Interview
#
|
A
|
B
|
C
|
D
|
E
|
F
|
G
|
H
|
I
|
J
|
K
|
L
|
M
|
N
|
O
|
P
|
Q
|
R
|
S
|
T
|
U
|
V
|
W
|
X
|
Y
|
Z
Brother Ali
Rencontré début avril entre deux dates promo pour la sortie d?Undisputed Truth, son troisième album, Brother Ali, impressionnant de réflexion et de sagesse, nous a accordé une interview, ou plutôt un vrai entretien, bien personnel. La gâchette de Rhymesayers nous a tout expliqué, dans l?ordre. Le Midwest, la Twins City, son admiration pour Slug, véritable mentor, ses premiers pas dans le hip-hop, les crews, Kanye West et Rhymefest, le contexte politique houleux aux Etats-Unis, la genèse de son dernier LP, sa vie ses sentiments, sa famille?Bref, Brother Ali en grand angle.
Rencontré début avril entre deux dates promo pour la sortie d’Undisputed Truth, son troisième album, Brother Ali, impressionnant de réflexion et de sagesse, nous a accordé une interview, ou plutôt un vrai entretien, bien personnel. La gâchette de Rhymesayers nous a tout expliqué, dans l’ordre. Le Midwest, la Twins City, son admiration pour Slug, véritable mentor, ses premiers pas dans le hip-hop, les crews, Kanye West et Rhymefest, le contexte politique houleux aux Etats-Unis, la genèse de son dernier LP, sa vie ses sentiments, sa famille…Bref, Brother Ali en grand angle.
90bpm : Tout d’abord, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, peux-tu te présenter rapidement ?
Brother Ali : Je m’appelle Brother Ali, je suis MC, et ça fait maintenant pas mal de temps que je suis impliqué dans le hip hop…une culture qui importe beaucoup à mes yeux. A la base je suis de Minneapolis, Minnesota, dans le nord-ouest des Etats-Unis. Je suis affilié au crew Rhymesayers Entertainment, qui en fait comprend Atmosphere, I Self Devine, Psalm one, le groupe Los Nativos, Eyedea & Abilities et Blueprint…et
90bpm : POS…
Brother Ali : POS, oui, c’est vrai. Et je suis indépendant, underground, je ne fais pas partie de la grosse machine mainstream. Je ne fais donc pas partie de la grosse industrie hip hop si tu vois ce que je veux dire. On est des artistes indépendants, on sort nos propres disques, on tourne énormément et tout ce qu’on fait est vraiment basé sur comment on conçoit le rapport avec nos fans, sur comment on voit notre public, comment celui-ci nous soutient…
90bpm : En relation directe avec les fans…
Brother Ali : Ouais c’est ça, tu vois, des fois on a un distributeur, des fois on doit s’assurer que le disque est bien en rayon, on est toujours en tournée…
90bpm : Toujours en train de s’assurer que les choses sont bien faites un peu partout…
Brother Ali : Ouais…
90bpm : Ok. Tu te rappelles la première fois que tu as pris le micro ?
Brother Ali : En fait j’ai commencé à intégrer le hip hop à travers le B-Boying, le break…Il y avait toujours des cyphers et ce genre de trucs, et je pense que j’ai du commencer à écrire des raps vers 1986-1987 quand je me suis mis à écouter Run DMC…
90bpm : C’était l’époque de Raising Hell ?
Brother Ali : Ouais Raising Hell, Melle Mel, Slick Rick et…donc tu vois avant même d’avoir un microphone entre les mains je traînais dans les soirées et autres house parties, beaucoup de cyphers…là où des mecs venaient et lâchaient quelques rimes. Parfois j’étais juste là pour écouter, parfois je lâchais des rimes écrites par d’autres et enfin je me suis mis à écrire mes propres couplets et à les balancer en public, dans des petits cercles…Donc la première fois que j’ai eu un micro entre les mains c’était à une « school dance » au collège, je devais avoir 12 ou 13 ans…Et j’avais un pote qui était DJ, il était plus vieux, genre au lycée, son nom c’était DJ Flash, et… (Il s’arrête brusquement)…Non ! Excuse moi DJ F…mm…En fait moi et mon petit frère on essayait à l’époque d’être un groupe de rap…
90bpm : Et le nom du groupe c’était quoi?
Brother Ali : Héhé, en fait on n’avait pas de nom, mais on a tous les deux volé nos pseudos : il s’appelait DJ Flash, qu’il avait piqué bien sûr a Grand Master Flash…
90bpm : Et toi tu t’appelais comment?
Brother Ali : J’étais MC Dark Ice, que j’ai piqué à Doctor Ice de UTFO, et…Voilà, j’ai retrouvé, le mec dont je te parlais juste avant s’appelait DJ Flurry. Il était au lycée, c’était un grand quoi…Et il venait faire le DJ…
90bpm : Et il t’a demandé de poser quelques rimes…
Brother Ali : Non, non, il est venu et c’est moi qui lui ai demandé…Je l’ai plus ou moins supplié de me laisser prendre le microphone, et il a accepté et ça s’est vraiment bien passé. Après ça à chaque nouvelle fête à l’école, j’y allais plus tôt, me préparant aux platines et au micro…Puis j’ai commencé à faire mes propres beats…
90bpm : Sur quatre pistes, ou avec du matos…
Brother Ali : Non, en fait j’ai d’abord commencé par faire des pause-mix, tu vois quoi ?
90bpm : Ouais, je vois, c’était quoi, la même époque, 1987 ?
Brother Ali : Ouaiiis, après j’ai eu ma propre drum machine et mon sampleur.
90bpm : Et c’était quoi ?
Brother Ali : Ma première drum machine c’était une Yamaha RX7, et j’ai eu un sampleur, c’était un Bose, un truc avec lequel tu ne bossais qu’un sample à la fois, en créant des loops de deux secondes, quelque chose comme ça. Je bossais donc sur le sampleur pour les loops et sur ma Yamaha pour les drums. J’ai donc fait mes propres beats assez vite, je les mettais sur cassette et j’apportais ensuite les cassettes…
90bpm : aux soirées ?
Brother Ali : Ouais, en soirée, oui, mais aussi lors des danses qui étaient organisées à l’école, j’apportais mon propre micro et j’arrivais avec mes rimes préparées à l’avance. Je filais ma cassette au gars de la sono, branchais mon micro et c’était parti ! Et j’ai fait ça pendant longtemps, les choses évoluant au fur et à mesure dans le bon sens.
90bpm : Qu’est ce qui t’a fait devenir MC ? Qui sont les artistes qui t’ont influencé étant plus jeune ? Tu viens de citer RUN DMC, Slick Rick… ?
Brother Ali : Ouais, ces gars sont les mecs qui ont fait avancer les choses, au commencement…Mais celui qui m’a vraiment donné l’envie de faire ça, de prendre un micro, c’est KRS-One, bien plus que n’importe qui…
90bpm : Avec les premiers BDP j’imagine ?
Brother Ali : Ouais, les premiers BDP, Criminal Minded j’ai beaucoup aimé, mais quand j’ai entendu By All Means Necessary, mec, c’était la claque. Et puis Chuck D ensuite évidemment…Je dirais que ce sont les deux figures primordiales, parce que…Tu sais Slick Rick et Melle Mel et pas mal d’autre gars à l’époque, ça m’a fait adorer l’art du mceeing, MAIS quand Chuck et KRS-One sont arrivés ils ont en fait changé la façon dont les gens pensaient, ils ont changé notre façon de vivre, de voir les choses, en nous disant des choses…nous les enseignant.
90bpm : Ouais, ils sont arrivés et ont développé au fur et à mesure un message, une nouvelle façon d’aborder le rap et le hip hop…
Brother Ali : Et il y a toujours eu un message, déjà avant eux, mais la façon dont eux l’ont développé était si puissante, ça m’a vraiment donné l’envie de faire des choses…
90bpm : Ce que je veux dire c’est que l’audience, le marché n’était pas le même à la sortie de The Message qu’à la sortie de It Takes A Nation…
Brother Ali : Ouais, c’est vrai. Mais dans l’approche c’était la même chose, tu vois, Melle Mel a été l’un des premiers à atteindre un public extérieur au rap tout en montrant aux gens ne vivant pas dans le ghetto comment pouvait être la vie du ghetto. Tu vois ce que je veux dire ? Mais quand Chuck D et KRS-One ont débarqué, ils ont été capables d’éduquer, non pas en montrant aux gens des petites photos, mais en apportant un certain discours construit, parlant aussi bien aux gens du ghetto qu’à toutes autres populations…Ce sont les premières personnes de la culture hip hop qui m’ont donné cette impression d’éducation, ce sentiment d’apprendre des choses par la musique, une certaine élévation…Et ce n’est pas que je veuille éduquer les gens, ou me placer en ce sens, mais ils m’ont vraiment montré qu’il était possible de faire quelque chose de plus avec le rap que simplement être un bon rappeur. Tu peux vraiment toucher les gens, c’est fou.
90bpm : Oui, concerner les gens et les émouvoir par le biais de la musique, c’est un défi… Ok, passons si tu le veux bien et revenons à tes débuts. Comment tu t’es retrouvé sur Rhymesayers Entertainment ? Ta rencontre avec Musab, Spawn, The Dynospectrum et Siddiq Ali… ? Rites of Passage (Ndlr : premier effort d’Ali, sur cassette, qui l’a fait connaître et signer sur Rhymesayers) tu l’avais enregistré comment avant de la diffuser ?
Brother Ali : Tu sais, lorsque j’ai rencontré ces gars, ils ont changé la façon dont je voyais la musique. J’avais entendu parler de gens de la Bay, comme Too $hort et E-40, je savais que ces gars faisaient leurs propres tapes depuis un bail, les vendant eux-mêmes, ils montaient leurs propres concerts, mais je n’avais jamais rencontré en personne quelqu’un qui le faisait… Et lorsque je les ai rencontrés, ça m’a vraiment marqué et inspiré, ils pressaient leurs propres cds et faisaient leurs propres tapes, leurs propres T-shirts...
90bpm : A ce propos, tu as choppé les premières Headshots Tapes à l’époque? (Ndlr : Les Headshots Tapes, surtout les trois premières de 1993 à 1995, sont aujourd’hui des pièces de collection, et au passage les premiers releases plus ou moins officiels de Slug et son écurie en formation)
Brother Ali : Non, pas les toutes premières, j’ai la quatrième… J’ai commencé par la quatrième…
90bpm : C’est celle avec tous les lives ? Je l’ai jamais écoutée celle là…
Brother Ali : Non, non, ça c’est la troisième…Moi je te parle de History.
90bpm : Ah Ok…
Brother Ali : Héhé, ça remonte à longtemps…Sinon, pour revenir à ce que je te disais, ils m’ont vraiment énormément inspiré, ce qui a fait que je voulais vraiment faire un truc dans ce délire là, moi-même, et c’est pourquoi j’ai fait Rites Of Passage. Je leur ai filé la tape parce que je voulais avoir leur avis, comment améliorer le truc, y arriver…arriver à la sortir, faire quelque chose de bien. Et je voulais trop faire partie du crew, de Rhymesayers, tu vois, mais je ne pensais pas qu’ils avaient besoin de quelqu’un d’autre, ils avaient déjà tellement de grands MCs…Et finalement ils ont sorti ma tape, et j’ai commencé à bosser avec Ant, et c’est à partir de là que les choses ont commencé à devenir sérieuses…
90bpm : Et ils ont sorti Rites Of Passage uniquement en format cassette?
Brother Ali: Ouais, uniquement en cassettes, ils en ont fait 1000 exemplaires, et on a tout vendu, et dès que tout était parti on s’est mis à bosser sur Shadows on The Sun.
90bpm : Et ça n’a jamais été pressé en vinyl, cds, bootlegé d’une façon ou d’une autre?
Brother Ali : Non…mmm, tu sais quoi, maintenant que tu me dis ça, je crois qu’on en a pressé 1000 autres en cds…
90bpm : Récemment ?
Brother Ali : Ouais, il y a quelques années, quand le Champion EP est sorti, les 1000 premières personnes qui achetaient Champion avaient Rites Of Passage avec. Il y a donc eu 2000 exemplaires en tout, 1000 tapes et 1000 cds, et c’est tout.
90bpm : Ali, beaucoup de gens te connaissent en tant que battle MC, après ce qui s’est passé au Scribble Jam… (Il me coupe)
Brother Ali : Tu sais, j’ai fait beaucoup de « street battles ». Mais je n’ai participé qu’à seulement deux battles organisées, j’en ai fait une en 2000 et j’ai battu Eyedea, et c’est pour cette raison, je pense, parce que j’ai battu Eyedea et que Sage Francis et moi on a fait une bonne battle, que j’ai eu cette réputation, que j’ai été connu pour cette raison…
90bpm : Et ce n’est pas ça du tout, tu ne te sens pas âme de battle MC ?
Brother Ali : Je n’aime pas les battles organisées, j’aime bien tout ce qui est « street battle » par contre…Je l’ai fait en 2000 et lorsque je suis revenu au Scribble Jam en 2001, franchement, je ne me suis pas senti à ma place…
90bpm : Pourquoi, qu’est ce qui s’est passé?
Brother Ali : Parce que les battles organisées ne sont tout simplement pas faites pour moi. Tu vois, j’ai vraiment besoin d’être inspiré pour battre quelqu’un, les mecs doivent vraiment être terribles au point où je les déteste, ou être super bons pour que j’éprouve l’envie de rentrer en compétition avec eux…Mais la plupart du temps, les mecs présents dans ce type de battles ne sont ni bons ni mauvais, il sont juste normaux, tu vois, y’a pas grand chose à dire à leur sujet, pas grand-chose qui puisse éveiller une quelconque inspiration pour les battre… C’est pour ça que c’était assez difficile pour moi d’être là, ça n’avait en fait plus trop d’intérêt. C’est pour ça que je n’y retournerai pas.
90bpm : Pour nos lecteurs ne connaissant pas ton histoire, tu nous racontes ce qui s’est passé dans ta vie depuis la sortie du Champion EP en 2004?
Brother Ali : En fait, tout a vraiment commencé quand Shadows Of The Sun est sorti, je n’étais pas vraiment prêt à avoir autant de responsabilités d’un coup. J’étais chanceux de faire un album, veinard d’avoir Ant avec moi pour enregistrer mon album…Tu sais Atmosphere m’a emmené en tournée avant que cet album ne sorte et le retour du public, seulement pour avoir été sur le tour, a été très positif…
90bpm : Tu parles de l’époque d’avant Champion ou avant Shadows Of The Sun?
Brother Ali : Non, avant Shadows Of The Sun, vraiment au début. Et tu vois, je n’avais même pas encore de deal de distribution pour l’album, aucune presse, rien de ce genre, mais on avait déjà un marketing d’effectué du fait de mon tour avec Atmosphere. C’est pour ça que lorsque l’album est sorti ma vie entière a changé, tu vois j’avais un boulot, j’étais père, mari et je bossais en même temps pour pouvoir nourrir ma famille.
90bpm : Et tu n’étais donc pas préparé à tous ces changements ?
Brother Ali : Non, non, vraiment pas, quand tout ça est arrivé…Tu sais j’étais marié depuis 10 ans, un mariage arrangé tu sais, j’ai été marié lorsque j’avais 17 ans, quelqu’un de la Mosquée, je suis musulman et ce genre de choses arrivent parfois… (Il s’arrête). J’étais donc là à bosser pour essayer de gagner assez d’argent pour pouvoir nourrir ma femme et mon enfant, pour pouvoir voir vivre ma famille, et l’album est sorti et je n’avais plus à me battre comme avant, j’avais assez d’argent, plus besoin d’avoir deux boulots, du temps pour la musique….
90bpm : C’était donc assez positif, tu avais donc plus de temps pour t’occuper de ta famille et de ta musique…
Brother Ali : Oui, en effet, ce côté était génial, mais ça m’a aussi fait comprendre et réaliser que ce mariage, cette union arrangée, n’était pas forcément une bonne chose, que c’était vraiment mauvais pour moi et mon fils…J’ai donc divorcé de ma femme et mon fils est venu avec moi. On a du tout reconstruire. Lorsque l’album est sorti, mon fils, ma femme et moi, on a tous les trois déménagé, en dehors du ghetto, dans un bel appartement, on a eu une nouvelle voiture et des nouveaux trucs…et lorsque j’ai divorcé, je lui ai tout laissé, et mon fils et moi n’avions plus rien, on avait même plus de quoi s’habiller…
90bpm : C’était ton choix ? Ou une décision de justice ?
Brother Ali : Non, c’était mon choix avant tout. Et donc on a du tout reconstruire à zéro. Et ce nouvel album, Undisputed Truth, c’est un peu tout ce fil, je parle beaucoup de tout ça, comment vivre de sa musique, comment il est dur de quitter sa femme et de reconstruire une nouvelle vie, de dire tout ça à son fils….
90bpm : Ok, je comprends. Passons si tu le veux bien. Tu penses quoi de l’écurie Doomtree, venant eux aussi de la Twins City, Cecil Otter, Dessa, Emily Bloodmobile, POS, qui a d’ailleurs sorti son LP Audition sur Rhymesayers, ta maison de disque ?
Brother Ali : Je les respecte, je les respecte à la vue de comment ils bossent, je pense qu’ils ont beaucoup appris… Je veux dire, moi j’ai appris énormément, cette façon de travailler, par Slug. C’est lui qui m’a tout appris. Et je pense qu’eux ont aussi fait la même chose, ils se sont beaucoup inspiré de Slug, et ils ont travaillé très dur, c’est pour ça que je respecte leur approche.
90bpm : Parce que c’est vrai que Slug a été une sorte de précurseur à Minneapolis, le premier à avoir systématisé un certain underground, organisé un peu le hip hop au sein de la ville et du Midwest en général…
Brother Ali : Mais même dans l’underground en général mec, je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui ait fait mieux, qui l’égale à ce niveau là, si tu vois ce que je veux dire. Dans son éthique dans le travail, artistiquement, sa créativité, au sein du label qu’il a monté et dans la façon dont il a pu pousser des gens à aller de l’avant, des gens comme moi. Je ne pense pas, d’aucune autre façon et n’importe où, qu’il soit égalé à ce niveau dans l’underground…Et j’ai beaucoup de respect pour les autres personnes qui font des choses dans l’underground, mais je pense vraiment que Slug fait partie des ces personnes qui viennent…Regarde, il y a toujours une personne comme ça dans chaque genre musical. Pour le rock il y a eu Jimmy Hendrix, pour le funk tu as eu James Brown, tu vois, et pour ce qui est du rap indé-underground, tu as Slug, y’a personne à côté mec, point. Et je ne veux vexer personne, ni retirer quoi que ce soit à personne, il y a beaucoup d’autres grandes figures importantes, mais c’est comme ça.
90bpm : Tu veux donc dire Slug non seulement en tant que MC, mais aussi comme mec multi-casquette…Y’ a beaucoup de gars de ce genre dans l’underground qui taffent depuis longtemps dans tous les coins des Etats-Unis…Est-ce que la différence vient du fait que Slug a son propre label, ses propres groupes, signe des artistes… ?
Brother Ali : Oui, je suis d’accord, mais la façon dont notre label est géré (Il s’arrête). Je ne travaille pas pour Slug, on est partenaires, tu vois, et on prend les décisions comme des partenaires, on partage l’argent comme des partenaires, tu vois, avec un paquet d’autres gars ça ne fonctionne pas de la même façon, il y a le label et les gens qui bossent pour le label. Donc tu vois Slug c’est un gars qui a non seulement monté son propre label, qui m’a emmené en tournée avec lui, qui m’a payé afin que je puisse quitter mon boulot, alors qu’il ne me connaissait même pas…Tu vois on gagne de l’argent et on le partage main dans la main.
90bpm : C’est un bon deal, comme un fonctionnement familial, celui d’une communauté...
Brother Ali : Et il n’y a pas que Slug, tu sais Rhymesayers c’est un équipe, une grande famille en effet. Il y a Siddiq, qui dirige le label, et il y a, J, le gars que tu vois juste là-bas derrière nous (Il indique son partenaire assis un peu plus loin en train de bidouiller sur son laptop) qui est la personne qui gère notre tour et qui l’a vraiment formulé de la façon la plus carrée possible. Tu sais, aux Etats-Unis on tourne sans répit, presque sans jours de repos, on va aussi bien dans les grandes villes que dans les petites, là où personne ne joue.
90bpm : Dans des petits clubs, des petites salles…
Brother Ali : Oui, exactement, et même ça, tu vois, ça a été une façon de tourner qui a été inventée par ces gars, ça n’existait pas dans le hip hop avant eux. Tu vois, tu avais des indies en tournée, mais ils ne faisaient que les gros spots, les grandes villes ou avaient l’habitude d’arpenter leur région, et basta. C’est quelque chose de nouveau qui a été mis en place. Et j’ai pu apprendre ça en direct et à la meilleure école, moi et Slug on est comme frères, moi, J ou Saddiq, on est vraiment très proches, et je pense que le DoomTree, en vivant à Minneapolis, ont vu tout ça, ont vu Slug bosser et mener sa barque. En quelque sorte, Slug a rendu tout ça possible pour eux, et ça a été la même chose avec Eyedea, E&A et POS, c’est la même. Et je les respecte énormément.
90bpm : Tu parles justement d’Eyedea, tu as écouté le Face Candy, projet fusion jazz-rap d’Eyedea aux côtés de JT Bates, Casey O’Brien and Kristoff Krane ?
Brother Ali : Je pense qu’Eyedea est l’une des personnes les plus purement créatives que je connaisse et avec qui j’ai pu travailler. Tu sais, tu as de nombreux gars qui changent le style de musique qu’ils font, souhaitant faire plus d’argent. Tu as des mecs venant du rock qui voient que le rap indé marche mieux que le rock indépendant et qui passe de l’un à l’autre. Eyedea était dans le rap depuis longtemps, il avait une bonne base de fans, il vendait des disques, tournait et avait une bonne notoriété, mais il sentait qu’il ne pouvait plus s’exprimer totalement dans le cadre dans lequel il se trouvait, et a donc fait un petit virage artistique en disant à ses fans « C’est cool les gars, mais j’ai besoin de m’exprimer ». J’ai donc beaucoup de respect pour ça, et je pense qu’il est encore en train de grandir artistiquement, en se demandant quelle voie choisir, tout en sachant qu’il a été élevé au hip hop…Je sais, en tout cas, qu’une fois qu’il a mis au point ce qu’il a dans la tête, ça ne peut être que de qualité, et je trouve ça assez fou de pouvoir le voir évoluer, dans ce processus. Je pense qu’il va vite manquer aux fans qui l’ont délaissé parce qu’il s’était éloigné du hip hop.
90bpm : Ok…Comment vois tu le hip-hop du midwest aujourd’hui ? Comment le qualifierais-tu ? Tu disais dans une interview que « le dénominateur commun est que les MCs du Midwest sont attachés à une certaine introspection, à leur condition d’être humain » ?
Brother Ali : Je pense que si tu es de New York ou si tu es de Los Angeles ou d’Atlanta, ta scène indique en quelque sorte aux gens ce que tu es, la ville véhicule une certaine réputation juste parce que tu es de là-bas…
90bpm : Et ce n’est pas le cas avec Minneapolis ?
Brother Ali : Non…Harlem signifie quelque chose pour les gens, Atlanta pareil. Si tu te balade quelque part et que tu dis « Je suis de Minneapolis ! », les gens feront « Oh…Et ? ». Je pense que moi, Atmosphere et Kayne West, et Eminem bien sûr, on a créé ça, je veux dire, il y a des gens qui font ça depuis un paquet de temps, mais là c’est de plus en plus. On est là genre « Je dois te dire qui je suis, et ma ville ne le fera pas pour moi ». Kayne est un artiste multi-platiné. Et de quoi parle son album ? Il parle de son accident de voiture, de lui travaillant à la station service, de sa mère, tu vois ce que je veux dire, de lui essayant d’aller en cours et qui se fait virer. Il parle de sa vie personnelle. Et si tu connais un peu Common, tu vois aussi de quoi il parle, il parle d’amour, de feelings, de trucs persos… Et si tu regardes Eminem, il raconte des trucs sur sa mère, sa famille, sa fille, sa femme etc. La vie personnelle et quotidienne des gens, c’est ça le Midwest.
90bpm : Ok, c’est une bonne explication. Tu aurais des news de Slug à nous donner ? Il bosse sur quoi en ce moment ? Toujours avec Murs sur les side project Felt ?
Brother Ali : Mec, il bosse sur 1000 trucs, un nouveau Atmosphere, un nouveau Felt, un comic…C’est dingue ! Je te dirais des bêtises en te donnant des détails, mais c’est assez incroyable, du nouveau sur tout, mec.
90bpm : Tu évoquais Common tout à l’heure. Il y a un crew de Chicago dont j’aime particulièrement les sorties ces derniers temps : Galapagos 4. Qu’est ce que tu penses de cette scène hip-hop de Chicago, représentée en partie par The Molemen, Galapagos 4, Qwel et les Nacrobats, Meaty Ogre, Offwhyte, Rhymefest… ?
Brother Ali : Je ne les connais pas personnellement…Je connais les Molemen, ils m’ont pris sous leur aile bien avant que quiconque ne sache qui je suis, ils m’ont invité chez eux, ils m’ont filé des beats à eux, m’ont booké sur certains de leurs shows…Je suis donc très proche d’eux. J’ai joué à Chicago, tu sais, et je pense que cette scène apporte un renouveau au hip hop en général, c’est très positif. Je pense aussi que Rhymefest est vraiment dope ! Je trouve d’ailleurs dingue que s’il n’était pas sans cesse comparé à Kayne West les gens le jugeraient pour ce qu’il est : un MC énorme. Mais tout ce truc autour d’un certain star-system, avec Kayne, tu vois…Je pense que c’est dur pour Rhymefest de lutter contre ça, que certaines personnes soient même deçues qu’il ne soit pas Kayne ! En tout cas, pour moi, il est assez incroyable, il est vraiment régulier, solide, un très bon MC….parce que je le connaissais avant qu’il n’explose…
90bpm : Toujours et pour finir avec le Midwest…Qu’est-ce que tu penses de la description que fait Slug sur la track cachée de Seven’s Travel : « If you know that this is where you wanna raise your kids / Say ‘Shhh’…If the playground is clear of stems and syringes / If there’s only one store in your town that sells 12 inches / Says ‘Shhh » ? Tu penses quoi de ces lyrics, c’est une bonne description ?
Brother Ali : héhé…Ouais, c’est plutôt pas mal….héhé. Je pense qu’un des trucs que Slug voulait mettre en avant la dessus, c’est que par ici si tu veux t’éloigner du ghetto et des trucs qui s’y rattachent, ce n’est pas impossible. C’est une très bonne description, ironique et drôle…
90bpm : Ok, si tu le veux bien on va maintenant parler un peu de ton dernier album. La chanson « UncleSamGoddam » et « Letter From The Government » sont très dures et vindicatives à l’encontre de ton pays. Quel est ton sentiment aujourd’hui vis à vis de la politique extérieure d’un George W. Bush, de la position des USA aujourd’hui ?
Brother Ali : Ouais, je pense que ces deux chansons sont liées et qu’elles reviennent sur le fait qu’il y a juste énormément d’hypocrisie dans notre pays. Les choses qui sont enseignées et dites ne sont pas vraies et n’apparaissent pas comme elles le devraient…La démocratie implique un rôle de la population, un rôle fort…Les Etats-Unis ont été construits par des esclaves sur le dos d’esclaves, et au final, même si beaucoup de choses ont changé, c’est toujours un peu le cas.
90bpm : Et les citoyens de ton pays ont-ils pour toi un peu conscience de cela? Comment faire, en tant que musicien, pour faire évoluer les choses ?
Brother Ali : Tu sais, les gens ont déjà tellement de problèmes qui leur collent à la peau. Les gens pauvres, une majorité de personnes, doivent travailler si dur juste pour pouvoir vivre et faire vivre leur famille qu’il est dur pour eux de trouver le temps d’étudier, de s’informer réellement…Et l’éducation, pour les personnes pauvres, c’est terrible mec ! Une vraie blague !
90bpm : C’est surtout que l’accessibilité aux bonnes écoles et à un certain niveau d’éducation n’est pas la même pour tous…
Brother Ali : Oui, carrément, tu as raison là dessus car l’école que tu as quand tu es gamin dépend de tes conditions sociales…Et ensuite tu ne peux pas aller au lycée, sans même parler de la fac…Mais c’est aussi que les media chez nous ne nous disent pas la vérité, on nous ment en permanence. Et même les gens qui s’informent, qui lisent les journaux, se font de même trahir et mentir sur énormément de choses. Les media enclenchent une thématique sur laquelle nous devons nous pencher, on se retrouve pris dans une façon de penser, le fait que par exemple l’Irak soit un problème. De la sorte, toutes les semaines on se retrouve avec la présentation d’une nouvelle raison pour laquelle l’Irak est un problème.
90bpm : C’est vrai que la désinformation, je pense aux chaînes de Rupert Murdoch en particulier, est assez hallucinante.
Brother Ali : Effectivement. Ca n’arrête pas. Toujours en train de poser l’affirmation « ce problème qu’est l’Irak » et ainsi de suite. Maintenant on peut voir ça avec l’Iran, ils commencent le spectacle, petit à petit ils installent le décor, habituant les gens : “l’Iran est un problème, l’Iran est un problème »…
90bpm : En grattant petit à petit vers les “zones à problèmes” où les intérêts stratégiques et géopolitiques sont de taille, Irak, Iran…Reste la lointaine Corée du Nord…
Brother Ali : En fait ils n’en parlent pas encore et je ne sais pas s’ils le feront un jour. Ils emmerdent l’Irak et l’Iran parce qu’ils savent que ces pays ne possèdent pas d’armes nucléaires. Ils disent donc ainsi : « ce sont les lieux où nous pouvons frapper ». Et c’est au final pour ça que ces pays veulent posséder un armement nucléaire, pour ne pas que les Etats-Unis viennent les emmerder chez eux. Pour en revenir à la musique, le point important est que ces chansons insistent sur le fait que les gens pauvres, qu’importe les couleurs, même si le fait est que les noirs sont au cœur de cela, ont fait le sale boulot pour construire cette Amérique et n’ont rien eu en retour…
90bpm : Je vois, c’est important comme engagement. Je remarque que tu relates beaucoup de choses très personnelles dans tes chansons : une track comme Walkin’away, c’était un moyen d’exorciser une douleur pour toi (Ndlr : Walkin’ Away reviens sur le récent divorce de Brother Ali) ? Tu as dis dans une interview : « Si tu appuies ta musique sur la passion, tu auras toujours de l’inspiration ». Pourquoi as-tu dit cela ? Est-ce que tu penses que la musique est seulement le produit des passions ?
Brother Ali : Je pense que la musique, la meilleure musique doit être liée au feeling, tu vois… Je ne sais pas lire la musique, je ne sais pas jouer d’instrument, mais j’écoute du jazz, je ne connais pas les croches, les clés, les silences, changements et signatures, tout ça, mais je sais quand la musique a ce feeling…Il pourra y avoir des gars appliquant des formules mathématiques, toutes faites, mais si tu n’as pas le feeling derrière, pour moi ça ne marche pas. Tu sais, il y a des rappeurs qui sont vraiment géniaux, lorsque je les écoute techniquement ils sont bons, mais le feeling mec c’est la clé. Pour moi, la musique c’est ça, ce feeling, et lorsque tu as les deux, technique et feeling, comme avec Chuck ou KRS, alors là c’est fou…
90bpm : Parlons un peu de ton collaborateur de longue date : Ant. Ant est très influencé rock, reggae…. (Il me coupe)
Brother Ali : Pas toujours, Ant a beaucoup d’influences…
90bpm : Oui, oui, je sais, attends, je termine ma question tu vas comprendre…
Brother Ali : Ah, ok, ok…
90bpm : Il a beaucoup d’influences, mais je trouve qu’il a réorienté ses productions ces dernières années, vers des choses moins raw, plus funky, colorées soul…Parce que j’ai en tête les titres Blamegame d’Atmosphere, le remix de Champion, Freedom Ain’t Free et surtout le single de ton dernier album puisque là tu cover le fameux « Truth And Rights » de Coxonne Dodd et Studio One. La track est au final le premier single et porte un nom proche de l’original, popularisé par Johnny Osbourne, « Truth Is »...C’est volontaire tout ça ?
Brother Ali : No Comment (Il prend un air un peu vexé, renfrogné, je ne comprends pas)
90bpm : Pourquoi no comment ? Tu as écouté le Truth and Rights de Johnny Osbourne ?
Brother Ali : Ce n’est pas bien de faire ça mec! Révéler ce que les gens samplent, ce n’est pas une bonne chose à faire…
90bpm : Whoo...Ok. Je n’avais pas compris, pour moi tu vois c’était naturel de parler de ce sample, c’est une fondation du reggae, c’est un des riddims des plus squattés, encore l’année dernière une version ressortait chez Massive B…Mais excuse moi, je ne voulais pas te blesser ou quoi que ce soit…
Brother Ali : Non, t’inquiètes, je comprends…Mais tu sais, les gens qui savent, savent, tu vois ce que je veux dire. La production mec, c’est un art, il y a une culture autour de ça, et ça représente beaucoup pour ces producteurs de chercher les samples. Cette culture doit être préservée un minimum tu vois ? On se doit de respecter ça surtout qu’un paquet d’indépendant n’a pas les moyens de payer pour ces samples…
90bpm : Ok, ok, tu sais moi je me suis juste dit : “Oh merde, encore une fois cette boucle grillée…”. Mais c’est vrai que c’est important de ne pas trop balancer les samples, même si aujourd’hui c’est inévitable, je pense…vu comment fonctionne la communication…
Brother Ali : Oui, je vois ce que tu penses…Y’a pas de problèmes mec, pour quelqu’un comme toi, qui connaît, c’est spécial, mais pour quelqu’un qui n’écoute pas les autres musiques que tu écoutes…Tu vois, tu fais partie de ce cercle de gens qui connaissent, tu connais du fait de l’énergie que tu y a investi, dans l’écoute, tu as pu avoir cet extra au fur et à mesure…C’est un peu comme un magicien, les gens ne savent pas trop comment sort le lapin du chapeau, alors si quelqu’un balance « il y a une petite trappe, il a tel trou etc… » ça risque d’être dur pour le magicien, tu vois quoi ? Héhé. Et bien c’est pareil avec le hip hop, avec les DJs et les producteurs…Pour eux, trouver ces disques dont peu de gens ont entendu parler, connaissent ou ont entendu, et les présenter d’une nouvelle façon, sous un nouveau jour, à une nouvelle audience, c’est la magie du producteur, c’est la magie de Ant, tu vois ? Tu vois Kool Herc, Bambaataa, DJ Premier, Pete Rock…Dr Dre, c’est de ça que nous parlons, Si tu sais, tu sais…Pour les DJs c’est vraiment primordial…
90bpm : Ok, ok je vois très bien ce que tu veux dire…Passons, si tu veux. Crois-tu qu’aujourd’hui il y ait encore une place pour un hip-hop indé de grande envergure, comme Def Jux ou Rawkus ont pu pendant un moment en être les fers de lances commerciaux, voire Rhymesayers ? Je lisais une interview de Bobbito l’autre jour où il disait que “l’apogée du hip-hop avait eu lieu il y a dix ans”. C’est possible d’émerger aujourd’hui avec la très forte concentration économique qui existe au sein des réseaux télé et radios aux USA ?
Brother Ali : Oui, je pense que la clé du hip hop est de grandir, c’es une solution inévitable. Si tu plantes un arbre sous une falaise, l’arbre va grandir en s’adaptant à la roche, au relief dans un premier temps, puis va aller dans d’autres directions dans un deuxième temps. Et bien le hip hop grandit tous les jours et il grandit dans d’autres directions, il y a de nouvelles voix, qui parlent de choses nouvelles. On ne doit pas être effrayé de voir le hip hop grandir et prendre de nouvelles directions, on ne doit pas avoir peur de voir quelqu’un expérimenter, faire de nouvelles choses, avoir peur de quelqu’un qui respecte le hip hop mais qui ne sonne pas comme en 1994…On a le droit de sonner différemment, on se doit d’avoir de nouvelles sonorités. Je pense que pour un paquet de gens qui sont là depuis un certain temps, et j’en fais partie, il est parfois dur de voir l’évolution de certaines choses…Mais tant que l’esprit est conservé, tu vois, ça a été dur pour les new-yorkais de constater le décollage du sud, mais c’est le même esprit… Je ne rappe pas comme Big Daddy Kane, non que je ne le considère pas comme un des plus grands, juste que je ne suis pas BDK. Pour moi ce ne serait pas naturel de rapper comme lui, je dois parler des choses dont j’ai pu faire l’expérience…etc. C’est ce qui créer la personnalité de la musique de chacun. Je ne sonne pas comme Big L, je n’ai pas vécu ce qu’a vécu Big L…etc. Tu vois, on doit juste être un peu plus ouvert d’esprit, et non pas dire en permanence « Ce truc n’est pas hip hop », juste parce que c’est différent…J’écoute beaucoup de choses que je n’apprécie pas, mais je me dis « voilà c’est une expérimentation etc ». On se doit d’explorer des nouveaux trucs mec. Comme Electric Circus, on parlait de Common tout à l’heure, tout le monde a dissé cet album !
90bpm : Aux Etats-Unis, mais ici en France, il a été vu par pas mal de gens comme l’affirmation d’une identité, une mixité soul surprenante …etc.
Brother Ali : Aux Etats-Unis tout le monde a descendu cet album, et pour moi presque tout l’album est vraiment très bon, juste pour quelques tracks j’ai dit « Wha, tu as essayé quelque chose de différent, mais ça n’a pas trop marché ». Mais tu vois ce que je veux dire, tu as un artiste qui essaye quelque chose de nouveau, et tout le monde qui se met à le flinguer… J’ai un respect énorme pour Bobbito, et je ne le discréditerais jamais quoi qu’il dise, mais si c’est vrai, je veux dire si le « hip hop a atteint son apogée il y a dix ans », c’est sans doute parce que les gens sont assez peu ouverts d’esprit, qu’ils ont peu être une vision trop étroite de ce qui peut être hip hop ou pas. Du style dire que ce qui ne parle pas d’une certaine « street life » n’est pas hip hop. C’est ridicule…Combien de fois tu peux raconter la même histoire. On se doit de raconter des choses différentes, d’innover, d’adopter de nouvelles approches…Tu sais peut être que les rappeurs marocains apporteront ce renouveau…
90bpm : Tu connais des rappeurs marocains?
Brother Ali : Ouais, je ne me rappelle plus des noms, et puis je ne parle pas arabe, donc c’est dur pour moi, mais j’ai entendu des très bonnes choses de rappeurs du Maroc, d’Algérie, de Palestine.
90bpm : MBS ? Intik ?
Brother Ali : Je ne me rappelle plus les noms, mais c’était vraiment très bien…Peut être que les changements ne viendront plus de New York ou de LA, mais de Palestine ou d’Afrique…
90bpm : Tu es parti en tournée avec pas mal de MCs… Face à qui t’es tu retrouvé le plus impressionné ? Avec qui tu t’es bien entendu ?
Brother Ali : Slug et Rakim… Rakim du fait... (Il s’arrête). Je suis parti en tournée avec Slug lorsqu’il commençait à exploser vraiment, et j’étais aussi en tournée avec Rakim des années après qu’il ait explosé. Rakim m’a appris que si tu es juste, si tu restes toi-même, dans ta musique et que tu restes complètement honnête, tu ne vieilliras jamais…Tu sais j’ai vu Rakim monter sur scène tous les soirs et balancer exactement les même rimes que celles qu’il balançait lorsqu’il avait 17 ans, et maintenant il a presque 40 ans, mais ça ne sonnait pas faux du tout, parce que c’est ce qu’il est, et lorsqu’il aura 80 ans, il remettra ça et sera toujours vrai..
90bpm : « He said it before, he came in the door… »
Brother Ali : Héhé…Ouais, et il sera toujours “fresh”, tu vois ce que je veux dire? Slug m’a appris…tout ce que je sais, comment partir en tournée, et même comment rapper, comment établir cette connection avec les gens, avec les fans, avec le public, c’est le plus important. Peu importe ce que tu fais, si tu es vraiment en accord, connecté avec les gens, alors tu auras toujours ta place…C’est seulement si tu perds ce lien, que tu perds ta place…
90bpm : Est-ce que tu peux nous parler de tes extra-connections, c’est à dire comment tu as capté les Non Prophets pour le 12 inches Damage ? Ca s’est fait via une connexion avec Sage Francis ? Pareil avec une certaine scène californienne, je pense au dernier CMA et au The World Constant Elevation de Mums The World…
Brother Ali : Concrètement, je n’aime pas trop la façon dont les gens habituellement collaborent, la plupart font ça, des featurings, pour faire de l’argent, et pour établir des connections et captations marketing vers les fans des uns et des autres. J’essaye de ne collaborer qu’avec de gens que j’aime et apprécie vraiment, tu vois ce que je veux dire, des gens avec qui je suis ami…Par exemple, pour Sage, je l’ai rencontré lors de notre battle, c’était la première fois qu’on se voyait.
90bpm : C’était la première fois que tu le rencontrais ?
Brother Ali : Ouais, je ne l’avais jamais vu avant. Et après avoir arrêté les battles, on est devenus amis, et il m’a demandé de le faire, de participer à cette chanson…et (Il s’arrête). Slug et moi on est d’ailleurs dans la dernière video de Sage…Je fais ce qui m’intéresse en fait, ce qui a un sens à mes yeux… Le truc avec CMA, c’est parce que moi et Lucky on a tourné ensemble et on a sympathisé….Tu vois lorsque tu partages des choses et des expériences, ça te rapproche des gens, tu sais et vois qu’il font les mêmes trucs que toi, qu’ils ont la même approche, les mêmes challenges…etc. Tu vois, n’importe qui avec qui j’ai été en tournée, s’il me demandait de faire quelque chose, de bosser sur un projet, je le ferais. C’est ce que j’essaye de faire…Il y a quand même quelques trucs que j’ai fait parce que des gens voulaient VRAIMENT que je participe à leur morceau, avec insistance…
90bpm : Comme qui ?
Brother Ali : Je ne te citerai pas de noms, tu vois je ne voudrais pas qu’ils croient que je ne l’ai pas fait avec plaisir, que je souhaite les disser…C’était juste que des personnes qui n’ont pas arrêté de me demander, d’insister et d’insister, qui m’ont donné de l’argent, mais d’une façon montrant en quelque sorte à quel point ça comptait pour eux, à leurs yeux…Si je connais la personne, je fais ça gratuitement, mais si je ne la connais pas, c’est dur. En général je fais « Ecoute, je ne te connais pas, attends un peu… » et ils continuent d’insister et d’insister…
90bpm : Ok. J’imagine que tu connais Yellowman. C’est un chanteur / scatteur formidable, un des plus grands DJs des années 1980, albino, qui a réussi a retourner complètement sa condition à son avantage et en faire une part de son caractère. Est-ce que le fait d’être albino t’a aussi aidé dans le business… Comment ça t’a servi ou desservi au fil du temps (Ndlr : sur ce point la track Forrest Whitiker Song d’Ali est assez parlante)?
Brother Ali : Je pense que ça m’a un peu aidé, ça m’a aidé au début.
90bpm : Pour te démarquer des autres et que les gens se souviennent de toi ?
Brother Ali : Mmm, tu vois, il y a tellement de gens qui font ça, que si tu as quelque chose qui te démarque, ne serait-ce qu’un tout petit peu…Tu vois au début les gens qui t’écoutent la première fois, dirons « Tiens check ça, ce mec est albino », puis si la musique est bonne, parlante, il ne resteront pas avec cette idée, il passeront là-dessus…Ca m’ a donc aidé un petit peu, mais ça n’a pas fait le boulot à ma place, tu vois ce que je veux dire, j’ai toujours besoin d’établir des liens étroits avec la musique..Et pour terminer effectivement Yellowman est fantastique.
90bpm : ouais, comme pas mal de DJ et singjays jamaïcains des années 1980… Passons : autre grande figure de la musique noire : que penses-tu de la direction qu’a pris Prince ces 5 dernières années avec NPG, la gestion internet de ses ventes, son indépendance et la force de son funk ? Tu aimes ce qu’il fait ? La façon dont il gère son catalogue à présent, ça t’évoque quoi?
Brother Ali : Ouais, Public Enemy ont fait ça aussi…Prince est un leader pour tout le monde, et Prince vient de Minneapolis, tu sais ?
90bpm : Héhé, ouais, c’était un peu le lien entre cette question et le reste…
Brother Ali : Ok, héhé, je vois. Prince, tu vois, est un « King of Music», c’est grâce à lui que pas mal de choses ont pu se passer et évoluer, il symbolise vraiment ce que j’évoquais tout-à-l’heure, le fait que la chose la plus importante est la musique et la manière dont tu es lié au public, dont tu lies et proposes ta musique aux gens. Tu vois, on peut avoir des deals de distribution, mais ça ne va pas changer la façon dont ont fait et conçoit notre musique, c’est juste une histoire de développement de l’accessibilité à ce qu’on fait, à nos cds, etc… C’est ce qui aide à notre communication avec les gens. Et Prince en était arrivé à un point de sa carrière où il n’avait plus besoin de faire ça, il peut ainsi vendre sa musique en ligne…Et de plus en plus de gens se mettent à faire comme ça…Ice T a fait ça aussi, et c’est comme ça qu’on peut bâtir de nouvelles fondations…
90bpm : Tes 3 albums cultes ?
Brother Ali : Héhé. Ok. Dans le lot, un de ceux-là seraient Criminal Minded de BDP, Fear Of A Black Planet de PE et Death Certificate d’Ice Cube…Il y en a beaucoup, mec.
90bpm : Ca c’est pour le hip hop, et ensuite ?
Brother Ali : Talking Book de Steevie Wonder, c’est vraiment un de mes albums préférés, Electric Mudd de Muddy Waters, aussi un de mes disques favoris, What’s Goin On de Marvin Gay…Young Gifted and Black d’Aretha Franklin…la liste est trop longue, héhé. Le premier Donny Hathaway, « A Song for you » et « The Ghetto »…
90bpm : Everything is Everything! Avec la cover dans la rue..
Brother Ali : exactement…
90bpm : Un dernier mot pour les lecteurs et autres b-boys et b-girls de 90bpm ?
Brother Ali : Juste une mot sur mon album Undisputed Truth : j’ai simplement essayé de me présenter dans le plus grand dénuement, dans une démonstration de passions, d’émotions, de sentiments, de pensées…. Et j’ai essayé de révéler un maximum de moi même, et j’ai fait ça parce que je crois qu’il y a des gens qui ressentent la même chose que moi un peu partout dans le monde, qui ont ce genre de sentiments, des sentiments qui n’ont pas de voix pour s’exprimer, et j’ai donc essayé de faire cet album pour que les gens qui ressentaient ces choses puissent avoir une certaine musique à laquelle s’identifier…
90bpm : Tu te sens un peu porte-parole ?
Brother Ali : Non, pas exactement, je ne me définirai pas comme cela, ni comme révolutionnaire, ni comme activiste politique, je sais juste que je ressens…Et je ne pense pas avoir les réponses, et c’est ce qui fait partie de la frustration, je vis aux Etats-Unis et suis énervé, en colère, me sens insulté, mais je n’ai aucune idée de comment être à même de commencer à faire évoluer les choses. Tu sais, je suis un jeune homme, je fais du hip-hop, et je ne pense pas avoir les préjugés qu’ont certains hommes envers les femmes, je suis un homme, mais j’ai ma propre vision de comment nous devons nous comporter avec les femmes, et je pense que cela n’est pas vraiment présent dans le hip-hop, si ce n’est pas du tout… Je suis aussi père tu sais, j’essaye d’avoir un rôle majeur dans son éducation quotidienne, et je ne pense pas que ce genre de positivité est exprimé dans le musique en général et surtout dans le hip hop…Tu vois, les mecs branchés hip hop hard-core pourront me disser et dire « Arrr, Ce mec est out ». Mais ils savent que je reste ce que je suis et qu’ils auraient certainement du mal à me prendre en battle, tu vois ce que je veux dire. Je dirai donc enfin : télécharge ma musique, si tu ne veux pas la payer, mais écoute VRAIMENT, écoute ma musique avec attention, comme si toi et moi on parlait ensemble…Télécharge ma musique si tu veux, mais si ça te plaît, viens me voir sur scène quand je passerai par chez toi…C’est vrai qu’on va passer un an à tourner, sur les routes, pour la promo de cet album…
90bpm : J’espère qu’on pourra te voir à Paris et en France rapidement.
Brother Ali : J’espère en septembre...On va d’abord tourner aux Etats-Unis, puis au Canada et après en Europe. L’Australie aussi et certainement quelques dates en Asie…Et on espère pouvoir aller en Afrique, au Moyen-Orient…mais c’est pas sûr encore…
90bpm : J’espère que ça pourra se faire, même si c’est dur de monter un tour en Afrique ou au Moyen-Orient lorsqu’on fait du rap plutôt que du jazz et des musiques, disons, « du monde »…
Brother Ali : Tu sais je suis venu plusieurs fois à Paris jouer avec un groupe de jazz qui s’appelle Ursus Minor ?
90bpm : Alors là non, je n’avais jamais entendu parler de ça ? Tu as joué où ?
Brother Ali : Je ne me rappelle plus, deux fois en 2006…Le guitariste s’appelle Jef Lee Johnson, il joue aussi sur mon album, il joue avec The Roots, avec Common…Il a joué sur Electric Circus d’ailleurs…Erykah Badu, Aretha Franklin..etc… Il vient de Philadephie, et le pianiste est le clavier de Jeff Beck et le saxophoniste vient de Paris, il s’appelle François Corneloup…Je pense que ce que je devrais faire c’est booker ce groupe dans des lieux plus difficile d’accès, ce serait plus simple en effet…
90bpm : Une bonne idée, merci Ali !
Brother Ali : Merci à toi.
Propos recueillis, transcrits et traduits par Lux pour 90bpm
[12.06.07]
Ajouter un commentaire :
votre nom *
votre e-mail *
votre commentaire *
m'envoyer un email au prochain commentaire
Ne pas écrire
en majuscules ou en abréviations
, ne pas abuser des points d'exclamation et
soigner l'orthographe
. Justifiez votre avis et soyez constructif. En soumettant votre commentaire, vous renoncez à tous droits concernant celui-ci. Chaque commentaire donne lieu à une validation par la rédaction. Sa publication sur le site n'est pas garantie.
Sa publication partielle est également possible.
* Champs requis
votre IP est : 38.103.63.16
Les dernières interviews :
[11.05]
Seun Kuti
[30.03]
Ian Lynam
[11.03]
JR photographe artiviste
[02.03]
Ghislain Poirier
[07.02]
Pete Philly & Perquisite
[23.01]
Jazz Liberatorz 2008
[09.10.07]
Les Cautionneurs
[28.08.07]
Aesop Rock
Toutes les interviews
#
|
A
|
B
|
C
|
D
|
E
|
F
|
G
|
H
|
I
|
J
|
K
|
L
|
M
|
N
|
O
|
P
|
Q
|
R
|
S
|
T
|
U
|
V
|
W
|
X
|
Y
|
Z
15.05
Noir Désir se remet au travail
15.05
Do you want to die today ?
12.05
Grammata, un nouveau venu chez les graff-zines
12.05
Mos Def incarnera Chuck Berry
12.05
Retour du rock psyché contestataire de The Black Angels
11.05
Happy birthday Keith !
10.05
Nouvel album pour Coldplay
Toute l'actualité
LES PLUS COMMENTEES
01
Pedro Winter
02
Rocé
03
Oxmo Puccino
04
Marley Marl
05
Nétik
LES PLUS CONSULTEES
01
Pedro Winter
02
Oxmo Puccino
03
DJ Revolution (Los Angeles, Wake Up Show)
04
Tido (TTC)
05
Hip Hop Résistance
SONDAGE
QU'ACHETERIEZ VOUS SUR LA BOUTIQUE DE 90BPM.COM ?
Livres
10%
Disques
17%
DVD
12%
Vêtements
15%
Matériel pour DJ
7%
Magazines
7%
Matériel graffiti
11%
Baskets
9%
Bijoux Hip Hop
12%
5193 votes
Les autres sondages
PLAN DU SITE
ACTUALITE
Rap
|
Graffiti
AGENDA
Soiree HIP HOP
|
Concert Hip Hop
|
Exposition GRAFFITI
Festival HIP HOP
|
Breakdance
MUSIC
rap francais
|
Sons rap us
|
Mix Hip Hop
|
Sampleur-samplE
P
laylist Hip Hop
|
Galerie concert Hip Hop
VIDEOS
Clip rap
|
Clip rap franCais
|
Clip rap us
|
Video graffiti
Documentaire Hip Hop
GROS PLAN
Interview rap
|
Interview graffiti
CHRONIQUES
Album
|
Mixtape
|
Maxi
|
DVD
GRAFFITI
Galerie Photo Graffiti
|
Chronique Graffiti
|
Graffiti du jour
VidEo graffiti
FORUM
Forum Hip Hop
|
CONCERT
|
Promotion
|
Graffiti
Producteur HIP HOP |
Brocante Hip Hop
|
WAP
ANNUAIRE
SALLE DE CONCERTS
|
STREETWEAR
GOODIES
Sondage
|
CONCOURS
SHOP
STREETWEAR
|
T-SHIRTS
|
SWEAT-SHIRTS / HOODIES
|
CASQUETTES
DVD
|
LIVRES / BOOKS GRAFFITI
2000-2008 © TOUS DROITS RESERVES 90BPM.COM
CONTACT
-
PUBLICITE
-
MENTIONS LEGALES
UNE REALISATION :
I-KREA
- DESIGN :
Ajoute
Ajoutez nous à vos friends
Partenaires WEB :
dMute
(electro)
,
Reggaefrance
(reggae),
Wegofunk
(funk),
Sneakers
(sneakers)
Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par