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Dabazz



 "Le tout premier morceau que j’ai écrit date de 89, à l’époque de Rappatitude, en 3é avec uniquement des rimes en al, c était nul mais marrant. Après y’a eu un grand trou la deuxième vraie tentative à l’époque du premier Snoop j’avais carrément écrit un texte en anglais assez nul. Mon premier texte un peu plus sérieux c’était juste avant que Blackboul intégre le groupe, ça ressemblait à du Zoxea mélangé à du Das Efx. Mon premier couplet en studio c’était pour le morceau "La France avance" qui était en morceau caché sur "L’Ebauche" qui était à la base pour une compilation HH Vibes I et en fait on avait juste fait le deux, on avait eu le plan par les Derniers Messagers, on l’avait enregistré à Penny Lane, studio dans lequel on a enregistré TR 303. Le morceau est sorti un an et demi après sur "L’Ebauche"".

 L'épisode Hip Hop Vibes et l’apparition sur la mixtape de Cut Killer Paris/Province permet au quatuor qui devient trio de multiplier les rencontres notamment avec Patrick Colléony. Alors que le groupe pensait à faire de "L’ébauche" un maxi white label, le DA de Night and Day leur propose un album. On avait besoin de se structurer et au lieu de monter une association on a monté notre sarl Concilium. Parallèlement j’ai arrété les études en 98, on avait beaucoup d’espoir, à l’époque le rap indépendant marchait mieux que maintenant, les indépendants comme 2Bal2Neg, Mafia Trece arrivaient à s’en sortir, les maxis se vendaient mieux. A défaut d’être un succès commercial, on en a vendu 4000 entre le cd et le vinyl, l’album nous a fait connaître au delà de Suresnes/Rueil Malmaison. On a pu faire des émissions comme Quoi de neuf ? sur Générations avec Zoxea, on a rencontré les gens qui traînaient beaucoup à la radio comme Harcélement Textuel, ATK…"

Un album qui même en même temps des premières désillusions les a encouragé à continuer en posant les bases de leur identité de groupe ""L’ébauche" avait un côté assez destructuré et expérimental par rapport à ce qu’il se faisait à l’époque comme mon morceau solo "des vrais des faux" avec son sample de salsa, le morceau dancefloor "Boogie nana", j’ai grave kiffé également les interventions de Déon aka Dj Feadz notamment sur l’intro…à l’époque déjà Drixxxé s’était déjà beaucoup lâché sur les break old school, avait déjà un son assez particulier, on avait déjà un peu la même façon de travailler".

 

L'image du grand blanc à lunettes dégingandé ne lui a jamais posé de problème, ne l’a ni refreiné ni pénalisé, au contraire un regain de motivation, un challenge de plus, l’attitude dès le départ d’arriver humblement, ceux qui pouvaient sourire en le voyant arriver étaient souvent les premiers à aller le féliciter après son passage derrière le micro. "J’ai toujours été très fan de La Cliqua au sens large, de Zoxea, Dany Dan, Oxmo et Ill à l’époque de Time Bomb. Au début je me prenais surtout la tête sur l’écriture ,qu’il y ait un minimum de vocabulaire, de formules poétiques, de phases choc comme le faisaient Akhénaton ou Ill vers 97/98, je calculais pas trop mon flow et ma voix, j’aimais beaucoup les voix à la Heltah Sheltah, Method Man, Biggie et j’exagérais ma voix dans les graves surtout sur le premier album. J’ai toujours aimé le mélange de la technique et du côté fluide, un second degré, insolent, drôle mêlé à une écriture fine, un flow qui ait du panache et de l’aisance".

 

Les années et les morceaux se succèdent, la voix prend de l’assurance et alors que sur Microphonorama, on le sentait se détacher de cette voix un peu grave, sur TR 303, plus à l’aise, il se permet de moduler son flow, pousse sa voix sur certains morceaux, milite saturé et criard sur certaines phases et quitte ainsi une certaine linéarité et un académisme, un des principaux reproches qu’on pouvait faire à leur précèdent album.. "Je peux poser ma voix de façon plus rauque ou saturée vu qu’à la base j’ai une voix un peu plus eraillée et casseé, .j’ arrive de mieux en mieux à donner du relief à mon flow, c’est ce que j’ai essayé de faire sur TR 303. J’ai le rêve de pouvoir alterner le côté laid back/smooth à la Obie Trice, Snoop Dogg ou même G Dep avec un coté plus véner, plus agressif et rentre dedans, hyper carré et précis comme savent le faire Eminem, Ill Bill ou Copywrite. J’aime bien également le mélange des trucs techniques avec des phases plus insolites, comme le font avec talent MF doom et Kool Keith tu sais jamais vraiment quand la rime tombe, t’es surpris à chaque couplet, y’a un côté "j’m’en bat les couilles » bien maitrisé…j’aime aussi l’aisance avec laquelle Nas se balade sur ses couplets l’aisance. J’ai surtout envie de me détacher d’un côté systématique, schématique dans mes rimes . Je travaille beaucoup à l’oreille en écoutant des disques de rap américain, quand j’entend un flow qui me plaît, je m’en imprègne pour en faire ensuite un délire perso, en y mettant mes mots et en m’inspirant des sonorités. Plus d’une fois j’ai bloqué sur des phases de Pharaohe Monch par exemple".

 

Le fond et la forme, le flow et l’écriture, les phases recherchées et la spontanéité. Autant de dilemmes apparents pour un Dabaaz impatient qui aime paraître à la fois le plus spontané et le plus naturel possible tout en ayant une écriture travaillée, un vocabulaire riche mêlant des figures de styles et des formules plus poétiques et racontées. Une spontanéité qui se retrouve dans sa façon de concevoir ses morceaux et d’écrire ses textes "Je suis assez flémard, en général je fais les textes dans ma tête une fois que j’ai fais le tri dans ma tête je reviens rarement dessus à l’écrit. Je laisse les textes mûrir dans ma tête. Je me force à garder cette spontanéité. En général j’aime pas trop écrire en studio mais pour le morceau de Kohndo par exemple ça c’est bien passé et c’est vrai que je me sens plus à l’aise dans cet exercice, c’est encore minoritaire mais les dernières fois que j’ai écrit en studio c’était un kiff, j’avais gagné en assurance et énergie. Le morceau avec Kohndo a été écrit en studio sur les 6 petits couplets qu’on a fait j’étais arrivé avec un seul couple écrit. On a écrit le morceau au studio et on l’a posé tout ça en 3 heures. Là y’a eu le côté spontané que j’aime, une émulation réciproque, ça se ressent je trouve sur le morceau. Un vrai duo, une des grosses réussites de l’album. D’ailleurs l’album a donné lieu à plusieurs moments d’émulation dans le même".

 

Un album qui au contraire des autres, s’est fait avec plus de temps, un gros travail en amont au niveau des maquettes, des bonnes conditions d’enregistrement, plus de journées de studios , moins de stress et de speed, près de 9 mois pour un projet dont l’accent a été mis sur la qualité du mix et le grain sonore "On s’était dit qu’on ferait 2 morceaux solos chacun. J’avais directement tilté sur les deux instrus de Drixxxé que j’ai pris. Ca faisait un certain temps que j’avais mûri mes deux morceaux solos en amont, "5 sens" qui est une forme de réflexion personnelle sur le rôle de l’imaginaire, et "Leur rap pue le sky comme mon haleine" qui reflète un peu mon parcours de ces dernières années, les galères de thunes et les espoirs, l’insouciance et la maturité. On essaye de parler de notre situation, celle d’un groupe indé qui n’a jamais mangé grâce au rap, qui n’a jamais été en major, le peu qu’on a gagné on l’a toujours réinvesti en priorité dans la musique, on essaye juste de faire comprendre aux gens la réalité de notre situation sans faire de misérabilisme ni les victimes parce qu’on a la chance de continuer à pouvoir sortir des disques, mais juste pour éviter les malentendus et les clichés comme on a pu en entendre ça et là ".

 

"On a commencé à penser aux invités également en amont, Drixxxé avait fait un son pour Nakk et Dany Dan sur l’album de Nakk, Dany avait pris des sons de Drixxxé pour son album solo, Dany c’était une rencontre obligée, ça faisait longtemps qu’on en rêvait. Kohndo et JL, ça faisait également longtemps qu’on devait faire un morceau ensemble, Asco devait être là sur le morceau avec Kohndo. On avait fait un morceau avec JL et 20Syl sur une instru du Gang du Lyonnais qui n’est jamais sorti et j’avais envie de refaire un morceau avec JL. Svinkels, ça nous bottait grave mais on savait pas trop comment réunir les deux styles, Drixxxé visualisait bien le truc, on a discuté du morceau on s’est mis d’accord sur le thème et l’instru et ça a donné cette grosse surprise, une fusion de dingue dans ce morceau. Dee Nasty on l’avait rencontré aux Summer Sessions en Allemagne puis à Bordeaux. On avait l’instru de « Hip Hop » depuis longtemps on a mis du temps à oser rapper là dessus, à vraiment se lâcher sur 120 bpm. On a posé les premiers jets avec Blackboul’. On avait kiffé le morceau « Bust » de Trigga et Smooth the hustler et on voulait notre morceau dans cet esprit avec du chant. Les mecs de La Meute nous avaient fait écouter à l’époque des morceaux de Jango Jack avant qu’il signe chez Nouvelle Donne. Ce délire hybride mi chant mi chant, loin des délires r’n’b nous avait vraiment plu."

 

Un album sur lequel aussi bien Dabaaz, Drixxxé et Blackboul’ sont allés plus loin dans leurs envies personnelles, se débarrassant de certains de leurs automatismes. Un tournant dans la vie du trio marqué par un changement de management et une remise en question de l’image du groupe qu’ils trouvaient trop flou : "On a peut être mis les gens dans le flou, le clip "Bouges tes cheveux" les pubs télé qu’avaient pris Next Music notre label à l’époque. Bref tout ça a sûrement rendu l’image du groupe un peu confuse , crossover ou underground, trop b boy ou trop commercial, les gens avaient du mal à nous situer, l’identité du groupe n’était pas assez marquée. Avec cette album nos personnalités individuelles et collective se sont plus affirmées, on a avant tout voulu faire ce qu’on aimait faire et ce qui nous correspondait en respectant les envies de chacun."

 

Le graphisme, l’autre visage de Dabaaz aka Djala One

 

"Je me suis mis à l’infographie avec un pote photographe Antoine Chassaone. J’ai pris le nom de Djala One. On était super amateur, j’avais jamais touché à un ordinateur, j’avais jamais ouvert photoshop. On l’a fait par nécessité parce qu’il nous fallait du visuel pour Triptik. Mon pote était bon pour la photographie (il a fait la photo du ep) moi je me suis intéressés à la typo. Je me suis acheté mon premier Mac en 2000 après avoir démarché à gauche à droite pour faire des petits boulots de graphisme. Le ep on l’a fait chez mon pote, on était très inspiré par le côté classique urbain, Paris, le métro, les photos en noir et blanc, les typo simple, peu de couleur. J’ai mis du temps à trouver mon style, notamment par manque de temps, vu que j’ai le rap à côté, pour faire des recherches ou des expérimentations en graphisme et infographie. Je trouve que ça fait vraiment depuis cette année que je commence à faire des trucs intéressants, à avoir une touche personnelle, ça a commencé avec la pochette de l’album d’Amara qui est pour moi ma première réussite."

Son pote devenu architecte a moins le temps de faire des photos et Dabaaz se retrouve amené à créer sa matière première, scannant et détournant des photos et des textures en se plongeant avec succès dans le délire du patchwork, un style qui existait bien évidemment depuis longtemps mais dans lequel il se sent particulièrement à l’aise et qu’il compare au travail de sampling des producteurs. Un mélange de belles photos comme celles d’Armen, d’images au grain crade dont les défauts d’impression peuvent devenir des atouts une fois retravaillées, des typo à l’ancienne ou écrite à la main. Une maîtrise du style, des couleur et des proportions, un mélange d’efficacité, de classicisme et d’audace dont l’un des aboutissements est la pochette de TR 303. Là où la pochette du maxi était un clin d’œil aux éléments presque clichés de la old school, du Kangol au Ghettoblaster en passant par les têtes et les étoiles, en références aux vieux flyers, les baskets et le tag Triptik fait par Soklak, la pochette classe et ambitieuse de TR 303 est un hommage aux machines, aux instruments, au numérique comme à l’analogique, un patchwork où MPC, vieux compresseurs, clavinettes et bandes d’enregistrements. "On avait fait une nameplate triptik pour le clip de « Bouges tes cheveux » qui n’avait jamais servi, je l’ai prise en photo et les reflets métal donnent un côté seventies, un peu kitch et rock comme nos visages en noirs et blancs".

 

Dans un paysage visuel français morne et peu créatif notamment dans le rap, les références de Dabaaz, mêlent les pochettes classiques et sobres de Blue Note, celles des vieilles réclames américaines, les signalitiques industrielles, les calligraphies et les pochettes soul, funk et rock des seventies , les visuels du label Stonesthrow, ceux de Lex Records réalisés par Ehquestionmark. De Buro Destruct à Futura en passant par Kid Acné Dabaaz aime les illustrations et les croquis destructurés, un trait brut mélangé à un souçi du détail de la finesse du dessin. Des références qu’il partage avec sa femme, illustratrice talentueuse, qui avait dessiné la pochette du single cd de bouges tes cheveux, la pochette de la mixtape instrumental de Dj Fresh ou encore avec Dabaaz, la pochette de la compilation de Dj Revolution qui sortira le mois prochain."Il y a peu de très bons graphistes en France surtout dans le hiphop, les références se situent surtout en Suisse, Allemagne, Angleterre. Mais j’aime beaucoup le travail d’Edouard Salier (qui fait les pochettes de Doctor L) qui va très loin dans le patchwork de dessin et de photo, des collages qui vont jusqu’à l’absurde, chose que j’ai encore du mal à faire. J’aime également le travail de Xavier Reyer, d’Akroe, de Pose (de la Contrefaceson), de Ra qui a fait notamment le visuel du Ep de Tacteel et du maxi de dDamage/TTC, Nicolas le graphiste de la marque Qhuit, j’aime beaucoup les visuels de la marque Hix Sept. Après il y’a des pochettes d’albums français que j’ai trouvé très réussies comme celle de Demon, de Karlito ou celle de Rocé par Turs".

 

L’après TR 303.

 

"On fait une tournée Triptik avec Oxmo, Bauza et Cream de janvier à mars 2004, avec une douzaine de concerts de Triptik en attendant. On a envie de défendre cet album partout en France et même d’aller à l’étranger comme on a pu le faire en Espagne ou au Japon en août. Pendant cette tournée je vais profiter pour écrire des nouveaux morceaux comme j’ai déjà commencé à le faire et je vais travailler sur mon album solo. La nouveauté va être que j’irais prendre une partie de mes sons chez Drixxxé et une partie chez d’autres producteurs, ça ne sera pas des noms connus mais plutôt des gens que j’ai rencontré et avec qui le feeling est bien passé. Je vais maquetter pour faire un album de douze morceaux. C’est un nouveau challenge. On ferme notre label Concilium on a plus franchement envie de se produire complétement, ça nous a ramené beaucoup trop d’emmerdes. Mon kiff serait de signer sur un label, non pas une major, mais un label dont j’apprécierai la démarche, que ce soit en France ou à l’étranger, Belgique, Allemagne ou Suisse, mon ambition est de finir l’album pour le mois de juin, sortir un premier maxi solo à ce moment là et sortir ensuite l’album à l’automne 2004 après avoir profiter de la fin de la tournée Triptik pour présenter mes premiers morceaux solos".

 

Un nouveau challenge en solo, une nouvelle façon d’appréhender seul la scène qui le motive. Une aventure parallèle à celle du groupe qu’il compte entamer sans prétention de façon simple et modeste sachant qu’il faudra se faire un nom en solo, recréer un buzz auprès de tout ceux qui ont d’abord retenu le nom de Triptik avant celui des ses membres. Une politique de terrain chère à Dabaaz, le retour aux mixtapes, l’importance des maxis vinyls, l’enregistrement des morceaux chez un pote, sans beaucoup de moyens, à la recherche, toujours, de la plus grande spontaneité au micro. Et surtout, après avoir relevé avec Triptik le challenge de poser sur des sons qui étaient à la base des interludes ou de rythmiques plus inhabituelles, l’envie de Dabaaz de retourner à un rap dépouillé et brut à l’heure ou beaucoup se détache d’un rap « classique » et tente les expériences électro. "J’aime les albums de la première moitié des années 90, jusqu’en 97, le premier album de Nas, les vieux Boot Camp Click, le premier album de CNN ou ceux des membres du DITC, je n’ai bien entendu pas envie de refaire ce qui a été déjà fait mais j’aime l’état d’esprit de ces morceaux, ce côté, brutal et efficace, des beats épurés et lourds, des rythmiques old school dépouillées comme l’on fait également The Clipse produit par Neptunes,. Je vais continuer à aller plus loin dans les thèmes, de développer mes délires perso, de mélanger de l’humour et de la profondeur. J’ai envie des sons qui te mettent une claque à la première écoute, vont droit au but et paraissent évident qu’il soient sombres et introspectifs, ou speed et funky".


[10.05.03]


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