90bpm : Tout d’abord peux-tu, pour nos lecteurs ne te connaissant pas, te présenter rapidement ?
Aesop Rock : Je m’appelle Aesop Rock, je suis affilié à Definitive Jux, un label indé de New York. Je sors un disque bientôt, qui s’appelle None Shall Pass…Ca sort le 28 août.
90bpm : Ok. Avant d’en venir à ce nouvel album, une petite question : il semble que ton grand frère t’a pas mal influencé et orienté lorsque tu étais adolescent…Tu racontais qu’il faisait ses propres beats sur une Casio, un 4 pistes…Tu peux nous en dire plus sur ta relation avec lui et sur comment tu es venu à la musique, puis au hip hop ?
Aesop Rock : En fait j’ai deux frères, un plus jeune et un plus vieux, je suis bien lié avec les deux mais mon grand frère était celui qui était le plus à fond dans la musique, tous les genres de musique…Et il ne faisait pas seulement des beats, il avait une boîte à rythme et faisait des trucs plutôt dans le genre « rock alternatif », des patterns de batteries…

90bpm : des batteries pour un groupe ?
Aesop Rock : Ouais, c’est ça. Et j’ai appris à jouer de la basse quand j’ai eu quelque chose comme 13 ou 14 ans, et je me suis donc mis à jouer avec lui derrière à la boîte à rythme, lui faisait ses petits beats et moi mes lignes de basse…tu vois ce que je veux dire. Puis je me suis mis à essayer d’écrire quelques rimes au tout début des années 1990, juste en essayant de voir tout ce que je pouvais faire avec un magnéto 4 pistes, tu vois, dans ma chambre, tout seul, comme ça…
90bpm : Et tu commençais à faire des beats aussi ?
Aesop Rock : Ouais, ouais…On peut pas dire que je faisais des beats, je ne savais pas trop ce que je faisais mais au moins j’essayais, héhé… ! J’avais un synthétiseur…Une basse, un synthé, une boîte à rythmes et ma voix, le tout avec le 4 pistes et c’était parti…C’était assez à l’arrache….C’était au début des années 1990, on avait pas de séquenceur…J’avais les drums grâce à mon frère qui gérait la boîte à rythmes, mais je devais refaire les lignes de basse, jouer les parties de claviers, refaire toute la chanson… Donc pour en revenir à mon frère, c’était le genre de gars à être ouvert sur plein de musiques, énormément de trucs différents, il m’a ouvert sur plein de trucs…Public Enemy, Run DMC et en même temps il me faisait écouter du punk, Dead Kennedys, Fugazi, des trucs comme ça…
90bpm : Du punk-hardcore de l’ouest, au noise de Chicago et DC…Black Flag et Rollins, The Bad Brains… ?
Aesop Rock : Ouais exactement, moins Black Flag, mais du noise ouais… J’étais vachement ouvert sur plein de trucs du genre quand j’étais plus jeune, et j’écoute encore beaucoup de trucs différents…C’est vrai que je me suis plutôt tourné vers le hip-hop à un moment donné, quand j’ai commencé à capter certains gars, lorsque j’ai commencé à freestyler, mais j’ai toujours eu un œil ouvert sur pas mal de choses..
90bpm : Que s’est-il passé dans ta vie depuis la sortie de ton dernier EP Fast Cars, Danger, Fire And Knives?
Aesop Rock : En fait il s’est passé pas mal de choses…Je me suis marié, j’ai eu trente ans, j’ai déménagé de New York vers San Francisco…Ca fait donc pas mal de changements importants, et je dois te dire que ces trois choses réunies m’ont un peu poussé à me pencher sur ce que j’avais fait dans la vie…Un truc du style « whoo, tu as trente ans maintenant, quelques années sous la ceinture », tu vois, se retrouver pour la première fois depuis 29 ans en dehors de New York, c’est quelque chose d’assez intéressant…Je vis en Californie avec une vision très « east coast », mais je vis une vie très différente de ce que je connaissais avant…
90bpm : Et tu vis à Frisco, qui n’est pas Los Angeles…
Aesop Rock : Oui, tu as raison, c’est assez similaire à New York sur pas mal d’aspect, tu peux marcher ou tu veux, te balader en voiture n’importe où, c’est une ville d’arts, avec énormément de musique…

90bpm : Ton nouvel album s’appelle “None Shall Pass”. Je sais que tu es un amateur de cinéma. Y’a-t-il dans ce titre une quelconque référence au film des Monty Python «Holy Grail» ? Je fais référence à ce passage culte, lorsqu’Arthur rencontre le Black Knight qui lui assène des « None Shall Pass » avant de se faire découper en morceaux…. ?
Aesop Rock (Rires) : Héhé, bien sur je connais ce film! Il est terrible !…Plus sérieusement, je ne sais pas, j’aime la phrase, bien sûr il y a le film…et ce genre de réplique va assez bien avec l’album, avec pas mal de choses que je vis en ce moment, pas mal de changements qui se sont passés dans ma vie ces derniers temps, tu vois c’est une sorte de métaphore pour indiquer qu’un point a été franchi, que quelque chose s’est passé….tu vois, être marié…devenir « officiellement » un adulte, sans en avoir été forcé, sans se préoccuper de certaines réactions, ne pas se retourner sur ce qui s’est passé avant…Voir ce que tu décides de faire pour le futur, comment tu vas traiter les gens qui t’entourent…C’est, en gros, une sorte de temps de réflexion, un truc un peu introspectif. Je pense que personne ne passe ce genre d’étape sans se pencher sur soi-même, sans marquer un temps de pause, le temps de (ré)évaluer ce qui a été accompli…tu vois ce que je veux dire. Mais j’adore quand même le film des Monty Python ! (Rires).
90bpm : Dès la première écoute de None Shall Pass j’ai été sidéré par l’aspect hip-hop que l’album révélait, ce côté boombastic et mélodique à la fois, taillé pour tes lyrics et ton phrasé. Le fait que Big Wizz cut toutes les tracks de l’album y est aussi pour beaucoup…Peux-tu nous donner ton opinion sur ce nouvel album ? Sur le processus créatif par rapport à la construction de ton dernier EP ?
Aesop Rock : Oh, cool…Je vais te dire un truc: le fait est que sur ce projet je me suis pas mal perdu, en travaillant dessus parfois je ne savais pas trop dans quelle direction j’allais…
90bpm : perdu ? tu entends quoi par là ?
Aesop Rock : En fait j’ai tellement travaillé dessus qu’à la fin je ne savais plus trop comment ça sonnait, à quoi ça ressemblerait…Et puis pas mal de gens m’ont dit « ça ressemble à ça, ce truc là sonne de telle façon… », et j’ai fait « Ok », héhé.
90bpm : pourtant je trouve l’ensemble de l’album vraiment cohérent, je veux dire homogène et bien ficelé…
Aesop Rock : Tu sais sur chaque disque j’essaye de nouvelles choses, de nouvelles approches, je teste certains trucs…en essayant de prendre des risques, qui des fois fonctionnent et des fois ne fonctionnent pas, en tout cas en tentant toujours de ne pas tourner autour des même trucs, ne pas tourner en rond…En tout cas, une grosse différence sur ce nouvel album vient du fait qu’on a essayé de trouver un équilibre entre des samples et des instruments « live », c’est pour cela qu’on peut avoir cette impression de sons plus « organiques ». Concernant les lyrics, la principale différence vient du fait que je n’ai pas voulu écrire sur moi. Tu vois, même si des fois je parle de moi, ce que je ne voulais pas c’était évoquer certains sujets, du style « les petites combines quotidiennes », j’ai essayé de ne pas prêcher mes valeurs, de moins mettre en valeur certains aspects de ma vie, tu vois ce que je veux dire ? En gros, même si je parle de moi, de comment j’ai grandi, je le fait alors d’un point de vue extérieur évitant les habituels gimmicks, genre «back in the days, nanana… »
90bpm : Ok, moins d’ego trip, ce n’était pas forcément trop ton genre de toute façon…
Aesop Rock : Oui, c’est vrai… au final il y a tellement de choses à explorer dans la musique, tellement de terrains vierges et inexploités dans le hip hop…underground ou mainstream, c’est pareil, beaucoup de monde répète les mêmes trucs alors qu’il y a tellement de place pour élargir le propos…Avec ce genre de réflexion, j’ai voulu faire de l’album une construction basée sur des moments, chaque chanson symbolisant des moments de la vie, l’enfance, le collège, le lycée, l’université, toutes les choses que tu fais et vis pendant ces temps forts…Et ce n’est pas, heureusement, un truc auquel les gens s’identifient comme ça si facilement, tu vois, au lieu de lancer un truc du style « back in the days… », j’ai juste essayé de décrire une scénette, de peindre un tableau, de capter un instantané…et tant mieux si les gens apprécient…C’est plus du story-telling que du brut de décoffrage. Tu sais dans le rap, c’est tellement facile d’être original, parce que personne ne l’est…Et j’ai pensé que c’est important de prendre cette liberté…
90bpm : Libre dans tes lyrics, libre avec l’équipement utilisé pour créer cet album…
Aesop Rock : Oui, et j’essaye un peu de changer de territoire, parce que c’est plus intéressant pour moi d’essayer quelque chose de plus ou moins unique…
90bpm : Ok. Tu peux nous parler des invités présents sur ce nouvel album? C’est un peu une nouvelle fois une histoire de famille, avec la présence d’El-P, Cage, Rob Sonic and Breeze Brewin. Par contre John Darnielle des Montain Goats, là c’est inattendu. Dans le style underground… Comment tu as rencontré ce freak folkie ?
Aesop Rock : Concrètement, ça remonte encore à mon grand frère, encore une fois! La première fois que j’ai écouté les Montain Goats, c’était en 1994, quelque chose comme ça.
90bpm : C’est ton grand frère qui t’as filé les disques ?
Aesop Rock : Ouais, et j’ai adoré leur musique tout de suite, et ça fait maintenant depuis que j’ai 17 ans que j’écoute John, que je récupère les albums, que je vais le voir en concert…Un vrai fan ! Et j’ai toujours adoré l’écriture du groupe et de John. Et au final, en 2003, lorsque je faisais Bazooka Tooth, je suis tombé sur un article dans lequel John donnait son top ten des meilleurs albums de l’année, et dans lequel il y avait Bazooka Tooth ! Je me suis dis « putain, c’est fou ! » Tu vois ce gars, un de mes héros, qui dit ça, ça m’a mis par terre…
90bpm : Et tu as fait quoi ?
Aesop Rock : Attends ! Je finis (Rires). Après ça je suis allé à un show des Mon Goats à New York avec mon grand frère, en fait avec mes deux frères, et ils n’arrêtaient pas de me dire « vas-y, va le voir ! ». Je leur disais « naan, je me sens con d’aller voir le gars comme ça, c’est ridicule… ». Et puis au final j’y suis allé du genre « eh, je crois que tu connais ma musique… », un truc du genre, je ne sais plus trop, et ça l’a motivé, il m’a dit un ruc comme « je suis fan de ce que tu fais », j’étais fan aussi, on a juste échangé nos numéros et c’est comme ça que petit à petit on est devenu amis. Tout simplement.
90bpm : Et pour cette collaboration musicale ?
Aesop Rock : On a essayé de collaborer à plusieurs reprises, il a enregistré quelques chansons chez moi à Brooklyn, ce qui n’a rien donné, je devais au départ enregistrer quelque chose sur son label…
90bpm : Il est venu chez toi enregistrer, ça ne s’est pas fait par beat-cd et autre master interposés ?
Aesop Rock : Non, en fait il est venu chez moi il y a quelques années pour enregistrer quelques trucs, puis j’étais censé aller dans son studio pour enregistrer quelque chose pour son disque, et puis finalement c’est tombé à l’eau, je n’ai rien pu faire de ce qu’on avait produit chez moi et… (Il s’arrête). Au final on est resté en contact, on parlait souvent ensemble et puis Blockhead m’a donné ce beat (Ndlr : Celui du titre « Coffee »). Je l’ai envoyé à John en lui indiquant « dis moi si tu aimes ». C’était juste une démo à l’époque, du genre premier jet, rough, différent de la version qui se trouve sur l’album. J’ai donc dit à John « Ecoute ça, si tu aimes, si tu aimes ce que je dis, chante ce que tu veux, fais ce que tu veux, et renvoie le moi qu’on voie ce que ça donne ». Il m’a juste dit« All right ». Il a aimé, il a fait son truc, on a fait quelques arrangements et c’était bon. C’est assez surprenant de voir comment des choses peuvent rouler toutes seules…Souvent, quand tu rencontres certaines personnes que tu as plus ou moins élevées au rang de héros, c’est assez chaud ! (Rires). Y’a moyen d’être déçu ! John lui est juste comme il est : vrai, une personne intègre, super cool…Je suis très content de sa participation et de notre collaboration.

90bpm : Je voudrais revenir sur la chanson No City qui m’a bien marqué, entre autres, à l’écoute et au niveau des lyrics. D’où vient cette vision pseudo-apocalyptique ? Qui produit cette track ? L’instru est vraiment belle…
Aesop Rock : Content que ça te plaise..No City..Le beat de No City est en fait très différent de ce qu’il était au début, on a dû changer le sample de départ. Blockhead et El-P ont dû changer pas mal de trucs…
90bpm : No City c’est une coprod Blockhead – El-P ?
Aesop Rock : Pas exactement, c’est principalement Blockhead en fait…Le truc avec cette chanson c’est qu’on a dû retirer un sample de la chanson, sous conseils de nos avocats pour des questions de droits…
90bpm : Le partie de guitare qui clôture le morceau ?
Aesop Rock : Le solo ?
90bpm : Oui
Aesop Rock : Non, ça ce n’est pas un sample, c’est ma femme qui joue de la guitare qui fait cette partie.. (Ndlr : La femme d’Aesop Rock est elle aussi musicienne à San Francisco)
90bpm : Ca c’est cool…
Aesop Rock : Héhé... Mais ça c’est autre chose. En gros, suite à cette histoire avec l’avocat, on ne pouvait donc pas utiliser le principal sample pour la chanson, et Blockhead et El-P ont du rentrer à New-York, finir le beat ensemble, puis ma femme à fait le solo de guitare…Sinon pour revenir au thème de cette chanson, l’idée générale…(Il s’arrête). Des amis à moi ces derniers temps sont tombés malades, ça n’a pas été facile…En gros l’idée c’est « sois sympa avec tes voisins, tes proches, ceux qui t’entourent… » Aujourd’hui des gens jeunes tombent malades, tout est si fragile…On ne se rend pas compte de certaines choses…Cette chanson est donc un appel, dans sa noirceur, à ouvrir les yeux sur ceux qui sont autour de nous…Il n’y a pas de raison de ne pas se comporter comme des êtres humains civilisés…Surtout en ces temps difficiles…
90bpm : Ok, je vois bien ce que tu veux dire. Passons. Tu as étudié les Beaux-Arts, tes ambiances, tes albums, jusque dans leurs pochettes, sont toujours très visuels. Ton écriture est, je trouve, en un sens très influencée par ce caractère « graphique et visuel ». Tu peux nous décrire la façon dont tu as écrit cet album et la façon dont tu travailles tes textes en général ?
Aesop Rock : En ce moment, écrire est un peu comme une maladie pour moi, tu vois, j’aime ça, et j’aime la façon dont sonnent les mots, j’aime bien écouter les gens parler, j’aime bien regarder des films, m’attarder sur les dialogues, c’est quelque chose…je suis vraiment à fond! Et ça devient de plus en plus dur parce que je veux passer de plus en plus de temps sur l’écriture, tu vois ce que je veux dire, je veux devenir meilleur, progresser…d’autant plus que c’est dur aujourd’hui de voir quelqu’un qui passe vraiment du temps sur ses lyrics, à produire quelque chose d’original. C’est important pour moi de produire quelque chose que je jugerai intéressant, unique…Et j’espère que d’autres personnes font ça aussi, tu sais c’est plutôt facile d’être original quand il y a aussi peu d’originalité autour de nous…Pour en revenir au processus, je bosse sur une chanson les lyrics et je les travaille en permanence…
90bpm : Tu reviens beaucoup sur tes écris ?
Aesop Rock : Oui, c’est un processus, je les travaille, encore et encore, jusqu’à ce que ce soit vraiment bien… C’est comme un bouquin, quand tu fais un paragraphe, tu ne le laisse pas comme ça, de côté et tout baigne, non, tu reviens dessus encore et encore…Avec l’écriture de mes lyrics, je fonctionne pareil, je reviens énormément sur ce que j’écris.
90bpm : Une fois de plus la pochette de ton album est très soignée, très graphique…Tu peux revenir sur ta rencontre avec Jeremy Fish et sur ton Picture Disc sorti en 2006, The Next Big Thing ? C’était quoi le concept ? En France on en a pas trop entendu parler…
Aesop Rock : Ouais, j’imagine, y’en a eu seulement quelques milliers qui ont été édités…Jeremy est une des personnes dont je suis particulièrement fan, en bougeant à San Francisco -je savais qu’il y était- donc j’avais en effet pas mal envie de le rencontrer…Et encore une fois, je ne pouvais pas m’attendre à ce qu’il sache qui j’étais, qu’il aimait beaucoup ce que je faisais…etc. On avait un ami en commun, j’ai donc appris qu’il avait l’opportunité de faire un livre de dessins (Ndlr : « Picture cartoon » en anglais) pour Disney. Et il m’ a donc contacté en me disant « Je suis fan de ce que tu fais, j’aimerais que tu fasses la musique pour ce projet de cartoon…Encore une fois « Putain ! » je me suis dit, encore un gars dont j’adore le travail et qui me sort qu’il me connaît…et qui est chaud pour bosser avec moi ! On s’est donc réuni pour parler du projet, du livre, on s’est vu pas mal de fois – tu sais c’est long et lent comme boulot – et petit à petit on est devenus proche. Ce n’était pas compliqué de toutes façons, je venais juste d’arriver à San Francisco, je lui ai dit « Ecoutes, je ne connais personne ici, excepté ma femme, traînons ensemble ! » et on est donc devenus super proches depuis deux ans…Il n’y a pas beaucoup de relations, de collaborations entre les arts visuels et la musique qui sont vraiment intéressantes, surtout dans la sphère hip hop, où les artworks sont souvent…merdique mec ! J’ai donc trouvé que son artwork était une vision particulière, aérienne, de ce que je faisais, tu vois, un truc à la fois terrifiant mais en même temps super joli…c’est très intéressant. On s’est donc dit « Allons-y : bossons sur des trucs ensemble ». Et on a alors fait The Next Big Thing -ce bouquin- dans le style de ces vieux livres-disques qu’on faisait dans le temps, où tu regardes le livre en écoutant le disque…

90bpm : Ouais je vois bien, on avait ça aussi en France, genre Pierre et le Loup….
Aesop Rock : …
90bpm : Continue…
Aesop Rock : Ce livre était donc un truc assez captivant pour nous, on l’a sorti au Etats-Unis, de façon assez limitée, deux à trois mille exemplaires…
90bpm : genre d’édition limitée un peu arty qui doit bien s’arracher à SF…
Aesop Rock (Rires) : Héhé… Oui, c’est clair…Après ça il a fait un court métrage pour la marque de skateboards Elements, et il m’a demandé de faire la musique pour ce truc, j’ai donc fait ça…Puis il a travaillé sur l’artwork de mon album et on est devenus de plus en plus proches. Il était donc naturel pour lui de bosser sur l’artwork de ce nouvel album. Là il bosse sur une vidéo pour Non Shall Pass, il fait aussi tout ce qui touche aux visuels des concerts…En gros il est en train de devenir le look, la partie graphique et visuelle du son d’Aesop Rock d’une certaine façon…Tu sais, j’aime bien bosser avec mes amis, entre amis, c’est convivial, j’ai une totale confiance en eux, et ça devient facile pour nous de réfléchir et de faire émerger des idées. Et c’est aussi facile pour nous de se critiquer les uns les autres, de se tirer dans les pattes, si on aime pas un truc, on le dit, on change en fonction et vice versa, tu vois ce que je veux dire ?
90bpm : Oui, carrément. Passons à une autre collaboration si tu le veux bien. J’ai vu que tu allais être sur l’album de Percee P qui doit sortir bientôt sur Stones Throw. Tu peux nous dire de quand date ce morceau, comment tu as rencontré P et ce que tu penses de lui ?
Aesop Rock : J’ai rencontré Percee à la fin des années 1990, on avait bossé sur quelques tracks ensemble…Il a toujours été à New-York, faisant plein de musique, posant sur plein de trucs…on est devenus amis à New York, puis il a déménagé à Los Angeles, il s’est connecté avec Peanut Butter Wolf et Stones Throw, et c’est cool qu’il ait obtenu ce deal pour un album après tout ce par quoi il est passé…Lorsqu’il a eu le deal, il m’a demandé si je voulais y participer, et j’ai dit « Carrément, allons-y ! ». Et donc, il y a un an, un truc comme ça, on a enregistré ensemble.
90bpm : Donc la track est faite, c’est bon ?
Aesop Rock : Oh oui, c’est un beat de Madlib, c’était cool, c’était la première fois que je posais sur un beat de Madlib,
90bpm : Et tu as rencontré Madlib ?
Aesop Rock : Nan, je ne l’ai pas rencontré directement, mais on a des amis en commun, donc on se passe le bonjour comme ça… Mais j’étais trop content de poser sur une des ses instrus, et Percee est dope, c’est sûr…J’étais vraiment content pour lui qu’il obtienne ce deal, content de rebosser avec lui, de refaire un titre avec lui, après les deux morceaux qu’on avait fait ensemble…C’était vraiment cool (Ndlr : Percee P apparaît sur deux titres du premier album d’Aesop Rock, Music For Earthworms, sorti en 1997 en cd-r de façon confidentielle).
90bpm : A ce propos, en décembre 2003, lors d’une précédente interview avec notre magazine, tu disais que tu n’avais pas écarté la possibilité d’une réédition de Music For Earthworms et Appleseed ? Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aesop Rock : En fait je pensais à ça récemment, je veux dire represser Appleseed pour la tournée à venir, mais Earthworms pas tellement parce que…je ne sais pas trop…c’est quelque chose de plus vieux…
90bpm : Plus vieux, différent, une autre partie de ta vie ?
Aesop Rock : Je suppose que c’est différent, peut être une autre partie de ma vie…Et puis, c’est moi qui ai produit Earthworms, je ne le vois plus comme je le voyais avant, alors qu’Appleseed, c’est moi et Blockhead, c’est plus simple de plus à rejouer sur scène, à mettre en avant sur un tour…J’en ferai peut-être presser quelques milliers pour la tournée..Je ne sais pas encore, je n’ai pas encore pris de décisions, on verra… !
90bpm : Avec le retour en force d’El-P et son I’ll Sleep When You’re Dead, quel est aujourd’hui l’état d’esprit général chez Def Jux? Tu peux nous parler de l’album de Cage ? de celui de Rob Sonic, qui a été repoussé je crois.. ? Des projets à venir du label ?
Aesop Rock : Ouais, j’ai le dernier Rob dans mon I-Pod, il est dope…En fait Rob va faire la tournée avec moi aux Etats-Unis…
90bpm : Et il sera aussi présent sur la tournée européenne ?
Aesop Rock : Oui, en fait on va tout faire ensemble dans les mois à venir…Tu sais, je pense que Rob est vraiment sous-estimé, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, il est vraiment extraordinaire…Son album est vraiment fort, les beats sont dingues, les batteries sont vraiment bien foutues, et il écrit de mieux en mieux je trouve…L’album de El est phénoménal, je suis d’accord…(Il s’arrête). Tu sais, je pense que tout le monde à la dalle…Tu sais, c’est assez dingue parce que quand Def Jux a démarré, pas mal de gens ont dit « C’est le nouveau truc», des gens qui étaient assez excités par cette émulation, puis après quelques années, ces mêmes gens se sont demandés s’ils étaient dans le coup en suivant le label…(Il s’arrête encore). Mais aucun de nous ne s’est arrêté de faire de la musique pendant ce temps !
90bpm : Ouais je vois ce que tu veux dire, cette perte d’intérêt pour le label du style « Oh, Def Jux ça craint maintenant, ils ne sont plus dans le coup etc… »
Aesop Rock : Maintenant, sept ans plus tard, on est là, du genre « enfoiré, on est pas une mode, on est là, on fait notre truc ! », tu vois ce que je veux dire…Donc tu vois des fois on peut lire des trucs, sur des gens qui se déclarent « in », qui pointent du doigt d’autres qui seraient « out » etc…Rob lui bosse sur des supers sons, et je suis juste très content d’avoir l’honneur de bosser avec lui.
90bpm : Ok. Pour clôturer cette interview, as-tu des news de Vast Air, Alaska, Criptik One et certaines personnes affiliées Atoms Family ? Tu en revois certains ?
Aesop Rock : J’ai parlé à Alaska quand il bossait sur Hangar 18, puis ils ont sorti l’album, qui est vraiment bien…Criptik je ne l’ai pas vu depuis longtemps, pareil pour Vast, mais je sais qu’ils sont occupés, avec Hangar et sur d’autres projets…
90bpm : Ok. Dernier truc : quels sont les groupes ou artistes hip hop ou hors hip hop dont tu te sens proche, ou dont tu es fan ?
Aesop Rock: J’écoute vraiment plein de trucs, mais je dois dire que je suis bien fan de Tom Waits, je le dis assez souvent, mais je te le redis avec bonheur, j’adore Tom Waits tout ce qu’il a fait…Sinon j’écoute beaucoup de vieux hip hop, et puis bien sûr je suis entouré de gens talentueux dont je suis le premier fan, ce dont on parlait tout à l’heure, El-P, Cage, qui bosse sur son nouvel album qui va faire mal, tu verras…J’aime beaucoup de choses, je découvre des nouveaux trucs en permanence, mais c’est vrai que j’écoute en grande partie du rap un peu old-school, EPMD, Redman, des vieux trucs de la côte est…
90bpm : Un dernier mots pour nos lecteurs ?
Aesop Rock : Ouais, mon nouveau disque, mec, c’est quelque chose de nouveau, un truc sur quoi vous devez jeter une oreille… Je pense que c’est le meilleur truc que j’ai fait jusqu’à présent, mais c’est mon avis (Rires). Non, sérieusement je pense que c’est quelque chose de nouveau que les gens n’attendaient pas forcément de moi, j’essaye de faire quelque chose différent à chaque fois…Merci et à bientôt !
Propos recueillis, transcris et traduits par Lux pour 90bpm.com
Photos de JJ1One pour 90bpm.com
[28.08.07]
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