90BPM : hip hop and rap magazine

 


  Interview

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DJ Spinna



La soirée parisienne Block Party de ce 26 janvier 2007 allait donner lieu à deux beaux hommages, disparition de James Brown et Dilla oblige. C'est donc en prélude à un long set rageur que nous nous sommes entretenus avec Vincent Williams, aka DJ Spinna, maître à produire des Jigmastas et autres Polyrhythm addicts. Et au passage, remixeur de génie, producteur soul-jazz-house et collectionneur psychopathe. C'est toutes locks rasées, casquette en tweed vissée au ciboulot, que Spinna s'est plié avec gentillesse à nos questions, le temps de revenir sur la disparition du Soul Brother N°1, sur la World Famous Supreme Team, le Paradise Garage, Kenny Gonzalez, le jazz, Bobbito et Stevie Wonder, bien sûr !

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90bpm : Yo Vincent, tout d’abord peux-tu, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, te présenter rapidement ?

Spinna : Je m’appelle DJ Spinna, je viens de Brooklyn, New York, je suis producteur, remixeur, DJ et suis présent dans le milieu depuis 1995. Concernant le hip-hop, pas mal de monde me connait via les Jigmastas, Beyond Real, Rawkus et la scène hip-hop underground. J’ai bossé avec Mr Complex, J-Live, Shaabam Sahdeeq, L-Fudge ou Pharoahe Monch, Mos Def, Edo G…

90bpm : Pas mal de figures de l’underground new-yorkais des années 1990s…

Spinna : Ouais, exactement, pas mal de monde, des Etats-Unis à l’Angleterre en passant par le Japon. Ma carrière est certainement ce qu’il y a de plus ecléctique… (Il s’arrête). Je suis probablement un des gars les plus écléctiques dans toute cette histoire. Je suis capable de me pencher sur tous les types de musiques, tu vois….  

90bpm : Carrément, on va justement en parler…Mais d’abord, question préliminaire, avant de parler de ta carrière : cette année 2006 a vu disparaître un paquet de pierres angulaires, légendes musicales, Ray Barreto, Rufus Harley, Miguel “Anga” Diaz, entre autres. Et évidemment JD et JB, Dilla et Brown. Deux artistes que tu apprécies particulièrement. Même si en rien la carrière de Dilla n’est comparable à celle du Godfather of Soul, peux-tu nous dire ce que tu as ressenti, en tant que musicien, fan, proche et homme lorsque tu as appris leur disparition respective ?

Spinna (Il se concentre longuement) : Pff….ça te montre….ca nous montre que les gens, le temps….Ca nous montre que le monde grandit, qu’on vieillit tous et le monde avec. Je n’aurais jamais pensé ou imaginé que je serai présent lorsque des gens comme James Brown, Ray Barreto ou Jay Dee disparaîtraient…Quelqu’un…Des gens comme ça, qui ont joué un rôle si important pour moi, qui ont su créer de si belles choses musicalement…tu vois? Et pour James Brown, qui a fait des choses si importantes pour la communauté noire en Amérique, qui était très politique et politisé… et empreint d’une forte conscience sociale, le fait qu’il…meure…Tu ne penses pas que des gens comme ça puissent mourir. Des gens musiciens de leur trempe survivent, pour toujours.

90bpm : Ca a été un moment que tu n’oublieras pas, j’imagine…

Spinna : Oui, bien sûr, et c’est tellement dur de se représenter ce genre de choses. Des gens comme ça vivent… Leur essence, leur esprit est toujours là, tu comprends. On dit qu’ils ne meurent pas vraiment, qu’ils restent auprès de nous à travers leur musique…Mais quelqu’un comme Jay Dee…Je le connaissais bien, tu vois, on était amis.

90bpm : C’était donc beaucoup plus personnel, bien sûr…

Spinna : plus personnel, clair, ça fait vraiment mal. James Brown, personne ne pouvait nier qu’il était et devenait vieux. On pouvait s’attendre à ce qu’un jour il nous quitte, mais pas si brusquement, pas le jour de noël…

90bpm : Triste Noël so… RIP. Changeons radicalement de sujet et commençons par le début : tu est né à Brooklyn et as passé pas mal de temps à NYC. Peux tu nous parler de tes premiers pas, ceux d’un gamin qui découvre la musique… ?

Spinna : Et bien disons que j’étais en quelque sorte un môme chanceux, parce que j’ai grandi avec la musique, je me rappelle, j’ai pas mal de souvenirs, ceux de jouer plein de disques à la maison, plein de trucs estampillés Motown, plein de James Brown, beaucoup de soul, puis du funk un peu plus tard. J’ai aussi grandi en jouant différents instruments, ayant d’abord commencé par jouer du violon vers 7 ou 8 ans. Puis j’ai joué de la clarinette pour enfin finir par me mettre aux claviers. Tu sais, j’ai appris la musique depuis tout petit. Puis, lorsque le hip-hop est né, j’ai eu des platines et là j’ai commencé à faire des beats puis produire des morceaux…

90bpm : Tu as choisi ta voie, petit à petit…Ok. J’ai entendu dire que tu écoutais le show de la World Famous Supreme Team sur WHBI étant jeune? Qu’as-tu découvert comme sonorités à l’époque? T’écoutais quoi comme autres radios ? Des standards sur KISS FM ou des show émergents comme celui du team de Spectrum City ou celui d’Eddie Cheeba sur WFUV?

Spinna : Ouaiis, Kiss FM, WHBI, toutes ces stations…WBLS, Frankie Crocker… Toutes ces radios qui étaient tellement importantes pour moi car je n’étais qu’un gosse, je ne pouvais pas encore sortir, je ne pouvais pas aller dans les clubs et vivre tous ces nouveaux trucs, la scène club de l’époque et son univers… Donc tout ce que j’avais c’était la radio, les disques et tout ce qui pouvait capter mon attention dans la rue. La radio était très importante pour moi, c’est ce qui m’a ouvert l’esprit, c’est ce qui me connectait à d’autres horizons, tu vois ce que je veux dire. Si je n’avais pas un disque des Rolling Stones ou de Bob Marley à la maison, on pouvait l’écouter à la radio. Et World Famous Supreme Team, en tant qu’émission, c’était vraiment un truc unique en son genre, incomparable. Le show était basé dans le Queens, et surtout c’étaient des gars comme les autres, genre très « local »…

90bpm : Ils étaient du Queens ? Je croyais que l’émission était de Jersey ?


Spinna : Jersey…mmm ? Tu crois ?

90bpm : Bah au début du show, ouais je crois…à l’époque de Mr Magic…

Spinna : En fait, se sont deux shows différents, Mr Magic c’est une émission et The World Famous Supreme Team en est une autre…Ce sont deux show différents… (Il s’arrête cherchant dans ses souvenirs) Oh, tu sais quoi ? ! Je pense qu’ils étaient tous sur la même radio au même moment, et qu’à un moment Mr Magic a bougé sur WBLS, il est devenu plus important, plus connu, alors que le show de la World Famous Supreme Team show est resté underground. Ils passaient, je crois, les mercredis et jeudis, à 3 heures du matin quelque chose comme ça… J’avais l’habitude de rester éveillé malgré l’heure tardive -j’étais gamin !- et de mettre la radio sous mon oreiller, et de l’allumer doucement …J’avais 12 ou 13 ans !

90bpm : Héhé… ouais, je vois, un gosse qui essaye de pas se faire attraper par papa et maman !

Spinna (rires) : Ouais, héhé… Et j’avais l’habitude d’enregistrer l’émission, c’est comme ça qu’on faisait, tu vois, et le lendemain on se retrouvait avec tout le crew, au coin de la rue, en bas des bâtiments, avec le boîtier cassette et l’enregistrement de la nuit. On jouait ça et tout le monde était là du genre « Ca tue ! » (« That’s the joint ! »). Tout ça pour dire que ce show était très important pour moi à l’époque, en tant que B-Boy grandissant avec tous ces breaks beats, nouveaux chaque jour. Ils jouaient de ces breaks ! Ils cuttaient tout ça avec… (Il s’arrête). C’est aussi la première fois que j’ai entendu le break « Impeach the president », tu vois ce que je veux dire ? C’est aussi la première fois que j’ai entendu « Last night changed it all » d’Esther Williams…Ils étaient vraiment fous ces gars, libres de faire ce qu’ils voulaient, à cutter des breaks beats, tout simplement, juste comme tu pourrais passer tes propres disques, tranquille chez toi, mais eux les cuttaient comme des dingues. Tout ça était donc primordial pour moi, ça m’a énormément influencé, c’était genre vers 1982, à la radio, et c’était complétement inédit…

90 bpm : Et après tu as grandis, et tu as donc pu sortir. Je crois savoir que tu as vécu les dernières heures de gloire du Paradise Garage ?  Tu faisais la route jusque là-bas? Tu as vu qui mixer là bas ?

Spinna : Ouais, j’y suis allé durant la dernière année d’ouverture, c’était vers 1987, j’avais 16 ans tu vois…

90bpm : Et tu entrais à 16 ans ?

Spinna (en riant) : Ouais, j’avais l’air plus vieux…Je pouvais aller dans les clubs, j’étais toujours très jeune, mais le truc qui m’a fait entrer au Garage c’est que j’étais avec un gars, plus agé, qui lui, par contre, était membre.

90bpm : Ouais, il y avait un “membership” à l’époque et une certaine sélection dans les membres.

Spinna : Ouais, c’est grâce à lui que mes amis et moi on entrait…Mais j’étais toujours le plus jeune du crew, tout le monde avait genre 18-19 ans, j’en avais 16. Mais pour moi c’était du pain béni, énorme, parce que les seules expériences que j’avais du Paradise Garage, c’était sur disques, tu vois quoi…

90bpm : Des mixs de Larry Levan ?


Spinna : Ouais! Larry Levan! Et des sons radios, il avait aussi une émission sur WBLS..

90bpm : Oh, il avait son show ? Je ne savais pas…

Spinna : Ouais, un genre de mix-show. Et Frankie Crocker, qui était le gars le plus important à WBLS, était un habitué du Garage. Il était très influent sur l’ensemble de la musique diffusée à New York, genre ce que tout le monde allait ou non écouter ensuite dans les environs. Tu comprends, il allait au Garage tout le temps et rejouait à la radio tous ces disques monstrueux. C’est comme ça tu vois, que j’ai été accroché pour la première fois par des trucs comme « Soul Makossa » ou « The Magnificent Dance » by The Clash, des trucs du style….

90bpm : Des mixs éclectiques, représentatifs des mélanges du Garage d’alors…

Spinna : Ouais, il jouait tout ces trucs sur une radio destinée aux noirs (“Black Radio”), donc, en tant que jeune gars écoutant toute cette musique de club, aussi bien que du hip-hop des premières heures, ça m’a ouvert, tout simplement, dès mes premiers pas, j’ai pu être ouvert à plein d’influences….

90 bpm : A une époque clé, vers 1986-1987, le hip-hop et la house ont fait un bout de chemin ensemble au point même de se rapprocher et créer un mélange de genres, hip-house, pour reprendre l’expression de Bambaata. Il n’était pas étonnant de voir des labels dance-house signer des artistes hip-hop et vice versa (Tommy Boy et TKA, Force MD’s ou Information Society, les débuts de Chuck D et Spectrum City sur Vanguard ou Nu Groove, entre autres) Comment tu expliques que ces deux genres musicaux, tous les deux noirs et concrétisés par l’utilisation des machines (le TR808, entre autres) et leur banalisation dans le domaine public, se soient si violemment dissociés, de façon si radicale et en si peu de temps?

Spinna : Et bien…C’est assez difficile à expliquer…ce que je ressens par rapport à ça c’est que ce sont deux éléments qui ne devraient pas être séparés…Tu sais , la bonne musique, reste de la bonne musique, peut importe d’où elle vient, qui la fait…etc. Je pense que, vis à vis du hip hop, ce qui s’est passé à travers toutes ces années, c’est qu’il a développé cet espèce de…sens de…comme si le hip-hop était juste devenu une question de testostérone, machisme, tu vois…Tu dois être un criminel pour être de ce monde, dans un certain sens. Alors que la « dance music » propose une certaine liberté, tu comprends, c’est assez ouvert d’esprit.  

90bpm : Et tu ne crois pas que le fait que Dance Music et House se soient développées au sein de la communauté noire homosexuelle ait favorisé la séparation… (Il me coupe)

Spinna : Exact, exact, mais le fait est que les gens ne réalisent et ne comprennent pas cela. Le hip-hop a commencé de même, comme une « dance music », une musique pour danser. C’est ainsi que le hip-hop des prémices était joué à fond dans les clubs gays comme le Garage, même si le Garage avait aussi ses propres nuits « hétéros » bien sûr. Tu vois Kurtis Blow à joué au Garage, Biz Markie avait l’habitude d’aller au Garage, Sugarhill Gang ont joué là-bas…Tout était plus au moins unifié, de la musique de club, tout a commencé comme ça. Mais je pense que lorsque le hip-hop a cessé d’être une musique orientée vers la danse, et plus un…un… (Il cherche ses mots)

90bpm : Un phénomène commercial ?


Spinna : Commercial, ouais, commercial. Mais j’aimerais trouver le terme exact. En gros la séparation a débuté lorsqu’il y a eu une marginalisation du hip-hop. Je m’explique : les clubs hip-hop ont fermé à New York à cause de la violence, tu sais ça…

90bpm : Des clubs comme le Roxy, le Negril, ou tu veux dire après ?

Spinna : Après cette époque, je te parle du début des années 1990, vers 1991-1992, à l’époque où sont sortis des trucs comme « Warm it Up» de Big Daddy Kane, « Treat’em right » de Chubb Rock et « Saturdays » de De La Soul… C’était l’époque où tu pouvais aller dans un club et voir des B-Boys et des danseurs pas vraiment commodes…C’était l’époque où les maisons de disques et petits labels ont fait se rencontrer les deux scènes mettant sur pieds des remixs house de titres hip-hop comme Black Sheep. De La a aussi eu droit a ses versions dance…Et de très nombreux B-Boys qui avaient l’habitude d’aller dans les clubs hip-hop ont fini par devenir des habitués des clubs house, il faut dire aussi que c’est là-bas que les filles allaient…Donc tu vois, ils pouvaient toujours danser là-bas, mais n’avaient plus d’autres endroits où aller, tu vois, le Red Zone avait fermé, Union Square n’a été ouvert qu’un court laps de temps. C’est donc parce que les gamins branchés hip-hop n’avaient nul part où aller, qu’ils ont fini par se rendre dans les clubs house…C’est pour ça qu’aujourd’hui, si tu as autour de 40 ans, il y a de fortes chances pour que tu sois impregné de house même si tu es un « hip-hopper » convaincu…Et moi j’en suis là : j’ai toujours apprécié les deux.

90bpm : Ok, ta réponse me satisfait. Autre question : as tu été influencé par le rock, de B.B. King à Little Richard en passant par du « rock-blanc », des Stones aux mixtures électroniques européenne kraut, celle de Can, Tangerine Dream ou Kraftwerk ? (Ndlr : Spinna a co-réalisé une compilation rock-funk avec Monty Burns pour le label anglais BBE)

Spinna : Ma relation au rock est intéressante, puisque lorque j’étais gamin le seul rock auquel j’étais exposé était tout ce qui passait sur les radios destinées aux “noirs” (“black radios”). On écoutait donc des trucs dans la veine de “Miss You” des Rolling Stones, Emotional Rescue… (Il s’arrête). MTV aussi a joué un rôle important sur ma connaissance du rock à l’époque.

90pbm : Pendant les années 1980 donc ?


Spinna : Ouais, c’était les années 1980. Je ne me suis penché que plus tard sur des trucs comme Led Zeppelin, Vanilla Fudge et même des trucs européens dans le genre de Can…Je n’y suis venu que plus tard, lorsque j’ai commencé à digger, à fouiller les bacs à la recherche de break beats. C’est à ce moment là que je me suis mis à apprécier tout ça. Et même des trucs comme Jimi Hendrix. J’ai vraiment connu Jimi Henrix à cause de cette chanson, « Little Miss Lover » qui est sur Axis: Bold of Love…Le break de cette chanson, c’est le break du Scenario de Tribe Called Quest…

90bpm : le break de Scenario, l’original…?

Spinna (tout sourire) : vient d’Axis: Bold of Love, ouaiis…

90bpm : Je ne savais pas…Tu as donc diggé et écouté ce break sur le Hendrix, faisant alors le rapprochement…

Spinna : Ouais c’est ça, j’ai eu le disque d’abord puis j’ai essayé de faire l’assimilation…Et après ça, j’ai commencé à découvrir plus de Led Zeppelin, c’est à ce moment que j’ai commencé à apprendre pas mal de trucs sur le rock…

90bpm: en te dirigeant vers des sonorités rock, plus “blanches” ?

Spinna : Ouais, exactement. Mais tu sais même des trucs comme Led Zeppelin ont été choppés très tôt. Tu vois « When the Levee breaks » ?

90bpm : Ouais, c’est sur “l’homme au fagot”, le Led Zepp IV…

Spinna : Ouais! Et bien “When the Levee breaks”, c’est un loop de batterie très populaire, genre “B-boy early eighties”. Les Beastie Boys l’ont utilisé sur leur premier album… (Ndlr : ce break est celui de Rhymin’ and Stealin’ sur l’album Licensed to Ill)

90bpm : Bah ouais, Bonham c’était un psychopathe !

Spinna (rires) : Ouaaiis!! Il était dingue, complétement fou…Donc après ça, ça a été comme si le hip-hop m’avait amené au rock, au jazz. Parce que quand j’ai grandi, je ne connaissais pas grand chose au jazz non plus. J’avais une paire d’albums de chez Blue Note, tu vois, je connaissais Ramsey Lewis, du jazz “fusion”…

90bpm : Herbie Hancock, Headhunters…..

Spinna : Exactement! Parce que c’était des disques qui incorporaient aussi des éléments soul, tu sais, du r’n’b, Donald Byrd, Bobby Humphrey, Ramsey Lewis…. C’est avec ça que j’ai grandi, ce n’est qu’après le hip-hop, tout particulièrement après A Tribe Called Quest, Gangstarr -toute cette époque, lorsque les gens diggaient des disques et des samples de jazz- que je me suis ouvert au jazz.

90bpm : En écoutant les boulots de découpage de Primo, Ali Shaheed, Diamond…

Spinna : Exactement…

90bpm : Ok, Parlons de tes différents projets hip-hop. Tout d’abord, un nouvel album de Jigmastas était prévu il me semble, tu l’avais annoncé il y a longtemps déjà. Qu’en est-il donc de tes projets avec Kriminul, si c’est encore d’actualité ?

Spinna : Krim et moi on est en train de bosser sur un nouvel album. Le dernier truc qu’on a fait ensemble était Infectious en 1999, mais on a eu de gros problèmes de distribution avec Landspeed…

90bpm : Et avant tout avec le Black Label de Tommy Boy…

Spinna : Ouais, carrément, Black Label, tout ça faisant qu’on s’est dit qu’on ferait peut être mieux de rester underground, et j’ai donc alors essayé d’en finir avec toutes ces histoires de labels. Une major nous aiderait-elle a faire plus de disques ? Non. On a donc fait notre petit bonhomme de chemin pendant un temps, mais à présent on essaye de réaliser notre come back. Il en est de même avec Polyrhythm Addicts, on bosse sur un nouvel album.

90bpm : Oui j’ai vu ça. J’ai eu la surprise de voir un nouveau titre de Polyrhythm Addicts sur le myspace du groupe, « Zonin’ ». Je sais aussi qu’en novembre vous avez joué, toi Plex et Shabaam à New York au cours d’une Lyricist Lounge venue. Et avec une MC que je ne connaissais pas, Tiye Phoenix. Tu peux nous en dire plus ?

Spinna : Ouais! Personne ne sait qui elle est. Elle a été et est présente sur la scène, ici et là, depuis un bon bout de temps, mais elle n’a pas encore sorti de disques. Elle a fait des trucs avec Talib Kweli, et je voudrais souligner qu’elle écrit pour Public Enemy, elle a vachement bossé dans l’ombre, écrit pour pas mal de monde…

90bpm : Elle ghostwrite pour des artistes, encore maintenant ?

Spinna : Il y a quelques années, je ne sais pas si elle le fait encore aujourd’hui. Elle est incroyable. En fait, elle avait signé avec Rawkus à l’époque, elle était la dernière artiste du son Rawkus, époque Mos Def / Black Star, Pharoahe Monch...

90bpm : Oh, elle était signée avant que Rawkus ne s’effondre, genre vers 2000 ?

Spinna : Exactement, avant qu’ils ne disparaissent plus ou moins, oui. Et rien ne s’est passé, ils ont balancé…archivé l’album faisant qu’elle n’a jamais percé. On la connaît donc tous un peu depuis cette époque. Mr Complex, Shabaam Sahdeeq, on la connaissait tous depuis lors, mais elle n’a jamais sorti de disque. Mais elle est bourrée de talents, elle chante, elle joue du clavier, elle est dingue!

90bpm : Oh super…Et vous relancez donc Polyrhythm Addicts avec elle, Complex et Shabaam ?

Spinna : Ouais, carrément.

90bpm : Donc Apani c’est définitivement du passé ?

Spinna : Oui, tu sais, avec Apani c’est cool…Il y a eu un moment où on était plus vraiment ensemble, on ne se voyait plus trop, et elle est partie, elle est allée au Japon…

90bpm : En signant avec Q Boro…

Spinna : Ouais, et elle est revenue à New York, mais tu vois, on voulait vraiment que ce nouvel album voie le jour, et commencer à bosser au plus vite.

90bpm : Ok, bonnes nouvelles pour les PA donc. Passons si tu veux bien et parlons un peux du hip hop tel qu’il apparaît aujourd’hui. J’ai lu l’autre jour un article de Davey D, très intéressant, je te le cite, si tu veux bien : “Nous avons pu prêter l’oreille aux dires des professionnels de l’industrie musicale ayant affirmé que des groupes comme The Roots ou Little Brother sont trop proprets et gentillets et passeraient au dessus de la tête de la majorité du public. En d’autres termes, le public est trop idiot pour apprécier une musique qui se veut autre chose qu’être assourdissante et basée sur un rythme quaternaire”. Est-ce que toi aussi tu penses que dans un sens, l’audience, le public hip-hop aux Etats-Unis n’est pas prêt à être réceptif à un hip-hop un brin conscient, sortant du bling-bling club actuel ?

Spinna : Tu sais quoi : oui et non. Le problème aux Etats-Unis vient du fait qu’on se laisse dicter ce qu’on aime et doit aimer par certains puissants. Si un jour, toutes les majors, MTV et BET décident de changer les paramètres de leur jeu de dupe, et se mettent à diffuser plus de clips, jouer plus de disques à la radio du genre de Little Brother ou The Roots, alors tout le monde changera en même temps qu’eux.

90bpm : Donc pour toi les media contrôlent tout.

Spinna : Oui, les media controlent absolument tout, et là est le problème. Car tu ne peux pas sous-estimer l’audience, le public. Je pense, je veux dire, il y avait une époque ou des groupes comme Little Brother, The Roots, Common ou Mos Def, Gangstarr, A Tribe Called Quest -la liste est longue- bref, il y avait une époque où tous ces groupes étaient mainstream.

90bpm : Ouais, au milieu des années 1990, il y a 10 ans….

Spinna : Ouais, il y a 12-10 ans, mais ce n’est plus mainstream du tout à présent. Tu vois, les personnes qui contrôlent l’industrie, businessmen et executives, eh bien leur seule préoccupation c’est l’odeur du dollar. C’est ainsi que si un disque de crunk explose, ils signeront direct le prochain artiste crunk qui vend un tant soit peu. C’est ça le problème, c’est qu’il n’y a pas deux poids deux mesures. On a toujours eu du hip-hop commercial, mais le fait est qu’il n’y a plus de contre-poids aujourd’hui. Et malheureusement, ce qui se passe aujourd’hui c’est que les plus jeunes générations sont perdues. Très bientôt, ils ne sauront même plus qui est Nas, bientôt ils  ne sauront pas qui sont Biggie ou 2Pac…

90bpm : Ne pas oublier les bases !

Spinna : Ouias, et dans quelques années il ne sauront même pas qui est Jay-Z…Je te le garantis !! Genre les 8 ou 9 ans d’aujourd’hui, lorsqu’il auront 12-13-14-16 ans, ils ne sauront pas qui est Jay-Z : il y aura quelqu’un d’autre. Jay-Z va bientôt être sur le départ, et quelqu’un d’autre viendra prendre sa place. C’est ce qui se passe lorsque les media contrôlent tout. Ils peuvent imposer qui est hot, qui est in et qui est out. Et c’est le problème. Si l’album de Little Brother sort et vend seulement 250 000 copies à travers le monde, sur le même label que sur lequel est sorti T.I., c’est basiquement parce qu’un album a beneficié d’une promo plus importante que l’autre et aujourd’hui, le sud, le hip-hop du sud domine et écrase tout, un véritable rouleau-compresseur….c’est comme ça.

90bpm : Ok. Toujours dans ce sens, il semblerait qu’à un moment donné, après avoir produit pour plein de monde, L-Fudge, Mike Zoot, Eminem, Jigmastas, Polyrhythm Addicts, Plex ou 7L & Esoteric, tu te soies un tant soit peu lassé du hip-hop, indépendant comme mainstream, te tournant vers la music de club, house, garage plus qu’auparavant. Etait-ce une volonté consciente de toucher un autre public, plus âgé sans doute et de réaliser des connections outre-atlantiques, via l’angleterre? Tu en as vraiment eu assez du hip-hop ?

Spinna : Ouais, ça rejoint ce qu’on vient de dire, j’étais vraiment décu et mécontent de la direction qu’avait pris le hip-hop. Et de ne pas être capable de faire le type de hip-hop que je souhaitais réellement faire, tout en voyant que je ne pouvais plus l’élever au niveau où il pouvait vraiment être apprécié. Parce que si tu t’arrêtes sur les gens qui faisaient et vivaient du hip-hop underground à la fin des années 1990, aujourd’hui ils luttent, bataillent, et ne vont pas très bien, sauf un MF Doom, ou quelqu’un qui est sorti du lot, qui a lutté plus que les autres….

90bpm : Ouais, Fondle’Em et beaucoup d’artistes qui sont passés par cette case… Ca peut être un bon exemple…

Spinna : Oui, ils se sont effondrés, mais c’est parce que les avenues permettant de faire de l’argent se sont complétement bouchées. Il n’y a quasiment plus d’underground aujourd’hui. J’ai donc juste vu à l’époque une opportunité d’explorer une autre facette de ma personnalité, tout en continuant à voyager comme aujourd’hui, connaître de nouvelles choses, bosser comme DJ…Je pense sincèrement que si j’étais resté où j’étais à l’époque, je ne serai pas là où je suis aujourd’hui. Je souhaite juste développer et répandre un message d’amour, à travers la musique, voyager avec ce message, continuer à gagner ma vie et faire des disques….

90bpm : Et toucher de nouvelles personnes, non ?

Spinna : Ouais ! Carrément ! Parce que ce qui se passe actuellement c’est … (Il hésite et cherche ses mots). Je vais te donner un exemple : J-Rawls. Il vient juste de revenir avec son nouvel album…Crystal…mmm…bref, peu importe. C’est un album jazzy, soul, un mélange de plein de choses…Bref. Il m’a dit que je lui avait inspiré ce projet ecclectique, car ce qui se passe c’est que beaucoup d’acteurs hip-hop présents depuis longtemps essayent de s’investir différement, soit parce qu’il ne gagnent pas bien leur vie, soit parce qu’ils ont de nouvelles aspirations artistiques, se tournant vers des choses plus électroniques. Et j’ai aidé à l’effervescence de ce mouvement, parce qu’ils ont vu ce que j’ai fait, ces vieux B-Boys ont vu ça. Et ils ont eux aussi aujourd’hui envie de voyager, d’aller faire le DJ à droite à gauche…

90bpm : Je vois…En parlant de vieux B-Boy, comment s’est faite ta rencontre avec Bobbito Garcia ? Cela remonte à l’époque du Stretch and Bobbito Show, de l’époque Fondle’em ou encore après ?

Spinna : Tu sais quoi? Ce qui est intéressant avec Bobbito…. (Il s’arrête). J’avais une émission sur une college radio et Bobbito lui bossait à l’époque pour Def Jam, au début des années 1990. Il bossait sur tout ce qui était promo et il était en gros celui qui envoyait les disques promo à droite à gauche. C’était à l’époque d’EPMD…

90bpm : Il te balancait les copies promos pour ton émission ?

Spinna : Ouais, c’est comme ça qu’on s’est capté, c’était en 1992. Je l’ai rencontré en 1992. Juste après ça, j’ai quitté le lycée et on a commencé à bosser avec Krim pour Jigmastas, on a fait le Stretch and Bobbito show à plusieurs reprises et Bobbito se rappelait de moi de cette première époque. J’avais aussi l’habitude d’aller au magasin de disques où il bossait, où il vendait des disques, des T-shirts, des sweats-shirts….On est donc devenus potes. Puis on a commencé à faire les soirées Stevie Wonder, et c’est à ce moment là qu’on est vraiment devenus très bons amis…En préparant cette compilation (Il montre le vinyl des Wonders of Stevie dans mon sac)

90bpm : Justement, j’ai beaucoup aimé le concept et l’esprit de ces compilations. D’où est venue cette idée de réaliser The Wonders of Stevie, en show/live dj sets puis sur disques ?

Spinna : On a fait quelques soirées, puis ça a commencé à prendre vraiment de l’ampleur alors on a fait un mix-cd, underground, avec deux mixs de ces soirées, avant les Wonders….

90bpm : Ah ouais, dans le genre d’un tour-cd des lives shows que vous faisiez à l’époque ?

Spinna : Il y avait deux double cds, ça s’appelait The….aaa….j’ai oublié le nom, bref c’est pas grave…

90bpm : Je ne savais pas que vous aviez fait ce genre de mix-cd avant le release officiel…


Spinna (Il se rapproche de moi et me dit à voix basse, tout sourire) : Et c’était encore mieux que ce que tu as là, et on en a fait deux volumes….

90bpm : avec d’autres tracks ?

Spinna : Oui, celles-là et beaucoup d’autres…

90bpm : tu peux m’en dire plus…

Spinna : Il y avait du Sergio Mendez, des titres sur lesquels on n’a pas pu obtenir les droits de license…Des trucs de Roberta Flack, Quincy Jones, Thirld World…

90bpm : Stevie Wonder a écrit des trucs pour Thirld World ?

Spinna : Ouais, Stevie Wonder a écrit « Try Jah love », et il a aussi écrit une autre chanson sur le même album, un truc de 1980 je crois. Et ce n’est ni sur ce volume (Volume 2) ni sur le volume 1. C’est uniquement sur ces cds. Donc, voilà, tu vois on a juste fait notre boulot, on est aller digger, on est allé vraiiiiment très loin, on a sorti tout ça underground, et Harmless nous a finalement contacté parce qu’ils avaient eu les cds entre les mains…

90bpm : Selon toi, quels autres artistes mériteraient un tel hommage ? …il y a peu de compositeurs aussi prolix…. ? Quincy Jones ?

Spinna : J’ai fait d’autres hommages. En fait j’ai fait un mix-cd de Quincy Jones…

90bpm : Tu as fais ça vraiment ? C’est jamais sorti nulle part ?

Spinna (en riant) : Ouais, underground. C’est undergrouuund. J’ai fait deux volumes (Il voit que je suis très intrigué et joue avec mon impatience)

90bpm (rires) : Alors où est-ce que je vais trouver ça moi ?

Spinna : Ca va être un peu difficile maintenant. Ils sont partis au Japon, Japon, mec.

90 bpm : Japon. C’est LE pays.

Spinna (rires) : Ouaais ! ! Héhé…Carrément. Donc voilà, j’ai fait ce truc pour le Japon. Et j’ai fait pas mal d’autres soirées hommage, j’ai fait une soirée Mikael Jackson Versus Prince et j’ai fait des soirées hommage à James Brown bien entendu. D’ailleurs la prochaine est en février.

90bpm : Ouais, j’ai vu les flyers, le Prince vs. M. Jackson est bien foutu….Toujours au niveau de tes connexions : comme beaucoup de gens, je suis un grand fan des Masters at Work. Comment as-tu rencontré Kenny « Dope » Gonzalez avec qui tu as bossé sur pas mal de projets ? (Ndlr : Kenny Dope forme avec Louie Vega le duo de remixeurs  / producteurs MAW)

Spinna : J’ai rencontré Kenny pendant les premiers jours de Freeze Records, il avait en effet sorti quelques disques pour le label, il avait fait deux ou trois mixs – dans le genre trucs pour soirées-, c’était genre en 1995. Et moi aussi je bossais à l’époque avec Freeze. Tod Terry était alors label manager. Todd et Kenny ont grandi ensemble, tu sais. Et Terry a été la personne m’ayant introduit au sein de l’industrie du disque. C’est sur Freeze que j’ai sorti mon premier disque d’importance. Il faut dire que Todd m’a aussi filé sa SP 1200…

90bpm : Il t’as filé sa SP ?

Spinna : Ouais, il me l’a donné ! Il a dit “tiens, voilà, c’est mon cadeau”, et ce qui est intéressant par rapport à ça, c’est que sur le sampleur il y avait un sticker qui disait “Todd Terry ROCKS!”. Et tout ça c’était genre en 1995, ok? Et en 1998, Kenny et moi on est partis en “diggin’ trip” à Portland, Oregon, sur la côte ouest, et je lui ai raconté comment j’avais rencontré Todd, qu’il m’avait filé Sa machine tout ça, je lui ai dit à propos du sticker…Et Kenny s’est mis à se marrer comme un dingue. Tu sais ce qui était si drôle?

90bpm : Il t’a dit “j’ai mis ce sticker!”

Spinna (en même temps, en riant) : “J’ai fait ce sticker” Héhé… Tu vois comme le monde est petit? Voilà pour la petite histoire : tu vois Kenny et moi on est très proche, c’est comme un frère…

90bpm : En tant que « shaman remixer », c’est quoi pour toi un bon remix ?

Spinna : Un grand remix, c’est un disque transformé qui est rendu encore meilleur, un truc qui fonctionne direct….Le Das Efx me plaît beaucoup…Je veux dire, il y a tellement de remixs qui sont mauvais juste parce qu’il sont tout simplement moins hot que l’original. Le but c’est avant tout de prendre une bonne chanson au départ et d’en faire un truc encore meilleur.

90bpm : Ok, normal… Question importante : En temps que musicien, mélomane et homme, que-ce que le jazz représente pour toi ?

Spinna : Le jazz est un endroit où je vais, où je me réfugie lorsque je souhaite vraiment me relaxer, me détendre, m’échapper et visiter un autre monde. Tu vois, aller profond, au plus profond de moi même et faire émerger mes plus intenses émotions. Je veux dire, j’écoute du jazz quand je suis stressé, quand je veux me reposer, avant d’aller me coucher…tu vois…Pat Metheny...

90bpm : Oh, donc tu apprécies aussi les guitaristes ?

Spinna : J’adore les guitaristes, mais je pense que j’apprécie encore plus les pianistes et claviéristes, des gens comme Herbie, Roy Ayers…Mais tu vois, j’aime aussi énormément les cuivres, j’adore Rufus Harley, Coltrane…

90bpm : Rufus Harley s’en est allé avec toute cette émotion dans son jeu..

Spinna : Ouais, il a toujours fait de la musique très méditative…

90bpm : Tu sembles avoir un succès très important au Japon. Tu as d’ailleurs réalisé des remixes pour Shakkazombie ou DJ Krush tout en travaillant avec des labels nippons. Dans tes mixs apparaissent pas mal d’artistes japonais, Yukihiro Fukutomi ou The Tokyo Jazz Massive, entres autres. Tu as fait équipe sur les remixs pour Blue Note et Verve avec Hiroyuki Sanada (Betty Carter -« Naima’s Love Song »- The Complete Verve Remixed, 2005 and Donald Byrd -« Lansanna’s Priestess »- Blue Note, 2004). Comment expliques-tu cette reconnaissance japonaise et ton lien avec ce pays… ?

Spinna : Hiroyuki était mon ingénieur…Je pense que le Japon est le tout premier endroit qui ait prédit ce qui allait se passer pour moi, qui avait vu que j’étais un artiste particulier dans ce business. Je me rappelle lorsque j’ai fait le remix de Das Efx, je suis tombé sur un article d’un magazine japonais qui titrait « Ce mec que l’on se doit de surveiller ». J’ai alors pensé « Ils ont un truc particulier, ils ont vu quelque chose que je n’ai pas vu ». Et le truc le plus fou avec le Japon, c’est cette capacité qu’ils ont a absorber la musique comme je pense personne d’autre au monde ne le fait. Ils ressentent VRAIMENT les choses. Et même s’il existe pour eux la barrière de la langue, le fait qu’ils ne comprennent pas les paroles, je pense qu’ils consomment la musique avec émotion. Lorsque que tu vas là-bas et joues en soirée, les gens ne dansent pas vraiment entre eux, ils se concentrent sur le DJ et le fixent attentivement, il peut y avoir un millier de personnes, le DJ sera au milieu de tous les regards…

90bpm : Je vois... Je ne connais malheureusement pas le Japon…Afin de refermer cette interview, quelques points et opinions personnelles…Tu as remixé le titre Poetry du RH Factor de Roy Hargrove, musicien que j’apprécie particulièrement. Que penses-tu de la reconnaissance aujourd’hui grandissante de Roy Hargrove auprès d’un autre public que le public jazz qu’il a majoritairement connu auparavant, notamment grâce aux deux derniers RH Factor projects ? Tu aimes ce qu’il fait ?

Spinna : Je pense que c’est ce que beaucoup d’artistes devraient faire : amener leur connaissance à un autre niveau et rencontrer un autre public. Tu vois, quand Miles Davies et Herbie Hancock ont crée de toute pièce des expériences funk, ils ont élargi encore plus leur audience et ont parfois été critiqués pour ça, les critiques jazz “integristes” n’ayant pas apprécié le fait qu’ils ne jouent plus un jazz “straight”. Parfois un disque vend et c’est un bon moyen de se faire connaître, et même s’il ne vend pas, au moins tu adoptes une autre approche. Cela ne signifie pas forcément que tu trahisses quelque chose, ou que tu vendes ton âme. Vendre son âme pour moi serait plutôt lorsque tu fais des trucs à la Kenny G (ndlr : Kenny Garrett, le saxophoniste) ou un jazz pop bien commercial et bien lisse, ce genre de truc un peu abscont. Mais si tu continues à faire de la musique, jazzy, soulfull, je pense que c’est une très bonne chose, comme ce qu’a pu faire Roy par exemple…parce qu’il à toujours aimé ça…

90bpm : Ok, pour clôre cette interview avec une question un brin chiante, quels seraient tes 3 albums cultes ?


Spinna : Whoo…C’est très très très chaud là…Il y aurait sûrement quelque chose de Stevie Wonder, Innervisions, Fulfillingness' First Finale, et sûrement un truc de James Brown, genre… (Il réfléchit). Quel est le James Brown qui démonte…haa…Il y en a trop mec, peut être In the Jungle, parce que c’est le meilleur de ses albums funk je pense, y’a Superbad dessus, Funkydrummer…Je mettrais aussi dans le tas « Get on the Good Foot » ! J’avais le 45 tours quand j’étais gamin, ma première introduction à James Brown…Donc du James Brown et un disque de jazz.  

90bpm : Un dernier mot pour les lecteurs et autres b-boys et b-girls de 90bpm ?

Spinna : Ouvrez grand vos oreilles en 2007 et préparez-vous à de nouvelles choses de la part de DJ Spinna, parce que je ramène la force vive et primitive, the rawness is BACK ! !


Propos recueillis, retranscrits et traduits par Lucas Blaya aka Lux pour 90bpm.com

[14.02.07]
  Les commentaires :
Fredafunkysoul
15.02.07
Excellente interview...bravo!!!

j'ai appris pas mal de chose.
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