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Def Tex



Pour tous ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter ?

Anthropologist : On s’appelle Def Tex. Je suis Mark, également connu sous le nom d’Anthropologist, un des MC.
Chrome : Je suis Mike alias Chrome ‘’L’homme de métal brillant’’, MC.
Sure Delight : Je suis Damien alias Sure Delight, DJ
R Key : Je suis R Key, producteur de la majorité des sons.

Quelle est la signification de Def Tex ?

Chrome : Le nom du groupe est apparu en 1986 entre moi et mon frère R Key. C’est un nom à la consonance old school voilà tout.
R Key : Il y avait un club , ‘’The basement’’ où se retrouvaient des breakers. Les breakers étaient appelés Fresh Tex. C’est de là que j’ai trouvé le nom Def Tex.
Chrome : C’est un des noms old school qu’on a trouvé avec Def Tex. Au début y ‘avait aussi le nom Def Tex Tronics.
A : N’oublies pas aussi ‘’Definition of true excellence’’ !
Chronme : Ouais en fait on a ce nom depuis 1987 quand on était, mon frère, Sure Delight et moi.

D’ou viennent vos pseudos ?

A : Je suis danseur à la base. Je dansais dans un crew appelé ‘’Too True’’ sous le nom de ‘’Anthro’’ et mon partenaire s’appelait ‘’Swing Two’’. Je suis ensuite devenu l’Anthropologiste parce je ne faisais pas partie de la scène hiphop et que je m’interessais de près à cette culture tout en ayant le sentiment d’en être écarté. Ce n’était pas une question de couleur mais juste le fait que je vivais en Norvège et que j’avais l’impression que je n’en faisais pas partie.

C : C’est la première fois que je t’entends dire ça, je trouve ça vraiment bien. Me concernant je dirais qu’à 9 ans, je breakais tout en étant pas vraiment bon. Je me suis dit que je devrais me mettre à rapper car j’adorais vraiment la musique. Fallait bien trouver un nom comme tout MC et Chrome est venu un peu par hasard sans véritable sens.

Sure Delight : Pas vraiment de sens derrière le mien, juste une consonance old school, un feeling.

R Key : Je suis R Key, je suis la Clé. J’aime la lettre R.

Qu’est ce que chaque membre apporte au groupe ?

A : Des breaks, beaucoup de breaks et de disques. On amène tous un peu d’avant gardisme. Personnellement j’aime amener des mots un peu excentriques, bizarres. J’aime déranger les gens avec mes histoires alambiquées, mes messages subliminaux et tout ce genre de trucs.

C : Je suis un hiphopper total et absolu. Si tu me demandes la période du hiphop que je préfère, je te répondrai de 86 à 92. Si tu me demandes mes influences en tant que MC je te répondrais Pharaohe Monch quand il faisait partie du groupe Organized Konfusion. C’est de là que vient mon rap, c’est cet angle de point de vue que j’apporte au groupe. Anthropologist amène les lyrics hallucinants, je ne sais pas d’où il sort tout ça ! Moi c’est plus des styles que des lyrics. A a du style mais ceux sont ses lyrics qui me rendent dingue ! On se complètent chacun.

A : On va dans les profondeurs. On s’équilibre tous les deux comme MC’s.

Sure D : Je scratche sur les morceaux et je participe également à l’arrangement des titres. Parfois je trouve des breaks et je les amène à R Key pour les lui faire écouter et pour qu’il puisse éventuellement les utiliser. C’est ce qui s’est passé avec le morceau ‘’Synchronise’’, j’ai trouvé un album pour 20 frs contenant une ligne de basse qui me semblait bonne à utiliser. Je l’ai amené à R Key pour voir ce qu’il pouvait en faire. En fait R Key n’est pas le genre de producteur qui passe son temps dans les magasins à chercher des disques à sampler. en fait on lui amène un tas de disques en lui demandant de voir ce qui pourrait marcher.

R Key : Def Tex a un bon son, original, qui se démarque. J’écoute les sons et dès qu’un sample me frappe, je l’utilise.

C : A nos débuts, au début des années 90, on sortait surtout des albums d’instrumentaux Def Tex. Jute des sons de R Key qui étaient beaucoup appréciés.

Comme vous l’avez dit, vous êtes là depuis 1987. Le hiphop a connu des hauts et des bas, qu’est ce qui vous a motivé à continuer ?

Sure D : Ce qui nous a motivé c’est qu’aucun d’entre nous n’a de diplôme, de familles, d’enfants. A la fin de la journée, nous sommes dans la même situation que lorsqu’on avait 20 ans. Nous n’avons pas d’hypothèque, nous sommes chanceux dans la mesure où il n’y a rien pour nous distraire.

A : On ne fait rien d’autre que du hiphop. C’est notre futur. Rien ne m’excite à part la musique. C’est la seule chose qui m’importe en dehors des gens et de mes amis.

Quelles sont vos influences lyricales et musicales ?

A : Lyricalement, je dirais beaucoup de trucs venant de la West Coast, Freestyle Fellowship, Latyrx. Beaucoup de trucs jazz comme Slim Gayelard, les trucs scat, Ella Fitzgerald, John Hendrix. Tout ce qui est lyrical.

C : Je pense que c’est ce qui rend notre son si unique. On est toujours ouvert musicalement. L’inspiration vient de partout. On est tous hiphop à la base mais on est dans divers genres musicaux, tout ce qui importe c’est que cela soit de la bonne musique. Avant Freestyle Fellowship, j’ai d’abord été influencé par des gens comme Steady B et Chuck D.

A : On vient de terminer notre nouvel album ‘’Severe bug’’ et des rappeurs comme TY, Juice Aleem et Huntkillbury Finn y sont invités. C’est une inspiration de voir de telles personnes travailler. C’est ce qui m’inspire le plus en ce moment. Il y a des légendes dans le hiphop anglais, des gens qui sont comme nous, qui viennent du même endroit, qui ont la même mentalité. Ca nous rassure de ne pas être seul. Ce qui se passe dans le hiphop anglais m’inspire beaucoup en ce moment.

S : J’aimais beaucoup les trucs du Flavor Unit. Native Tongues aussi.

R Key : J’aime le hiphop. Point barre. J’aime tout ce qui est bon. J’ai des goûts différents des trois autres parce que j’écoute beaucoup d’autres genres musicaux. C’est pour ça que Def Tex a ce son particulier. Les effets dub par exemple que l’on retrouve dans nos sons proviennent du reggae. On aime tous le reggae.

A : J’aime même des morceaux de Country music. Il y a un groupe qui vient de Memphis, USA, ‘’Lamp Chop’’. Là aussi musicalement et lyricalement, leurs trucs me touchent. Je m’en fout de ce que les gens peuvent penser, c’est de la musique, c’est tout !

Et les influences anglaises ?

Chrome: Sans hésitation MC Mello.
A: Rodney P et Bionic. J'ai toujours été un grand fan de London Posse. TLP1' du groupe Hardnoise aussi du point de vue des lyrics. Je ne sais pas ce qu'il est devenu mais le morceau ''Mice in the presence of a Lion'' est un de mes morceaux préférés de hiphop anglais et j'aimerai bien que TLP1' revienne sur la scène hiphop.

Comment avez vous connu le son west coast underground qui vous a tant influencé ? Au début des années 90, on ne parlait que la côte est et de New York.

A : Je crois que c’est le deuxième album des Freestyle Fellowship ’’Innercity Griots’’ qui nous a vraiment amené à écouter ce qui se passait dans la West Coast, qui faisait ce même genre de son.

Sure D : Contrairement au style monotone de certains rappers, Freestyle Fellowship changeaient leurs flows et accéleraient ou diminuaient leurs débits.

A : Chrome et moi kiffont beaucoup les trucs Anticon et de Dose One. Des rappeurs avec qui on est proche lyricalement. C’est une autre extension de ce que fait Freestyle Fellowship.

R Key : Ils ont cependant un son assez déprimé. Une sorte de voyage à travers ce qui se passent dans leurs têtes.

C : Beaucoup de gens pensent que le son d’Anticon est sombre. Il est sombre mais en même temps en l’écoutant attentivement on se rend compte combien il est soul. Il contient tellement d’émotions, c’est beau.

A : C’est de la beauté sous un angle différent. Au lieu de rapper à propos du soleil, ils rappent sur les nuages gris. C’est ce que j’aime chez les rappeurs de la West Coast underground, c'est l'envergure, l'étendue de leur thèmes et de leurs concepts décalés même si leurs sons ne sont pas toujours aussi percutants.

Comment Def Tex fait de la musique ? Est ce que vous pouvez détailler le processus de création ?

Sure D : R Key est le producteur, il s’occupe de faire le son. On écoute tous pour voir si ça vaut le coup que cela devienne un morceau Def Tex. R Key produit beaucoup donc beaucoup de choses ne se finalisent pas.

A : On décide quand Chrome et moi-même avons des lyrics à écrire ou déjà écrit. On met ensuite les sons pour voir ce qui collerait ou pas. C’est le premier filtre, on doit voir si ça nous plait de rapper dessus ou non. Après on va au niveau supérieur en y rajoutant des trucs pour rendre le morceau encore meilleur.

Sure D : C’est comme tout processus créatif. Il y a beaucoup d’idées et on ne retient que celles qui collent le mieux. On aime tous avoir notre petit mot à dire dans les arrangements, changer quelques accords, rajouter une petite flûte... Certains morceaux du nouvel album ne sont pas nouveau pour nous. On a terminé certains des morceaux il y a deux ans. On les aime depuis deux ans donc ceux sont de bons morceaux.


Vous avez recemment ajouté un live band lors de vos concerts. Cela vous permet -il d’améliorer vos shows ? Comment le public a réagi ?

Sure D : C’est complètement pour le public qu’on a fait cela.
A : Cela donne une autre dimension à ton concert. Ca enlève les frontières. Quand on travaille avec des platines, il y a certaines choses que l’on ne peut pas faire. Probablement on ne fait pas tout ce qu’on pourrait faire. Des groupes comme De La Soul brisent les barrières en n’utilisant que des platines et des micros. Cependant quand on utilise un live band on peut prendre la place du public, faire changer le morceau et improviser.
C : On a la chance d’avoir des musiciens vraiment talentueux. Matthew Jefferson à la basse, Jasper Williams à la batterie et Toshi Matsunaga à la guitare. Les trois sont des génies. Ils jouent depuis longtemps et sont capables de prendre un air et de le jouer. Quand on fait un show il y a le hiphop et un show musical. Cela se complète.

A : On peut amener plus de nos influences plus facilement. Les musiciens apportent aussi leurs influences. Parfois on prend des samples et on leur demande de les rejouer et de créer des airs comme ça.. Parfois le guitariste écrit une mélodie et on travaille à partir de cela. Comme le morceau ‘’Rock the beat’’ qui est sur notre album et qui commence avec un cut de LL Cool J et la batterie et la basse suivent la structure du beat. C’est un pur beat hiphop qui a été fait en rassemblant des trucs lors des séances de répétition. Chacun apporte son truc, et tout d’un coup on passe de Def Tex et ses 4 membres à 7 membres. On a l’impression qu’ils font partie de ce que l’on fait.

C : Il n’y a que deux morceaux sur l’album avec le live band. Mais on va plus collaborer dans le futur, on a vraiment envie de travailler ce côté live band.

A : On n’est pas non plus The Roots. L’idée est venue comme ça sans intention de devenir un groupe n’utilisant que des instruments live. On ne veut copier personne, juste que ça sonne Def Tex.

Sure D : Il y aura toujours des moments où les rappeurs se tourneront vers les musiciens en leurs demandant d’accélerer ou d’arrèter. C’est le but; amener différents éléments à nos shows pour ne pas être monotone et prévisible.

R Key : Le live band était un cover band avant. Ils jouaient des vieux trucs. Donc ils ont déjà ce côté ‘’ancien’’ du son et ils jouent des classiques, font de jolies boucles aussi. La musique qu’ils font est bonne.

A quoi peut-on s’attendre avec votre nouvel album "Severe bug" ?

Sure D : De la diversité. Des tempos différents. Des trucs un peu complexes, d’autres plus faciles, certain idéal pour bouger et danser, d’autres plus soul et posés.
A : C’est la continuité du son Def Tex qui existe déjà. Chaque morceau est différent tout en étant un son estampillé Def Tex. Le mix est encore meilleur. Beaucoup plus pointu.
On s’est aussi rendu compte que faire un album n’était pas si dur. Je veux dire que c’est une lutte de faire un album. Mais d’un point de vue créatif, cela a été un plaisir pour moi, parce que je me suis rendu compte que j’ai fait un album tout entier et que je peux facilement en faire un autre.
Sure D : Le seul problème qu’on a eu a été le temps. On a eu un peu de retard. On avait un deadline à respecter et on a travaillé sérieusement depuis Noël 2000.
A : De plus on a travaillé avec des invités pour la première fois. Huntkillbury Finn ( vétéran d’une décennie de hiphop anglais au sein du groupe Katch 22), Juice Aleem du groupe Gamma et New Fresh For Old, TY, Ezra des Vinyl Dialects, DPF, Cappo (du groupe Numskullz) et Plus One qui a fait un morceau de DJ avec Sure Delight et le live band. Chacun est venu apporter sa touche. Il y a eu de vraies bonnes rencontres et on le ressent sur le son.

 

Vous travaillez sur quel matériel ?

Chrome: On utilisait à la base un Atari ST. Nos précédents opus ont tous été faits sur C-Lab et Atari ST, Akai S1000 et Yamaha DX7. Notre nouvel album a lui été conçu en utilisant Cubase et Fruity Loops. Notre producteur, R-Key, est devenu un accro de Cubase.

Vous avez mentionné différents morceaux avec différents tempos sur l’album et combien chaque morceau est différent. Pensez vous que dans le courant actuel du hiphop, la créativité se perd ?

A : Comment dire, je ne veux cracher sur personne. Mais cela devient trop un marché de producteurs. Les gens deviennent juste MC pour venir sur un morceau et rapper. Il ne crée aucun son. Il n’y a pas tellement de groupes qui se comportent comme une unité complète. TY a vraiment montré comment ça devait se passer avec son album.

Chrome :
J’aime Dj Premier. Je le classe comme un des meilleurs producteurs hiphop de tous les temps avec Marley Marl. Cependant Il y a tellement de MC’s et Dj Premier se fera payer pour faire un son. Le morceau sera bon, mais le MC n’aura pas son propre son.

A :
Les gens doivent créer leur propre identité sonore leur propre atmosphère sonore. Faire ce que vous voulez faire. C’est là que l’album de Ty ‘’ Awkward’’, est absolument génial. Il a mis sa personnalité dans tout l’album. C’est juste TY. Il raconte sa vie et tout le monde peut s’y retrouver. Beaucoup de gens viennent le voir, même des filles et apprécient le fait de se retrouver dans ses morceaux. Un morceau comme ‘’The tale’’, tout le monde s’y retrouve quand on a un rencard avec une fille et que l’on se sent idiot et nerveux. C’est mieux que quand les gens ne parlent que de leur prouesses. ‘’Hercules’’ est aussi un bon morceau, concernant l’école. Il y a tellement de morceaux dans lesquels on peut se retrouver. Il n’y a pas beaucoup d’albums aujourd’hui dont on peut dire cela.
J’ai le sentiment que les gens ont peur d’être eux-mêmes dans leur musique. Ils ressentent le besoin de se conformer au format hiphop à la mode.

Sure D :
L’ironie est que tout le monde clame qu'il est vrai ("Keep it real’’ ndlr). C’est plutôt être authentique, honnète et ne pas avoir peur. Si vous êtes honnète comme avec l’album de Ty, alors les gens respectent votre honnêteté et savent que vous n’allez pas vous inquiètez du fait que certaines people vous interpellent en vous disant que vous ne faites pas du’’ vrai hiphop’’. Je veux dire; qu’est ce que le vrai hiphop ? En ce qui me concerne ceux sont des rimes poétiques sur un rythme.

A :
L’important c’est de rester frais, qu’est ce que rester frais ? Tout le monde perd le sens de ce mot. Les gens pensent que le mot frais veut dire bon. Ce n’est pas le cas. Frais veut dire quelque chose d’original, quelque chose qui n’a pas été déjà entendu. Peu de gens font ça. Ils ne font que recréer ce qui a déjà été fait. Mais cela commence à changer en ce moment. Beaucoup de rappeurs anglais commencent à avoir leur propre son. J’apprécie vraiment Skitz, un producteur qui travaille avec d’autres rappeurs et qui a un son bien à lui.
J’ai lu une interview de lui et j’ai lu combien lui et Rodney P (du groupe London Posse) aimaient le reggae et ils ont amené cela dans leurs collaborations. C’est évident qu’ils ont quelque chose en commun et c’est pour cela qu’ils travaillent ensemble. Skitz ne travaillent pas seulement avec des gens parce qu’ils sont cools. Il n’y a pas assez de producteurs qui prennent des risques. Ce n’est pas seulement à propos de toi mais aussi de la musique et de la scène dans laquelle la musique réside. Tu dois faire avancer les choses. Ils devraient y avoir plus de producteurs travaillant avec des gens moins connus mais doués et leur donner leurs chances en les aidant à se lancer artistiquement et dans leurs shows. Certains me diront que ces rappeurs ne sont pas au niveau mais il y a pleins de rappeurs qui ont le niveau. Ils ont juste besoin qu’on leur donne la chance de briller.

Je me rappelle d’une interview où TY disait que beaucoup de rappeurs portent un masque. Il semble qu’ils aient le besoin de dire combien ils sont les meilleurs au lieu d’utiliser ce moyen d’expression qui leur est offert pour vraiment s’exprimer.

A : Je pense que c’est parce que beaucoup ont peur de ce qu’on peut penser d’eux. On a tous des craintes, des peurs, c’est la vie, on essaye tous de les cacher et on veut que les gens pensent qu’on est cool. Je crois que c’est ce qui traverse le hiphop, il existe parfois un malaise dans la mesure où les gens ont trop peur de ce que le prochain mec ou fille va penser de toi. C’est triste qu’on ne puisse pas juste s’ouvrir les uns aux autres, se découvrir et se mettre d'une certain façon à nu. La scène hiphop ne pourrait s'en retrouver que plus épanouie.
J’ai vu Looptroop hier en concert. J’aime vraiment leurs morceaux et je les apprécie. Mais hier ils ont fait plusieurs morceaux où ils parlaient de policiers à qui on mettait une balle dans la tête. De quoi parlent-ils ? Je veux dire, ils vivent en Suède, ça sonne un peu faux.

Je les ai vu aussi hier. Mon pote me disait "Ca doit être chaud en Suède !".

A : Mais la Suède est un des meilleurs pays au monde. J’ai juste pensé qu’ils arrivaient avec une colère un peu fausse dans leurs sons. Ils sont vraiment talentueux, ils rappent bien, leurs sons sont bons mais c’est dommage qu'ils aient besoin de tenir ce genre de propos.

C'est marrant, j'ai trouvé le look de Promoe assez excentrique, il ressemble à Jésus ! Remarques maintenant ils ont une image.

Sure D : Beaucoup de groupes veulent jouer le rôle auquel le public s’attend. C’est là où ils se trompent. Des groupes arrivent, spécialement des Etats-Unis et sous-estiment l’intelligence du public. Et on entend des gens prêchant au micro ce qui est hiphop et ce qui ne l’est pas. Que c’est du b-boying et non pas du breakdancing. C’est tellement mesquin et insignifiant. Je veux dire que si quelqu’un dit qu’il veut breaker tu n’as pas à lui dire de se casser. Tu devrais être heureux qu’il soit là dedans.

A : C’est comme un code d’éthique qui n’existe pas. Dès que tu essayes de mettre un code d’éthique dans le truc tu mets des barrières, des limites dans ce que tu fais. Tu dois te demander si tout le monde arrète de faire tel ou tel truc, où la musique va-t-elle aller ? Elle ne peut aller nulle part ! Si tu fais savoir à la foule qu’elle peut s’attendre à l’inattendu alors le public sera chaud. Cela peut prend du temps mais ça en vaut la peine. Les gens ne devraient pas monter sur scène et simplement refaire quelque chose que d’autres ont déjà fait. Tu dois arriver avec quelque chose de nouveau auquel le public ne s’attend pas.

Sure D : J’ai vu les Ugly Duckling hier en concert et c’était mortel ! Ils ont tellement dit de trucs avec lesquels je suis complètement d’accord. Ils disaient aux gens d’ouvrir leurs yeux et de penser par eux-mêmes.

J’ai aussi vu ce concert. Un des rappeurs dansaient comme Michel Jackson dans ‘’Bad’’. C’était bien de voir des artistes hiphop être eux-mêmes sans se soucier qu’on puisse se moquer d’eux.

Sure D : Exactement. Ils amusaient le public au lieu de les traiter avec condescendance. Ils ne les méprisaient pas. Il ne faut jamais sous-estimer le public.

Vous ne pensez pas quand même qu’il soit très dur pour les MC’s, Producteurs, artistes en général de faire quelque chose de différent. Je veux dire que parfois les gens ne veulent pas être étonnés, dérangés musicalement et deviennent des écouteurs dociles et feignants et donnent aux artistes qui arrivent avec quelque chose de nouveau un accueil froid.

A : Je pense que l’on doit combattre cela. On nous a craché dessus pendant des années parce que des gens trouvaient que l’on était trop différent. Le truc c’est que l’on était juste nous-mêmes. Cela prend du temps, chacun en tant qu’artiste doit également grandir, mûrir, et garder en tête qu'un public se conquérit jour après jour, morceau après morceau. Si tu arrives avec quelque chose de différent ou juste en étant toi-même et que les gens ne le ressentent pas, continues jusqu’à ce qu’ils s’habituent à ton son. Parfois des gens n’aiment pas parce qu’ils ne savent pas ce qui se passe et il leur faut du temps pour s’adapter.
Sure D : Je pense que cela dépend également de l’âge de l’auditeur. Parfois les jeunes veulent un son brut et brouillon, pas encore abouti, synonyme de leur rébellion. Par contre comme lorsque tu écoutes l’album de TY, on ressent la maturité. Tu pourras ressentir cela également dans notre album.

Qu’est ce que vous pensez de la mode actuelle qui consiste à prendre des instruments live ou de la musique rock et de simplement mettre quelqu’un qui rappe dessus ?

A : Je ne l’achète pas. Je ne l’écoute pas. Ce n’est pas du hiphop. Mais comme tu l’as dit beaucoup de trucs aujourd’hui copient une mode. Les featurings c’est bien, mais il faut vraiment ressentir la musique que l’on utilise plutôt que de la faire juste parce que c’est à la mode. Si tu fais cela, ta musique manquera d'âme. La musique doit être dans ton cœur et ton âme.
Je pense que l’industrie de la musique voit le hiphop comme quelque chose d’assez lucratif en ce moment, spécialement après toute la folie médiatique autour d’Eminem. Le truc est que si les médias peuvent dealer avec quelque chose ils n’en parleront même pas. Par contre si ils ne peuvent dealer avec, alors ils en parleront énormément.

Concernant Eminem et les médias, j’ai compris que ses paroles ne devaient pas être pris littéralement, mais en même temps ne pensez vous pas que les MC’s en général ont un certain degré de responsabilité avec leur musique ?

A : Oui je suis d’accord avec toi. Mais les médias ont aussi la responsabilité de ne pas désinformer ou mal informer la jeunesse. D’après ce que j’ai entendu Eminem faisait juste une parodie de l’Amérique moyenne.


Le problème est que des journaux de droite comme le Daily Mail argumentes les mauvais effets de sa musique en disant "Eminem incite son public à prendre de l’extasy".


A : Je pense que c’est notre responsabilité à nous artistes de ne pas mal informer nos publics. Il y a des jeunes qui nous écouteront et prendront nos paroles pour des paroles d’Evangile. Je pense qu’Eminem se trompe quelque part car il utilise les médias et informe mal son public. Je pense qu’il est un peu paumé...

Ouais. Je pense que tu ne dois pas prendre ton public comme acquis comme le fait Eminem et finalement s'en foutre complétement.

Sure D : C’est vrai. Cependant c’est facile de faire cela. Tu te fais emporter par la ‘’hype’’(le phénomène de mode), tout le monde veut un autographe ou un interview de toi. C’est encore plus facile de tomber la dedans avec toute la folie autour de la notorièté. Je pense qu' Eminem est en danger par rapport à cela et il y fait probablement attention..
A : Eminem est vraiment talentueux. Mais il va arriver un point ou il ne pourra plus faire ce qu’il fait actuellement. Il y a plein d’autres rappeurs qui disent à leur public d’être rebelle alors qu’ils n’ont riencontre quoi se rebeller. Le public est normalement composé de gens qui mènent une vie sans problème, avec un avenir prometteur, donc ce n’est pas correct de dire à ces gens qu’ils doivent se rebeller. Cela semble bizarre de dire à des gens de réagir à ce qui les entoure quand ils n’en ont pas le besoin.

Le rap est-il une forme de poésie ?

A : Oui je le ressens comme cela. Le rap peut être de la poésie et une grande partie de la jeunesse peut s’y retrouver. Il y a un vrai fossé entre le ghetto et les classes moyennes. Il y a des gens qui ne peuvent s’exprimer, le rap est là pour cela. Il y a trop de poésie prétentieuse aujourd’hui. Le rap a la possibilité de parler des choses qui nous entourent. Donc effectivement je vois le rap comme la poésie contemporaine.

C :
Songes à comment était la poésie à l’origine, avant le hiphop. C’était la libre expression, parler de tes pensées, que ce soit introspectif ou concernant le monde. Alors qu’avec la musique, spécialement la musique commercial, il y a toujours un rapport à l’amour dans les paroles. Je suis allé peu à l’école et je me suis formé grâce au hiphop. J’ai beaucoup appris en écoutant les paroles d’artistes hiphop. C’est définitivement de la poésie.

A :
Le tout n’est pas de raconter aux gens des choses mais de les leur exposer. Si c’est le cas, alors c’est de la poésie, prendre des mots et en dégager une émotion, susciter une réflection. Le rap permet cela, donc c’est de la poésie.
C : Mais en même temps je me plonge vraiment dans la poésie, j’aime vraiment William Burroughs. Ces poèmes m’ont inspiré beaucoup de couplets. Ce genre de lecture m’amène à constater qu’il y a de belles façons d’écrire des mots.

Quand vous écrivez vos textes, vous arrive-t-il d’avoir peur de ne pas être compris ?

A : Le truc c’est que tellement de choses peuvent avoir tellement de sens différents, il y a un MC pour chaque personne. On essaye de faire les choses naturellement. Certains personnes aiment comprendre le texte dès la première fois, d’autres réecoute vingt fois avant que leur esprit ne comprenne le texte en y voyant différentes significations et connotations. On essaye juste d’être naturel et spontané dans notre façon d’écrire. J’aime bien écrire des mots qui n’ont pas de relation direct entre eux. De cette façon les gens en ressortent des sens différents dans un même morceau. Tout les MC’s sont valables dans ce qu’ils font. Certaines personnes préfèreront DMX à ce que nous faisons et inversement. Cela ne rend pas pour autant meilleurs ou moins bons que DMX.

Anthropologist, est ce que tu peux nous parler du nouveau label que tu viens de monter ?

A : Le label s’appelle Monkeyface. Et comment est-il né ? En fait j’ai toujours aimer les 7’’ (45 tours) surtout les petits labels de reggae et de soul et cela à toujours été un rève de prendre part à cette héritage vinylique. De plus en faisant des pressages limités on pourra s’amuser à expérimenter !

D'ailleurs l'un de nos morceaux produits par The Large Lefties ''Sing Sad Songs'' est sorti en 45 tours.

Un mot pour conclure ?

Sure D : Dédicace aux Force Ten Breakers.
C : Merci à tous ceux présents sur l’album
Sure D : Merci à Alistair de Son records de croire en nous. On lui a envoyé une démo et il nous a dit qu'il était fan de ce que l’on faisait depuis des années !
A : Merci à tous ceux qui achètent notre musique et nous permettent de continuer de faire ce que l’on aime.
Sure Delight : Dédicace à Dj Kool Herc parce qu’il a aimé ce que l’on a fait.

Discographie récente:

Severe Bug LP 2001 Son records.
Synchronic EP 2000. Son records.
Poetic Speech Technique 1999. Son records.

(Propos traduits pas Cool2Source)


[01.01.02]


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