90BPM : hip hop and rap magazine

 


  Interview

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Kool DJ Red Alert



Lors de sa dernière visite parisienne, il avait réchauffé le Globo aux côtés de Chuck D et Flavor Flav de PE. C?était il y a 18 ans. La venue du légendaire Red Alert à Paris pour la Block Party 7ème du nom était donc attendue comme événement de taille. Qui mieux que Red pour renouer avec l?esprit Zulu des jams du Bronx et des cyphers d?alors ? Nous avons ainsi rencontré l?homme, en jumper, casquette et adidas, et nous sommes revenu longuement sur les origines, les jams dans les parcs uptown, sa rencontre avec Herc ou Bambaataa. Un retour pédagogique sur les premiers disques et les premiers danseurs, les gangs et les débuts du graffiti. Sans oublier ses attaches au Flavor Unit, à BDP et le rôle qu?il a joué dans l?émergence de la Native Tongue. Back in the days et passage en revue de 30 années hip-hop.

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90BPM : Question introductive : peux-tu, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, nous expliquer qui tu es et quel est ton parcours ?

Red Alert : Peace. Depuis bien longtemps maintenant, je réponds au nom du légendaire Kool DJ Red Alert, un des DJs présent et actif aux tous débuts de cette culture hip-hop. Je fais mes trucs depuis plus de 30 ans, j’ai bossé en radio depuis 25…24, non 25 ans, et je suis toujours là, propageant cette culture autour du monde.

90BPM : Guru expliquait que lorsque tu avais joué pour la première fois en radio le “Manifest” de Gangstarr il était devenu dingue. Tout en rajoutant qu’il a commencé à faire de la musique afin que des gens comme toi, Chill Out ou Marley Marl passent ses disques, ceux de Gangstarr. Les témoignages à ton égard sont très nombreux, sans même parler de la Native Tongue entière ou de BDP, sur lesquels on reviendra dans quelques minutes. Que ressents-tu donc à l’écoute de tous ces témoignages élogieux à ton égard, de toutes ces personnes dont tu as influencé les carrières et forgé l’envie de pénétrer la galaxie hip-hop?

Red Alert : C’est cool…Je veux dire, tu sais, cette culture a, je dirais, pris le monde entier par surprise, et ce du fait que ses tenants et acteurs n’avaient à l’époque aucune idée de ce qu’ils avaient entre les mains. Même si en divers endroits du globe des gens ont essayé et essayent encore de couler cette culture, je constate que les personnes qui comprennent le hip hop, qui l’apprécient et qui en font sa promotion, la promotion de sa culture, sont présentes et unies. C’est le plus important. Le reste c’est pas très grave…

90BPM : Ok. Aujourd’hui, comme ce soir, l’appellation Block party est énormément réutilisée, dans de nombreuses circonstances. J’aimerais que tu nous évoques ce que tu gardes comme souvenirs de tes premières block parties, les sons, le matos, les gens, certains rituels…. Ces fêtes du temps des Merry-go-round de Kool DJ Herc et ses Herculords, Cock La Rock, DJ Timmy Tim, Cark Kent The Rock Machine… DJ AJ (dealer d’herbe avant de devenir le sous-estimé DJ de Kurtis Blow, ndlr), raconte dans une interview comment, comme beaucoup d’autres, il a été emballé d’emblée par les prestations de Herc : “Je suis devenu fan de Kool Herc. Partout où il allait j’étais là”. Comment toi tu t’es retrouvé à une party de Herc pour la première fois ?

Red Alert : Oh, je me rappelle bien, ça remonte à, mmm, au milieu des années 1970, quand tu avais beaucoup de gens qui avait l’habitude de se retrouver au parc et de montrer ce qu’ils savaient faire. Donc à cette époque tu avais les sound systems, dans le Bronx, New York, et tu sais, à ce moment là on sortait tout juste de l’ère des gangs…

90BPM : ouais, les Black Spades, Ghetto Brothers…etc

Red Alert : Ouais, les Spades, les Savage Skulls et beaucoup d’autres, tu vois, il devait y avoir un truc comme 15 à 20 gangs différents sur le territoire. Mais on en est sorti….Et donc, voilà qu’arrive un type de Kingston, Jamaique, qui allait apporter son propre style, un style unique mélangeant la façon dont il aimait passer de la musique, très jamaïcaine, avec la musique américaine, et il commença à faire tout ça dans le Bronx le plus reculé, là où il avait atterri. Et tout le monde dans son quartier commença à s’attacher à lui, à le suivre, il était comme le joueur de flûte, tu vois ? Il s’appelait Kool Herc. Kool Herc, lorsqu’il commença a sortir son propre sound system, sa propre amplification phénoménale, pour présenter ses sons à son audience, plein de gens prirent l’habitude de le suivre, d’être derrière lui, et de danser lors de ses fêtes, des gars qui deviendraient DJs par la suite, comme Flash, Grandmaster Caz…

90BPM : Theodore…

Red Alert : Theodore était trop jeune, il était trop petit…Tu avais par contre ses deux grands frères, Mean Gene et Cordeo, qui fondèrent les L Brothers, et qui incluraient Theodore plus tard… Donc, j’avais l’habitude d’aller aux fêtes de Herc, et on était toujours dingues, étourdis par les disques qu’il passait, par la façon dont les gens le regardaient, lui parlaient. Bref, ça nous a donné l’envie d’être comme lui, de faire la même chose, tu comprends ? En l’espace d’une année tout le monde a commencé à avoir son propre sound system, à le sortir dans différents parcs, dans le Bronx. On vivait ça tous les jours, avec tous ces gens venant à ces jams, se réunissant pour faire la fête…

90BPM : Les jams avaient lieux dans la rue, dans les parcs ?

Red Alert : Ouais, dans les rues, puis aussi dans les maisons de quartiers (neighbourhood centers), dans les parcs ou la maison de quelqu’un…

90BPM : Et les sounds systems étaient de fabrication artisanale ? Genres boxs jamaïcains avec scoops, tweeters…etc ?

Red Alert : Certains étaient construits artisanalement, d’autres ne l’étaient pas. Certains mecs allaient payer un gars qui construisait et assemblait le sound pour eux ou achetait les composants pour eux….et tu avais alors des gars de différents crews ou même sans affiliation particulière qui avaient l’habitude, à l’époque, de mettre en commun leur systems créant alors un gros truc…énorme ! (Rires)

90BPM : Héhé… Je vois, ça ne m’étonne pas…. Restons sur Herc. Herc raconte que la découverte du break-beat, de l’enchaînement de breaks à l’aide de disques identiques, a transformé littéralement les danseurs du jour au lendemain…Tu te rappelles de la danse à cette époque, des prémices du B-boying ? On dansait quoi, comment, sur quels breaks?

Red Alert : Les gens que j’avais l’habitude de voir, le premier “set” de B-boys dont j’ai souvenir, c’était lors des fêtes de Kool Herc, au milieu des années 1970. Il y a pas mal de personnes dont je me rappelle. Il y avait les Nigger Twins…

90BPM (Je le coupe) : Les Nigger Twins ?

Red Alert : Ouais, les Nigger Twins. C’était Keith et Kevin. Il y a avait aussi un gars qui s’appelait Eldorado Mike, un autre qui s’appelait Tricksy et il y avait un autre mec, le plus fou de tous, c’était Sau-Sau (prononcer Sha-Sha, ndlr). Il était le plus génial de tous. C’était donc ces gars là qui étaient connus comme B-boys. Il y avait aussi quelques filles, des B-Girls comme Lady Kasaam, mais pas beaucoup. Ils se mettaient à danser, à “breakdanser” comme des dingues lorsque Herc passait un certain disque, lorsqu’ils étendaient la “get down part” du morceau - avant qu’on appelle ça break beat, on appelait cette partie de la chanson la “get down part”, juste parce que c’est sur ce passage où tu commences vraiment à faire tes mouvements, tu vois ? – Les gens ont ensuite appelé ça le breaking beat ou le breakbeat… Je ne sais pas d’où vient cette appellation, mais c’est de là que je suis parti et à partir de là que les B-boys ont commencé a montré, devant un public, ce qu’ils savaient faire.

90BPM : Est-ce qu’à cette époque tu bougeais déjà avec ton cousin Jazzy Jay ? Comment vous vous êtes retrouvés à faire des trucs ensembles ? Tu étais à Harlem et lui venait de déménager dans le Bronx, non ?

Red Alert : En fait, j’étais un des seuls qui venaient d’Harlem mais allaient à l’école dans le Bronx. J’allais au lycée dans le Bronx et c’est grâce à ça que j’ai appris des trucs sur Kool Herc et l’ensemble de la culture hip hop. Et après un an et demi à l’université, je suis rentré à la maison et j’ai commencé à bosser et économiser de l’argent afin de me payer mon propre équipement. Je voulais devenir comme Herc, tu vois, comme beaucoup d’entre nous à l’époque. Et ma famille, mon cousin, Jazzy, et le reste des membres de ma famille vivaient à Harlem. Jazzy a commencé à venir à la maison de plus en plus, il a vu ce que j’avais, le matos, il m’a alors demandé de lui montrer, de lui enseigner les bases. Entre temps, ils avaient déménagé dans le Bronx, et c’est à peu près au même moment que ma tante a acheté à Jazzy ses platines et un petit mixer. Il a donc commencé à s’entraîner et est devenu de plus en plus fort, tu vois quoi. Mais pour en revenir à ce que tu disais, j’allais tout seul aux fêtes, parce qu’il était toujours trop jeune pour aller aux jams, il n’avait pas l’âge.

90BPM : il avait genre 12-13 ans ?

Red Alert : Un peu plus. Les choses allaient vite à l’époque. Après Kool Herc, après lui, quelques années plus tard, tu avais Flash et son crew, tu avais les L Brothers, DJ AJ, tu avais aussi ce gars appelé Smokey, Afrika Bambaata…

90BPM : Breakout / Baron…

Red Alert : Ouais Breakout, Baron…C’était fou. Tout le monde sur le territoire vivait vraiment le truc à fond, dans les quartiers, les différents « centres » du Bronx. Donc tu vois, ça a commencé à bien marcher, les gens avaient vu Kool Herc commencer, tout le monde voulait l’imiter, et c’est ce qu’ils ont fait en créant des jams partout, quadrillant le Bronx.

90BPM : C’est à cette époque où Flash et le Casanova Crew était au sud, Bam au sud-ouest, Breakout et DJ Baron au nord et Herc à l’ouest. Où chaque quartier du Bronx avait son sound system “attitré”… et où les clubs du sud Bronx laissèrent la place à Sedgwick Avenue, le Plaza ou le Twilight Zone sur Jerome Avenue, soit la partie ouest de BX ? Toi tu allais où ?

Red Alert : Oh mec !! J’allais partout ! J’allais au Blackdoor, au Dixie Club, au Warehouse Center, j’allais à l’Ecstasy Garage, au T Connection, à l’Executive Playhouse, au Hevalo…Il y avait aussi pas mal de parcs où les gars jouaient dehors : AJ jouait à Saint-Mary’s Park, Flash au 23 Park…Chacun avait son propre spot.

90BPM : Héhe… Tu as une mémoire folle. Poursuivons. En 1977, Herc se fait poignarder au Playhouse, une récession économique forte s’installe aux Etats-Unis. Le Bonx Brûle cet été là. Tu étais à New York lors du Black out de 1977 ? Tu en gardes quels souvenirs?

Red Alert :En 1977, durant le blackout, j’étais à ce programme appelé “Upward Bound”…

90BPM : “Upward Bound” ?

Red Alert : Ouais, Upward Bound. C’était ce programme qui te permettait de te préparer pour l’université (college), pour ceux encore dans leurs deux dernières années de lycée (high school). J’avais donc l’habitude, pendant l’été, pendant les jours de ce grand été, d’habiter directement sur le campus, afin de me préparer pour l’université, après mon diplôme secondaire. Les souvenirs que j’ai du blackout sont donc minimes, tu vois ?

90BPM : Ok. Revenons à la musique. Dans son livre The Rap Records, Freddy Fresh affirme à propos de Winley Records, je te le cite : “Je suis à présent convaincu, après avoir longuement discuté avec Paul Winley, que la chanson Rhymin’ and Rappin’ des ses deux filles est en effet le premier single 12” de rap au monde, AVANT King Tim III and Rappers Delight (in The Rap Records, Freddy Fresh, 1st Edition, The Ultimate Vinyl Resource Book, Nerby Publishing, 2004, soit la bible du digger appréciant old et mid school. Pour informations le groupe Fatback sort King Tim III (Personality Jock) chez Polydor en 1979 et Sugar Hill sort Rappers Delight en red label la même année. Le 12” dont parle Freddy Fresh, soit, Rhymin’ and Rappin / Watch Dog de Paulett and Tanya Winley est quant à lui sorti sur le label de Harlem en 1978, ndlr). Qu’est ce que tu en penses ?

Red Alert : Je ne sais pas si c’est vrai, tout ce que je sais et tout ce que je peux te dire, c’est que King Tim a toujours été reconnu comme le premier disque de rap avant tout le monde. Donc Paul Winley a sorti son disque, je ne sais pas si c’est vrai ou pas, si c’est documenté, je ne sais pas, je ne peux pas te dire. Tout le monde connaît beaucoup plus King Tim que le disque de Paul Winley, donc je ne peux pas vraiment te dire…

90BPM : Ok…Toujours en parlant de Paul Winley, que Bambaataa n’aimait pas particulièrement suite à l’histoire du “Death Mix”, tu sais qu’il a sorti en 1982, le fameux Zulu Nation Throw Down de Bambaataa & Soul Sonic Force et…. (Il me coupe)

Red Alert : Non, c’était pas 1982, ça date de 1981, et c’était The Cosmic Force et non The Soulsonic Force...

90BPM : Mais il n’y a pas un release de 1982, t’es sûr ?

Red Alert : tu parles bien de Zulu Throw Down ?

90BPM : Oui

Red Alert : Zulu Throw Down date de 1981. Laisse moi te dire…parce qu’en fait c’est le premier disque qu’a sorti la Zulu Nation. C’était en 1981, et Planet Rock est sorti en 1982. Ouais en 1982. Donc le Zulu Throw Down d’Afrika Bambaataa and Soulsonic Force…Non, c’était pas Soulsonic Force, mais la Cosmic Force, qui était composée d’Ikey “C”, Lisa Lee, Charlie, Chubby Chubb et Ice. C’était The Cosmic Force, qui avait émergé de la Soulsonic Force. Tu sais la Soulsonic Force, sous l’aile de Bambataa, c’était dix MCs, mais Bam décida de l’exploser en différents groupes…

90BPM : Comme The Jazzy 5…

Red Alert : Jazzy 5, ouais. La première formation qu’il a fait enregistrer, c’était The Cosmic Force, et c’est à ce moment là qu’il a capté Paul Winley, qui sorti le disque en 1981.

90BPM : Ok, c’est clair. Question : tu as encore des tapes / enregistrements d’époque de Zulu Nation jams et autres soirées qui dorment dans des tiroirs, chez toi ?

Red Alert : J’ai un paquet de tapes, parce qu’à l’époque il y avait vraiment peu de gens, au sein de cette culture, qui faisaient des tapes, qui étaient connus pour faire des enregistrements des soirées et des jams. J’étais l’un d’entre eux. Moi, un gars appelé Tape Master qui était down avec les Coldcrush Brothers, cet autre gars appelé DJ Randy qui était DJ pour ce club, le Harlem World…Il n’y a vraiment pas beaucoup de gars à l’époque qui faisaient des tapes. J’ai ces enregistrements…J’ai mis ça…J’ai du enterrer ça quelque part (il fait un grand geste avec les bras, genre coup de balais…)…mis tout ça dans un tiroir…héhé.

90BPM : Well, revenons à Bam, si tu le veux bien. Ton cousin a connu Bambaataa très jeune, alors qu’il était encore Black Spade et qu’il avait l’habitude de mettre ses enceintes à la fenêtre et de passer du son à Bronx River dans les années 1970. Jay le décrivait comme suit, d’après ses souvenirs d’époque : “Quand il traversait les cités […] on aurait dit le parrain traversant Little Italy”. Tu as quels souvenirs de ta rencontre avec Bam ? De ta première vision de ce mélange entre block parties, explosion des frontières gangs / territoires et esthétique Zulu ? Qu’est ce que Bambaataa représente pour toi, à l’époque et encore aujourd’hui ?

Red Alert : La première fois que j’ai vu Bambaataa, on était allé à un jam -c’est comme ça qu’on appelait ça, lorsque les gens avaient l’habitude de passer des disques, jouer de la musique en dehors des club, en extérieur, dans les parcs, on appelait ça des jams…

90BPM : Ouais, les jams…

Red Alert : On était donc allé à un jam, quelqu’un nous avait dit qu’il y avait un truc à Arthur Park, un jam à Arthur Park…Flash and The Furious 3 avaient l’habitude de jouer à l’époque dans ce parc. C’était le cas ce jour là, et alors qu’ils jouaient, alors que tout le monde était là, dehors, une bagarre a soudain explosé, puis des coups de feux…Donc quand tout le monde s’est dispersé, et que tout s’est calmé dans ce coin, on a entendu du bruit venir d’un autre endroit du parc, sans avoir idée de ce que ça pouvait être. Je suis donc allé vers l’endroit d’où venait le bruit, en fait de la musique, et c’est là que j’ai vu ce type derrière les platines, et cet autre type au micro. Il y avait un paquet de gens que je n’avais jamais vu avant, un autre jam. Dans le même Arthur Park. Et c’est là que j’ai regardé sur le côté, j’ai vu ce banc, avec plein de gens amassés dessus, bras dessus, bras dessous, allant et venant de gauche à droite, comme une vague (Red imite ce mouvement du corps de gauche à droite, sur son propre banc). C’était vraiment bizarre. E j’ai vu ce type, au milieu de tous ces gens amassés, il avait les bras comme ça (il met ses bras en croix, imitant un homme avec le cou d’une personne sous chaque bras). J’me suis dit: “Qu’est ce que c’est que ce truc ?”. Ce mec c’était Afrika Bambaataa. Plus tard, après avoir appris les bases du DJ à mon cousin Jazzy… (Il s’arrête). Il a grandi dans le Bronx…La première chose à dire, voilà, c’est que mon cousin a rencontré un mec appelé Disco King Mario….

90BPM : Mario du Chuck, Chuck City Crew ?

Red Alert : Ouais, exactement. Chuck Chuck City Crew…Il s’est donc rapproché de Mario. Mario s’intéressait à mon cousin…enfin, il avait entendu qu’il avait des platines et des disques. Mario, lui, avait son system, mais pas de disques…

90BPM : Ton cousin a donc commencé à bosser pour Disco King Mario ?

Red Alert : Je t’explique : il a demandé à mon cousin de s’impliquer, de jouer pour lui, et Jazzy et donc devenu down avec Mario. Mais le truc c’est que Mario ne s’occupait pas assez de mon cousin, je veux dire, en gros, il ne le payait pas… Pendant ce temps Bambaataa avait entendu parler de ce nouveau petit gars qui bossait avec Mario. Il dit (Red Imitant Bam avec un accent complètement fou) : C’est qui c’gars qu’est down avec Mario ?” et quelqu’un répondit à Bam : “C’est ce petit nouveau qui vient d’emménager dans l’quartier”, et Bam “Il vient de débarquer ? Ici ? A Bronx River ?”, l’autre : “Ouaiis!”. Bam a donc envoyé quelqu’un chercher mon cousin et lui dire simplement “Yo mec, tu dois jouer pour Bam! Bam veut que tu joues pour lui!”. C’est comme ça que Jazzy est devenu down avec Bambaataa, et c’est là que mon cousin a sorti un truc du genre : “Bon, tu m’as introduit, on est cool maintenant. Je voudrai maintenant que tu introduises mon cousin!”. Et c’est donc à partir de là que je suis devenu down avec Bam…

90BPM : Ok. Plongeons-nous quelques années après ce que tu viens de nous raconter…Tu te souviens de l’époque lorsque Spoonie G ou Moe Dee et les Treacherous Three exportaient le hip hop downtown au nord ou lorsque Bam, Caz ou Melle Mel l’exportaient au sud… L’époque downtown du Danceteria, Roxy ou Negril et des “Wheels of steel” de Lady Blue lorsque différentes “tribus” garnissaient les clubs, punks, new wave, rockers downtown, B-boy et fly girls, rudies… La question est la suivante : pourquoi à ton avis est-il si difficile aujourd’hui de retrouver une telle ambiance, multiplicité des genres, éclectisme des publics en un même endroit ? Tu ne trouves pas qu’on est à la merci d’une sectorisation, de la captation forcée d’un public de plus en plus spécialisé / spécialiste et niché ?

Red Alert : C’est marrant que tu poses cette question, parce que au début des années 1980, les gens qui s’intéressaient vraiment au développement de la culture hip hop émergente, étaient aussi des personnes impliquées dans le développement du punk et de la new wave. Et Bam a croisé le chemin de deux personnes de ce style. Il a rencontré Tom Silverman….

90BPM : De Tommy Boy.

Red Alert : De Tommy Boy, ouais. Et il a rencontré une fille, une “promoteur” appelée Lady “Ruza” Blue…

90BPM : Lady Blue des “Wheels of Steel” du Negril, Roxy et Danceteria… (Ruza “Kool Lady” Blue, ancienne associée de Malcolm McLaren à New York, figure incontournable des nuits down de l’époque, ndlr)

Red Alert : Exactement. Donc ce qu’elle a fait… (Il s’arrête). Bam était entre deux feux et bossait avec Silverman en studio pour des futures chansons. Lady Blue a commencé à booker Bam et on a donc été une poignée à descendre dans différents clubs…. et c’était fou, c’était hip hop rencontre punk rock et new wave. On se retrouvait ainsi annoncés aux côtés de différents artistes dont on n’avait jamais entendu parler auparavant. C’était divers et pas commun, vraiment…Devo… (Il cherche)

90BPM : B-52’s? Debbie Harry ?

Red Alert : Ouaiis! Nina Hagen….oh! Des nanas…tarées… (Rires)

90BPM : J’imagine que tu as aussi du être témoin un minimum de l’évolution du graffiti à New York durant ta jeunesse…Tu es dans l’édit du docu-fiction Style Wars, et tu as fréquenté des gens comme Fab 5 Freddy ou Futura… (Je lui montre la repro d’un flyer de 1983 où il est aux côtés de Fab 5 Freddy et de FuturA). As tu des souvenirs d’un New York comme ville d’explosion du graffiti comme forme brute d’expression, de mode, puis comme forme d’art grâce aux actions et démarches des Lee Quinones, Zephyr ou Phase 2, entre autres ?

Red Alert : En fait, j’ai surtout connu une autre phase du graffiti…Parce que encore une fois, le collège où j’allais, regroupait vraiment plein de “graffeurs”. Il y avait ce mec appelé Stay High 149 (le fameux “The Saint”, prosélyte mural des drogues douces, ndlr), mon pote Cliff 159…

90BPM : Cliff 159 ?

Red Alert : Ouais, il a grandi avec moi, à Harlem, dans la cité. Sinon il y avait Taki 183, Evil 162…

90BPM : Ouais, Taki est vraiment connu par contre pour avoir démarré plus ou moins le truc… (En 1971, Taki 183 est interviewé dans le très sérieux New York Times ! ndlr)

Red Alert : Ouais, c’est vrai. Donc, c’est ces “graffeurs” que je connaissais moi, à l’époque. Ensuite j’ai connu d’autres gars qui commençaient à arriver. Mais le graffiti auquel j’ai assisté, les artistes que j’ai connus étaient surtout les mecs avec qui j’étais à l’école.

90BPM : Ok, cool. Tu t’es quand même retrouvé avec des gens…pff (Je reprends). Revenons un peu sur la new-school, ou en tout cas sur ce qu’on peut qualifier de middle-school.Beaucoup d’anciens gangmembers sont devenus d’importants DJs à la fin des années 1970, durant la vague disco emmenée par Pete DJ Jones. Je pense évidemment à Bam, mais aussi à Disco King Mario de Bronxdale qu’on évoquait tout à l’heure ou Kool DJ D de Bronx River, eux aussi anciens Spades. Tu as des souvenirs de rivalités entre gangs à cette époque ? Comment as tu ressenti l’apparition du phénomène gangster dans le hip-hop avec l’apparition de Schooly D, BDP puis plus tard NWA and the Posse en 1987 ? N’y avait-il pas une contradiction avec ce qu’avait réussi les crews du début, c’est à dire passer d’une rivalité de gang members à celle de “crews musicaux” ?

Red Alert : Tu dois comprendre qu’on venait d’une ère de gangs, et tout le monde essayait donc de changer les choses autour de soi… Laisse moi te raconter, par exemple…Je viens d’une école où il n’y avait que des garçons, Dewitt Clinton. Tu t’imagines que dans une école masculine comme ça tu avais quelque chose comme 15 gangs différents ? C’est pas simple…Et j’étais aussi…mmm…Dans ma classe, il y avait un leader de gang. Et lui et moi on s’est pris la tête le premier jour. Mais on a fini par devenir de bons amis. Tu as déjà entendu parler d’un gars dont l’aka de boxer est Mitch Green?

90BPM : Non…

Red Alert : Mitch Green était un boxer, mais c’était le leader des Black Pearls, il était connu sous le nom de “Blood”. 90BPM : Et ce type était dans ta classe?

Red Alert : Et il était dans ma classe, ouais. Et donc avec le temps on est devenus potes. Il veillait sur moi. Mais bon j’étais cool avec à peu près tout le monde parce que j’étais connu comme la gars qui jouait au basket, le basketteur, tu vois. Donc après cette période, les gangs ont décliné et décliné encore…Et tu as des crews qui en ont remplacé d’autres, d’autres qui sont apparus. Des crews comme les Casanovas sont apparus, comme le Boston Raw Crew (?) et bien sûr la Zulu Nation, qui avant s’appelait The Organization… Il y avait comme une ambiance de diss, d’affrontement dans l’air, constamment, ça ne s’arrêtait jamais. Jamais. Et lorsque l’industrie du disque, les enregistrements…etc sont entrés en scène, tu sais, tout a été très vite…Certains ont commencé à faire, non pas directement du “gangsta rap”, mais…tu le remarques au niveau des lyrics ou de l’image véhiculée…Des gens comme Just Ice, G. Rap, Polo… Huum…

90BPM (En même temps) : Schooly D !!

Red Alert : So…Mais tu ne les voyais pas sous cet angle, genre gangsta, mais ce qui s’est passé c’est que le rap est devenu de plus en plus populaire à travers le pays…

90BPM : Allant faire un tour vers l’ouest, en partie grâce au cinéma…

Red Alert : Atteignant l’ouest, c’est vrai…La côte ouest vivait toujours ce “gangstyle”, ce style de vie gangbang. Les gars là-bas étaient moins impliqués dans le hip hop, mais ont commençé à rapper leur vécu, leur vie quotidienne, tu vois, tout ce côté gangbangin’ si fort à l’ouest. A l’est tout le monde rappait un peu différemment, y’avait une sorte d’innovation constante, dans la réalisation notamment…Comme j’évoquais Just Ice tout à l’heure par exemple…c’était juste un petit goût, original…Les wessies eux rappaient clairement, sans ambiguïtés, à propos de comment ils vivaient leur vie de gangbangers. Et ça a été l’explosion gangsta rap, fin des années 1980.

90BPM : Ok. Parlons un peu de reggae si tu le veux bien. Le reggae est une des racines, si ce n’est la racine du hip-hop. Les deux cultures sont intrinséquement liées, jusqu’aux échanges récents, de B-Boy Records à Sleeping Bag (Voir les Jah Rulez de BDP, No Touch De Just de Just Ice, ou le Suicide Or Murder de Jeru & Bounty Killa chez Massive B, entre autres). Tu as réalisé cette tape, Propmaster Dancehall Show en 1994. Très orientée early NYC ragga. J’aimerais savoir ce que représente pour toi le reggae et ses subdivisions, si tu es plus Bobby Konders, Shabba et Sluggy Ranks ou Jah Life / Barrington, plus oldies rockers international, Michael Prophet, Glenn Brown…etc ou early digital et Jammy’s… ?

Red Alert : Eh bien, premièrement : j’ai une attache forte aux West Indies, je suis originaire d’Antigua. J’ai été élevé par mes grands-parents et à la maison il y avait toujours de la socca, du calypso, j’ai donc toujours été très ouvert aux sonorités des caraïbes. Maintenant, concernant les seventies, j’écoutais un peu de Dennis Brown, de Bob Marley, Mikal Rose and Black Uhuru, Thirld World, j’écoutais pas mal de trucs différents…j’étais vraiment réceptif aux “carabean sounds”. Mais lorsque j’ai rencontré Bam….Bam jouait plutôt des sons jamaïcains auxquels j’étais attaché, depuis petit. Et j’ai commencé à m’intéresser vraiment au reggae, au rocksteady…

90BPM : Des oldies genre rudeboy, des classiques, Clancy Eccles, Delroy Wilson…?

Red Alert : Ouais! Heptones…etc. Et c’est là que j’ai commencé à connaître d’autres DJs avec un background carabean, différents artistes. Donc quand j’ai commencé en radio, je te parle du début, du milieu des années 1980, quand j’ai commencé à entendre différents artistes qui petit à petit incorporaient des touches jamaïcaines dans leur musique…Dès 1983…

90BPM : Oh, aussi tôt ? Comme qui ?

Red Alert : Quand tu écoutes le premier album de Run DMC…

90BPM : Sur quel chanson ?

Red Alert : C’était sur leur premier album, je peux avoir raison, je peux avoir tort, mais je crois que c’était avec Yellowman…

90BPM : Yellowman ? Sur le premier Run-D.M.C, tu veux dire sur Profile ou après…

Red Alert : Peut-être que c'était les Fat Boys, un de ces deux-là (La chanson qu’évoque Red, Roots, Rap, Reggae avec Yellowman est en fait sur le second album de Run-D.M.C, King Of Rock, sorti en 1985, ndlr). Mais ce qui est important est qu’ils ont introduit un peu de reggae dans le hip hop, très tôt. Et avec quelques autres, comme Special Ed, ou celui qui explosa en 1986, Sexy, de Master of Ceremony et The Bridge Is Over de Boogie Down Productions. Donc lorsqu’est venu ce temps là, j’ai compris que tous ceux qui avaient ce même background, des Caraibes, se sentiraient fiers d’entendre ce genre de choses, parce que ça les ramène à leurs racines en même tant qu’au hip hop. Lorsque j’étais en tournée avec BDP en 1988 (Red Alert a hosté pour le Take It To The People Tour aux côtés de BDP (et U.M.C’s, Das Efx et Fu-Schnickens à NYC), tour étant passé en Europe mais pas en France, ndlr), partout où on jouait, on ouvrait avec la version de Telephone Love de Jazzy Large et on se rendait compte à quel point les gens étaient à fond réceptifs à ce genre de chose. Comme lorsqu’on jouait Stop The Violence, qui est sur le deuxième album de BDP. Donc quand je suis rentré de tournée, c’est là que m’est venue l’idée d’incorporer du dancehall dans mes mixs (attention dancehall est à comprendre ici dans son sens jamaïcain d’origine, soit période musicale allant du début des années 1980 au début des années 1990, soit la transition digitale effectuée en Jamaïque, comme partout dans le monde, ndlr).

90BPM : C’était l’époque de l’explosion de Bobby Konders et de Massive B…

Red Alert : Ouais, ouais, exact. Mais moi, c’était plus vers 1988, 1989 et Bobby c’était un tout petit peu plus tard (1990, date du premier release du label Massive B).

90BPM : Ok. Parlons un peu si tu le veux bien de tes liens à la Native Tongue. Tu es lié à la Native Tongue par tes productions, tes apparitions, le fait que tu aies, entre autres, lancé les Jungle Brothers sur le terrain artistique, et donc Q-Tip…. Peux tu nous parler plus en détails des prémices de la Native Tongue, via ton neveu Mike Gee (MC des Jungle Brothers aux côtés de Afrika « Baby » Bambaataa et Sammy B, ndlr) ? Comment s’est réalisé l’enregistrement de Because I Got It Like That ?

Red Alert : En fait,quand j’ai commencé à mixer, même quand j’ai commencé avec Bam, j’avais l’habitude d’emmener Mike avec moi, il était tout petit, il avait neuf ans à l’époque…

90BPM : dans “le bain” très jeune alors….

Red Alert : Héhé, ouais! Et je l’emmenais souvent aux jams avec moi…Il était émerveillé par tout ce qu’il voyait, il écoutait toutes mes cassettes et tout ça. Donc quand il est entré au lycée, il a rencontré des amis et ils se sont mis à se dire qu’ils monteraient bien un groupe. Ils ont simplement dit : Yo, mec, on veut monter un groupe!”. Moi j’étais connecté à pas mal de crews, mais ils m’ont finalement convaincu et j’ai dis ok. A l’époque il y avait un mec appelé Tony D (Tony D était l’exécutif du label New yorkais Idlers, sur lequel sortiront les deux premiers 12” des Jungle Brothers, Jimbrowski en 1987 et Because I Got It Like That l’année suivante, ndlr), il avait ce groupe appelé les Bad Boys qui avaient fait un disque, Inspector Gadget. Ca faisait quelque chose comme “tinninin tininin” (Red chantonne l’air de la chanson en se marrant). Donc Tony D m’a dit “Mec, tu as un groupe? T’as des trucs à poser? Tu dois faire ça ici, chez moi!”

90BPM : Ca a été ta connexion avec les JBs ?

Red Alert : Héhé, attends, attends… Donc voilà, je retourne voir mon neveu et je lui lâche : “Yo, vous voulez le faire?”, il me dit “Ouaiiis!”. Je les ai donc emmené à Long Island où était le studio, et c’est là qu’on a commencé à bosser ensemble, mettre des choses en commun, réfléchir et enregistrer ensemble. Le premier disque qui était censé sortir et qui n’a jamais été édité s’appelait The Breaks…et le premier disque qu’ils ont fait a été Jimbrowski. Après ça, ils ont progressé, se sont de plus en plus impliqués, et, pendant ce temps, je me suis aussi impliqué avec d’autres personnes, avec -Rest In Peace- my man Scott La Rock, qui était toujours en train de me dire qu'il voulait monter un crew. Il a donc formé Boogie Down Productions, et sorti le disque South Bronx. Mais ça c’était avant que je me connecte avec les Jungle Brothers.

90BPM : tu parles de quelle année?

Red Alert : 1986, les Jungle ont commencé en 1987. En même temps, d’un côté j’étais aussi proche de ce mec appelé Mark The 45 King. Lui et moi on avait une très bonne relation, parce qu’il était tout le temps en train de m’apporter différentes tapes, des breakbeats tout en me présentant différentes personnes qu’il produisait … (Rappelons que la première demo-tape de 45 King pour MC Marky Fresh sera diffusée directement sur Kiss FM par un certain Red Alert, ndlr)

90BPM : Donc ce que tu évoques c’était après les Funky Four, avant Chill Rob G et Queen Latifah?

Red Alert : Ouais après ça, c’était après les Funky four. En fait il a commencé par me présenter très tôt à des gens comme Lakim Shabazz, Latee, tu vois. Donc on est restés en contact et là les Jungle sont entrés en scène, puis on s’est connecté avec De La Soul, on a échangé beaucoup d’idées, des points de vues…etc. On a donc plus ou moins à mettre en place une grande famille. De mon côté j’apportais aussi ma boite de production, Red Alert Production (RAP). J’avais sous mon aile les Jungle Brothers, dans un premier temps. Mais le problème c’est que j’étais tout de même affilié à pas mal de crews, j’étais affilié au Flavor Unit, j’étais down avec Boogie Down Productions…Ils m’ont demandé de clarifier les choses, pour faciliter un certain fonctionnement… Les Jungle Brothers allaient à la même école -Afrika (Baby Bambaata) et Mike G- que Q-Tip, Jarobi et Ali Shaheed. Ils essayaient de faire des trucs tous ensemble et me demandaient de les aider. L’année suivante, Mark The 45 King m’a présenté Queen Latifah pour la première fois.

90BPM : ok, JB, De La, Tribe. Et Latifah…

Red Alert : Elle a émergé sans vraiment qu’on l’aide…l’année d’après les Jungle Brothers ont commencé à décoller, en 1988, ils ont commencé a devenir vraiment connus après qu’Afrika (Baby Bam) ait rencontré pas mal de gens, et qu’ils aient commencé à bosser vraiment beaucoup ensemble. Ils ont commencé à s’apporter mutuellement…

90BPM : J’ai cru comprendre qu’à un moment la maison de ta mère était un lieu où se retrouvaient De La, Tribe et les JBs?

Red Alert (rires) : Ouais, c’est vrai. Le fait est que la maison de ma mère était l’endroit où je vivais ! On était comme une grande famille, c’est vrai.

90BPM :A la question “Quelle est la différence pour toi entre hip hop d’alors et hip-hop d’aujourd’hui ?” Kool Keith répondait dans une interview, avec sa verve habituelle : “Les rappeurs sont bien mieux habillés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient par le passé” Et selon toi ? Quelle est la différence principale entre 1987 et 2007 ?

Red Alert : L’économie ! Les gens veulent avoir un meilleur train de vie. Ils veulent toujours en avoir plus et montrer ce qu’ils ont. Je veux dire, lorsque l’argent envahit l’espace, les choses changent très vite.

90BPM : Comme quoi la réponse que Keith n’était pas si bête, finalement…Well, sinon, as-tu le temps d’aller digger à New York ou Atlanta maintenant (Red vit à présent à Atlanta, ndlr), en tournée ou achètes tu beaucoup sur internet ?

Red Alert : Je ne suis pas allé digger depuis trèèèès longtemps.

90BPM : Tu reçois tes disques directement des promoteurs…etc, Ok. Mais tu ne cherches plus de disques, des trucs rares que t’aimerais trouver ? Lors d’une conférence tu disais que tu avais presque autant de disques que Bam. Considérant le côté légendaire de la collection de Bam, je te repose aussi la question : concrètement ça représente quoi ?

Red Alert : Héhé…C’est vrai, presque autant que Bam, mais Bam est le premier, il l’a été et le sera toujours. Sinon, pour faire bref, ça représente des maisons, pleines…Sinon ça fait un bail, quelques années que je ne suis pas allé digger. Mais je suis toujours un collectionneur. Le truc c’est que je n’ai plus le temps d’aller aux shops où j’avais l’habitude d’aller…

90BPM : Qui sont les artistes qui t’ont influencé ? Que tu as toujours admiré ?

Red Alert : Aujourd’hui ou en général?

90BPM : Engénéral

Red Alert : Kool Herc, Afrika Bambaataa. Bam, je l’appelais “The Father of music in my eyes”, parce qu’il m’a tiré vers le haut, il m’a enseigné. J’adorais voir Flash aussi, et j’adorais AJ. Mais il y a aussi des super DJs qui n’ont pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient, comme ce mec appelé U Rob, Rockin’ Rob, Jay, The Grand Imperial Jay C, qui étaient down avec Herc. Et il y a pas mal de gens qui étaient très différents des autres DJs, qui étaient peut être plus communicatifs vis à vis du public, y’avait donc des gens comme The World Famous Bluesy B, Kid Kapri bien sûr. Au niveau de la production, j’ai toujours admiré et respecté des gens comme The 45 King, Premier bien sûr…

90BPM : Et Marley Marl, par exemple, parce que connaissant l’époque… (Il me coupe) Red Alert : Ohh, ouii, carrément, Marley !…

90BPM : Parce que quand tu étais sur Kiss, tu avais quand même Mr. Magic en concurrent direct sur les ondes, Magic qui était clairement affilié au crew de Marley, avec Roxanne, Tyronne Williams…etc. Et après, quand Magic s’est fait évincer, tu as eu Marley Marl lui même en concurrent radio sur WBLS….

Red Alert : Marley reste définitivement énorme… Je joue toujours sa musique, tu sais, pour être honnête, il n’y avait pas vraiment de compétition…Marley était génial. Et il l’est toujours.

90BPM : C’était pas un peu chaud, même au temps des answer records ? (La vague d’answers records a débuté avec “Roxanne’s Revenge”de Roxanne Shanté, “Sparky’s Turn” de Sparky D après le “Roxanne Roxanne” de UTFO, ou encore avec le “South Bronx” de BDP après “The Bridge” de MC Shan)

Red Alert : sincèrement non, cette histoire de concurrence a existé mais à travers certaines personnes, c’est tout.

90BPM : Ok. Avant de terminer, tu te rappelles du premier disque que tu as acheté, single, LP ?

Red Alert : Bien sûr. C’était un 45 tour appelé You Are The One des Soul Sisters, et tu vois j’étais du genre Whaooo ! C’était le début des années 1970…Mais avant ça j’avais l’habitude d’avoir le nez fourré dans la collection de disques de mes grands frères…

90BPM : Un dernier mot pour les lecteurs et autres B-boys et b-girls de 90BPM ?

Red Alert : Je dirai juste ceci : A peu près chaque fois, lorsque tu as une culture, ou un produit culturel, il y a une histoire derrière. Le mauvais côté des choses c’est que certaines personnes ne te livrent pas la vérité, la vraie nature historique des choses, ils t’en donnent des pièces, bouts et bribes. Pour le hip hop c’est pareil, la plupart de gens ne connaissent que des bouts et bribes de cette culture. Je dis juste ceci : si tu veux vraiment t’intéresser, connaître la culture hip hop, tu dois te bouger, regarder autour de toi et étudier les choses qui t’entourent…Lire des livres, Internet, tout ce que tu peux trouver, parce qu’il n’y a pas grand chose existant à propos de cet univers culturel. Fais-le seulement si tu es intéressé, si tu n’es pas plus intéressé que ça, fais ce que tu veux, mais ne crois pas que les choses ne vont pas plus loin que ce que tu crois connaître. On a toujours des choses à apprendre.


Propos recueillis, transcrits et traduits par Lux pour 90BPM


[24.03.07]
  Les commentaires :
aurelio
01.04.07 à 11H35
Très belle interview.

back to the good ol'days!!
NiakOner
02.04.07 à 09H37
Respect pour l'interview je me souviens aussi de Red Alert dans le dvd de Akhenaton sur sa vie où Red Alert raconte leurs histoires, leur débuts. Un bon petit retour aux sources pour ce Lundi matin merci l'ekipe et bonne continuation. Peace love and havin' fun
Meyso
05.04.07 à 18H40
Aaaaahh ça fait du bien toutes ces petites histoires vieilles de 30ans qui resurgissent d'un coup comme ça! Merci.
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