Même si BNN n’est plus dans les compétitions, une question qui taraude encore toute la France l'intro de votre show 2002 ne dissait pas les routines feedback ?
Need : Ouais... Enfin on disait que tout le monde faisait un peu pareil et même si on a fait un feedback personne n'avait fait ça avec un feedback voilà, c'était l'originalité du truc parce que les mecs utilisaient le feedback mais ils faisaient juste (mime d'une montée feedback) tu vois ils faisaient juste la montée du truc. Nous, la mélodie c'est juste le lead qui était fait en feedback. Enfin on n'a rien inventé non plus, y'a des gens comme Magic Cut et tout qui ont fait des trucs vachement bien avec le feedback. Mais voilà c'était pas un feedback pour un feedback ça avait un sens dans le morceau (ndlr: "Rollin' & Scratchin'" de Daft punk) qu'on voulait recréer.
Pone : Le fait de gazer les autres avec cette phase-là ça faisait aussi partie des critères des compétitions à ce moment-là (rires).
Need : Nous, on n'était pas forcément à bloc sur gazer les autres mais il fallait un peu faire une intro... Malheureusement c'est ça la compétition et c'est là où il n'y a aucune règle et aucune limite dans ce qu'on fait maintenant c'est ça qui est plus excitant. Et en plus on fait de la musique d'une manière qui est un peu nouvelle où il y a peu d'albums donc c'est plus excitant. Je pense que dans 15 ans quand plein de styles auront été traités, ce sera un peu plus dur pour les gens de faire ça ils seront un peu plus comparés à des trucs déjà sortis. C'est super facile pour nous de ne pas faire du D-styles parce que D-styles c'est un style quand même bien marqué.
Pone : C'est plus facile de ne pas faire du D-styles que faire du D-styles en fait, (rires). C'est plus difficile d'en faire que de pas en faire.
Mike : Au final quoi qu'il arrive je pense qu’il n'y aura jamais personne qui fera de la musique comme nous parce qu'on est quatre entités bien différentes, avec nos personnalités et nos kiffs on est un groupe, sauf qu'on utilise des platines..
Need : Si mais ce sera des gens qui seront influencés alors que nous on est arrivés à un moment où on avait acquis cette maturité pour faire abstraction de ce qui avait été fait dans ce domaine de la musique.
Le fait que vous ayez des backgrounds musicaux bien divers c'est un plus au niveau de la variété des morceaux.. Ce qui ressort chez Birdy c'est justement un son assez divers par rapport à ce qui a pu se faire dans ce domaine.
Need : Bien sûr. Déjà sur ce premier album en particulier, on ne s'est pas limités, on n'avait aucun concept au départ et on n'avait pas vraiment d'idée de la musique qu'on voulait faire. C'était aussi les premiers morceaux qu'on faisait. On avait fait 3-4 morceaux avant pour "Scratch Graphique" et tout, mais tout scratché... Même dans "Scratch Graphique" (ndlr: livre de Laurent Burthe illustré par les premières compos de Birdy Nam Nam) il y avait un peu des séquences mais pas sur tous les morceaux. Dans notre album tout est scratché, il n'y a même pas un charley qui est programmé.
Et dans "Scratch graphique" vous scratchiez encore sur des ahh, pourquoi avoir complètement délaissé ce type de son? c' était parce que ça parlait pas forcément à tout le monde?
Need : Non parce que déjà à la base on ne se trouvait pas assez bons avec un ahh pour exprimer quelque chose. Il y a deux trois mecs qui sont très forts et qui arrivent, en tout cas à mon sens, et je pense au sens des autres aussi, à exprimer des choses et à se renouveler avec ce son. Pas nous, notre force elle est de composer et de faire des choses différentes. Le truc du ahh D-styles voilà D-styles il a fait un album et il l'a tellement bien fait que qu'est-ce que tu veux faire après ça.
Tu crois qu'on peut passer des émotions juste en scratchant un "ahh" ?
Pone : Si t'es fort (rires)...
Need : Ouais tu peux en passer. Maintenant ça va procurer des émotions à un mec qui partage ta culture. Toadstyle il peut me créer des émotions, D-styles aussi, maintenant est-ce qu'il en créera à ma mère ou ma tante je ne sais pas. Encore hier j' ai un pote d'enfance qui m'appelait, à qui j' avais envoyé le dvd et qui me disait "je l'ai fait écouter à ma mère, à mon père et tout"... La musique, il n'y a pas de limite tu y vois des gens de tout âge... il y a plein de morceaux de notre album que ma mère aime bien, ce n'est pas simplement considéré comme un beat fait en scratch, je pense que ça va un peu plus loin, ça a un peu plus de perspectives.
Mike, tu pensais participer aux ITF, ce serait plus pour un show orienté scratch music à la BNN que du format DMC ?
Mike : Ce serait ce que je fais tout le temps parce que, j'ai un délire de routines où je fais des espèces de remix et ce serait ça parce que je n'ai rien de mieux à apporter.
Pone : J'aimerai bien te voir faire des body tricks (rires).
Mike : Je vais faire un plan beat juggling (rires). Je pense que je vais faire ITF beat juggling là, ça me branche (rires).
Pone : Body tricks avec les cheveux (rires).
Crazy b : Non mais je pense que Mike dans ses routines considérant l' aspect technique, même s'il a une technique certaine, il a toujours voulu amener un côté musical avant tout et ses remix boy c'est entre les deux. C'est pour ça que pour moi ça rentre complètement dans le cadre d'un concert de Birdy Nam Nam, qu' il fasse des remix boy, parce qu'il y a un délire musical, il y a une vibe en plus d'un truc technique.
Mike : Je pense que je m'approche plus de la musique en faisant un remix boy qu'en faisant des routines parce que je me dois d'être super carré, d'être dans le temps. C'est autre chose, c'est un autre taff, après c'est facile de reprendre un disque accéléré et de le décomposer comme je le décompose.
Y' a des mecs qui ont repris le concept...
Mike : Bouah vas-y m' en parle pas. Ca fait chier.
Crazy b : Non mais personne a fait un truc mieux.
Mike : Ouais mais de toute façon moi ça me fera toujours chier je suis désolé c'est pas bien franchement ça me fait chier je te dis la vérité !
C'est venu comment ce truc ?
Mike : Je suis tombé là-dessus par hasard. A la base quand j'ai trouvé ça, ça me faisait triper, j'étais tout seul chez moi et j'arrivais à me faire kiffer et à ressentir d'autres choses. Parce que quand tu scratches c'est bien tu es content quand tu rentres une phase mais au moins ça m'apportait un autre truc.
Pone : Y' avait aussi un peu un truc rigolo parce que ce remix boy, c'est sur tous les disques que ça fonctionnait. C'était genre ce remix boy de super héros qui vient te remixer ton disque en live chez toi. Y'avait aussi un délire perso, ça nous faisait rire moi je m'appelais cd man et lui c'était remix boy.
Crazy b : Parfois je cherchais des disques et je lui disais "Essaie ça et tout !" juste pour qu'il me fasse kiffer et voilà hop.
Et vous avez prévu un projet sur vinyl de remix boy?
Crazy b : Y'a une interlude où y' a un principe de remix boy et puis y' a des beats qui sont faits en remix boy, ça fait partie de l'album.
Pone : En "Remix boy" (rire). Avec une cape... (rires) Mais c'est vrai en plus parfois tu as des mecs qui théorisent le truc alors que c'est juste une phase ouais c'est juste un délire c'est juste ouais ça faisait marrer de faire remix boy et cd man.
Need : C'est juste un délire mais c'est quand même un truc qui avait jamais été fait, enfin c'est différent du scratch et du beat juggling, et c'est quand même une façon nouvelle d'utiliser un disque donc à la fois c'est un délire mais c'est quand même novateur.. c'est pour ça que cela a sa place dans une compétition parce qu'à la fois c'est musical et technique, c'est à dire tout ce qu'on demande dans une compétition et en plus c'est nouveau.
Pone : C'est pas un délire genre "putain les gars j'ai trouvé un nouveau truc ça ça va tuer" .
Mike : A la base..
Need : Maintenant tu dois bien te rendre compte que c'est une façon d'utiliser un disque que personne avait jamais fait auparavant. Donc si tu remets ça dans un contexte, tu vois il aurait fait ça à l'époque des compétitions, un mec serait arrivé avec ça dans les années où on regardait les compétitions et où on était à fond là-dedans.. Un ricain sortait ça c'était la révolution, là c'est parce que nous on est passés à autre chose parce que c'est un petit Français parce qu'on évolue pas dans les compets. Mais c'est quand même quelque chose, c'est un truc important je pense même dans la façon dont ça peut être exploité après au-delà de ça. On peut reprogrammer des batteries, la batterie d'"Escape" elle est faite comme ça, c'est une boucle qui tourne pendant 4 minutes et il avance dans le disque, c'est quand même quelque chose de nouveau, d' intéressant, c'est important quand même.
En parlant de beat juggling y'en a encore dans le dvd, c'est des routines que vous travaillez encore maintenant pour le live ?
Crazy b : Non moi c' était une très vieille routine, pour les lives on les fait de temps en temps ça dépend du temps qu'on a en live mais bon y' a pas un travail de beat juggling qui se fait régulièrement. c'est vrai que je m' y repenche plus comme avant, parce qu'on a beaucoup de travail avec Birdy Nam Nam aussi mais bon ça empêchera pas un jour de sortir un nouveau truc, ce que j'ai fait dans le dvd vite fait j'avais trouvé un nouveau beat juggling je l'ai mis. Mais bon c'est pas un travail pour des compets, c'est différent.
Pone : C'est des vieux plans de compet que je fais en soirée, que je fais en showcase, quand je suis avec les Svinkels, voilà c'est des vieux plans que je continue à faire. Ca m'arrive un peu de rechercher des autres variantes et tout. C'est vrai que dans nos concerts on les a déjà intégrés mais ça colle pas forcément au truc. Mais bon pareil dans le dvd c'était parce que les vidéos étaient sur le site Ortofon sinon si ça tenait qu'à nous on aurait pas vraiment chercher à les mettre, c'est juste pour le côté un peu spectacle. C'est comme quand tu vois A-trak il te ressort toujours ses bonnes vieilles routines que t' aimes bien voilà moi elles ne sont pas aussi bien que les siennes.. ceux sont des vieilles routines qu'on fait toujours, ça fait plaisir.
A l'époque où tu parlais d'un disque avec Scratch Action Hiro, t'envisageais déjà de faire un truc entièrement scratché comme l'album de Birdy Nam Nam ?
Need : La façon de le faire je ne sais pas comment on l'envisageait à l'époque.. on était dans les compets, on faisait tout aux platines et c'est clair qu'on l'envisageait à l'époque parce que les premières fois qu'on a eu l' idée de faire ça, c'était à l'époque où on s'investissait énormément pour faire les compéts et où dans les 6 minutes qui sortaient de show on avait fait peut être 15 minutes de musique, on avait trouvé plein de départs de plan et tout. Chose que finalement on exploitait pas parce qu'on pensait que ça n'allait pas avoir de patate sur scène. Et donc au bout d' un moment on s'est dit on dépense une énergie folle pour faire 6 minutes de show si on s'enregistrait on pourrait exploiter toutes les idées qui passent et qu'on n'exploite pas, qu'on ne garde pas pour plein de raisons, parce qu'on n'arrive pas à aller jusqu' au bout du truc, parce qu'on avait pas assez de temps et parce qu'on passe à autre chose.
Pone : Mouss y avait quand même pas mal pensé.. on y pensait tous, mais je pense que ça lui germait dans la tête depuis longtemps, il avait justement souvent des concepts comme ça avec des trucs de morceau. Bon après on arrivait pas toujours à mettre les trucs au point.
Need : C'est surtout qu'on s'enregistrait pas à l'époque voilà et le jour où moi je me suis acheté un ordinateur j'ai appris vite fait à utiliser le truc et à un moment on avait envie et on pouvait le faire. Parce qu'on est tous un peu à la rue en terme technique.. Crazy b utilise un sampleur, mais bon on se met pas facilement à utiliser des nouveaux logiciels et des nouvelles machines enfin un peu plus maintenant mais le jour où on a pu le faire je pense qu'on avait la maturité musicale pour le faire, ça s'est fait comme ça. Mais c'est vrai que c'est quelque chose auquel on pensait avant, et j'ai quand même toujours suivi un peu de près ce qui se passait dans le monde du scratch, enfin moins depuis deux trois ans, mais j' ai été pas mal sur le net depuis longtemps depuis 97 et tout donc j'ai quand même évolué par rapport à ça. J'étais quand même au courant de tout ce qui se passait.
Donc ça datait d'avant D-styles cette idée de truc fait aux platines, avec Mouss..
Need : Ouais enfin c'était pas avant D-styles. Nous on le faisait déjà en compétition.. Sauf que là on a fait l'effet inverse on a enregistré un album et maintenant on fait une heure de concert et on rejoue notre musique.
Vous avez quand même une expérience dans la programmation via l' album du Double H je pense à "Marie jeanne", ou les breakbeats je ne sais pas.
Crazy b : "Marie jeanne" c'est programmé.
Pone : Je ne maîtrise pas trop le Pro Tools. Je faisais des programmes sur Cubase en général mais après on est pas des super gros techniciens du matos. Mais en même temps, c'est ce qui fait un peu notre truc. On est un peu des gros bidouilleurs, on fait un peu tout à l'arrache, mais c'est ce qui donne aussi un peu le grain au truc. Là on avait bossé sur "Transporteur 2" on a fait des morceaux, on les envoyait à la main en même temps que l'image. C'était à l'arrache mais au final on s' en est bien sortis comme ça. C'est un peu notre manière de faire, on est un peu à l'arrache mais c'est comme ça que ça tourne.
Crazy b : J'ai toujours un peu programmé et puis on avait fait des associations. Chacun a ses expériences mais je pense qu'on a été amenés à faire cette musique parce que c'était vraiment plus facile pour nous finalement de tout faire en scratch parce qu'on était habitués à travailler comme ça à 4.
Need : L'avantage c'est qu'on peut travailler tous en même temps. Sauf qu'il faut qu'un de nous soit à l'enregistrement et qui soit un peu plus exécutant mais c'est super spontané de travailler avec des platines. Quand on a enregistré l'album la plupart du temps y' avait l' ordi on avait chacun une table/une platine et on cherchait les sons en même temps, il y avait la première piste qu'on avait trouvée et donc finalement c' est comme ça qu'on travaille maintenant et on va super vite: parfois on peut construire la base d'un morceau en quelques heures et finir un morceau en deux jours ou trois jours, et c'est vrai que cette spontanéité là tu la perds un peu au sampleur. Et puis tout le monde participe pas y' a le mec qui est derrière tu donnes un peu ton avis et tout mais c'est pas pareil.
Vous voudriez utiliser le sampleur..
Need : On l'a déjà utilisé pour des morceaux qui ne sont pas sortis et puis je pense que cet album là on a voulu le faire comme ça. On a développé une méthode de travail, on sait maintenant ce que ça apporte, cette fraîcheur. Et ne serait-ce que pour pas se répéter et puis pour faire un peu autre chose et pour se changer de cette routine on a envie d' utiliser des machines, il y a déjà des trucs qui ont été posés par des musiciens live. Sur nos nouveaux morceaux il y a des claviers qui sont joués, des guitares, des basses. Le prochain album ce sera ça, ce sera tout mélangé, des maquettes faites aux platines et puis surtout le gros problème de la platine, enfin de cette musique faite comme ça, c'est le sample et problème c'est que le sample maintenant c'est devenu quelque chose d' un peu délicat. Et déjà sur l'album on avait pressé deux disques sur lesquels on avait joué quelques instruments qu'on a pas mal utilisés et c'est comme ça qu' à l' avenir on fera la musique de plus en plus, parce que voilà (rires) tu peux pas..
lutter contre les machines...
Need : C'est pas lutter contre les machines (sourire), c'est payer les droits des samples, le jour où ta musique sort elle ne t'appartient plus et tu vas gagner zéro franc zéro centime parce que tous les morceaux ils appartiendront aux gens à qui t'as emprunté la musique et pas à toi.
Mike : Au final c'est une texture de son qu'on va emprunter, c'est un grain, enfin on ne sample pas. On ne fait pas du hiphop binaire avec un beat et une boucle qui tourne pendant 4 minutes. Parfois ça va venir une seule fois dans le morceau on ne va plus le réentendre mais rien que pour ça on pourrait se faire prendre tous nos droits sur certains morceaux.
Need : Disons qu'on pourrait se faire prendre tous les droits pour un son dans un morceau et que parfois dans un morceau (ndlr: "Engineer fear") on a utilisé 50 disques et 78 sons différents.
Justement çane vous dérange pas d'être tributaire d' autres disques pour vos propres textures de son? votre grain.. et plus généralement d' être tributaire de ce format sample.
Mike : Au final je pense que si on a fait un album comme ça c'est juste parce que le seul truc qu'on savait utiliser, c'était des platines et à un moment on avait envie de faire de la musique, on aime tous ça et je pense que t'as envie de créer, ça nous est tombé dessus on a eu envie de créer. Maintenant je sais que j' ai envie de continuer à faire de la musique, si demain je peux apprendre à jouer d'un instrument et apporter ça dans la musique qu'on fera ça sera mortel et c'est ce que j'ai envie de faire, j'ai pas envie de me bloquer avec.
Crazy b : Quelque part ça a poussé aussi l'utilisation du sample à autre chose, l'art du sample il est encore plus utilisé. Donc effectivement ça donne un grain mais c'est notre grain c'est parce que c'est utilisé par des vieux sons et pas des expanders nouveaux ce que t'entends partout un peu dans la musique. Comme le sample devient dur et compliqué à cause de problèmes juridiques, finalement tout est devenu un peu froid donc en même temps, le sample, ça va nous faire chier de plus l'utiliser parce que quelque part c'est notre grain, on a besoin que ça craque, ça donne la couleur.
Je pensais à des prods électroniques et froides justement..
Crazy b : Mais électronique c'est facile finalement on pourrait prendre des expanders, jouer tout et après les rejouer aux platines. A la rigueur on ferait de l'électronique comme beaucoup de gens mais c'est pas l'intérêt non plus.
Mike : L'intérêt aussi réside dans le fait que, comme je disais tout à l'heure, on est tous les quatre différents, il faut qu'on fasse de la musique différente. Enfin moi j' adore l' électro mais à la fois j' ai pas envie qu'on devienne un groupe d'électro parce qu'on est pas que ça, on est hiphop, on est rock, on est jazz, on est électro, il faut que ça continue.
Vous pensez qu'on peut faire en scratch tout ce qu'on peut faire avec des machines ?
Pone : C'est la question que je posais.
Need : Non mais c'est ça l' intérêt (rires).
Mike : Je pense que tu peux pas faire avec des machines tout ce que tu peux faire en scratch, c'est des grains de son c'est différent.
Crazy b : La plus grande différence entre un mec qui programme de l'électro c'est que lui il ne va pas rejouer sur scène.
Need : On a été pas mal rattrapés par le mouvement électro et c'est pour ça qu'on a déjà fait 15-20 dates et qu'on en a 15-20 à venir, c'est parce qu'on est pris pour un groupe électro et on est pas derrière des laptops. Sur scène on amène un truc et même si c'est statique et même si on est pas un groupe de rock qui saute dans tous les sens voilà ça vit un peu, les gens comprennent ce qu'on fait, ça joue.
Mike : On appuie pas sur des boutons pour envoyer des boucles avec des ordinateurs façon "ouais on fait un live".
Mais finalement le fait que d'autres mouvements que la scratch music vous rattrapent, ça rejoint aussi cette démarche que vous avez à vous adresser à un public plus large. Pas qu'aux scratch nerds quoi.
Mike : Bah personnellement franchement j'ai absolument pas envie qu'on ait un public de scratch nerd (soupir).
Need : Ouais sauf qu' au final.. mais je trouve que notre musique au moment où on la faisait dans le contexte dans lequel c'était et tout, par rapport à ce qui se passait sur le net, enfin on pensait vraiment qu'on allait être complètement incompris. On a fait l'album il y a deux ans on se disait le jour où les mecs vont entendre ils ne vont pas comprendre et finalement je pense que les mentalités évoluent et puis y' a des gens qui s'ouvrent un peu l' esprit donc tant mieux. Mais c'est vrai que nous on aime bien jouer dans une soirée comme French Chapter et puis voir que les gens sont réceptifs ça nous fait plaisir et on se rend compte que les mecs ne sont pas réceptifs qu'à un gros solo de scratch. Mais en même temps jouer après un groupe de rock et avant un groupe de dub ou sur des festivals où ça a rien à voir et tout, c'est intéressant aussi, et finalement on emmène autant les gens dans ce genre de contexte là que quand on joue devant des gens qui nous connaissent et qui savent ce qu'on va faire.
Mike : Et puis en plus on est pas des scratch nerds. Enfin perso je scratche parce que je kiffe mais quasiment plus j'ai plus que ça à faire au final.
Crazy b : Par rapport à la musique... finalement c'est large mais nous on ne la crée pas en se disant on va essayer de toucher un public large, on a plutôt eu des bonnes surprises sur des gens autant âgés, des jeunes, nous on s'en rend compte comme ça un peu naturellement mais ça n'a jamais été prémédité.
Need : C'est seulement quand l'album a été fini que l'on a commencé à faire écouter nos morceaux pour avoir l'opinion de gens d'horizons différents.
Crazy b : On s' est avant tout fait plaisir.
Need : Voilà. Jamais on ne s'est formatés... quand t'écouteras l'album tu verras que c'est complètement anti conformiste et complètement anti formaté y' a rien qui ressemble à rien, dans les structures des morceaux et au final c'est plutôt positif de se dire qu'on est reçu tel quel parce que c'est encore un espoir y' a pas que les trucs super formatés et que le r'n'b ou que les trucs qui passent en radio qui ont de l' avenir et c'est plutôt positif.
Pone : C'est en faisant des concerts que l'on s'est aussi aperçu qu'on touchait un public beaucoup plus large. Tu avais plein de gars qui n'étaient pas djs, plein de petites nanas, on touchait des gens qui n'étaient pas forcément dj/compétition, qui n'étaient pas genre "ah Birdy Nam Nam ils ont fait ci ils ont fait ça". Voilà ils arrivaient, ils kiffaient, ils étaient contents et nous ce public là c'est vrai que intéressant de lt toucher, ça peut nous ouvrir sur pleins de trucs. Si tu fais un album uniquement pour les spécialistes tu te retrouves à faire que des premières parties dans des trucs hiphop ou des trucs de dj moi je serai dégoûté finalement.
Crazy b : Je sais pas, il y a des gens qui font de la musique c'est leur musique et ils ne vont peut être toucher que 300-400 personnes mais bon c'est leur musique, nous c'est la nôtre, et on a la chance, c'est vrai, d'avoir l'impression que notre musique touche un public plus large.
Need : Ce qui est cool en rencontrant ce genre de public c'est qu'ils n'en ont rien à foutre de la façon dont c'est fait. Ils ne nous posent pas de question ou ils nous les posent après coup après plusieurs concerts. C'est un détail pour eux la façon dont on fait notre musique, ils aiment le son, ils viennent dans les concerts, ils passent un bon moment, c'est comme ça qu'on a rencontré les gens qui font notre site internet maintenant, ceux sont des gens qui nous avaient découvert par hasard à la Favela Chic à Paris et qui sont revenus nous voir au Point Ephémère à Paris.
Domy ?
Need : Non les gens qui font le site. Les gens qui font le dvd Domy, c' est des potes de Pone. Mais les gens qui font le site internet ceux sont deux nanas, des professionnels de l'internet. Et on se rend compte qu'on a pas mal un public féminin, et c'est marrant, et plutôt d'âge mûr (rires).
Mike : Jolies en plus ! En fait moi j'ai le sentiment que Birdy nam nam c'est pas Crazy b, Pone, Need et Little Mike, c'est Nico, Thomas Mickaël et Denis.
Pone : c'est Nini et Toto (rires).
Mike : Ca va au-delà du dj qu'on peut voir en soirée je sais pas c'est autre chose. Faut pas le voir comme un crew, faut pas le voir comme un collectif, on est un groupe, au même titre qu' il y a des groupes de musiciens, sauf qu'ils utilisent des instruments traditionnels.. mais nous c'est comme ça qu'on fonctionne, on s'engueule, on se connaît les uns les autres, on sait ce qu'on aime, ce qu'on aime pas, on sait se faire chier, on sait se faire plaisir. Je pense que faut un peu oublier le mot dj et tous les mots qu'on a en tête, et juste se contenter d'essayer de comprendre ce qui se passe.
Crazy b : Un groupe de musique.
Pone : C'est aussi à nous de nous détacher de ce truc là mais ça vient tranquillement. De par les endroits où on joue, les gens qu'on rencontre et qui viennent nous écouter en concerts, ça évolue et à part Mike on est tous plus au moins âgés maintenant et on part dans un autre truc. Et effectivement ouais, c'est pas genre "Ouais Dj Pone Dj Need Dj Crazy b Dj Mike vont vous faire un show aux platines hallucinant". On a lâché les compets et puis voilà petit à petit on arrive à un autre truc. On évolue en même temps que les gens et en même temps que la musique. On ne sait pas encore exactement où on est vu que l'album n'est toujours pas sorti, on ne sait pas encore où on va (rires).
Vous n'utilisez que des disques de votre collection par rapport à vos compos ?
Pone : On a beaucoup utilisé les skeuds de Crazy b parce que c'est lui qui en a le plus. On a pressé deux disques on a récupéré des sons où les mecs nous ont posé des trucs dessus. Je ne dis pas qu'on fouille les yeux fermés et qu'on trouve un disque au hasard mais c'est un peu ça quand même.
C'est l' aventure, vous tombez au hasard sur votre base de travail..
Pone : Ah ouais ouais ouais c'est l' aventure.
Crazy b : Enfin le hasard, le hasard, faut qu' il soit bon aussi le hasard.
Need : C'est ce qui est intéressant aussi dans l'utilisation du sample pour en revenir à la conversation qu'on avait tout à l' heure. Parfois on a utilisé des disques de merde et on en a sorti un bon son qu'on a su bien exploiter. Et puis au final on a fait un morceau bien avec un truc de merde, c'est ça qui est excitant aussi c'est de sortir le meilleur de l' utilisation du sample, et puis aussi de le transformer parce qu'on a eu cette démarche dès le début. On savait qu' il fallait être vigilant par rapport au sample on essayait soit par le pitch soit par la manipulation que ça ne se ressemble pas. C'est ça aussi qui est excitant, ce n'est pas juste lâcher une boucle et faire une batterie sur une boucle. Même si moi je suis un grand fan de Madlib et j'écoute beaucoup d'originaux de ses productions et parfois c'est un truc bouclé et trois pistes rajoutées mais voilà il peut y avoir une vibe, il peut y avoir un flow dans ce qu' il fait et c'est vrai que le sample ça reste quand même une façon de travailler qui est excitante, où il se passe quand même un truc.
Mike : Tu as une belle théorie par rapport aux couleurs et aux peintures je trouve.
Pone : Tu as un morceau qui tourne, fait avec un style de son, et d' un coup tu sors un skeud qui n'a rien à voir, qui a été fait trente ans après ou trente avant et hop tu sors un son. Le son il colle trop dedans et ça amène un autre truc, puis c'est bien quand tu en as un d'entre nous qui sort un son ça remet un coup de bourre aux autres genre "eh putain faut qu'on en trouve un aussi".
D'ailleurs D-Styles soulignait l'importance du crate digging dans cette façon de faire de la musique, vous êtes toujours dans les bacs ?
Mike : Personnellement je ne l'ai jamais été.
Pone : Ouais le plus dedans c'est Denis. Moi je l'ai été beaucoup pendant un moment puis je me suis calmé, parce qu'au final avec déjà tout ce que je peux avoir avec Crazy b notamment, on a quand même en main un bon bagage, on a de quoi faire. C'est Denis qui digge le plus, moi j'ai un peu la flemme.
Need : En fait c'est notre album qui m'a mis dedans parce que j'étais déjà un peu dans le jazz et tout. Je ne suis pas juste fan, retrouver les samples les trucs qui ont été utilisés, j' écoutais déjà pas mal de jazz. Et j' en ai découvert pas mal avec la collection de Crazy b et là y' a certains disques que j'ai découverts chez lui que j'ai voulu m'acheter, et puis j' ai voulu aussi acheter des disques qu'on était susceptibles d'utiliser. Donc j' ai acheté beaucoup de disques, entre 300 et 400 disques pendant qu'on faisait l' album et voilà, à partir de ce moment-là j'ai redécouvert plein d' autres musiques en achetant des disques de plein d'autres courants et c'est vrai que maintenant je suis pas à fond dedans. Maintenant je peux dépenser 100 euros dans un disque mais c'est vrai qu'après il faut pouvoir se le permettre. Mais c'est vrai que c'est une satisfaction d'acheter un disque, je n'ai pas de platine quand je vais digger et j'aime bien ne pas avoir de platine quand je vais digger, j'ai envie de sentir le disque et de l'écouter en rentrant chez moi.
Mais tu achètes tes disques sans les écouter ?
Need : Ouais mais je n'achète que des trucs que je connais, soit parce c'est un artiste que je connais, soit parce que c'est sur un label que je connais ou parce que c'est produit ou enregistré ou mixé chez un mec que je connais.
Crazy b : C'est quand même ta banque de sons quelque part, si on avait pas de la matière première comme ça.... Même moi ma collection depuis des années que je l'ai, je l'ai complètement redécouverte parce que finalement je suis allé prendre des sons dans des disques que je ne prenais pas à l'époque, des disques que je pensais limite ne jamais utiliser un jour.
Quoi comme genre de disques ?
Crazy b : Des trucs plus free jazz où surtout il y a des instruments un peu plus seuls, isolés enfin plein de choses comme ça. Des trucs que j' ai réécoutés à l'époque où j'étais plus sur le sampleur à chercher une boucle. Du coup ça s'est réouvert comme une nouvelle collection et c'est vrai que c'est infini au final.
Need : Mike il a peut être autant amené de sons. Après la collection est importante, la démarche d'aller acheter les disques. Le fait est que moi je continue à en acheter, Nico en a beaucoup donc aujourd' hui on a les disques. Après voilà lui il a va amener des trucs, plus des batteries par exemple.
Crazy b : C'est clair, c'est important que tout le monde aussi amène ses influences et puis au final qu'on se rejoigne tous.
Souvent dans la scratch music, on a ou des morceaux ambiants ou des morceaux jazzy, ou c'est super sombre comme D-styles et c'est vrai qu'il n' y a pas vraiment de morceau dancefloor à part peut-être "Too much skunk tonight"...
Mike : Ouais mais moi j'estime que ce n'est pas dancefloor ça. Je sais que j'ai pas mal tendance à leur dire ça parce que j'aime bien danser aussi. J'ai tendance aussi à pousser vers le uptempo parce que moi j' ai envie qu'on fasse de la musique qui bouge aussi mais c'est clair qu'on se l'est tous dit et à un moment donné j'aimerais bien qu'on fasse un truc un peu plus dancefloor.
Crazy b : C'est des envies qu'on a, maintenant faut qu' y ait un truc original faut que ça amène un truc aussi dans le dancefloor. Concernant l'avenir.. on se laisse encore plein de fenêtres, d'évolutions, et on s'ouvre sur plein de choses. Surtout ne pas rester dans un style. Cet album je pense que ce sera le seul qui sera vraiment comme ça et les autres vont être vraiment différents.
Pone : Y'a des chants sur les autres.
Vous allez poser des voix ou des mcs ?
Pone : Non mais (rires), c'est arrivé en fait un de mes potes a une copine qui chante et qui avait écouté les morceaux et elle a posé des voix en maquettant chez elle en deux trois jours vite fait. Et c'est vrai que quand on a réécouté des morceaux où elle avait posé des voix, et en plus elle avait posé des trucs vachement bien, bien dans l'esprit du truc et ça changeait totalement le morceau. Et c'est vrai que quand on a entendu ça, même si ça ne pouvait pas se faire sur cet album, on y a pensé pour le futur.
Need : En fait on est fermés à aucune perspective, vu l'écoute qu'on a tous les quatre et vu qu'on se fait mutuellement découvrir des choses, on est susceptibles de bosser avec des mcs, on aime tous le rap maintenant faudra que les rencontres se fassent. On est susceptibles de bosser avec un chanteur, une chanteuse, on est peut être même susceptibles de faire du r'n'b, il n'y aucune limite.
Mike : Oulala!
Need : L'important c'est que ça nous plaise et qu' y ait un feeling avec les gens avec lesquels on travaille. Parce que le problème c'est que maintenant on travaille pas mal à distance, pas mal par internet. Et si on a fait ce morceau avec D-styles et Mike Boo c'est parce qu'on a eu les moyens de les faire venir, et qu'on a eu les moyens de faire une rencontre et qu'il se passe un truc humain, c'est vrai qu'on privilégie ça, et ça limite déjà les collaborations qu'on est susceptible de faire.
L'album qui suivra fera donc appel à la programmation..
Pone : On avait commencé à faire des maquettes et a bossé avec des gars où justement là par contre on n'avait pas pris de boucle. Enfin les basses, c'est dur à reconnaître et c'est vrai qu'il y a un mec qui est venu poser des claviers et ça met une ambiance mortelle.
Need : Ca ne va pas gêner notre façon de travailler, déjà on a pris conscience de la réalité du business c'est évident et là l'autre projet qu'on a commencé, je ne sais pas si ce sera sous cette forme qu'il sortira, .. c'est un truc sur lequel on s'est mis à travailler en juillet dernier après avoir fini l'album, ça fait donc un an qu'on s'est mis là dessus, le concept de départ, c'est la musique d'un film imaginaire et on aurait fait la musique et trouver peut être des potes, y' a des potes de Thomas qui font du montage et tout, et faire faire un film après. Mais c'était un petit projet de ep, un truc de transition qu'on voulait faire mais voilà maintenant on a signé avec une maison de disque, ils ont une option sur le prochain album. Et puis on va tourner pas mal, on va pas se remettre à faire de la musique tout de suite. Mais c'est vrai que la méthode va complètement changer.
Crazy b : Le fait qu'un musicien vienne, ça rapporte un truc en plus, ce n'est pas juste pour éviter les samples, c'est un échange, c'est pour la musique aussi, qu'on aille un peu plus loin encore dans ce qu'on veut faire. En live ça permettrait de ne pas se limiter aux pédales..
Need : Ouais, enfin c'est vrai qu'au début quand on a fait l'album on a pris ce parti qu'il y ait une séquence qui soit lue sur un cd, mais c'est aussi parce que dans un morceau tout ne serait pas intéressant à manipuler en live. Même si on était assez nombreux pour reproduire toutes les pistes, ce qui est faisable, y' a plein de pistes qui ne sont que des envois, que des trucs en séquences et qui seraient chiants à faire en live. Et il faut évidemment que ce soit intéressant à faire pour nous, et intéressant à faire devant des gens. Donc maintenant on remet un peu moins en question ça, on a aussi un peu plus envie de faire des morceaux complètement live où au maximum il n'y a qu'une piste d'enregistrée ou même zéro, c'est l' idéal. Et faire des morceaux complètement live avec un musicien ou plusieurs musiciens en plus, c'est intéressant aussi.
Quelles sont les principales difficultés du live?
Need : Ouais c'était interprêter. Il a fallu faire cette démarche de represser un disque pour refaire les parties de son, interprêtées en live par chacun. Il faut penser la séquence, tu fais une séquence pour chacun d'entre nous, savoir que toi tu vas faire ça, moi je vais faire ça, les autres vont faire ça. C'est vrai que c'est un processus assez long tel qu'on l'a fait là, et ça continuera à l'être parce qu'à chaque fois il faudra qu'on compose la musique et qu'on represse des disques pour la jouer. Après en live, on s' est laissés une certaine liberté, on a mis plein de sons, tous les sons utilisés sur les morceaux. Puis parfois comme sur "Escape", les gens qui ont eu le deuxième maxi qui nous voient en live, ils se rendent compte que ce n'est pas la même fin, on essaie aussi de réinterprêter. Dans l'ensemble, nos morceaux en live, je pense qu'ils sont un peu mieux que sur disque, en tout cas dans le contexte live, parce que y' a un peu plus d'énergie.
Parce que vous rajoutez de l'impro?
Need : Non pour l' instant il n'y a pas vraiment d'impro. Parce qu'encore une fois on est un jeune groupe, et on se permettra de faire de l' impro quand on considérera avoir la maturité nécessaire. Cela fait un an qu'on joue nos morceaux et on commence seulement à être à l'aise.
Mike : Notre show ne tourne plus comme il tournait il y a un an, des passages de morceaux ont été coupés ou rallongés, des nouveaux trucs, des nouveaux breaks qu'il n'y aura pas sur le disque. C'est ça la difficulté je pense.
Pone : C'est en allant voir d'autres concerts ou quand tu en fais beaucoup, que tu peux te lâcher et tenter des trucs, c'est vrai que nos morceaux sont limite mieux en live que sur l'album parce qu'il y a du changement.
Need : Y' a eu l'étape "intermédiaire", entre le stade où l'on peut apporter une grosse part d' impro et le stade dans lequel on est aujourd' hui, c'est refaire nos morceaux et pouvoir dire, et c'est la limite effectivement que nous apportent les séquences, que cette partie là elle tourne, ça groove, on se regarde et on le refait tourner 4 fois, 8 fois, et ça c'est vrai que si on avait un musicien pendant des séquences, ou si on trouvait un autre moyen d'exploiter les séquences qu'un cd qui est préenregistré comme c'est le cas aujourd'hui, ça serait trés intéressant voilà d'où l'intérêt d'un groupe en live.
Mike : Même des groupes plus traditionnels de pop ou de rock. Moi je sais que j'ai tourné avec un groupe et il y avait quand même des séquences. Et Après tu trouves le moyen de faire durer sur la fin mais c'est clair que la séquence c'est un peu relou et que ça nous bloque mais ça ne peut qu'évoluer.
Pone : Changer notre disposition, parler au micro.. Le fait de parler au micro ça a été super dur à passer.
Need : Le fait de parler au micro ça a été un cap. Et puis peut être qu'un jour on utilisera un clavier, qu'on jouera des parties, pour envoyer des séquences, peut être qu'un jour on aura un ordinateur si ça nous permet de gérer et de faire évoluer nos séquences, tu vois il n'y a aucune limite. Mais tout ça prend du temps, de pouvoir essayer le matos, de pouvoir voir ce que tu peux faire avec, c'est long.
Qui s' occupe des drums en live? Mike, Crazy b ?
Pone : Souvent Mike et Crazy b.
Crazy b : C'est Mickaël.
Mike : Moi je fais souvent les drums et j'aime bien ça en fait, en live c'est bien.
Crazy b : Il y a des drums qui sont plus proches de la programmation, qu'on a fait piste par piste, grosse caisse, on est allés chercher comme une prod donc ça à rejouer c'est chaud.. Donc y' en a qui ont été jouées en live et c'est ça qui est refait en live.
Pone : Le beat de "Abbesses", c'est avec des trucs militaires, des trucs de percussions, c'est que des petits envois tout mélangés, il y a peut être 6 pistes pour faire le son.
Crazy b : "Abbesses" c'est un truc complètement construit élément par élément.
Need : Voilà, les premières idées pour travailler avec des musiciens, c' est qu'on avait eu cette démarche de faire un truc un peu grandiose, enfin grandiose entre guillemets, quand on a fait "Abbesses" où à un moment on s'est dit vas-y on voit une grosse partie de violons, et finalement en sample on a réussi à faire cette espèce de montée de cordes qui est quand même, voilà c'est que du sample, et on a réussi à réaliser ce qu'on avait un peu dans la tête à ce moment-là avec ce morceau. Et après on est un peu parti en couilles en se disant dire bah sur "Abbesses" il pourrait y avoir que des musiciens live, nous on ferait toutes les parties guitare, ce qu'on fait aujourd'hui en live, et la batterie militaire elle serait faite par un mec avec un tambour militaire, la percussion c'est une grosse percu elle serait faite avec un mec aux percus, toutes les cordes pourraient être jouées par un orchestre symphonique enfin tu vois quoi, mais après c'est un problème de moyens. Et c'est vrai que quand on avait fait la première partie d' Axel Bauer, à l'Olympia en 2002, à un moment lui était sur scène, y' avait un rideau rouge derrière lui, et la lumière s'était allumée derrière le rideau et à travers le rideau, on voyait les cordes, et le rideau s'est levé, des cordes sont rentrées sur un de ses morceaux, et des vraies cordes en live ça met la pression. C'est vrai qu'aujourd'hui si on avait les moyens, on ramènerait tout le temps des musiciens. Mais ça demande des répèts, on prendrait 20000 euros par concert.
Crazy b : Ca restera des concerts exceptionnels.
Ce serait plutôt un batteur comme Gunkhole ?
Crazy b : Ceux sont des gens avec qui on a travaillé de toute façon, ou des connaissances, ce ne sera pas une star, on s' en fout.
Mike : De toute façon il est pas question de prendre quelqu'un parce qu'il a un nomd. Ca peut être Tom Yorke s'il fait un truc de merde avec nous ce n'est pas intéressant, on a envie de faire des trucs qui sonnent bien, des trucs qui nous plaisent. Il s' avère que Sylvain, le pote de Thomas c'est un assassin au clavier, c'est ça qui est le plus important.
Pone : Ce genre de gars comme mon pote c'est un mec qui me fascine. En live, le mec part en solo et lève la salle.
Tu penses qu'on peut pas faire ça en scratch ?
Pone : Si si!
Mike : Bah non.
Pone : Non mais tu peux faire des trucs..
Crazy b : Quelque part il a une énergie assez proche du scratch Sylvain.
Pone : Après ça reste quand même qu'une platine.
Mike : On crée, on arrive à penser des notes.
Crazy b : On manipule des notes.
Need : En plus au clavier, le mec a une infinité de notes, une infinité d'accords, de mélodies..
Mike : C'est un putain de technicien aussi.
Pone : Non puis nous c'est plus vas-y "fais ton truc" tu vois, c'est pas genre "vas-y on se fait la battle regarde on peut faire comme toi" c' est genre "vas-y déglingue tout mon vieux" (rires).
Need : Non mais surtout la satisfaction qu'on a même dans les compos, sur le projet qu'on a commencé l'année dernière, projet auquel ce fameux gars a pas mal participé, c'est qu'on a vraiment travaillé avec lui, on a cherché les sons avec lui, on avait ramené d'autres claviers, parce que lui joue du clavier jazz donc on avait branché un clavier en midi avec des sons et on l'a super dirigé. Donc même s'il a joué les claviers, on se considère encore producteurs et compositeurs de la musique. Il est presque qu'exécutant, on a choisi les sons, on a choisi les mélodies, on a choisi les notes mais voilà, c'est fait aussi avec son toucher et son talent.
Mike : Et avec ses idées si elles nous plaisent. A la base on a nos propres idées et on a tendance à diriger.
Pone : C'est un échange.
Crazy b : Il arrive au moment où le morceau a déjà une bonne base et puis lui il vient intégrer ses mélodies et son toucher dessus.
Pone : Enfin lui comme d'autres musiciens je suppose avec qui on bossera, lui a aussi le talent de pouvoir mettre en musique ce que tu as un peu dans la tête où tu dis "ben là je verrais bien des notes un peu dissonnantes" et d'un coup le mec te sort une séries de notes dissonnantes qui rentrent trop bien. Tu lui as donné une indication de ce que tu voulais et lui le réalise à sa sauce donc au final c'est à deux que ça se fait.
Need : Ce mec a la même formation que nous, c'est à dire qu' il n'a pas de formation, il est complètement autodidacte. Il a appris à lire la musique parce qu'il est à la tête d'un quintet, et maintenant il est obligé de produire les partitions de ses compos pour faire jouer les parties aux quatre autres musiciens avec lesquels il joue, mais il a appris à jouer du clavier tout seul, il ne sait pas écrire la musique. Donc voilà on a une approche de la musique un peu similaire.
Pone : Il était venu au championnat de France en 2002 et en fait il avait laissé son numéro à plusieurs djs, à moi, à Kodh, enfin plusieurs mecs et et je suis le seul à avoir gardé le contact avec lui d'ailleurs faudrait que je le rappelle (rires). Donc le gars est venu nous voir.
Need : Il a vu des perspectives là-dedans.
Pone : Il voulait qu'on essaie des trucs, qu'on bosse avec lui sur un truc de jazz, c'était difficile parce que j'étais assez pris et tout et puis finalement quand on a commencé les morceaux je lui ai dit proposé de venir et ça l'a fait. Mais ça fait longtemps qu'on l'a pas vu là il sait même pas tout ce qu'on est en train de prévoir avec lui (rires). Faudra qu'on le prévienne.
Et vous pensez quoi de du fonctionnement de Gunkhole mélodiquement parlant? Le concert qu'ils ont fait à Paris l'année dernière?
Need : Moi je trouve ça bien, j' ai vu des clips sur internet qui étaient bien mais pour tout te dire j'étais complètement bourré quand ils sont venus à Paris et je n'ai rien écouté. C'était le jour où on venait d'avoir le premier maxi donc on a fêté ça.
Mike : Moi j'ai trouvé ça super chiant. Je me suis dit que s'il n'y avait pas eu de batteur ça n'aurait eu aucun intérêt, tu me parles de mélodie mais moi il n'y a pas une seule mélodie qui m'est restée dans la tête. J'écoute de la musique et je n'ai pas tendance à écouter les paroles en général, le truc qui m'accroche c'est la mélodie et là en l'occurence il n'y en avait pas une seule. Pleins d'effets, de ceci, de cela mais aucune mélodie et donc heureusement que le batteur était là.
Need : Après c'est que son avis et c'est une question de vibration, moi je kiffe du free jazz donc je suis peut être un peu plus réceptif à ce genre de musique parce que je peux comprendre la dimension un peu, je vais pas dire spirituelle ou philosophique, mais un truc qui parle à personne peut peut être me parler donc voilà. Je vais faire l'effort de l'écouter et de comprendre mais si ça me parle pas je le dirai, mais là je peux pas vraiment juger mais je sais que j'ai vu et entendu d'autres choses d'eux qui m' ont bien plu. C'est vrai que ça a un peu tendance à être parfois chiant sur la longueur mais tous les extraits en tout cas que j'ai vu sur internet, soit ils étaient bien choisis, soit c'était les meilleures parties, mais je trouvais ça plutôt bien quand même.
Crazy b : Ouais le concert moi je l'ai suivi donc je peux un peu en parler j' étais sur le côté, j'étais pas trop bourré. Je n'ai pas trouvé ça naze et c'est vrai que j'étais peut-être un peu déçu et ça ne m'a pas parlé autant que ce que je pensais. D-styles il me parle en scratch, c'est un mec que j' adore écouter en solo en scratch. J'avais bien aimé son album. J'aime bien certains de ses morceaux, pas tout enfin après c'est une histoire de goût musicaux.
Need : Ouais voilà c'est de la musique, donc lui il traite plein de sujets. C'est comme nous dans notre album, on a traité plein de sujets et on se rend compte par exemple que le maximum de morceaux sur lesquels tous les gens se reconnaissent c'est 3 ou 4. Donc le mec qui est plutôt black il va se reconnaître dans tous les morceaux un peu plus jazzy ou un peu plus funky puis ceux qui sont plutôt rock ils vont se reconnaître dans les trucs un peu plus électro.. moi je me retrouve à peu près dans tous les morceaux.
Vous avez complètement abandonné les freestyles scratch ?
Need : Non pas délaissé mais après c'est la vie qui fait qu'à un moment tu as d'autres choses à faire, tu n'as plus plusieurs heures par jour à toi, à rester chez toi, ou tu n'as plus de chez toi du tout (rires), donc c'est encore plus difficile. Non mais le délire du scratch, je sais pas s'il y a des mecs de 25-30 ans qui commencent le scratch et qui deviennent des mecs super bons en scratch. Je pense que c'est quand même un truc de teenager, un délire que tu commences quand tu es chez tes parents et que tu as du temps pour t'entrainer.
Et Crazy b commence à prendre de l'âge...
Crazy b : Je n'ai jamais été quelqu'un en scratch d' important.
Pone (révolté): Dis pas ça Nico!
Mike : A un moment donné tu vas pas faire du scratch tout le temps et devant tout le monde. Q-Bert je trouve ça chiant maintenant à regarder, je ne peux plus regarder une heure de vidéo de scratch même si j'ai adoré ça. Les vidéos je les ai matées en boucle et tout, j'ai scratché pendant des heures j'ai fait que ça mais maintenant une heure de scratch ça ne me plaît plus.
Need : Et puis surtout à un moment il faut faire ce dont tu as envie et aujourd' hui il n'a plus envie de faire ça. Nous je pense qu'on a une force tous les quatre en terme de composition, on a une facilité à composer de la musique ensemble voilà, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui. Maintenant le scratch c'est quelque chose qu'on suit toujours, et un mec qui tue en scratch il nous procurera toujours du plaisir et on aimerait bien tuer autant que lui mais peut être qu'on a conscience qu'on tuera jamais autant que lui donc autant dépenser notre énergie ailleurs. Maintenant je sais que le jour où je me poserai un peu, je pratiquerai un peu plus et il se passera plus des mois sans que je scratche.
Pone: Ouais c'est la vie et puis c'est l'âge.
Need: Mais ça reste quelque chose d'important, on a besoin d'être en confiance avec nous-mêmes.
Pone: Parfois on se fait des bons petits freestyles ensemble et on se fait plaisir mais c'est sûr que c'est pas comme avant où vraiment c'était la prise de tête à scratcher pendant des heures.
Need: On n'essaie plus de progresser en scratch pur, on essaie plus de composer de la musique.
Mike: Moi personnellement je scratche toujours, mais je scratche différemment, je vais prendre une batterie, je vais m'entraîner pendant
deux heures à essayer de trouver des trucs qui tournent différemment, différents rythmes, essayer d'être le plus carré possible, aller super vite, aller super lentement.
Mais ça sert quand même pour les compos ça.
Mike: Ca reste du scratch mais orienté différemment , c'est juste que tu adaptes les phases que tu as à d'autres sons.
Y' a quand même des anciens qui vous ont marqué en scratch pur?.. Ben tiens
toi comme tu es un ancien (rires).
Crazy b: Des anciens ouais bah bien sûr, Cash Money, Aladdin, Q-bert, Mix
Master Mike, Magic Mike, Jazzy Jeff..
Need: Le dj de Hijack.
Crazy b: Ouais Dj Supreme, Too tuff... Moi j'en suis venu au scratch en écoutant ces mecs-là sur disque, c'était le seul moyen
d'écouter du scratch, on n'avait pas de vidéo à l'époque. J'ai vraiment cette culture d'écouter, tous ces djs je les ai écoutés ils m'ont influencé comme la plupart des scratcheurs. Comme Q-bert a été influencé par tous les anciens au départ, c'est ces mecs là qui ont fait comme DST sur "Rock it".
Pone: C est clair qu'on a un peu décroché le truc mais on a quand même été un moment à fond dedans.
Need: On restera à jamais réceptifs je pense.
Crazy b: Voilà moi Toadstyle, son truc de 20 minutes que j'ai écouté ça a été une claque pour moi. Franchement, je me suis dit voilà si j'avais envie
de scratcher ce serait vraiment comme lui à ce moment-là, le mec a des placements, il sait faire des choses simples.
Mike: D'ailleurs il y a beaucoup de scratcheurs qui se sont dits ça et qui sont toujours pas revenus, qui continuent (rires) à être dans la même
direction que Toadstyle et Nicks.. C'est pour ça que quand tout à l' heure tu me demandais concernant les remix boy "mais ça doit te faire plaisir qu'on réutilise
ça?" Mais non au final c'est comme de scratcher comme Nicks ou comme Q.
Crazy b: Ca peut t'aider à un moment aus
[27.10.05]
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