Je viens de lire une interview bien faite de vous sur acontresens.com où vous expliquez vos débuts, je crois que ce n'est pas la peine d'y revenir.
Hi-Tekk: Surtout sur internet, les gens qui vont lire cette interview nous connaissent déjà un peu.
Mais vous ne dites pas d'où vient le nom La Caution.
Hi-Tekk: Le nom c'est Nikkfurie qui l'a trouvé. On était 5 rappeurs à la base et on formait Les Cautionners. La Caution c'est devenu juste Hitekk et Nikkfurie avec Dj Fab. La Caution c'est un gage de garantie c'est pour cela qu'on a pris le nom en plus d'être un nom qui claque, tout simplement. Maintenant Les Cautionners sont une extension de La Caution avec Saphyr Le Joaillier, 16s64 et notre petit frère Izno.
Nikkfurie El Manifesto, Hi-Tekk le receleur...
Nikkfurie: Nikkfurie c'est le nom d'un personnage de comics. J'aime bien le nom mais le personnage en lui même, je m'en fout. C'est dans Marvel, un agent du Sield. Le nom claque, on pouvait le prononcer en français mais faut pas y chercher un concept particulier.El Manifesto, c'est par rapport à un délire que j'avais, le Manifeste du Parti Nikkfuriste. El Manifesto, ce blaze a une connotation plus musicale, une beauté du nom plus liée à mon travail de producteur. Manifesto sera le titre de mon album instrumental. Nikkfurie c'est la personne qui rappe, Manifesto va mieux pour mon travail musical.
Hi-Tekk: c'est par rapport à un délire futuriste que j'avais, j'essayais de faire des flows qui ne lorgnaient pas vers le passé, un nom qui serait toujours en accord avec ce que j'aime. Le Receleur c'est plus une vanne de mes potes à la base liée à une certaine époque on va dire...j'ai aussi un autre blaze, Gazol Premier, qui est un autre concept.
Les rues électriques, première apparition, la critique est unanime. Comment se fait-il que ce titre ne soit nulle part ailleurs que sur un maxi qui n'a jamais été réedité? Les gens qui n'ont pas platines découvrent ''Toujours Electriques'' sans forcément savoir que c'est une suite.
Nikkfurie: On l'avait sorti chez Assassin productions en vinyl. Il a eu un trés bon accueil, il est passé trés souvent sur Radio Nova. Malgré toutes les mix-tapes qu'on a faites ça a été notre véritable carte de visite. Comme on a quitté Assassin productions, les bandes leur appartiennent, il aurait fallu dealer un truc avec eux pour le remettre sur CD, mais on a quasiment plus de contact avec eux. C'est un peu notre mélodie fétiche, un truc qu'on va essayer d'amener sur la longueur comme Redman l'a fait avec ''Mary Jane girl'' sur chaque album, la même mélodie mais à chaque fois à une autre sauce. C'est dommage c'est clair mais en même temps ça donne une existence un peu collector à ce maxi là, maxi vinyl dont nous-mêmes on a plus qu'un seul exemplaire. ''Les rues électriques'' c'est vraiment un ovni dans le paysage français de l'époque, personne ne s'attendait à un truc comme ça en rap français. C'est clair que ça fait un pincement au coeur quand des gens me disent qu'ils ne peuvent le trouver nulle part, même pas en vinyl. A l'époque il était en écoute sur le site d'Assassin.
Vous ne le faites jamais en live? Je me rappelle lors de votre concert à La Scène à Paris, vous commenciez par faire ''les rues électriques'' et Dj Fab coupait l'instru après le premier couplet en enchaînant sur ''Toujours électriques''
Nikkfurie: Si on fait une vraie tournée on le fera. Concernant nos scènes actuelles, on essaye de mettre en avant les morceaux présents sur l'album. Quoiqu'on essaye aussi d'apporter d'autres trucs, même à l'état de maquettes comme le morceau remix avec Supermen Lovers, le remix de ''Starlight'', histoire d'apporter de la nouveauté au mec qui connait l'album et le show, même si ils ne sont que 10, 15 ou trente dans la salle. Au moins eux seront venus pour découvrir encore autre chose. Même nous quelque part ça nous saoule de faire 50 fois exactement le même concert. C'est bien d'amener à chaque concert quelque chose de nouveau, on aime bien ne pas avoir trop de règles dans un concert, comme ça on prend nous mêmes du plaisir à chaque coup différemment. On aime pas faire un truc trop carré genre chorégraphie répétée à chaque fois à l'exactitude. ''les rues électriques'' ça fait longtemps qu'on ne l'a pas fait et ça serait bien de le refaire dans un futur proche.
Le EP ''Asphalte Hurlante'' est sorti en mai dernier, plusieurs mois de recul...les retombées, l'accueil de la presse, les chiffres de vente...
H: Niveau des retombées on a eu un réel succès critique, les gens qui aiment La Caution aiment réellement et n'écoutent par bride ou par mode genre j'écoute la chanson du moment et je passe la semaine suivante à autre chose. Ceux ne sont pas des gens changeants. De ce point de vue là on a reussi à installer le groupe, le faire exister et créer un public.
N: Dire des chiffres ça n'intéresse que les gens ''du milieu'', le côté business ça n'intéresse personne.Presse ou pas presse, je suis persuadé de ce qu'on fait à 200%, depuis le temps qu'on fait notre truc. ce qu'on fait, ça a été pompé par ceux qu'on dit excellents maintenant. En fait cette album a permi de créer un public fidèle, chose qu'on a commencé à faire avec la tournée avec Assassin.
H: Plus que la façon dont la presse parle de nous c'est la musique qui compte avant tout. On a vu que les gens étaient réceptifs pendant la tournée qu'on a faite avec Assassin, donc la musique a fait parler par le bouche à oreille. On a amené un album complétement différent des modèles qui sortaient à l'époque avec une façon de rapper qui n'est pas la même, des sons qui sont vraiment propres à La Caution dont tu reconnais la patte dès la première écoute. En fait je ne me pose pas la question de savoir ce que vont penser les gens, on fait notre délire, et je pense que les gens préférent ça plutôt que quelqu'un qui va essayer de calculer leurs attentes et essayer de formater leur truc. Nous ça nous plaît, dans un sens on estime ne pas être unique, on se dit que si ça nous plait c'est susceptible de plaire à d'autres.
Un Ep en mai, pourquoi l'album aujourd'hui?
H: En fait on a fait le clip d'Aquaplannig qui était en gestation pendant un moment. Donc on a fait un remix pour ''Aquaplanning''. Vu qu'on ressortaite EP avec Wagram, un distributeur différent, on s'est dit qu'on allait pas represser le même album mais qu'on allait mettre des inédits pour satisfaire à la fois les gens qui ne connaissent pas et les gens qui nous suivent depuis le début, c'est une manière de remercier les gens qui nous sont fidèles, tout en préparant notre second album et d'autres projets qu'on a. 7 inédits plus un album instru comme on nous l'avait demandé ça fait un bel album qui condense trois produits. Au lieu de sortir trois disques et se faire plus de pognon, on a préféré tout condenser en un seul album et faire un cadeau aux gens qui nous ont supporté, c'est plus comme ça que l'on voit la chose. Même le prix de ce coffret sera moins cher que le prix du Ep actuellement.
N: Y'a plein de gens qui n'ont pas eu accès à notre Ep sorti en mai, on ne passe pas à la télévision ni dans les radios nationales.Même par rapport au disque lui-même, passé quelques mois le disque était difficile à trouver dans différentes villes de France. On sait que maintenant avec notre label deal entre notre label Kerozen et Wagram, un bon distributeur, ça va permettre de mieux redistribuer le truc partout en France.Pour un label indépendant c'est difficile de faire de la promo en province si tu ne passes pas sur un réseau national. Y'a toujours un petit décalage avec la province.
H: On voulait sortir du vinyl mais y'avait un obstacle financier. Le vinyl coûte beaucoup plus cher; pour un album en vinyl ça fait douze titres donc 4 faces et quand on a sorti l'album notre label ne pouvait pas se permettre ça. Grâce à notre deal avec Wagram on va pouvoir sortir l'album en vinyl, quelques semaines après la sortie du CD.
Le flow, l'écriture, l'univers de chacun des deux, décrit par l'autre.
Nikkfurie: Le flow d'Hi-Tekk? Tu mets ce que tu veux derrière, de la musique classique, un beat à 120, 60 ou 2 bpm, ce que tu veux, il rappe, tu mets le texte dessus, tu sens aucun problème. Son flow est super élastique. Son écriture, hyper métaphorée dans un sens qui lui est trés propre. Je vois où il veut en venir quand il parle d'un personnage, au début personne ne comprenait mais petit à petit les gens commencent à capter le délire, quel genre de littérature il lit, quel genre de films il affectionne. Même quand il parle de quartier il le fait d'une façon trés particulière, genre ''quartier dans l'espace'', il ne fait pas des métaphores juste pour le style, c'est un vocabulaire qui lui est propre. Si quelqu'un d'autre a le même c'est qu'il a été influencé par Hi-Tekk. Il a vraiment crée son propre univers lexical. Tous ce qui est élongation de flow, même moi je le fais maintenant et j'avoue avoir été influencé par mon frère car il le fait depuis 1995. Ce qu'il fait dans les ''rues électriques'', c'est une façon de rapper qui a bien pris aux States en particulier, lui le faisait de son côté et on était déjà tous égaré. Quand à son univers je le résumerais en disant: une angoisse estomachale.
Hi-Tekk: Je dirais plus un univers métallique et glacial.
H: Nikkfurie, si je parle de lui, je suis obligé de parler du son. Si tu écoutes ses productions et son flow, tu vois que tout est en parfaite adéquation. Peu importe le beat, il sera toujours mieux coller au son. Sur un son par exemple il va suivre le beat, un élement du sample, il va revenir, ça sera toujours parfaitement sur la mélodie, il peut vraiment faire ce qu'il veut, il peut passer du off-beat au posé, il va changer souvent de flow et de façon de se poser d'une façon complexe mais toujours en restant ultra dans les temps. Et quand il se décalle, la façon dont il appuye certaines de ses phases, ça me fait penser à des couteaux qui te rentrent dans le beat. Un flow précis, aigu, perçant. Son écriture est complexe, avec de bons multisyllabiques, de bonnes rimes croisées, des rimes qui s'enchaînent de partout, des rimes que des gens ne voient même pas. Parfois les gens s'extasient sur un truc que je vais trouver bon mais je fais préférer d'autres trucs bien plus subtils comme: "On sait l'heure qu'il est de notre Festina, beaucoup d'entre vous s'avèrent , au test, inaptes; Peu festif.Même en période estivale , mais ne pleure pas pour moi comme Argentina."
Les gens vont plus accrocher par quelques trucs plus tape à l'oeil. Il faut vraiment écouter l'alchimie du flow, du texte et du son.Tout s'enchaîne, tout se répond, tout est lié, sans rime gratuite. Un de mes couplets préférés de Nikkfurie est sur ''Culminant'': " Les keufs restent statiques : mes actes sont exacts et corrects , l'exam' est automatique , ma plaque éclatante reflète 2 chiffres relatant le trafic , une gueule de racaille organique , ceci en provenance d' Afrique , ils veulent nous voir sous plastique .J'te dis que si , moi, c'est Hardy , dixit Hi-Tekk ,c'est Laurel ; Noisy, je viens d'une ville ardue , j'espère ne plus être dans ce bordel .Mon rap , mon spectacle t'attire , on va dire que je suis pas acteur , que les crabes meurent d'un infarctus : sans rack d'effets ,ils craquent leur slip. Agile comme Fatlips , mon adlib pèse 4x4 livres , mon hymne est d'un autre acabit que celle de Marseille à Paris, c'est Nikk' qu'est dans sa cabine ,sur scène de Sarcelles à Bari, ma théorie en pratique : comme Saphir ,personne salarie"
Quand à son univers?
Hi-Tekk: Regardes, je prends une scène de stress, je vais la décrire par des symptômes physiques, ''Un mec qui se fait braquer dans une rue'', je ne vais pas décrire ce mec qui se fait braquer dans la rue, je vais décrire la rue, comment elle est, parler des gaz d'échappements, les ambiances lumineuses, le sombre de la ruelle, puis ce que le mec ressent face à cette situation d'angoisse dans son corps, accélération du ryhtme cardiaque, gouttes de sueurs, je vais être chirurgicale dans la description tout en mettant du flow parce qu'en même temps même si tu dis un truc intéressant, si y'a pas de flow, je trouve ça nul. Nikkfurie va être plus rentre-dedans, plus cru, plus John Woo, plus direct. Ecoutes ''Aquaplanning'' qui est en fait un peu le solo de Nikkfurie, moi je suis un peu en featuring vu que c'est lui qui a conçu l'histoire, moi je n'ai eu qu'à m'adapter. Quand il décrit tu vois bien des métaphores discrètes mais qui collent bien à l'histoire. ''J'avais pas le sourire donc j'ai été le commander au bar''. Lui serait plus John Woo et moi plus Scorsese ou David Lynch, par les ambiances que je vais décrire.
Hi-Tekk: Les gens pensent souvent qu'on met surtout du flow alors qu'on est grave dans le sens. Les gens ne s'imaginent pas à quel point on pourrait aller super loin si on ne racontait rien et si on ne faisait que du flow. Si c'est pour enchainer rime sur rime, je peux enchainer pendant des années avec la même rime. Rimer c'est pas le problème. C'est à la portée de n'importe qui, dictionnaire de rimes à l'appui.
Texte, flow, message, beat, comment classer vous ces termes par ordre d'importance?
H: Par ordre d'importance, le beat et le flow sans hésiter. La musique parle en premier. Pendant une certaine période, quelques mois d'écoute tu vas bouger dessus. Après dans 10 ans si y'a pas autre chose derrière il ne restera rien de ce morceau. Le texte arrive donc ensuite. et le message bien sur. Si tu écris un truc et que tu sais que tu vas le rapper des centaines de fois en concert, si tu sens pas ce que tu dis, ça va vite devenir chiant.
N: Ca commence à s'estomper mais y'a eu un gros problème avec cette histoire de message en France, un message peut trés vite devenir un mensonge. Y'a le politiquement correcte du rap, on le connait tous, on peut tous faire des messages dans ce sens là. Maintenant ce qui est bien chez un rappeur c'est avoir une autre vision de ce que l'on peut appeler un message. Amener un message comme ça, ça a souvent été amener à l'état de slogan. ''J'aime ci, j'aime pas ça', les flics c'est pas bien''. Kéry James, lui est le seul à reussir à écrire des textes comme ça ''à messages''. C'est sa personnalité. Il pourra toujours défendre ce qu'il fait.
H: On est formaliste dans le sens où la forme exprime un message par elle-même. Toutes phrases viennent de toi, reflètent ta personnalité, tu peux même faire des messages sans t'en rendre compte, pour toi ça peut te paraître évident, mais pour d'autres gens ils peuvent l'interpréter d'une autre façon, ça peut être banal pour toi, trés fort pour d'autres. On laisse les mots s'exprimer. On fait de la musique, le flow a une importance essentielle, si tu écoutes c'est que tu aimes bien le flow. Je peux être d'accord avec ce que dit un mec mais si je détestes l'entendre je préféres aller le lire en bouquin...On essaye d'être en symbiose avec le son. Le ton que je vais utiliser va être en fonction du son. En général j'ai déjà une structure de texte prète dans ma tête et quand j'arrive en studio, j'écoute le son je lie le tout et ça me fait un texte qui colle au son. J'aime bien garder une certaine spontanéïté quand j'arrive en studio, j'arrive avec quatre, cinq phrases qui traînent dans ma tête ou sur un carnet et à la fin j'écris sur place sauf pour des morceaux comme ''Aquaplanning'' ou ''Asphalte hurlante'' où j'écris le texte chez moi. On est pas à l'école, c'est pas du travail scolaire, je ne me ramène pas avec un texte que j'ai écris et réecris pendant des mois.
N: Je fais toujours des sons avant d'écrire. Comme j'ai passé plusieurs heures sur tel son, je vois l'ambiance que dégage ce son et je vois tel thème ou idée qu'on voudrait aborder.
H: On est en général toujours d'accord pour le son à choisir pour tel thème. On fait chacun des concessions de notre côté, c'est nos goûts qui se mélangent. En plus pour les prochains projets il y aura des instrus d'autres personnes que Nikkfurie comme celles de Dj Fab ou de Dj Duke.
Le premier à avoir eu l'idée de rapper ?
Hi-Tekk: C'est Nikkfurie. Moi je graffais avant, quand j'ai commençé à rapper je pensais avoir un style et une voix trop différente pour rapper et en fait c'est au contraire cette différence qui a crée mon style. Ce que je pensais être un défaut était en fait une qualité. Je me suis faire opéré de la gorge et je n'ai pas la même voix quand tu réecoute ''Les rues électriques'' et ''Toujours électriques'' par exemple. J'aime bien rapper de façon assez lente, je préfére les rythmes laid-back. C'est comme des percussions sur un beat, il faut que chacun de tes mots frappent sur le beat, ça n'a rien à voir avoir réciter un texte. Je vois le beat de manière mathématique, avec des impact où frapper à tel moment et les décaler de façon à ce que ça reste dans une logique de temps tout en décalant mon flow.
Tu continues de dessiner ?
Hi-Tekk: En fait j'ai commençé à tagger et à graffer en 89. J'ai fait partie de plusieurs crews; CDA, GKT avec Tean et Daxe, TWS. Mais bon j'ai continué en solo avec mon pote Sione. J'ai fait exclusivement des persos et des décors, lui s'occupait de lettrages. Je posais Azor puis Moham400 (Moham pour mon prénom Mohammed et 400 pour la contenance 400ml des bombes), j'avais accroché avec le nom Futura2000. J'aimais beaucoup ce que faisaient Futura2000, Mode 2, Jonone, Skki, Seen, Crayone, PCP, Number 6...j'ai arrèté le graffiti il y a 4 ans mais j'ai continué à dessiner. J'ai réalisé la pochette de la mix-tape L'Antre de la Folie, le flyer des soirées AlterNightiv' au batofar a repris en fait un de mes graffs. Sinon j'ai travaillé avec Dimitri Simon à la réalisation de la pochette du EP et de l'album. J'aime bien le grain de ses photos, il maîtrise trés bien l'outil informatique. Je lui explique les élements que je voudrais voir à tel ou tel endroit sur la pochette et il les travaille sur ordinateur. Pour le logo de La Caution par exemple, je voulais voir des flammes sur le côté du nom comme sur le jeu Crazy Taxi sur Dreamcast. J'ai également réalisé toutes les illustrations à l'intérieur du livret de l'album.
Ta culture musicale et son influence sur ton travail de producteur
Nikkfurie: A la base la culture musicale est orientale du fait de mes parents. En tant que marocains, mes parents écoutaient beaucoup de Chaabi marocain (Chaabi signifiant musique populaire), peu de raï, mais mon père a une grande collection de vinyls égyptiens de Farid El Attrache et Oum Kalsoum qui sont parmi les plus grands compositeurs de la musique arabe. En grandissant je suis devenu de plus en plus fan de la musique orientale tout court sans être un grand connaisseur.Il y a également la culture que nos ''grands frères'' du quartier nous ont transmise d'une certaine façon et uqi est la funk. Notre génération a été beaucoup marqué par la Funk, et plus tard on est revenu également vers la soul. Quand le rap est arrivé, c'était le prolongement de toutes ces influences.
La culture télévisuelle, le Top 50 notamment, à la fois trés variété, pop-rock avec Duran Duran par exemple, et new wave m'ont aussi quelque part influencé mais plus indirectement. Tout cela a fait un mélange que l'on retrouve dans mes goûts en rap et le fait que je kiffe autant King of Rock de Run DMC qui est super rock, les albums des Beastie Boys, les productions de Rick Rubin pour Public Enemy que je trouvais mortelles et trés hardcores, que les trucs avec un gros breakbeat des JB's, les bons beats de James Brown comme on retrouve sur ''I need a gangsta bitch'' d'Apache, le gros funk d'Eric Sermon avec les débuts d'EPMD ou des trucs plus électroniques comme le ''You talk too much'' des Run DMC.
Tu acquierts un feeling par rapport à ce que tu as aimé et qui se ressent évidemment dans tes productions. Ce background musical me sert inconsciemment à faire mes morceaux. Mais de façon général j'ai été beaucoup plus influencé par la funk que par la soul ou encore moins le jazz et ça se ressent dans mon album instrumental par exemple.Toutes les compositions de la fin de la funk m'ont vraiment plu. Nile Rogers, Bernard Edwards, Chic, Sugarhill Gang, Whispers, toutes leurs compositions étaient trés accessibles, trés pop en ayant à la fois ce côté plaisant et festif mais aussi un grain particulier, une âme. Sans parler de la qualité des chanteurs et chanteuses comme Sister Sledge. Difficile de faire mieux question voix.
En grandissant je suis allé un peu plus loin en arrière en m'intéressant au travail d' Otis Redding, tout le catalogue du label Stax dans les années 60, dont chacun des musiciens avaient un talent incroyable. Sur ce label, il y avait également Sam and Dave qui avaient été découverts en train de chanter dans la rue et ont connu le succès avec un titre comme ''Soul Man''. Ce label incarne la performance et le talent et c'est ce que j'aime chez ces gens. Après la mort d'Ottis Redding (en 1967, ndlr) l'autre star de stax c'était Isaac Hayes. avec une voix et cette chaleur dans ses compositions. Dans cette veine soul il y a également l'orchestre de Barry White, le Love Unlimited Orchestra, un groupe trés fort niveau composition, avec du goût. Les B.O de films également m'ont beaucoup marqué, les compositeurs comme Quincy Jones ont tellement fait un travail grandiose, ça s'écoute comme de la musique plus que comme la B.O d'un film.
Dans mes références hiphop, il y a Dj Premier. J'accrochais pas du tout avec les débuts de Gangstarr, j'ai jamais été trés sensible au Jazz, j'ai préféré les sons qu'il a fait plus récemment, son travail sur le découpage des samples; Dj Premier a ce goût de prendre telle boucle et de la décomposer de telle façon, ses choix de grosse caisse et de caisse claire avec leur côté saccadé, ça a l'air facile mais il n'a pas été égalé dans ce style là.
Sinon il y a aussi EL-P de Company Flow. D'ailleurs Cannibal Ox est l'un de nos albums de l'abum pour Hi-Tekk et moi (avec Aesop Rock ''Labor Days'', autre album sur Def Jux, label d'El-P, ndlr). Il amène quelque part cette ambiance que RZA avait amené avec le Wu-Tang, un truc trés particulier, c'est une sorte de nouveau RZA qui transcende les barrières, avec un son encore plus dur. J'aime beaucoup son travail sur le grain de ses beats, le décalage de la caisse claire; c'est un déclinaison du travail d'un RZA à l'infini. Finalement El-P a crée l'anti-groove, et le plus paradoxal c'est qu'il a reussi à fait groover l'anti-groove en nous font bouger la tête sur ses productions. L'album de Company Flow ''Funcrusher plus'' est un classique, comme son album instru avec Mr Len ''Johnny's goes to the Hospital'', ses productions pour Cannibal Ox, notamment "Pigeons" et "Iron Galaxy". J'ai aussi beaucoup aimé le morceau qu'il a produit pour Latyrx (Lyrics Born et Lateef the truth speaker signé sur Quannum, le label de Dj Shadow, ndlr). Mais je comprends qu'on trouve que ses sons soient durs à digérer.
Sinon j'ai beaucoup aimé le travail de Dan The Automator, ses projets avec Del comme Deltron 3030. par contre je n'ai pas du tout accroché avec l'album Gorillaz. Dj Shadow bien sûr, notamment ''Entroducing''. Plus classique, les sons de Rockwilder et toute cette vibe funk qui se dégage de ses sons pour Redman. J'ai envie de citer également Charlemagne et son travail de producteur pour le groupe Natural Elements. Il y a aussi Organized Noize avec Outkast et Dungeon Family, ce que j'appelle du Néo-Funk.
Timbaland d'un point de vue de la production a crée les seuls morceaux de r'n'b que je peux écouter. J'aime bien aussi Sean J Period (qui a produit pour le rappeur Mike Zoot notamment, ndlr) qui me rappelle un côté Herbie Handcock. Sans oublier pas mal de productions de Large Professor, Diamond D ou Marley Marl.
Le matériel
Nikkfurie: Pour les sons j'utilise un S2008i et un Atari Cubase. La particularité que j'ai est de ne pas bosser avec un clavier, ni un clavier maître, ni un expender. A l'époque j'avais pas d'argent pour acheter un clavier maître donc j'ai appris sans, maintenant c'est instinctif, je connais les notes du clavier par coeur et je les rentre directement sur le séquenceur. Je connais la note de base. Après t'avances à tatonnement si une note ne colle pas tu remontes à la noir au dessus. Dans le concept c'est plus relou parce que c'est moins tactile, mais à force de le faire, c'est devenu une habitude et j'ai même pas l'idée d'aller choper un clavier maintenant alors que ça doit pas coûter plus de 500 frs. On me prète aussi de temps à autre une MPC 2000.
Avant je bossais chez des potes sur leur matériel. Le maxi ''Les rues électriques/Une tour vers l'arc en ciel'' a été fait sur une MPC 2000 comme le morceau ''toujours électriques''. Il y a des différences de sonorités, de grain entre la MPC et l'Akaï S2008i. Tout se rattrape, le tout est de trouver ce que tu veux faire avec ton sampleur, par exemple si tu veux qu'un truc soit groove de façon bien droite et directe et avec un gros son, une MPC sera plus efficace au niveau du séquenceur qu'un séquenceur Cubase. A un moment d'ailleurs je détestais Cubase, je n'aimais pas cette façon de tout voir, de tout clarifier que l'on trouve avec le Cubase. mais en rentrant dedans j'ai appris à utiliser Cubase à ma façon et c'est un bon logiciel.
La production à proprement parler, l'art d'utiliser les samples
Nikkfurie: Tous les trucs joués dans l'album sont des samples. Je me fais des banques de sons à partir même de demi-seconde d'un bout de nappe de classique. Comme je n'ai pas de disque avec des trucs à sampler dont le grain me plait avec toutes les notes, je vais peut être avoir le do ou le do mineur qui vient de tel bouclage de nappe, et une guitare qui vientcomplétement d'ailleurs d'un truc rock ou funk, mais avec des notes qui se correspondent entre elles d'horizon totalement différents. Comme je n'ai pas de clavier ou d'expender, je fais beaucoup d'accordage, de travail pour accorder telle ou telle note avant même de créer une mélodie. Je prends rarement une boucle comme ça, ou sinon je l'habille tellement que ce que je rajoute amène encore plus que la boucle elle-même qui ne sert au final que d'ambiance à ce que je veux amener.
Certains se retrouvent bloqués par une boucle qu'ils ont pris en entier comme certains trucs de rap français se voulant électro qui est devenu plus de la new wave que de l'électro, et ils restent bloqués dans les trucs new wave avec cette structure pied/ charley/caisse/pied/charley/caisse. C'est à la base de la house, l'instru rebondit, ça fait bouger. Mais quand tu amènes une boucle complète comme ça et que tu dois rajouter un beat dessus, le résultat à mon goût est le plus souvent raté.
Le pied ou la caisse que tu vas rajouter ne rentrera pas, ou ça se verra que tu as rajouté un beat par dessus un sample et ç'est le genre de truc que je déteste. J'aime avoir une homogeineté dans le tout. Vu que je fais des sons, d'un point de vue d'auditeur je sens trop la MPC d'un gars par dessus une boucle. En ce sens, c'est assez difficile de prendre une boucle entière, et de la faire rentrer dans ton beat tout en y mettant des effets et que le tout ait un bon rendu.
Pour le morceau''Culminant'' j'ai énormément découpé le sample avec le sampleur, j'aurai voulu le mettre en entier, mais en terme de droits j'ai pas pu puisque vis à vis de notre Warner, notre éditeur, tous les samples doivent être clearés. Ce sample est trés long à la base et c'est l'un des trucs les plus beaux que j'ai écouté dans la musique de films. J'ai tourné ça à ma façon en utilisant que des petits bouts que j'ai rejoué allié à d'autres trucs en y apportant ma touche notamment avec la grosse caisse claire un peu mystique limite bruitage qui colle bien à la boucle de base. Mais j'aurai vraiment voulu prendre la boucle en entier...
Certaines personnes fustigent l'usage du sample mais arriver à remettre au goût du jour la musique de quelqu'un, à la refaire péter, lui redonner une nouvelle enérgie c'est un taff, si tu as apporté quelque chose de neuf au sample de base., si le beat, les arrangements, même le rap que tu poses dessus font renaitre ce sample à travers ton morceau, tu as fait quelque chose d'incroyable. Quelque part je vois ça plus comme rendre hommage à un artiste qui tu as inspiré et que tu as kiffé que comme un copiage.Le sample ça peut être important, tu peux gagner en terme de grain, on ne peut pas forcément avoir la même guitare qu'un mec d'il y a 60 ans, où les mêmes méthodes d'enregistrement qui donnaient un son trés particulier. Spike Jones par exemple faisait plein de musique de dessin animés, tu entends ses sons avec beaucoup de souffles, pleins de bruitage à la bouche, c'est pas possible à refaire aujourd'hui, si t'as besoin d'un élement pour un de tes morceaux, quelque part en le samplant tu te fatigues pas, mais ce que tu cherches dans ce sample c'est la chaleur de ce sample là en particulier, sinon tu prends un synthé et tu le rejoues, mais ce sample à une utilité, une fonction dans ta mélodie, il n'est pas gratuit.
Copiage, pompage, ceux sont des faux termes pour moi, ton talent, on le voit dans le résultat, l'intelligence dans l'utilisation des samples dans tes morceaux, dans tes mélodies. L'avantage du sampleur c'est que ça a permis à des gens qui ne connaissent pas le solfège, qui ne sont pas allés au conservatoire, d'exprimer leur talent dans la façon de canaliser pleins de courants musicaux différents et jouer en même temps en déclinant sur tout un clavier un petit bout de sample, c'est même pas accordé, y'a un gros travail à faire ensuite. Ca a permis à des gens de créer des morceaux terribles. Y'a d'autres formes de créations musicales, le sampleur en est un. . Tu peux avoir du talent musicalement sans connaitre le solfège comme les gnawa en afrique avec leur instruments traditionnels, pareil pour les percus, y'a un instinct de la musique que te permet d'exploiter le sampleur et je trouve ça mortel.
L'artiste que t'aurais aimé être...
Nikkfurie: Je pense à Quincy Jones, un des plus grands compositeurs pour moi car il a été capable de composer autant le meilleur de la Funk, dans le vrai sens du terme, que d'arranger voir composer des titres pop, incritiquables à mon goût, tout simplement parce que c'était fort! Je suis un grand amateur de B.O et Quincy Jones, Lalo Schiffrin, Isaac Hayes, Enio Morricone, et dans un autre registre, Mark Isham, sont des artistes qui ont marqué le public de ces films autant que le film lui-même. La versatilité de Quincy Jones, sans jamais faire défaut à la qualité, est une chose que j'aimerais avoir.
Quels sont les sons que tu as produit en dehors de La Caution?
Nikkfurie: J'ai produit le morceau d'Assassin ''elle est malade'' sur la compilaiton de King Jaïd ''Sur un air positif''. J'ai aussi produit l'un des morceaux du volet deux de l'Avant Garde, celui avec Tido, Manu Key et Taïro ''La musique notre lumière'', dans un registre complétement différent de ce que j'ai l'habitude de faire. Il y a également le morceau ''dernier round'' avec Pyroman/La Caution et Assassin.
Plus récemment, il y a eu le remix de ''Starlight'' des Supermen Lovers. Celui qui est derrière le concept Supermen Lovers et qui compose, avait aimé ''Les rues électriques'' puis avait découvert notre EP, par l'intermédiaire de connaissances communes on s'est rencontré et il nous a proposé de faire le remix de ce morceau. qui sortira sous la forme d'un maxi La Caution vs Supermen Lovers. J'ai produit deux morceaux pour TTC, ''Elémentaire'' qui figure sur leur dernier maxi et également le solo de Tido ''D'une clarté rarissime''. Dans les derniers projets, je produis un des morceaux de l'album d'Octobre Rouge en featuring avec La Caution.
Ton projet instrumental?
Nikkfurie: Je prépare en effet pour le mois de mai un album instrumental intitulé ''Manifesto''. J'ai eu envie de reprendre les influences de l'album mais en les poussant à l'extrème c'est à dire sans me limiter en prenant en compte les bpm, le fait qu'il faille permettre à un rappeur de se poser dessus...ça lorgne plus vers la musique électronique, il y a même un morceau jazzy, basé sur les rythmiques où tu as l'impression qu'il y a une batterie en live alors que c'est juste un sampleur. La plupart des sons sur cet album sont trés évolutifs. Il y a bien sur des similitudes avec mon travail sur ''Asphalte hurlante'' dans les arrangements et le mélange des élements organiques et électro. Mais tout y est plus poussé, la musique se suffisant à elle-même comme pour les musiques de film. Ca n'est pas fait dans l'optique d'être rapper.
L'intro de l'album et ce troublant texte: Main courante
Nikkfurie : Une main courante c'est ce que tu poses avant une plainte dans un poste de police. Y'a l'interlude un peu plus loin qui correspond à la plainte. C'est deux visions qui se répondent, notre vision, celle des mecs de notre quartier et la plainte est la vision d'un flic, anecdocte vraie d'un contrôle de police que j'ai véçu avec un pote où la Bac du 93 nous a contrôlé pour nous faire en fait un speech sur le département. On était face à un discours super hardcore, on a zappé pleins de trucs vraiment insultants, tout les propos sur les arabes pour ne pas paraître trop violent ou tout simplement pour qu'on nous prenne pas pour des mythos. La réalité dépasse d'ailleurs souvent les mythos. Et on a fait rejoué le discours que nous a tenu le flic par Jeremy, un ami à nous. La phrase qui revenait tout le temps dans la bouche du flic était:''Vous savez ce qui m'énerve le plus...'', le mec avait vraiment un problème psychologique. Il disait tout ce qui l'énervait dans le 93, là où on habite, accusant les juges de relacher systématiquement les délinquants. Dans ''Main courante'', qui est notre réponse on va répondre à ça ''Les juges sont maîtres d'une dramaturgie noble en blouse'', façon un peu plus poussée de dire qu'une bavure policière est un drame pour une famille, un type essayant de voler une voiture se fait tuer d'une balle dans le dos, 8 ans plus tard le procès arrive, le policier est simplement muté...le juge représente cette dramaturgie inattaquable. Une façon de dire que les juges relachent plus ce genre de personnes que nous.
Hi-Tekk : Si on a mis ''main courante'', c'est à dire notre réponse, avant les propos du flic, c'est parce que notre point de vue nous intéresse plus de tout façon donc on le privilègie en le mettant en premier. Ca représente bien notre façon de voir la situation sociale dans laquelle on est, de celle de deux arabes en France qui ont de la matière grise sous leurs casquettes.
N : C'est aussi notre volonté de ne pas faire un album fast-food du tout. C'est vraiment une retombée d'Asphalte Hurlante, le Ep qui est sorti en mai dernier. Plein de gens nous ont dit ''ouais tel morceau est mortel...'' mais plein de gens n'ont pas calculé au début des morceaux comme ''Asphalte Hurlante'' ou ''Culminant'' et nous ont dit plus tard qu'ils étaient passé à côté à la première écoute. Les gens ont l'impression que tel morceau est basé uniquement sur le flow et se rendent compte après l'importance du sens et du texte. On trouve ça bien d'amener cette démarche où les gens sont obligés de faire attention aux textes. On aime bien planter le décor avec un truc originale, inhabituel...on trouve cohérent de mettre les morceaux dans cet ordre là.
La Caution, Rap science fiction?
Hi-Tekk : C'est marrant, parfois on lit dans la presse que notre album parle de trucs futuristes, de science-fiction, en fait dans le fond c'est un album brut qui parle d'urbanisme, de cités, de quartiers, d'embrouilles entre jeunes. Y'a une double lecture. La littérature d'anticipation comme les livres de Philips K Dick m'inspire beaucoup, les ambiances paranoiaques, de suspicions, les visions de caméras de surveillance omniprésentes. Des atmosphères beaucoup plus psychologiques que de Science-Fiction. Les gens sont réceptifs à "Métropolis" par exemple. Mais c'est un peu relou quand je lis ''ouais Hi-Tekk a un délire Science-Fiction'', c'est pas vraiment ce qui se dégage de mes morceaux. Regardes ''Changer d'air'', ça parle de deux gars qui perdent complétement là tête. Un des mecs craque, il n'a pas de taff, les galères liées à l'argent s'accumulent. le mec devient pote des cafards tellement il pète un câble. A la fin il veut tuer des gens. Les cafards incarnent la sale race, c'est à dire nous. Il fait une fixation sur les cafards, il voit des cafards géants qui lui jactent et lui disent ''ouais j'ai une pelle, une tronconneuse, une envie de carnage'', comme si le cafard lui disait d'aller tuer. S'il se fait serrer il dirait ''c'est pas moi c'est le cafard qui m'a dit de tuer des gens''. J'ai eu en tête la photo d'une scène d'un film sorti il y a quelques années dans laquelle on voit le personnage principal, un écrivain assit devant sa machine à écrire, un cafard géant devant lui en train de boire et de lui parler. Un trip genre Kafka, surréaliste et angoissant, ça m'a fait penser aussi à un livre de Philip.K. Dick où un mec fait une fixation sur des cadavres, et s'asperge d'insectisides.
Nikkfurie : C'est mortel parce que t'arrives avec un truc sans faire ce que les gens veulent entendre. Quelqu'un qui aime La Caution mais qui n'aime pas le rap parce que c'est trop banlieue ou que ça ne le concerne pas, va accrocher avec notre groupe alors qu'en fait la vie en banlieue c'est exactement ce dont on parle.
20 000 lieux sous la merde. L'intégration. La banlieue. le quartier.''Hexagonale est notre orbite''
Hi-Tekk : On sert trop souvent de boucs émissaires, quand t'es arabe et musulman, les gens ont un regard particulier sur toi. Pour moi être intégré dans une socièté c'est quand tu y consommes, tu achètes des trucs et que tu penses et tu parles dans la langue du pays. De ce point de vue là on est tous intégré. Mais les gens parqués dans des blocs, sans argent, font que tu n'es pas intégré économiquement. Ces gens là restent toute la journée à fumer des bédots, à tisser, à rester en groupe, à parler entre eux. Cette vie dans le quartier leur donne le sentiment d'appartenir à quelque chose.
Nikkfurie : On est une minorité de marocains dans un quartier avec beaucoup de kabyles algériens. On peut désigner cet ensemble de personnes par le terme arabes même si ce terme ne correspond pas à une réalité géographique puisqu'on ne vient pas d'Arabie mais du Maghreb. Mais y'a un héritage de langue, de religion, de culture qui fait que tous les maghrébins se sentent arabes et ont le sentiment d'appartenir à une communauté que soude en plus cette vie de quartier.
Hi-Tekk : La presse classe notre album comme ''expérimental'' comme si on parlait de science fiction. Dans un article, j'ai même lu qu'on faisait du ''rap anti-caillera''. Ca me fait marrer. Je comprends déjà pas le terme caillera. Un arabe ou un noir en jogging, c'est ça une caillera? Beaucoup de ces mecs de quartier sont qualifiés comme ''cailleras'' terme extrémement péjoratif. Un cliché de plus. T'as des mecs qui ont fait cent fois plus de crasses qu'un gars sappé en jogging, propres sur eux et qui passent partout...si j'avais été blond aux yeux bleus, j'avais pleins d'idée (rires).....si être une caillera c'est un mec qui embrouille des gens et qui magouille, Chirac est une sacré caillera...
Nikkfurie: Il y a une rime dans la mix-tape l'antre de la folie qui résume trés bien notre position par rapport à ça c'est: ''Un arabe ou un noir, un survét et un pitbull, le monde primitif, des clones que le rap couve'' voilà le prototype d'un rappeur qu'on veut nous imposer, un mec sans cerveau , comme on voudrait créer un prototype d'un mec de banlieue, y'a des riches en banlieue. On préfère le terme mecs de cités, y'a un esprit mecs de cités, c'est clair.
Hi-Tekk: On a vécu tout notre vie dans une cité à Noisy le sec, on a jamais véçu dans un pavillon, je ne le revendique pas cette vie de cité, c'est naturel pour nous. Je ne le montre pas particulièrement comme une fierté, j 'ai pas besoin de le revendiquer à tort et à travers contrairement à d'autres qui n'habitent pas dans des cités mais mythonnent en s'inventant une vie de bandit. Maintenant, en être fier en n'étant conditionné que par ça, c'est pas du tout notre concept, on a des racines, une culture mais aussi un cerveau pour faire la part des choses. Quand on parle d'une ville, d'un quartier, faut bien se rendre compte que la ville en elle même on s'en fout, elle ne nous appartient pas, on parle plus des gens qui y sont, qui nous sont proches et auxquels on est attachés, on représente plus des gens qu'une ville.
Nikkfurie: Quand les gens disent arabes, ça sonne le plus souvent sale surtout en ce moment....c'est la race la plus haïe du moment. Rebeu ça passe mieux. Mais bon c'est politiquement correct. Arabe finalement c'est politiquement incorrect. On parle le dialecte du maghreb, l'argot de l'arabe. J'aimerai connaître l'arabe littéraire sur le bout des doigts. J'ai déjà écrit une interlude en arabe dans laquelle je retrace les galères d'un immigré marocain, en l'occurence mon père, qui a passé le Détroit de Gibraltar pour venir s'installer en France. C'est une sorte d'interlude rimée en arabe. Mais bon je ne ressens pas vraiment l'envie de rapper en arabe. On utilise quelques mots comme ça dans nos textes comme "Lah ya rahmo" (Que Dieu lui fasse miséricorde) ou Baad cherr (que le mauvais soit éloigné) dans ''rétrospectives'' ou encore "incha Allah kher" (Le bonheur si Dieu veut) dans ''Aquaplanning''. On ne met pas des mots que d'autres utilisent souvent comme ''zarma, kho' ou dawa", parce qu'on ne les utilise pas dans la vie courante. On ne va pas se forcer pour faire ''genre'' et légitimer un cliché de plus. Ou sinon on parle en arabe total dans certaines situations pour pas se faire comprendre d'autres personnes, mais on intègre pas trop des mots arabes au français. Par contre il y a un certain nombre de mots africains et surtout manouches, puisqu'on habite près de Montreuil, qui font parti de notre vocabulaire quotidien, comme liaveur (voleur), snicav (sucer), narvalo (ce crétin, ce oof), pillav (boire), bikrave (dealer), jlave (trou de balle) que Hi-Tekk dans le morceau''Comment on te voit''.
Rien à voir mais...la dépénalisation de la drogue douce?
Hi-Tekk: Je m'en fous, j'y pense jamais, mais je vois dans ma cité, même les petits dealent. l'économie d'une cité tourne beaucoup autour du traffic du shit. Dealer est devenu d'une grande banalité. Pour les mecs de cité qui en ont besoin pour ramener de l'argent dans la famille, pour manger tout simplement, imagines que si l'Etat dépénalise, chacun peux aller acheter du shit dans un bureau de tabac comme des clopes. Le mec de cité, pour se faire sa thune, il va faire quoi? tomber dans une délinquance plus dure, plus dangereuse, dealer des drogues dures, faire des braquages, ça va créer de nouveaux délires.
Nikkfurie: Moi perso je suis contre la dépénalisation. Un joint ça peut être pris comme un truc sympa. mais d'un autre côté tu vois des gens qui ont pété les plombs à cause de cette drogue là. Comme avec l'alcool, le shit à répétition est une spirale qui t'amène à ressasser tes problèmes. Je considère ça comme une drogue autant que l'alcool, ça change ton état. Que tu l'achètes à l'Etat ou que tu l'achètes dehors pour moi c'est la même, ça reste une drogue. Je trouve ça encore plus aberrant de donner de l'argent à l'Etat là dessus
''Nous sommes César, rendez nous ce qui nous appartient''
Nikkfurie: C'est une métaphore ironique, c'est un private joke entre nous et d'autres rappeurs. On a été parmi les premiers à rapper de cette façon, en amener un certain style.On parle simplement d'influence qu'on a pu avoir, d'un courant qu'on a pu lancer. C'est normal, c'est pas méchant ''genre tel batard nous a pompé", on est vraiment plus là dessus. Après que des américains aient fait parallèlement dans un délire qui est plus ou moins proche du notre, ça a amené des gens à dire qu'ils étaient inspirés par les américains et pas par nous. Y'a tellement de gens qui ont été inspirés par notre délire. Notamment notre façon de voir le rap en terme de performance. Quand c'était l'époque du conscient et du texte qui primait, le texte seulement valant et légitimant un morceau de rap, on était carrément dans un autre délire. Beaucoup de gens pensaient que nous ne nous résumions qu'à du flow et à un exercice de style.
Hi-Tekk: On avait encore plus de sens qu'eux mais eux parlaient clairement en utilisant des slogans simplistes.
Hi-Tekk et ce"Je ne suis pas un psychiatre, si tu as des problèmes règles les!"
Hi-Tekk: Je n'ai pas de solutions à tes problèmes, donc règles les par toi même. En fait c'est sur un ton ironique que j'ai sorti cette phase, en ce moment y'a un délire qui tourne autour de ''je te comprends, je comprends tes problèmes...''. Le côté "rap-solution'' ça m'a trop fait marrer. Donc j'ai voulu faire une phase genre ''Tu as des problèmes? Je m'en bats les couilles, règles les par toi même, c'est ton souçi''. Certains rappeurs balançent des clichés genre je t'apporte la solution à tes problèmes mais en vérité ils s'en foutent de ta vie. Y'a une solution pour chaque problème, c'est à toi de la trouver pas aux rappeurs de te la dicter. C'est vraiment une phase qu'on a trouvé drôle. D'ailleurs j'aimerais qu'on véhicule plus l'image, l'attitude du mec qui va essayer de s'en sortir plutôt que celle du mec qui se lamente ''ouais c'est mort, de toute façon on est niqué par le système'', c'est là où on diverge de certaines discours larmoyants dans le rap français. On essaye aussi de dédramatiser certaines situations notamment par le concept de tiers monde galaxie. On est pas sous le feu des bombes à Bagdad ou derrière un mur en train de lancer des pierres sur des soldats israéliens.
Dans Métropolis on trouve cette phrase: " En Palestine, ce serait plus la pierre que le tir''
Nikkfurie : Ce n'est pas un morceau pro-palestinien, où anti-israéliens, il ne faut détourner nos propos. On élargit juste le débat cantonné à la cité et aux banlieues en parlant de ce que l'on nomme dans notre morceau ''une tiers-monde galaxie''. Mais sur cette question je me positionne clairement du côté de la Palestine. C'est même pas une question de religion. le FPLP, le front de populaire de libération de la Palestine est un mouvement à la base dont la majorité est chrétienne. C'est un rapport colonisé/colonisation, c'est tout. La phrase que tu cites signifie juste qu'en tant qu'arabe, si j'étais en Palestine, je serais de par mes racines, à la place du lançeur de pierre.
Hi-Tekk : Quand tu regardes le Maroc, quatre cultures, andalouse, berbère, juive, arabe, coexistent depuis des décennies, les gens ne se massacrent pas pour autant. Pendant l'inquisition, les arabes sont repartis avec les juifs et les espagnols. Les différentes communautés ont véçu ensemble et se sont mutuellement enrichies.Là c'est purement un problème de colonisation. Quand on accuse les arabes d'antisémitisme ça me fait rire parce que les sémites sont composés de quatre familles; les arabes, les hébreux, les philistins et les perses. Le terme lui-même est donc tourné dans n'importe quel sens. C'est le même problème avec les arméniens, les kurdes, pour moi c'est juste bon sens qu'importe la race, le peuple. Cette accusation d'antisémitisme est utilisée pour nous décrédibiliser, nous diaboliser.
On sent l'importance des refrains dans vos morceaux. Toujours cette volonté de ne pas faire comme les autres. Exemple le refrain dans ''Entre l'index et l'annulaire''.
Hi-Tekk: Dans le refrain on dit ''Lèves le doigt entre l'index et l'annulaire''. Les trucs bourrins, tout le monde peut le faire. C'est encore plus marrant d'aller dire à un mec d'aller se faire foutre mais sur un ton gentil. Je trouve ça encore plus hardcore alors que si tu arrives en criant ''va te faire niquer'' tu risques d'avoir l'air con. J'avais un vieux morceau où je disais ''j'aime les flics''. Je trouvais ça plus puissant que de faire un morceau genre ''je les hais ces fils de putes...''. je trouvais mille fois plus fort de faire style t'aimes les flics. Les gens comprennent tout de suite l'ironie du truc. C'est le même délire sur ce refrain. Tout le monde voit où on veut en venir mais on le fait de façon détournée.
Nikkfurie: On refuse la facilité. On aurait pu dire ''Que tout le monde lève le doigt en l'air et nique les keufs''. Ca fait plus recherché. Montrer qu'on sait écrire, métaphorer les choses pour les rendre plus belles, ça fait partie de notre concept.
Hi-Tekk: On est content que vous remarquiez les refrains, on se prend beaucoup la tête dessus. Les refrains sont la continuité de nos couplets, on recherche l'enchainement, sans qu'il y ait de cassure, de baisse de régime. Notre flow est assez hardcore, nos textes parfois complexes et le refrain doit être à la fois accessible, moins métaphoré mais toujours plein de sens. Toujours notre refus de la rime facile et gratuite, du refrain bateau et cliché. Ca doit résumer l'univers que tu dissèques dans tes couplets. On voit les morceaux comme des racines qui partent des refrains pour y revenir. Même si tu comprends pas toutes les images dévelopées dans les couplets, tu dois comprendre son essence dans la continuité du refrain. On taffe l'écriture ensuite pour que le refrain claque et soit entraînant.. Le refrain "d'almanach" symbolise vraiment cette façon de travailler les refrains. 'Souvent" ou "métropolis", sont une autre vague de refrain, peut être plus sautillant, quand on scande ''Une rage, une haine d'une tierce personne venant tout droit d'une "Tiers-Monde Galaxie,Une large peine me berce les sens , allant tout droit, le monde me catalyse"! ça a presque un aspect visuel qui matérialise cette rage du tiers monde.
Pourquoi "Aquaplanning remix" et pourquoi l'avoir choisi comme clip?
Nikkfurie: On a ressorti cet album avec des inédits pour parachever ce qu'on avait commencer avec le Ep ou il n'y avait que 12 plages dont deux interludes. On est pas avare ni de sons ni de titres, on en fait on en refera. On voulait parfaire, compléter le Ep parce qu'à notre goût il n'a pas eu autant de succès qu'il aurait pu avoir. Il a reçu un trés bon accueil, autant de la presse que du public. Mais on pouvait espérer encore plus. Cet album, on le fait pour nous et pour les gens. Si l'album peut âmener encore plus de gens à connaître La Caution, tant mieux. Il y a des titres qui auraient pu nous faire connaître d'un plus large public et faire connaitre cette sorte de rap à un plus large public, comme "Toujours électriques". On a pas faire de tourner promo en province lors de la sortie du EP, faute de moyens. La ressortie de l'album, est une chance de continuer à faire connaître La Caution. Plusieurs inédits et un remix.Pour Aquaplanning, on a rendu le remix plus mélodieux, un peu nocturne, accompagnant mieux à notre gout le thème qui peut paraître cool, une virée entre potes, mais qui garde ce fond mystique et hardcore, la mélodie parait joviale jusqu'au dénouement qui montre le drame. On a remixé ce morceau pour faire la meilleure version possible, c'est une autre vision musicale de la première version. On part des mêmes élements sonores pour arriver à un résultat complétement différent. pour mettre plus en valeur le texte. Avec le clip, la gravité du thème est mieux mis en valeur. Ce morceau montre une partie de notre état d'esprit.
Nikkfurie: C'est le morceau dans lequel on raconte une histoire en s'exprimant de manière la plus claire, et limpide. Visuellement ça amène des trucs plus facile à organiser, c'est plus facile que d'autre morceaux comme "Asphalte Hurlante" où il y a des méthaphores trés hardcores et complexes. On aurait pu faire un clip qui n'aurait pas collé au morceau, on aurait plus coller plus à l'ambiance qu'aux paroles ou alors au coup par coup si on avait choisit "Asphalte Hurlante" comme clip. "Aquaplanning remix'' c'est le seul morceau avec "Rétrospective", qui est dans la même lignée tout en étant dans une autre ambiance, où on peut coller visuellement phrase par phrase. On a longuement hésité à faire "Toujours électriques" en clip. "Aquaplanning'' est un morceau qui me touche personnellement. C'est un morceau qui nous tient en plus à coeur,une histoire vraie.L'idée du morceau vient moi, en fait j'ai écrit l'histoire, le déroulement de la soirée et Hi-Tekk s'est ajusté au texte en rentrant dans le personnage qu'il devait incarner.
Nikkfurie: Le clip a été réalisé par Raphael IV de chez Fokal. On a dressé les grandes lignes ensembles. Il a apporté la touche finale en faisant en sorte que l'ensemble soit visuellement crédible. On a contacté Ariel Wizman qu'on apprécie pour jouer le rôle du barman marrant qui lui allait bien. Pareil pour Francis pour jouer ce rôle un peu médical. On avait fait ce morceau à trois en fait, Hi-Tekk, Saphyr et moi et dans la chanson on est quatre, on s'en est rendu compte juste après avoir fini le titre. Dans le livret du EP par exemple on avait mis ''dans l'auto: Hi-Tekk, Saphyr, Nikkfurie et ?'' Et là on s'est dit ce ? autant que ça soit un truc original, qui légitime quelque part ce ?, ce point d'interrogation s'il cachait en fait un pote à nous, les gens nous aurait dit, mais à quoi ça sert ce ?, quel est son intérêt... On avait rencontré Ramzy qui en écoutant Nova avait découvert "Toujours électriques", il a accepté de faire ce petit rôle. Le clip a été tourné devant et à l'intérieur du Batofar à Paris.
Nikkfurie: Visuellement j'aurai bien aimé faire le clip de "Rétrospectives" dans un trip trés deep, une image sombre, ambiance coucher de soleil avec beaucoup de grain dans l'image, le tout trés lent, en illustrant ce qu'on appelle ''les galères tristes'' dans les quartiers, le fait de vivre dans un micro monde.Comme je l'avais déjà dit, tout ce monde que l'on cotoie jour après jour, cette promiscuité crée un état d'esprit "mec de quartier" sans qu'on le revendique. C'est naturel quelque part puisqu'on est né dans ce truc, ce mélange réprésentatif de la banlieue, ce mélange de gens qui fait que tu en apprends autant de l'étudiant, du sportif que du voleur , ce mélange forge une mentalité. Visuellement je pense que ça peux faire trés mélancolique dans la dureté. Le beat est assez gras, avec ce côté lourd, sombre, les longs mouvements de violons et d'harmonicas qui apparaissent pendant le refrain sont trés profonds, mélancoliques, deep. Y'a un mélange de crasse et de bon ''Ici , c?est le monde à l?envers , je côtoie des dealers et des personnes pieuses , des sportifs, des haineux ,des mecs simples et ces mecs en bleu?J?suis in-vitro, de là ou les sentences pleuvent , on se noie dans leur mer après avoir agonisé dans le fleuve" ça montre le côté hardcore tout en dégageant une fierté de pouvoir comprendre qu'on apprend de pleins de gens. Visuellement ça peut se traduire par un travail du grain de l'image qui colle au grain du beat. C'est moins ludique, pareil comme "Almanach" c'est un des morceaux que les gens n'ont pas capté tout de suite et sur lequel ils reviennent après plusieurs écoutes, ils nous ne reparlent après coup.
Votre album de l'année, en dehors du votre...?
Nikkfurie et Hi-Tekk: Cannibal Ox ''Cold vein'' et Aesop Rock ''Labor days''
5 albums intemporels?
Nikkfurie: Organized Konfusion ''Equinox'', Soul Of Mischiefs ''93 til' infinity'', Notorious BIG ''Life after Death'', Public Enemy ''It takes Nation a million to hold us back" et La Caution ''Asphalte Hurlante''.
[01.01.02]
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