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D' de Kabal"Contes Ineffables", ton premier album solo marque la fin de l'histoire Kabal ?
Sinon j?avais une version de "Conte ineffables" qui était prête 6 mois après la sortie de l?album de Kabal "Etats d?âme", après les différents projets qu?on a eu ensuite ensemble et séparemment et l?inertie du marché du disque ont fait que le disque ne sort qu?aujourd?hui. Depuis 1999, j?ai en fait une nouvelle version de l?album qui était prête tous les 6 mois, j?ai tout réactualisé au fur et à mesure, le but étant que quand le disque sorte il représente vraiment là où j?en suis artistiquement donc la lenteur au niveau du business et de la sortie du disque on s?en est servi comme un apport qui m?a permis d?explorer encore plus loin au niveau des textes. L?album est sorti il y a 1 mois et c?est vraiment une photo exacte de là où j?en suis artistiquement aujourd?hui. Comme on est en autoproduction, profitons du temps, de l?absence de pression des majors pour pousser le délire au maximum. Continuité de l?album "Etats d?âmes" ou projet beaucoup plus personnel ? Mes morceaux solos je les ai appréhendé en solo, j?étais mon propre directeur artistique et réalisateur, j?amenais les idées en terme de réalisation des morceaux. La concertation avait lieu pour les instrus avec les producteurs comme Gystérieux. Je suis instinctif au niveau des productions, j?écoute, si ça me plaît et que le beat est dispo, je le prends, ça n?est qu?après que je vois avec quel texte il peut coller. Je ne cherchais pas des beats précis, justement le fait d?avoir plusieurs voix me permet de poser sur différents styles d?instrus. Y?a 22 morceaux sur l?album mais y?en a 30 autres que j?ai maquetté et qui ne sont pas dans l?album. Donc j?ai vraiment eu le temps de choisir les morceaux qui s?articulaient le mieux entre eux sans se répéter. J?ai signé en licence chez Nocturne pour cet album. On avait eu plusieurs retours positifs de labels qui m?avaient dit que l?album hyper intéressant voire hyper audacieux mais qu?ils ne prendraient pas le risque de sortir un tel disque et de mettre de l?argent dessus. Après ils étaient intéressé pour éventuellement me signer en tant qu?artiste et développer le truc. Mais pour moi ç?est un truc qui a toujours été complètement impossible, c?est donner à ces gens là le pouvoir sur ce que tu crées et ça n?a pas de prix. Donc signer en artiste est quelque chose que je ne ferais jamais, j?ai pas envie que quelqu?un vienne me dire en studio ce que je dois faire et je connais pleins de gars signés en maison de disque à qui on a dit que leurs textes étaient trop compliqués et qu?il fallait carrément qu?ils les simplifient et ils l?ont fait, eux essayent de se convaincre que c?est leur disque mais ça ne l?ai pas et quand t?as perdu ce pouvoir sur tes propres textes, quand on t?a pris ça, t?as plus rien. Je peux comprendre que des mecs le fassent pour faire de la thune mais perso c?est quelque chose que je ne pourrais jamais faire. Ton label Asphaltiq. Qu?est ce qui te touche en rap français ? Tu utilises plusieurs voix différentes sur cet album, comment t?es venue cette idée ? La premier fois que j?ai modifié ma voix c?était à l?époque d?Etats d?âmes. Vu qu?à la base je ne rappe pas avec ma voix "normale" et que je la modifie je me suis dit, pourquoi ne pas la modifier de plusieurs façons. Un jour je rencontre Supernatural lors d?un concert qu?on faisait avec Assassin, le mec est dans le même délire et je me suis dit qu?il fallait que je me lâche et que je me lance aussi vu que l?idée me tentait depuis longtemps. Après c?est aussi une volonté artistique, perso j?ai pas envie d?écouter 15 morceaux de D? avec sa grosse voix. J?avais envie d?amener autre chose. Après j?ai développé chaque voix, chaque personnage avec son propre champs sémantique, chaque voix étant un côté de ma personnalité. C?est mortel je gère un collectif et c?est moi qui commande ! J?ai envie d?amener ce concept encore plus loin, y?avait vraiment trop de possibilité avec toutes ces voix. Y?à l?écriture, l?interprétation de l?écriture et la mise en scène de ces différents personnages en concert, c?est un travail qui me plaît énormément. Il peut y avoir les mêmes mots mais dit différemment, sur un ton différent selon mes personnages. Il y a certains mots ou expressions que la grosse voix de D? de Kabal ne peut pas dire, comme le langage cru, je ne veux pas tomber dans le cliché de la grosse voix qui insulte mais au contraire entretenir le côté paradoxal entre une grosse voix et un niveau de langage soutenu. Y?a 5 voix (déclic, blatte, dédain, lodé, d?), 5 personnalités, 5 profondeurs de champs, 5 univers lexicaux que je mélange. Comme sur cet album c?est la première fois que je mets en scène ces voix, j?ai essayé de rester relativement sobre pour que les gens comprennent le délire mais le but pour les prochains morceaux, c?est de faire encore plus compliqué, que les personnages s?imitent les uns les autres par exemple. Tu n?as jamais rappé avec ta voix naturelle ? J?ai essayé à un moment de travailler une voix claire, mais ça ne me plaît pas du tout, c?est une voix qui n?a pas de nom et que je n?utilise que pour le chant, elle est là uniquement dans les refrains chantés. Sinon concernant ces 5 voix, pour l?instant ça me va, j?ai pas envie non plus de partir dans trop de directions, j?ai envie de développer chacun d?entre elle. A la limite celle qui manque c?est cette voix claire un peu éraillée qui compléterait le tout mais je ne l?ai pas encore trouvé pour rapper. Mais je trouve que ma voix naturelle n?apporte rien pour rapper c?est pour ça que je la garde pour chanter, quand je l?écoute au niveau du rendu ça fait trop rap français basique, le mec qui n?a pas d?organe ni de timbre particulier. Et quand tu vois que les timbres qui me touchent à la base c?est plutôt DMX, Pharaohe Monch, celui que je préfère en terme de flow, Lord Have Mercy, Sticky Fingaz et surtout Busta Rhymes tu comprends pourquoi je ne rappe pas avec ma voix naturelle ! Et le chant ? Le but pour moi c?est d?arriver à développer des thèmes, des textes assez complexes sur des mélodies chantées et lentes. Y?a des morceaux de Jango Jack et surtout de Wallen que j?ai écouté et que j?aime vraiment. La forme musicale ne doit pas être une barrière. Je veux vraiment tout faire, c?est juste une question de temps. Sauf le ragga, bien que je rappe avec une grosse voix, c?est un genre musical qui ne m?intéresse pas particulièrement. La production ? On peut régulièrement te voir en live et en acapella lors de scènes Slam à Paris, c?est une scène que tu suis depuis longtemps ? Non pas très longtemps, environ 1 an et demi, c?est quelque chose dont j?avais entendu parler auparavant et je savais qu?un jour ou l?autre je mettrais le pied dedans et que ça serait l?engrenage vu que j?aime ce travail en acapella. C?est quelque chose que je pratique maintenant assidûment. On a monté un collectif avec Nada et Felix Jousserand qui s?appelle SM 58 et on se produit à Paris une fois par mois. Nada sort d?ailleurs un bouquin avec un disque. On a eu une quinzaine de dates en France. Et même si je continue à rapper certains de mes textes de rap, je suis en train de développer une écriture particulière pour le slam, où je raconte une histoire, sans forcément de rimes ou je tente des prises de risques que je ne ferais pas forcément sur disque, le but est de procurer des émotions fortes face au public de slam qui est en plus assez hétérogène. De toute façon j?ai toujours aimé faire de la scène, ce rapport frontal. Parallèlement je travaille aussi avec Spike d?Antagony avec lequel on est scéniquement dans un délire de malade, par exemple avec notre travail de ping pong sur les mots. Grâce au théâtre, on a appris a gérer la pression, à avoir une discipline et une exigence au niveau de la scène. J?ai tourné avec Assassin assez tôt, puis avec Kabal on a fait 350/400 dates avec batterie, guitare, basse donc très vite on a appris à assurer en live, à être à l?aise et a amener quelque chose en plus que sur disque. Je suis en train de voir notamment comment jouer mes différents personnages en concert, quelqu?un m?avait d?ailleurs filmé en studio et j?avais remarqué que les postures et les expressions de mon visage changent selon mes voix, c?est quelque chose qui m?intéresse de développer. Pour revenir au slam y?a des morceaux comme "La fin du monde" ou "l?enfer du décor" que je fais régulièrement en live mais qui étaient trop "abusés" ou encore trop tôt pour être mis sur mon album solo. J?ai vraiment fait le disque le plus soft qui soit. Les morceaux que j?ai sous le coude et qui vont suivre vont vraiment être plus lourds et énervés. Là je prépare un projet qui s?appelle «Les contes des milles et une plaies » qui sera le prolongement de "Contes ineffables", ça sera des titres mises à disposition gratuitement sur mon site. Ca sera une forme de bonus. Ces morceaux correspondent a une démarche totalement a-commerciale. Je suis skyzo comme tout le monde et ce projet est ma partie la plus dark et que j?ai pas envie de monnayer et de vendre mais plutôt de donner aux gens. Le projet Ursus Minor ? Y?a quelques années Jean Rochard du label Nato nous avait contacté Djamal et moi pour un projet appelé Los Controlados sur lequel on devait rapper des textes écrits par un anarchiste pendant la guerre d?Espagne avec une quinzaine de musiciens jazz. Le mec m?a rappelé pour le projet d?Ursus Minor, un groupe composé de Tony Hymas, Jef Lee Johnson, François Corneloup et Dave King qui ont invité 6 musiciens, Jeff Bekc, Ada Ayer, Boots Riley de The Coup, Stic Man et M-1 de Dead Prez, Spike et moi. On a fait 7 jours de studios et deux concerts en janvier à Paris. L?idée thématique de l?album c?était comment rentrer dans le 21é siècle sans perdre la mémoire. C?était une très bonne expérience, un bon challenge. Tout le monde cartonnaient dans son domaine, tout le monde était là parce qu?il était au niveau, pas parce qu?il connaissait untel ou untel. Les prises de tête étaient uniquement artistiques. Travailler pour être au niveau dans n?importe quelle situation, c?est vraiment ce que j?apprécie et que j?ai ressenti dans cette expérience. J?ai bossé de façon aussi carré, exigeante et professionnelle avec des brésiliens mais pas avec des rappeurs français qui ont vraiment la plupart, hélas, un autre rapport à l?artistique. Ils pensent à leur couplet avant tout et pas à là globalité du morceau. Les deux concerts d?Ursus Minor ont été enregistrés, l?album en studio est terminé, maintenant je ne sais pas quand ça va sortir. Ton morceau sur l'album Mémoires Vives, "Une boulle de pue dans le ventre". C?est un morceau que j?ai écrit pour la compilation. Ca correspondant vraiment au délire que j?ai actuellement et que j?ai envie de développer. C?est vraiment un pont entre le slam et les morceaux que j?écris maintenant. C?est notamment des morceaux comme ça que j?ai envie de faire maintenant. C?est là ou je parle de nouveau mode d?écriture, le texte je l?ai commencé sans savoir où il allait, je n?écris plus sur des sujets, je savais que le thème était la mémoire, j?avais l?idée d'hypnose en tête mais je ne savais pas du tout ce qu?allait être la chute. J?aime justement l?idée de créer des personnages, de leur donner vie et au fur et à mesure que l?histoire avance et que tu les construis, eux te dises quelque part là où tu dois aller, c?est comme ça que je travaille maintenant. C?est notamment ce que les gens peuvent découvrir dans mon bouquin « la bulle » qui est sorti un peu avant l?album. Tu prévois de faire des clips tirés de l?album ? Je suis plus dans le délire d?écrire des nouvelles. Quelque chose d?assez rapide qui te déstabilise. A la base j?avais écrit une version trois fois plus longue de « La bulle » mais c?était vraiment trop morbide, trop long, trop lourd et j?ai préféré la raccourcir. L'album "Etats d?âme" est dans les bacs. Le livre "La bulle" est disponible par correspondance sur le site www.spokevousparle.com et à la librairie Parallèle à Paris. Pour plus d?infos sur D' et pour les prochains sons mis à disposition gratuitement : www.asphaltiq.com [01.01.03] http://www.90bpm.com/ |