crew que j’adore : Masta Ace. Tu te rappelles ta rencontre avec Ace après ce fameux concours ? Qu’est ce qui t’a marqué chez lui à l’époque?
Marley Marl : Je vais te dire comment ça s’est fait : il a gagné un concours à ce ring de rollerskate, une compétition rap à l’issue de laquelle il a fini premier, alors que Super Lover Cee et Caz ont fini deuxièmes. Il a donc gagné du temps en studio, puisque le vainqueur se voyait attribuer une session avec moi. On est donc allés en studio, il était là, tout timide, beaucoup plus timide que maintenant. Il avait une ENORME présence dans ses raps, vraiment forte, et il était surtout super gentil, je l’ai aimé tout de suite. Il avait quelque chose de différent des autres personnalités du Juice Crew, il était un genre de rappeur éduqué, d’université…etc. Tu vois, tout le monde avait été au lycée et tout, mais lui arrivait avec un truc en plus, il avait l’air plus classe, genre le « school guy »…Vraiment pas commun…C’était lui en fait le vrai « truand intelligent » ! (Rires) (Ndlr : Traduction du jeu de mot de Marlon, « He was the real Intelligent Hoodlum ! », en référence à un autre MC affilié QB, anciennement Tragedy)
90bpm : Héhé …Ok. Tu as repéré Big Daddy Kane à l’époque alors qu’il ouvrait pour Biz Markie. C’était en quelle année ? Tu te souviens de sa prestation ?
Marley Marl : 198….C’était…mmm, juste après The Bridge…1987. Et son style était tout bonnement ha-llu-ci-nant! 1988, peut être 1987…
90bpm : Il t’a donc impressionné d’entrée ?
Marley Marl : Enormément. Et la première fois qu’il est venu frapper à ma porte, il m’a dit (Marley se met à imiter Big Daddy Kane et prend soudain une grosse voix soufflante, brute, au slang bien prononcé) : “Je cherche Biz, je cherche Bizzz” (Marley s’arrête, rigole, puis reprend son imitation). “Tu vois mec, c’est moi qu’écris les lyrics de Biz”. Comme ça, direct. Mais pas mal de monde m’avait dit qu’il avait un sens inouï de l’écriture, qu’il savait déjà tout, qu’il avait… la rime avec lui. (Il se remet en position pour imiter BDK).
90bpm : (Rires)
Marley Marl (Imitant encore une fois BDK, mort de rire) : “Yo! J’écris des trucs pour moi aussi, mais j’sais pas comment ça sonnerait, tu me proposerais des sons?”. Et naturellement j’ai accepté, et c’était dingue !
90bpm : Revenons à la radio si tu le veux bien : au regard de toutes ces années passées derrière les platines à la radio, comment définirais-tu ton style ? Qu’est-ce qui selon toi a fait la force de tes différentes émissions?
Marley Marl : Etre différent, tout simplement. Chaque fois que j’ai fait de la radio, que j’ai bossé en radio, j’ai pris l’habitude de me démarquer des autres…Toujours… Je n’ai jamais trop joué ce que les gens ont l’habitude d’entendre à la radio, je passais et passe des choses plus proches de la rue, avec ce “street feeling” toujours prégnant, c’est ce qui fait mon style. Tu vois quand j’étais sur Hot 97 il y avait Funkmaster Flex, Mister Cee, Dj Enuff et pas mal d’autres DJs, et bien ce qui me démarquait d’eux c’est que je passais pas mal de hip hop underground et eux pas mal de trucs commerciaux, tu vois ce que je veux dire? J’aurais pu faire le choix de jouer du commercial, des choses super faciles, mais je souhaite avoir mon propre style, ma propre audience. Et c’est ce que je fais avec mon show Future Flavas, quelque chose qui sonne différement…J’ai toujours voulu apporter le “real hip hop” aux auditeurs. Il faut aussi voir que tout au long de ma carrière j’ai eu des patrons vraiment géniaux, qui m’ont laissé faire ce que je désirais… Des mecs te disant “Tu sais ce que tu fais mon gars, alors continue de bien le faire !”. Des gens supers !
90bpm : Je vois. Parlons des choses plus actuelles. Tu connais le travail d’Edan?
Marley Marl : Non je ne connais pas …
90bpm : Edan est un jeune MC et producteur de Boston… Il déclarait à droite à gauche, en parlant de l’enregistrement de son album Primitive Plus, devenu un underground classic, avoir été vraiment inspiré par des titres comme Marley Scratch, ceux de Super Kids et certains disques estampillés Pop Art. Que penses tu de cette jeune génération de producteurs qui se revendiquent de ton héritage ? Influencés par tes compos et ton travail ?
Marley Marl : Je ressens juste… du bonheur. C’est une bénédiction, tu vois, et je remercie tous ceux qui ont écouté mes sons… Je suis vraiment content de voir apparaître une nouvelle vague de producteurs, des jeunes gars écoutant mes disques, de nouvelles personnes et de nouveaux sons, des nouveaux producteurs se reconnaissant un temps soit peu dans mon travail, c’est génial.
90bpm : D’autant plus que tu n’as pas arrêté de produire. Tout à l’heure on parlait de KRS-One, via les disses du passé, tu peux nous parler de ton prochain album en collaboration avec lui, et surtout revenir sur la chanson Victory avec Black Poet et Premier ?
Marley Marl : Tu vois, à l’époque du fight avec BDP, Poet était dans un groupe appelé PHD, qui se retrouvait plus ou moins à lutter à nos côtés, Queens side -Il a fait Beat You Down, tu vois, cette track qui diss Kris- et Kris avait même imaginé de le tailler sur la chanson Still # 1, avec quelque chose faisant “MC Poet is not down with us !”. J’ai donc pensé à tout ça quand j’ai fait la track Victory pour le nouvel album de KRS…J’ai pris le sample de The Victory Is Almost Here d’un autre disque…tu vois c’est toujours comme ça qu’on fait quand on construit une chanson... J’ai donc récupéré cet extrait de voix, je l’ai posé sur le beat et Kris est resté scotché quand je lui ai fait écouter et il m’a fait “Whooaa !! C’est dingue, ça sonne comme un beat de Primo !”. Et ce qu’il a dit m’a directement titillé, donc deux secondes après je disais à Kris : “Pourquoi on demanderait pas à Primo de faire les scratches là dessus ?” et Kris “Yo, carrément, c’est parti, ça va être dingue!”. Et c’est là que j’ai rajouté “Encore mieux: et si on avait Poet en plus sur le morceau ?!”
90bpm: Héhé…Et KRS t’as dit quoi ? “Génial!” ?
Marley Marl (Rires) : “Phénoménal!”… Et c’était parti. Concrètement, Poet avait posé sur une autre chanson, j’ai donc récupéré sa partie vocale. Je lui ai fait écouter son chorus sur le beat de Victory et il m’a dit que c’était fou..!
90bpm : Et ça va sortir quand ?
Marley Marl : Dans deux mois (Ndlr : soit environ juin 2007), internationalement.
90bpm : C’est une très bonne nouvelle. Finissons l’interview sur quelques questions actuelles : en tant que producteur expérimenté, pour toi, quel est la révolution actuelle ou future, l’équipement, les techniques ou procédés qui vont changer la face du hip-hop et le faire évoluer ?
Marley Marl : Pour moi, le futur du hip hop passe par la gratuité de la musique. Tu vois le futur ne présage rien de bon, les magasins de disques se cassent la figure et ferment, plus personne ne collectionne de disques… La musique va devenir gratuite, on payera juste pour certains contenus, pour les crédits, les photos, les infos et pochettes…D’une certaine façon la musique est déjà gratuite, je le sais, je l’ai vu, comme beaucoup de monde. Je pense sérieusement que les artistes doivent se poser la question d’une nouvelle façon d’être payés pour leur musique.
90bpm : Je sais que tu as un show radio spécialement destiné au marché du sud du pays, comme cela se fait au Etats-Unis. Que penses-tu de la main mise des productions sudistes sur l’ensemble de la diffusion rap aux Etas-Unis, et ce au regard des deux ou trois décennies hip hop que tu as traversées ?
Marley Marl : Je pense que le marché sudiste est l’avenir du hip hop. Parce que tu vois les dialectes du sud, l’anglais qui se parle au sud des Etats-Unis touche plus de monde, énormément de gens. Le hip hop new-yorkais touche les gens à New-York et dans le New Jersey. Après, c’est la campagne. Alors que d’un autre côté l’anglais du sud est présent à travers tout le pays, il le traverse. Donc si on fait une chanson en “southern english”, on touche beaucoup plus de gens parce que (il prend un accent new- yorkais bien street) “Si je parle comme ça, et que je viens de New-York, que je te parle de Timbaland, de Wu-Tang, ils en ont rien à foutre!”, parce qu’ils ne vivent pas ça, mais (il prend soudain un accent du sud très prononcé) “si j’parle comme ça, j’parle à plus de gens, t’vois? Ils captent c’que j’veux dire”.
90bpm : C’est clair, du Mississipi au Texas, Arizona à la Floride…
Marley Marl : Exactement. Donc ça va vendre forcément plus. Et ce qui se passe avec New York depuis pas mal de temps, même si il y a eu de l’unité à un moment, c’est que cette ville a toujours parlé de disses, de bastons et de beefs entre quartiers etc…Les gens en ont marre de ça, les coups etc…Les gens veulent de l’unité… (Il se met à chantonner) “I want to talk about…goin out, partying…”
90bpm : Héhé. Ok. Une petite dernière question : quels sont tes liens avec la musique House? J’ai cru comprendre que tu avais produit des titres house…?
Marley Marl : Ouais, j’ai toujours été un grand amoureux de la house, et ce dès que j’ai commencé a bossé aux côtés de Mr Magic sur son show…
90bpm : Ouais, Force MDs c’était déjà bien électro.
Marley Marl : Ouais, exact. Ce qui se passait c’est que j’avais un show nocturne sur BLS, une partie de show, en parallèle de l’émission de la journée, durant lequel je passais de la House et des trucs très électro…Tu sais à l’époque hip hop et House étaient très liés, aujourd’hui c’est plus dur de voir des DJs crossover…Tu ne risque pas de voir des disques de house apparaître dans les sélections de DJ rap… J’ai donc toujours eprouvé cet amour fort pour la house…
90bpm : Et tu as sorti des trucs, vinyles ou autres?
Marley Marl : Ouais, j’ai pressé des vinyles, des instrumentaux, quelques 12”, et je vais jouer cette année sur de gros festivals en Europe et ailleurs, Ibiza cette année… Je n’ai pas le détail des dates mais je sais que je vais jouer sur de gros festivals…
90bpm : Un dernier mot pour les lecteurs, pour ceux qui te connaissent depuis 20 ans comme pour ceux qui te découvrent aujourd’hui via 90bpm ?
Marley Marl : Je veux juste vous remercier. Je veux remercier toutes les personnes ici, tout les gens qui y croient, ceux qui continuent d’y croire, ceux qui respectent l’âge d’or du hip hop, et qui ne lâchent pas l’affaire. Merci donc aux personnes en France et partout ailleurs de continuer à suivre ce que je fais et ce que j’ai fait. Merci.
Propos recueillis, transcrits et traduits par Lucas Blaya aka Lux pour 90bpm
[30.04.07]
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