Tout d’abord, peux-tu, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, te présenter rapidement, en quelques mots ?
Rev : Je m’appelle DJ Revolution, je représente Los Angeles, Californie. Je fais une émission de radio, The Wake Up Show, et ce depuis 9 ans. Je voyage à travers le monde en temps que DJ, en essayant de promouvoir le hip-hop -new school comme old school- devant tous les types de publics imaginables. J’ai sorti quelques albums, produit quelques tracks, sorti quelques mixtapes, réalisé quelques beats…Tu sais, j’adore être impliqué dans le hip-hop. Je continue à faire mon taff et je continuerai à le faire longtemps !
Tu es partout, l’ubiquité est une force! … Ok, revenons à tes débuts si tu veux bien. Tu est né à Long Island, New York, et as passé pas mal de temps dans le Massachusetts. Peux tu nous parler de ton enfance, tes premiers contacts avec le hip-hop…tu as eu tes premières platines à 13 ans ?
Rev : La toute première fois que j’ai entendu du rap mec, c’était sur une radio étudiante (college radio) et c’était Grand Master Flash… The Message je crois ou Grand Master Flash on the Wheels of Steel…Puis j’ai entendu Jam on it - Nucleus…Tu sais, des trucs old school, genre raps des débuts…J’avais onze ans ou quelque chose comme ça…
Je vois, genre 1982, 1983 ?
Rev : 82, ouais, quelque chose comme ça, 83…je sais plus exactement. Mais j’ai réentendu tout ça quelques années plus tard, c’était pas tout nouveau quand j’entendais tous ces trucs…C’était cette college radio… (il cherche en vain le nom de la radio), cette radio qui passait ça… J’étais plus vieux déjà quand j’ai réentendu ces raps et ces beats…
C’était une radio étudiante du Massachusetts?
Rev: C’était dans le New Hampshire pour être précis, j’étais à l’époque dans la maison de mon grand-père.
C’est à cette époque qu’il t’a offert tes premières platines?
Rev : C’est un peu plus tard, mais tu sais, pour faire bref, basiquement il a compris à quel point j’aimais écouter de la musique, presser des boutons, faire tout ce genre de trucs. Il a donc dénicher et remis en état ce vieil engin -une mixette rudimentaire, en somme- et me l’a passé, il me l’a mis en main, m’a expliqué comment le brancher, comment faire sonner et fonctionner cet appareil…
C’était ton ingénieur, une sorte de grand-père-operator…
Rev : Ouais, il m’a carrément enseigné comment tout ça marchait, du bout de l’aiguille sur le sillon jusqu’à mes oreilles. Et depuis, je suis attentif !
Tu faisais tourner des mix-tapes de rock à l école. Y’avait quoi sur ces tapes ? de la cold wave, du heavy-metal, du garage ?
Rev : (Souriant) Non mec, c’était pas du métal, juste des trucs pop-rock, tu sais des trucs pop-rock US du début des années 1980, tu vois ce que je veux dire?
Ouais, carrément. Passons. T’écoutais quoi à l’époque ? UTFO ? BDP? JVC Force? Run DMC ? Tu avais quel regard sur le hip-hop en train de se faire ?
Rev : Ouais, c’était ce genre de sons. Et c’est toujours ce genre de trucs aujourd’hui mec. Je veux dire, qu’importe qui débarquait à l’époque, c’était tellement nouveau, si différent! Tout ce qui sortait était bon, tu comprends! Les premières phases de Doug E Fresh, The Fat Boys, Run DMC, tu vois, tous ces trucs étaient en même temps supers bons et différents. Chacun avait son propre style, unique ! Et c’est ce que j’ai aimé dans le hip-hop, l’originalité, tout était frais… On prenait de vieux disques et on faisait notre sauce là dessus, on bidouillait en rythme, on rechantait les refrains, on s’amusait simplement avec le hip-hop, tu vois mec, on était nous même, et c’était intéressant pour moi parce qu’à cet âge tu cherches à te découvrir, à savoir qui tu es, et ça m’a simplement aidé à savoir qui j’étais.
Tu peux nous parler de l’époque de la Coalition, quand tu te faisais appeler The Devil’s Advocate ?
Rev : (Rires) Ouaiis mec, héhé, c’était il y a trèèès longtemps.
T’étais MC aux côtés de Cadence de Raw Produce, y’avait Mike Ladd avec vous aussi non ?
Rev : Ouais, c’est vrai. Y’avait pas mal de monde. Mais je te reprends : je n’étais pas un MC, c’est aller trop loin que de dire ça. C’est juste que je rappais. Tout les gens, lorsqu’ils commencent, essayent de savoir ce qui leur plaît vraiment, ce qu’ils aiment faire. J’ai donc tout essayé, touché à tout, vu ce que je voulais vraiment continuer à faire et là où j’étais bon…C’était cool…Et j’étais tellement meilleur derrière des platines !
Tu revois Cadence de Raw Produce parfois ? J’étais surpris de l’entendre à l’époque sur ton R2K, aux côtés d’Akrobatik, alors qu’il n’y avait aucun crédits les concernant sur la pochette… State of the art c’est une prod à lui et Pitch si je ne me trompe ?
Rev : Ouais je l’ai revu depuis, mais je ne sais rien à propos de ça, ce truc de crédits. Je crois bien que c’était une track de 7L and Esoteric FEATURING Cadence et Akrobatik (Ndlr : il se trompe, la prod est de Raw Produce et apparaît sous leur nom sur le premier LP de 7L & E, Soul Purpose), mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé mec, c’est juste un truc inhérent au label, moi j’ai juste fait le mix...
Ok. J’ai entendu dire que tu avais joué un peu avec les Dilated Peoples lorsqu’ils recherchaient un DJ avant que Babu ne devienne résident au sein de l’Expansion Team?
Rev : Ouais, on était potes, tu vois c’était genre un truc de potes, on s’est capté environ vers la première fois où Evidence a vraiment rappé sur un disque autre qu’un disque des Dilated Peoples. Il n’y avait de toute façon pas encore de Dilated Peoples à l’époque lorsque je les ai connu, ils allaient tout juste se mettre ensemble, il n’y avait pas encore de groupe, il y avait juste Evidence et Raaka. Ils ont alors sorti un 12 inches et c’est à ce moment qu’on s’est capté réellement. Sur le 12 inches d’après, j’ai bossé avec Evidence et on s’est compris direct sur plein de trucs en studio…Il m’a alors sorti un truc du genre : « yo, amène toi pour faire les cuts, des arrangements… », et voilà.
Tu es arrivé en 1997 au sein du Wake up show. Tu écoutais l’émission avant de démarcher King Tech ?
Rev : Ouais, juste depuis un an à peu près…pas très longtemps parce qu’ils étaient (Sway, Tech et le Wake Up Show) à Los Angeles depuis un an quand je suis arrivé là-bas. J’ai déménagé à L.A fin 1994 / début 1995 et j’ai connu le show seulement lorsqu’il a été diffusé sur la ville.
Et tu travaillais déjà pour LA the Beat 92.3 (une radio de Los Angeles)?
Rev : Non, je ne les connaissais pas encore, je ne connaissais personne, je ne connaissais vraiment rien… Je faisais de petits boulots, je n’avais aucune expérience du business de la musique...Tu vois, à l’époque je travaillais pour un magazine musical, au département marketing, à faire… des trucs très chiants! Vraiment un boulot de merde ! C’était horrible ! J’ai donc envoyé une mixtape à Tech et deux semaines après j’étais à l’antenne…
Que penses-tu de la diffusion radiophonique aux Etas-Unis ? Avant il y avait des radios communautaires (community radios) comme KMEL ou KLYD, avec des shows hip-hop précurseurs, aux playlists aventureuses, je pense au Street Soldiers de Joe Marshall ou au Street Knowledge de Davey D entre autres…Mais avec les lois des dernières années (Telecom Laws) et la position monopolistique de Clear Channel ou Viacom, qui contrôlent des dizaines voire des centaines de radios aux Etas-Unis, les playlists ont été réduites à l’ombre de quelques titres…Est-ce que tout cela ne représente pas un déclin pour la création et le hip-hop au sens large du terme ?
Rev : En fait, tout ce dont tu parles a été un foutu gâchis. Je veux dire, concrètement, ce qu’ils ont fait c’est s’accaparer un filon, l’exploiter et le réduire à néant, en faire du déchet, de l’immondice ! Il est clair que tu ne peux pas faire de l’argent sans exploiter quelque chose, tu dois forcement exploiter un truc, mais eux ont tout simplement surexploité le hip-hop, et à présent ils contrôlent la diffusion de cette musique, basiquement… Mais je ne rejette pas la faute sur Clear Channel ou sur n’importe qui d’autre dans ce business, non, je ne les donne pas responsables de ce qui se passe dans le hip-hop actuellement.
90bpm : Alors à qui la faute ? Les djs, animateurs radios, les chaînes de télévisions ?
(Solennellement) Mec, c’est au hip-hop lui même que j’ai des reproches à faire! Tu comprends? J’ai des reproches à faire aux mecs qui font cette musique et qui l’ont faite par le passé, parce que tu vois, c’était notre truc, notre culture, tout ça a été démarré sous l’impulsion de mecs qui y croyaient et qui étaient à fond. Tu vois, ces mecs étaient pauvres, à l’affût de la moindre échappatoire, cherchant un moyen de s’amuser, cherchant à s’échapper de toute cette merde. Ils ont alors créé quelque chose de bien, leurs trucs à eux, tu vois ce que je veux dire? Le reste du monde a adoré ce truc, ce pourquoi les acteurs hip-hop de l’époque, à la vue de l’argent rentrant à flots dans les caisses, ont tout bonnement laissé ces compagnies s’incruster, s’infiltrer dans la gestion du truc et au final nous gruger tous en emmenant le hip-hop loin de nous et de ce que nous aimions. Tu vois ces mecs à l’époque ont juste dit aux compagnies et majors "ok, ça marche, vous pouvez avoir ce que vous voulez si vous payez le prix" au lieu de dire "ok, vous pouvez avoir notre truc si vous allongez la monnaie, MAIS, n’oubliez pas que c’est NOTRE musique, impossible de nous dire ce qui est hot ou ce qui ne l’est pas" parce que c’est ce qui s’est passé au final avec toutes ces radios merdiques…parce que les majors et les maisons de disques ont dicté aux radios ce qui devait être hot, et les radios se sont occupées du fait que les DB jouent certains trucs plutôt que d’autres, donnant des consignes, et tous ces DB ont juste dit "ouais, ok".
Et avec la fusion de nombreuses radios aux sein d’un même groupe ce schéma n’a fait qu’empirer
Rev : Carrément, je veux dire, c’est pire et ça ne peut qu’empirer.
Concernant le Wake Up Show, avez-vous eu au sein de l’émission des pressions d’artistes pour obtenir une diffusion, comme The Almighty RSO and Ray Dog / Benzino le firent dans le même style avec David Mays époque The Source début 1990s ?
Rev : Ouais, t’as des trucs comme ça parfois, mais seulement de la part de types qui n’ont aucune idée de comment fonctionne le truc, qui ne savent pas comment tourne ce business, qui ne savent pas comment les choses se passent, tu vois? Avec moi, les choses sont très simples, si ton disque craint, je ne le passerai pas et ne le jouerai pas, c’est une condition simple comme bonjour, y’a pas de politique… Tu comprends? Concrètement si tu constates que je ne passe pas tes disques, c’est que ta musique ne me retourne pas, qu’elle n’est pas hot. Donc retourne en studio, et lorsque tu reviendras avec un truc superhot, alors je le jouerai. Y’a tous ces DJs qui réagissent du style (il prend une voix peureuse et fluette) "Oui, oui, je vais passer ton disque, je vais passer ton disque" ou l’autre genre qui font simplement "non je ne jouerai pas ton disque, sauf si tu me files 3000 dollars". Et c’est ce genre de réaction qui ouvre la porte à toutes ces conneries à la radio, parce que si t’es nul, que tu me files 3000 dollars et que je joue ton disque, plein de gens vont croire que t’es bon, que t’es le dernier truc en buzz, alors que pas du tout. Tu comprends, encore une fois, c’est la même chose, si je te laisse t’approprier un truc comme ça, tu t’appropries mes conditions de DJ, ma force, mon rôle ou ce que tu veux…Au final tu as le pouvoir parce que tu as le fric.
Ok. Question classique, certes mais tellement importante : le Wake Up Show a vu défiler tant de MCs phares de la scènes US (mainstream comme underground), Beaucoup se rappellent de la fameuse battle Supernat/J.U.I.C.E ou des tensions entre les Hieros et la Hobo Junction, entre autres. Quels sont tes meilleurs ou pires souvenirs en tant que DJ mais aussi en tant que spectateur de moments souvent anthologiques…
Rev : Oh mec, y’en a trop à raconter, mais le meilleur moment pour moi restera ma première apparition au sein du Wake Up Show
Avec les Piklz et les X-men?
Rev : Ouep, et les Beat Junkies. Il n’y aura jamais un autre moment comme celui là. C’était pour moi un moment de folie. C’était la toute première fois que j’arrivais à l’antenne, et la première fois que j’utilisais une Vestax 05 Pro, j’en avais jamais vu avant, elle était indisponible aux Etats-Unis, j’avais jamais rien vu de comme ça… (Il s’arrête) C’était la première fois que je voyais un truc comme ça et que je l’utilisais.
Et y’avait autour de toi, à te mater, Q-bert, J-Rocc... etc.
Rev : (poursuivant son idée de départ) C’était la version prototype de Rhettmatic, introuvable aux Etats-Unis, tu sais c’est la version grise, old school, je n’avais jamais vu personne avec ça avant. Comment était le fader, tu vois ? (Un peu mélancolique)… Tu comprends, j’ai changé après cette nuit là…comme s’il s’était passé un truc, je suis resté marqué.
Selon toi, est-ce qu’il y a certains MCs de talents sous-estimés qui sont passés par le Wake Up Show et qui mériteraient de connaître un certain engouement, une reconnaissance du public plus large.
Rev : Il y en a toujours, plein. Encore une fois, trop pour n’en citer que quelques-uns.
Par exemple: tu dois bien avoir des noms à nous donner…
Rev : pour être honnête, ce serait vraiment très dur de te dire quoi que ce soit, parce qu’il y en a trop; chaque semaine on a de nouveaux gars sur le show qui sont bien meilleurs que plein de mecs que tu peux voir ou entendre sur scène, sur les radios ou chaînes de télévision. Tu comprends, je ne veux pas te donner de noms car je laisserais trop de monde sur la touche. Je vais donc te le faire comme ça: à peu près à chaque émission qu’on fait, il y’a un artiste qui mériterait d’exploser…
Ok, je vois. Parlons à présent de Djeing, si tu le veux bien. Je ne t’ai jamais vu en compétition ou autres battles (DMC, ITF…). Etait-ce un choix de ta part de ne pas de concentrer sur ce type de show? Car quand on entend certaines de tes passes / routines, on peut se poser des questions…
Rev : Ouais c’était un choix conscient de ma part, parce que je prends mon temps pour apprendre d’autres trucs... (Il s’arrête et m’interroge). Je voudrais par exemple que tu me donnes les noms des DJs ayant fini aux troisième ou quatrième places de tous les DMC…tu peux les nommer?
Whoa! Euh, bah récemment, y’a eu Quest, Dopey… (Je me trompe). Euh sinon, t’as raison, c’est chaud.
Rev : Ok, ce que je veux dire, c’est : est-ce que ces gens ont des carrières, de longues carrières, ont-ils fait des disques, est-ce qu’ils ont produit des trucs ?
Tu veux dire que tu préfères te pencher sur la production, un travail de… (Il me coupe)
Rev : Tout le monde ne peut être Craze, il ne peut y avoir qu’un seul Craze, un seul Q-Bert, un seul MixMaster Mike…Ce sont des gars qui sont 3 à 4 fois champions du monde, il y en a peu, c’est l’élite de ce groupe de DJ compétiteurs, il y en a peu qui sortent la tête de l’eau, les autres sont juste comme ça, bons et c’est tout, voire même pas trop, parfois. Je ne veux pas participer à ça.
Tu préfères les approches de mecs comme D-Styles ou Mike Boo?
Rev : Ils font bien ce qu’ils font mais en même temps, tu vois, y’a pas non plus trop de compétitions dans lesquelles t’impliquer, alors tu te retrouves à passer 7 mois de ta vie à essayer et entraîner tes routines, pour juste 5 minutes de passage. Et qui s’en rappelle vraiment? Juste les gens qui sont à fond, calés sur ce truc. Ce qui n’est pas la plupart des gens, ce qui n’est pas la vision "de la rue". Je préfère apprendre à faire des trucs qui puissent m’aider à exposer ma vision au reste du monde au lieu de me faire connaître en temps que "battle DJ". Parce que quand Craze arrive lors d’un show, une soirée, tout le monde attend de lui des routines de battles. Pourquoi ? Parce qu’il a remporté 5 titres de champion du monde de battle. Quand Klever se pointe ils attendent de lui qu’il fasse son show, quand Q-Bert débarque tout le monde attend de lui qu’il scratche pendant 20 minutes. Personne ne sait ce que les gens attendent de moi…
J’ai le souvenir de t’avoir vu jouer sur Serato lors d’un de tes passages en France…Fini le vinyle en tournée, tout sur le mac ?
Rev : Lorsque je joue en soirée, je n’utilise pas de vinyles
Par exemple ce soir, tu joues sur Serato ?
Rev : Non, je n’utilise plus Serato, je suis passé à un nouveau truc.
Oh, dis m’en plus ?
Rev (Evitant la réponse) : Mais à la maison, si j’ai choppé un nouveau disque, je le passe, tu vois ce que je veux dire, si je vais acheter un disque quelque part, je joue le disque, je ne serai jamais lassé du vinyle, tu comprends, ça sonne tellement mieux à mes oreilles, il y a cette part de réalité, quelque chose que je peux regarder, toucher et sentir, c’est pas juste un nom au sein d’une liste…
C’est la force de la matérialité de l’objet…
Rev : Ouais, mec…y’a comme une déconnection quand tu as juste une track et un nom sur I Tunes…Et même si tu as la pochette qui apparaît sur l’écran, tu te mets à loucher pour pouvoir checker l’artwork. Donc : qu’est-ce que tout ça s’il n’y a pas d’histoire derrière ? Si je demande à mon fils, qui me fait écouter un truc, « -où t’as eu ça ? » il me répond « -je ne sais pas ». « -Ils sont d’où ces gars ? » « -Je ne sais pas », tu vois ce que je veux dire. « Qui c’est le gars qui produit ? » « Je ne sais pas, j’ai juste pris la chanson sur l’ordinateur d’un copain ».
N’as tu pas peur de la sorte que tout cette évolution puisse déboucher sur des DJs jouant uniquement à partir de MP3s, relayant le vinyle à une impasse pour collectionneur ?
Rev : C’est cool tant que les DJs font leur boulot, tant qu’ils se préoccupent de l’acheminement historique du disque, d’où il vient…etc. Tant que ce sera comme ça, je comprendrai, c’est cool…Jouez des mp3s, c’est cool… Les avancées technologiques sont toujours bonnes à prendre tant que tu saisis les enjeux de ces progressions, et que tu sais d’où et de quoi tu es parti.
As-tu le temps d’aller digger ces temps-ci, quand tu es en tournée ou à L.A ?
Rev : Tout le temps mec ! Habituellement, ce que je fais c’est que j’attends d’aller à Zurich, parce que c’est là bas qu’est mon disquaire préféré.
C’est là-bas que tu as rencontré des artistes allemands ou suisses qui sont présents sur ta dernière mixtape, Passport Vol.1 ?
Rev : Oui, certains d’entre eux. Basiquement concernant Zurich, je connais les disquaires là-bas et je sais ce qu’ils ont, voilà pourquoi je ne cherche pas énormément en d’autres endroits…Ainsi, si je sais que je viens à Zurich dans quelques mois, j’économise grave mon argent.
Et hier t’as eu le temps d’aller chopper des trucs (Ndlr : Rev était à Zurich le 22 décembre avec Raaka, date de leur tournée précédant cette date parisienne) ?
Rev : Malheureusement non! Hier je n’ai pas eu le temps, mais demain j’y retourne, on repasse là-bas alors…
Tu es un gros collectionneur de disques j’imagine. Sais-tu combien tu en as et de quels styles musicaux ta collection est-elle constituée ?
Rev : (Silence, puis en rigolant)… Elle est vaste mec. Ma collection est majoritairement hip-hop, tu vois, peut être 80 % hip-hop. Je veux dire, j’ai environ 15 000 vinyles de tous styles, mais ça reste vraiment hip-hop.
Qui sont les Djs qui t’ont influencé ? Que tu as toujours admiré ? Et pour quelles raisons ? (Je lui cite des noms dont Cash Money, Jazzy Jeff et DST).
Rev : Jazzy Jeff, Cash Money, Aladdin, DJ Scratch, Richie Rich, Joe Cooley, Mix Master Ice… Tu vois des gens de l’époque au cours de laquelle je me suis mis à faire ce truc à fond. Les gens comme DST etc…, tu vois les premiers gars, qui ont commencé le truc, faisaient partie disons, d’une autre ère, une ère avant que je sois vraiment dans le hip-hop. Quand je suis arrivé et que je me suis mis derrière les platines et tout ça, mon mix était encore meilleur que celui de DST, tu comprends, c’était avant notre ère. Les DJs qui m’ont influencé avaient déjà assimilé plein de trucs et étaient déjà très forts dans leur style…DST et des mecs comme ça, tu vois, c’est l’un des gars qui a commencé tout ça, c’est plus une base qu’une influence.
Compris. Autre chose:que penses-tu de certaines approches musicales du Djeing ? En France nous avons Birdy Nam Nam qui font leur truc, aux USA vous avez des gens comme Mike Boo, D-Styles, Ricci Rucker, DJ Disk, DJ Faust ou Kid Koala au Canada…? Jamais tu n’as eu envie de faire des trucs à plusieurs platines, en équipe… ?
Rev : Non, je ne veux pas m’impliquer dans une équipe, j’ai besoin de faire des trucs pour moi, et ensuite je bosse avec d’autres gens ce qui m’aide à façonner ma propre vision des choses. Non pas que je ne travaille pas bien ou ne m’entende pas bien avec d’autres, puisque je bosse avec des gens régulièrement, mais je souhaite juste ne pas m’investir dans un crew ou monter une équipe, parce que je me sentirai redevable, à la traîne ou faisant de l’ombre à quelqu’un…Je n’ai jamais eu besoin de ça. Parce que, soyons honnêtes, il y a de nombreux crews ou équipes au sein desquels il y a une star et à ses côtés d’autres types "juste ok". Je ne veux pas être "juste ok" et je ne veux pas être non plus ce mec "starifié". Tu voix ce que je veux dire?
Carrément, même si il existe des teams où ça se passe autrement, mais ce que tu dis est vrai. Changeons de sujet si tu le veux bien. Parlons de tes productions. D’où est venue cette idée-concept du box fight avec spinbad (Ringside, sur le deuxième LP de Rev In 12’s We Trust) ?
Rev : Ouais, ce titre est dope ! J’ai juste dit à Spinbad "écoute mec, j’ai cette idée de chanson, je vais t’envoyer ce beat et je veux juste que tu me tues! Que tu me butes mec!". Je ne savais pas ce qu’il faisait de son côté, je lui disais juste un truc du style "Je voudrai que tu fasses comme si j’étais ton pire ennemi, estropie-moi! Je veux que tu m’éclates la tête!…parce qu’après mec je vais faire la même avec toi!" Je ne savais pas ce qu’il allait faire, et il ne savait rien non plus… C’était incroyable, mec.
Tu peux nous en dire plus sur ton processus de création ? Tu bosses beaucoup avec des samples ?
Rev : Tu sais ma musique à toujours été à base de samples, je tape dans vraiment plein de trucs divers: de la comédie musicale, des films, des extraits de télévision, n’importe quel source que tu peux sampler, tu vois, je fais des va-et-vient entre plein d’éléments sonores. J’utilise vraiment n’importe quoi!
Ok. Où en est aujourd’hui ton label, Millenia ?
Rev : Et bien il en sort toujours de la musique, régulièrement. Tu sais, c’est mon label, sur lequel je peux diffuser ce que je produis. Il y a quelques albums que j’ai sorti que tu peux retrouver sur Millenia et tous mes disques à partir de maintenant sortiront sous ce label…Toujours là, donc.
D’où est venu l’idée des Class of… (Mixtapes sorties chez Nocturne/On the Corner)? Tu es vraiment parti pour faire 20 volumes, de 1986 à 2005 ?
Rev : Oui, carrément.
C’est exhaustif !
Rev : Oui, mais c’est un truc que j’adore faire. Dans tous les cas je l’aurais fait, juste pour moi, afin que je puisse écouter tous ces morceaux géniaux et mixés de la façon qui me plaît. Tu vois, en fait pour ça je m’en fous un peu de savoir qu’il n’y a personne d’autre qui apprécie, même si je sais que les gens ont apprécié les deux premiers volumes. Dans tous les cas, quoi qu’il arrive, je continuerai à faire ces mixs.
Comment as-tu procédé pour sélectionner les titres composant les mixs de Class of 1985 et Class of 1986? Notamment quelques raretés (je dis "underground joints")…
Rev : En 1985, il n’y a pas d’underground, mec.
Ok, je voulais dire des titres très rares (je rectifie par "rare vaults")
Rev : Ah ouais, ok. Mais, tu sais, c’est juste une mise en valeur, je veux dire, une façon de s’assurer que tout le monde soit au courant que ces disques sont sortis. Mon but sur chacune de ces compilations est de mettre le meilleur son de cette année là, peu importe si c’est mainstream ou tout autres appellations qu’on pourrait inventer. J’ai juste voulu compiler le meilleur, c’est tout.
Et selon toi y a une année plus importante que d’autres pour le hip-hop, une année phare ? Pour beaucoup c’est 1988, et pour toi ? (Je donne des noms en vrac pour 88 : Slick Rick, Lakim Shabaaz, NWA, PE, EPMD, Big Daddy Kane…)
Rev : (Il réfléchit) Mmm, je dirais : il n’a pas une année isolée, je dirai trois, je dirais que 1987 à 1990 seraient mes années favorites. Attends, non! Jusqu’à 1991. Ouais, là, c’est bon.
Comme on l’a évoqué tout à l’heure, ton nouveau mix-cd Passport vol.1 vient de sortir. Tu peux nous parler plus en détails de ce concept tourné vers l’international (Ndlr : Passport vol.1 propose 22 titres en compagnie de mcs des quatre coins du monde : Suède, Suisse, Allemagne, Royaume-Uni, Canada, Japon, France…) ?
Rev : C’est exactement ça, ce que j’ai essayé de faire, créer une sorte d’exposition internationale. J’ai pu rencontrer certains des artistes, d’autres non, en tournée, ou ailleurs…Tu vois c’est juste un truc issu de bonnes relations. Sinon, je vais essayer de mieux distribuer cette mixtape, il n’y en a eu que quelques exemplaires de pressés, au titre de tour-cd.
Oui, j’ai vu ça, c’était dispo cette semaine sur justlikehiphop je crois. Revenons aux artistes présents. Par exemple pour les artistes français (Al Peco, Youssoupha, entre autres), tu as rencontré ces gens, ça s’est fait par connections -je pense notamment à Fab et Awer, de Hip Hop Resistance par exemple- ?
Rev : Ouais, y’a de ça, c’est ce que je te disais avant. J’en ai rencontré certains, d’autres non. Peu importe à mes yeux en fait: "the hot shit is the hot shit". Qu’importe d’où ça vient…mon but avec ce disque est surtout que les gens aux Etats-Unis aient une idée de ce qui se fait ailleurs.
C’est cool. Le temps passe. Abordons quelques points persos si tu le veux bien, afin de conclure. Tout d’abord : d’où te vient cet aka/nom de scène « Revolution » ?
Rev : C’est lié au changement, à la progression. Tu comprends, j’ai toujours évolué, je ne suis jamais le même, je ne souhaite en rien rester le même et ne souhaite pas réfléchir aux moyens de rester le même, si tu vois ce que je veux dire…Je me dois d’évoluer en permanence, aller de l’avant, que ce soit sous la forme de brusques et violents changements ou par des évolutions plus subtiles. On doit tous évoluer. C’est donc ça.
Que penses tu d’une certaine scène de par chez toi, californienne, underground et souvent mieux diffusée en Europe et au Japon, Project Blowed, Shape Shifters, entre autres (je cite des noms dont Busdriver, OMD ou Existereo)?
Rev : Ce que je pense de cette scène est assez simple: premièrement, leur musique est tellement dure à appréhender, je veux dire, il y a tellement peu de personnes qui sont vraiment impliquées dans cette scène…Il est même rare que leurs sons tombent entre mes mains…et je dois te dire qu’on me file vraiment tout et n’importe quoi, tout le temps… C’est pourquoi je trouve bizarre de ne pas avoir encore eu leurs disques sous la main, car je suis vraiment très accessible, je suis à tous les shows et autres soirées hip-hop…Mais bon, je ne suis pas vraiment fan de ce qu’ils font, ce n’est tout simplement pas mon type de hip-hop. Tu sais, moi j’aime biens les trucs directs, du son que je puisse écouter en arpentant les rues dans ma caisse, que je puisse jouer en club, que je puisse mettre sur une mix-tape. Mon taff consiste à faire plaisir à certains types de publics, alors que leur musique ne plaît qu’à un groupe de gens très restreint, je pense qu’ils font de la musique plus pour eux que pour les autres et qu’ils se fichent de ce que peuvent apprécier beaucoup d’autres personnes, et c’est cool… Tu vois on ne peut pas t’en vouloir si je n’aime pas ta musique à partir du moment où tu fais ton truc juste pour toi, dans ton coin avec seulement la poignée d’initiés qui gravitent autour…C’est comme ça, ce n’est pas du "mass appeal", mais au contraire le choix de rester en petit comité d’initiés et d’aborder des trucs que tout le monde ne captera pas forcément…c’est cool, mais c’est un choix.
Ok, je comprends ton point de vue. Tu pourrais me dire quels sont les MCs qui déchirent tout pour toi en ce moment ?
Rev : (Il réfléchit longtemps) Mmm, Planet Asia -il a toujours été l’un de mes préférés- Evidence, qui est en train de bosser sur des nouveaux trucs, j’en dis pas plus, mais c’est énorme.
Ouais, il a pondu de bonnes prods pour The Medicine…Dernière chose : tu as des mixtapes que tu écoutes régulièrement?
Rev : Honnêtement mec, j’ai fait tellement de mix-tapes que je n’ai pas de tape que je préfère parmi d’autres. Je fais une mix-tape toute les semaines avec le Wake Up Show. Concrètement, je fais 52 mix-tapes par an, au moins….J’écoute tellement de nouveaux trucs, tellement de nouvelles tapes… (En riant) Où que j’aille, y’a un mec qui me donne une tape, tout le monde a une mix-tape…
Héhé…Ok. Tu as un dernier mot pour les lecteurs et autres b-girls et b-boys de 90bpm ?
Rev : Je dirai juste ceci : soyez attentif à ce que je vais sortir en 2007... Je suis en train de faire pas mal de trucs impliquant le reste du monde… Je laisse planer le mystère sur le reste… Sinon merci à toi et n’oubliez pas de checker Passport Vol.1!
Propos recueillis, retranscrits et traduits par Lucas Blaya aka Lux pour 90bpm.com.
[04.01.07]
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