
20Syl, David, bonjour. D’abord, je vous félicite pour votre dernier projet. D’autre part, hier, j’ai eu la joie d’assister à votre concert de La Cigale* [Note en fin d’interview]. Donc la première chose que j’ai envie de te dire 20Syl, c’est : « bon anniversaire ! »
20Syl, David : (rires)
Ensuite, je me demandais, comparativement à ce que j’ai vu à Solidays (en 2008), si cette date était exceptionnelle ou si toutes vos dates « hors festival » étaient toujours aussi incroyables ?
20Syl : C’est vrai qu’en région parisienne, c’est toujours une ambiance de malades. Enfin, les « Maroquinerie » [NDRL : les 26 et 27 novembre 2009], c’est pareil : du grand n’importe quoi (rire). Et, mais en Province parfois aussi. C’est vrai, je me rappelle d’une date à… Strasbourg ?
David : Ah ! La Laiterie !
20Syl : La Laiterie, oui, c’était pire ! Enfin, tu vois, j’ai slammé et tout dans le public. Et non, vraiment, c’est pour ça qu’on kiffe le live aussi : c’est des moments où tu te lâches vraiment quoi, et où le public aussi en profite pas mal, j’ai l’impression.
Continuons donc sur le « live », et notamment la présence des cuivres. Je ne me souviens plus si aux Solidays, ils étaient déjà présents…
20Syl : euh… Oui, oui. Ils étaient à Solidays avec nous mais c’était une des rares dates où ils étaient avec nous à l’époque. C’est-à-dire qu’on a fait juste une petite partie de la tournée avec eux mais on était principalement à six à l’époque, alors que, là, pour cette nouvelle tournée, on est à neuf tout le temps : ils sont tout le temps sur scène avec nous, du début à la fin du set, il n’y a pas de sortie de scène pour eux, à part sur le petit passage solo de David, mais sinon, voilà, ils sont là tout le temps. Et ça apporte une grosse énergie funk au tout. Enfin, je trouve.
Oui, ça donne de la puissance, de l’énergie. Ça joue peut-être aussi au niveau de l’ambiance…
20Syl : Carrément
… Vous-mêmes, vous avez ressenti la différence entre avec ou sans cuivres ?
20Syl : Bah disons que, sans la section cuivres, on a joué que dans des petites salles entre guillemets : 300 à 400 places. Et du coup à six, ça fonctionnait parfaitement. Et là, le fait qu’on soit passé un stade au-dessus, je pense qu’il nous fallait aussi quelque chose de complémentaire su scène pour que la sauce prenne et que les gens qui nous ont vu quand on était six dans une plus petite salle aient les mêmes sensations dans les grandes salles. Voilà, ça compense et ça apporte aussi un truc nouveau.
Par contre, j’imagine qu’au niveau des répétitions et de la préparation du live, cela doit avoir une certaine influence, c’est-à-dire que la part d’improvisation doit être amoindrie parce que, du coup, il faut gérer un peu plus de personnes sur scène.
20Syl : Forcément. De toute façon, on n’a jamais été des… pas des grands partisans, mais des… On a toujours fait des choses très millimétrées, très carrées. Il y a rarement de grands passages d’improvisation, à part des passages vraiment cadrés où on dit : « Voilà, là, on se fait passer le micro entre guillemets, et chacun fait son petit chorus improvisé, et cætera ». Mais c’est vrai que le reste du set est toujours assez millimétré quoi… A part quand il y a des moments où on se plante, ou d’un seul coup l’improvisation devient… nécessaire. Et des fois, c’est pas pus mal parce que le public, le fait d’assister à des moments où il y a la petite faille qui apparaît ou où tu sens que le truc se barre un peu en couille, bah, d’un seul coup, ça les booste aussi les gens. Ils sentent qu’ils font partie d’un truc unique, quoi. Et ça, c’est assez agréable. Il y en a toujours, tu vois. Comme hier soir, le délire où le public s’amusait avec moi à chaque fois que je rentrais dans la lumière… [NDRL : une standing ovation en milieu de concert qui se réactivait à chaque fois que 20Syl entrait dans la zone éclairée par le seul spot blanc allumé]. Enfin, tu vois, c’est des moments où tu as vraiment l’impression de vivre un truc que tu vivras seulement que à ce concert là, quoi. Et ça, c’est plutôt kiffant, à la fois pour nous et pour les gens.
C’est ce que vous recherchez…
20Syl : Oui, de toute façon, c’est avoir des souvenirs, c’est construire une espèce d’album souvenirs des concerts. Et, hier soir, je l’ai dit d’ailleurs sur scène, je pense qu’on était en train de s’en fabriquer une belle page, c’était un beau concert.
Et Furax, votre tourneur, intervient dans la construction du set ? Enfin, il intervient nécessairement en donnant son avis, mais est-ce qu’il tient un rôle particulier ou déterminant dans ce set ?
20Syl : Je pense que tout le monde, autour de nous, y compris des gens qui ne font pas partie du collectif… euh… artistique ou quoi – je pense à nos copines, à nos parents, notre famille – tout le monde a son petit mot à dire et finalement tout le monde est aussi important, quoi. C’est-à-dire que, je ne sais pas moi… euh… Si la copine de David nous dit : « Ah tiens ! C’est bizarre… », si la transition entre ce morceau là et ce morceau là… euh… on va le prendre en compte, quoi. Un moment donné, ça va nous poser la question. On se dit : « Si, elle, elle a perçu ça, c’est que.. » Et en général, quand il y a un truc qui ressort, ça ne ressort pas que chez une personne, tu le retrouves…. Ce n’est pas anodin. Voilà, donc on essaye d’être vraiment, en tout cas, dans la période de création où on est train encore de rechercher vraiment la finalisation du set, on est vraiment à l’écoute de tout ce que les gens peuvent nous dire, même tu vois, quand on rencontre des journalistes ou les gens à la fin du concert qui nous disent : « Ah, Tiens ! Ce morceau… euh… On préférait la version d’avant… » ou « Ah, c’est mortel du coup que vous fassiez un remix… » Enfin, tout ça, on est vraiment open à savoir ce que les gens ont retenu et ça nous aide à construire notre spectacle, quoi.
Et justement, ça se pose un peu comme une question logique : un CD live, éventuellement, c’est un truc auquel vous pensez déjà ? Sur lequel vous avez d’ailleurs peut-être déjà des pistes enregistrées et prêtes à sortir ?
20Syl : Ouais… bah, on a les live de L’Alhambra qui sont enregistrés. C’est vrai que ça commence à dater un peu, donc sur cette tournée, on va forcément faire une captation un jour, à la fois vidéo et son. Je ne sais pas ce qu’on en fera, parce que le problème, c’est que la maison de disque n’est pas prête à investir dans un live DVD parce que, commercialement, apparemment, ce n’est pas viable… Donc, moi je me dis que pour HP, justement, vu le nombre de personnes qui nous le demandent, ça pourrait l’être, mais il faut qu’on fasse les choses bien : il faut que ce soit un bel objet, il faut que ce soit aussi de qualité en son, en image. Donc c’est forcément des budgets qui sont importants et c’est compliqué… Donc peut-être qu’on ne fera pas un vrai DVD avec la totale et tout mais peut-être qu’on fera, je ne sais pas, un concert enregistré qu’on mettra en ligne, qui sera téléchargeable… ou visionnable peut-être en direct. Je ne sais pas, il y a peut-être des choses comme ça à faire, quoi.
Oui, U2 par exemple avait fait quelque chose comme ça…
20Syl : Carrément, ce n’est pas compliqué à faire. On pourrait même imaginer un concert, un soir, où on place un ordi au balcon… du concert, avec la webcam, et puis on le met en streaming sur le site d’On and On. Enfin, il y a des choses toutes simples à faire, ne serait-ce que des petits événements comme ça à faire… On parlait, on se disait : « Tiens on n’a qu’à faire un live sur Chatroulette, quoi. Si ça se trouve, il y aura un mec qui va pouvoir le voir, qui va rester (rires) »
David : C’est le système de la webcam unique, quoi. Du coup, si le mec ne zappe pas, bah, il peut se le regarder. Il va être le seul à l’avoir vu (rires). Enfin, voilà, il y a des délires comme ça qui peuvent être assez drôles, quoi. En plus, les outils le permettent aujourd’hui, donc…
C’est certain. D’ailleurs, tu parlais du label qui ne voulait pas le sortir. Pourquoi ne pas y penser sur On and On [NDRL : Leur label]?
20Syl : Ouais. Maintenant… On and On, en termes de champ d’action, ça reste assez limité, c’est-à-dire qu’il faudrait qu’on trouve quand même un distributeur et qu’on puisse faire de la promo. Nous, On and On, on est des producteurs, c’est-à-dire qu’on est capable de te faire un disque de A à Z, de l’enregistrement à la pochette, et cætera. Mais après, en termes de distribution ou de promo, on fait appel des gens dont c’est le métier, quoi. Nous, on peut le faire mais on va avoir un champ d’action limité. Donc, voilà, on essaie de faire les choses bien aujourd’hui. On a commencé comme ça, en faisant tout nous-mêmes et on se sentait assez limité, rapidement. Donc si on fait un DVD d’HP, je pense qu’il faut qu’on ait comme même un peu d’ambitions… ou alors on fait une sortie, comme je te le disais, en ligne assez restreinte...
David : Il y avait un live prévu pour le Japon. Je ne sais pas si c’est encore d’actualité ?
20Syl : Ouais, ouais, ouais. Au Japon, par contre, ils étaient à fond pour qu’on sorte un DVD.
Oui, je sais qu’au Japon, vous avez vendu pas mal, que vous aviez reçu un bon soutien et…
20Syl : Bah, nous c’était P-Vine, mais je crois qu’ils ont des soucis.
C’est le marché japonais dans son ensemble qui a des soucis. Mais en dehors du Japon, aux USA par exemple, via The Procussions, ça a donné quelque chose ?
20Syl : Non. On n’a jamais eu de distribution, de vrais trucs aux Etats-Unis…
Et des tournées ?
20Syl : Non plus. Et là, on va peut-être commencer à aller un petit peu au Québec. L’album apparemment sort au Québec, cette fois-ci… enfin ! Parce que je pense qu’avec tous les messages que j’ai reçu du Québec, je pense qu’il y a vraiment un truc à faire là-bas. Et, ouais, je suis pressé. C’est vraiment un pays qui m’attire en tout cas.
Oui, c’est vrai qu’il n’est pas facile d’entrer sur ce marché. Et justement, plus généralement, j’aurais aimé avoir votre sentiment sur le marché du disque : Savoir comment vous perceviez la crise, si vous la viviez déjà, puisque vous avez été disque d’or, ce qui est à l’heure actuelle déjà un exploit, et comment vous l’analysiez du point de vue des responsabilités des uns et des autres, ce qui va nous permettre de rebondir ensuite vers le web, car je sais que vous en êtes férus en tout cas te concernant, 20Syl… Pour David, je ne sais pas
David : A force de traîner avec lui, je le deviens (rires)
20Syl : Je pense que… enfin, on ne peut pas lutter contre l’évolution des mentalités, l’évolution de la consommation tout simplement. C’est-à-dire que les jeunes, aujourd’hui, qui ont… euh… douze ans, pour moi, n’achèteront jamais de CDs, quoi. Dans leur façon de fonctionner, c’est complètement obsolète. Après, peut-être que je me trompe, hein ! Il y aura peut-être un moment, ils vont avoir envie d’avoir l’objet entre les mains… Mais d’ici…euh… quatre ans, quand ils auront 16 ou 17 ans… euh… enfin, est-ce que… Les moyens technologiques en ligne, à mon avis, auront évolué de manière telle que le CD sera encore plus obsolète qu’il l’est aujourd’hui. Donc, rien ne les poussera dans le sens inverse, quoi. Et en ça, le marché du disque « matière », on va dire, il est voué à mourir rapidement… Sans être pessimiste, mais pour moi, ça me paraît assez naturel dans les manières d’évoluer, dans les manières de consommer. Donc, on voit, là, aujourd’hui… euh… l’équipe d’Universal me disait que pour la première fois un disque avait vendu plus en ligne qu’en bac : c’était « Cœur de Pirate ». Pendant une semaine, elle a du vendre 40.000 disques en bac et elle en avait vendu 50.000 sur iTunes. Donc le break commence à se faire : on est en train de passer des ventes de disques réels aux ventes de disques… euh… C’est juste une attitude, quoi. Les gens, une fois qu’ils auront capté comment fonctionnent iTunes ou d’autres plates-formes, qu’ils verront à quel point c’est simple et qu’en deux clics, tu as un album dans ton ordi…
David : … ou ton iPhone (en montrant celui qui est posé sur la table) (rires). Maintenant tout le monde a ça, à part moi, bon… (rires) Mais, voilà, maintenant tu peux avoir, je ne sais pas, 16 Giga, tu imagines le nombre de CDs que tu peux avoir dans ta poche. C’est un truc, comme il dit, tu ne peux pas lutter contre la technologie. Un moment… euh… Les gens bougent de plus en plus. Tu croises un pote qui n’a pas… « Ah ! Tu n’as pas ça ». Tac ! En deux secondes… Puis, les gens fonctionnent pas mal au titre aussi maintenant, alors ils prennent le titre qui les intéresse, bon… euh… Enfin, je sais que mon père, il a… pfff, souvent je dis : « chez mon père, c’est mieux que la FNAC, quoi »… euh… Il y a vraiment beaucoup de styles et, c’est pointu et tu as beaucoup de disques de différents artistes. Mais voilà, le mec, il kiffe le son et… Mais c’est un puriste, il aime le côté objet du disque. Ça fait vingt ans qu’il en achète, mais c’est le premier maintenant à avoir un iPod, à remettre tous ses skeuds dans son iPod pour pouvoir barrer en vacances et écouter. Donc un moment, il suit l’ère du temps et…
20Syl :… Et après, l’autre problème aussi, c’est les alternatives à ça, c’est-à-dire que là aujourd’hui, bon… Il y a eu la loi HADOPI qui a, d’après moi, plus orienté les gens vers le streaming que de les empêcher de consommer en ligne…
Ce qui était déjà une tendance.
20Syl : Ouais, ouais, ouais. C’était une tendance mais je pense que ça l’a accéléré assez radicalement. Donc d’un seul coup, tu te retrouves à avoir ton album entier sur YouTube… Et tu toucheras jamais un centime sur les diffusions qu’il y aura parce que je pense que YouTube, ça doit être limite devant Deezer en termes de lectures de morceaux… Enfin, aujourd’hui, un des réflexes quand tu cherches un titre, c’est d’aller taper le titre dans YouTube pour trouver le morceau, quoi. Et j’ai même passé des soirées où plutôt que de mettre des CDs, on était… enfin, il y avait un ordi avec YouTube, chacun venait taper le titre qu’il avait envie d’écouter et c’était la technique, quoi. Donc tu te dis : « Merde… » euh… enfin, et puis même par rapport à Facebook, tu vois le nombre de personnes pour faire écouter des morceaux à leur communauté, ils mettent un extrait de YouTube. Il y a rarement du Deezer, quoi. Donc, euh… Tout ça, c’est des choses qui me font assez peur parce que je pense que… l’industrie, elle s’est adaptée un peu en décalage, un peu tard avec l’évolution de la consommation et aujourd’hui on se retrouve avec des trucs comme Deezer qui sont positifs mais où d’un seul coup tu as un album qui sort et le jour de la sortie, tu l’as en écoute entière sur Deezer, quoi. Et, moi, je me pose la question : A quel moment, les gens vont vraiment ressentir le besoin d’aller acheter le disque, si ils peuvent l’écouter gratuitement, sans aucune restriction. Et c’est un débat que j’ai eu avec les équipes d’Universal qui s’occupent de ça parce que, eux, ils me disaient : « Il n’y a pas de souci. Pour nous, l’album, il faut qu’il soit sur Deezer, entièrement, le jour de la sortie. C’est ce qui se fait, les gens ont l’habitude. Si tu ne le leur mets pas à disposition, limite, ils vont trouver que c’est injuste… et cætera ». Mais je leur dis : « Enfin… c’est vraiment se tirer une balle dans le pied, quelque part, puisque tu donnes le truc gratuitement alors qu’à côté tu leur demandes de l’acheter sur iTunes ou à la FNAC… »
Et ils répondent quoi à ce paradoxe ?
20Syl : Bah… moi, je ne comprends pas. Et la proposition que je leur faisais, c’était de mettre des extraits ou de mettre des morceaux entiers mais avec une annonce enregistrée dessus… Enfin, pas une pub, mais le gimmick qui fait que tu n’as pas non plus le morceau tel qu’il est sur l’album parce que c’est… euh… Après, si tu es malin, tu peux même le récupérer venant du streaming, quoi, le morceau. Donc, je trouve ça assez risqué. Et, eux, leur argumentation c’est de dire : « Ouais, mais si on ne fait pas ça, les gens vont s’orienter vers des MegaUpload, des RapidShare,… et puis, ils vont télécharger les albums entiers, quoi, plutôt que de pouvoir l’écouter… » Donc, je ne sais pas. Je ne sais pas comment me placer par rapport à ça, c’est hyper compliqué : d’un côté, voilà, tu vas donner… euh… Tu as taffé pendant des mois et des mois sur ta musique ; Et en un clic, les gens vont pouvoir l’avoir comme ça et sans aucun effort… Et il y a encore un autre truc que je trouve assez dangereux, c’est-à-dire que moi, j’en ai fait l’expérience : quand tu peux avoir les choses gratuitement, tu les apprécies beaucoup moins, j’ai l’impression. Tu vas moins au bout des choses, c’est-à-dire qu’on a tous eu des jeux vidéo crackés, et en général tu les consommes les uns après les autres. Tu te dis « Ouais, pas mal… » Mais tu ne vas jamais essayer d’aller finir le truc, quoi. Alors que quand tu as acheté ton jeu vidéo, tu vas le rentabiliser. Tu vois ce que je veux dire ? Et pour moi, la musique, c’est pareil, c’est-à-dire qu’on est rentré dans un système de consommation où on accumule : les Giga et les Octets. Alors que quand tu t’achètes un album, là, tu vas aller feuilleter la pochette, tu vas aller regarder le truc. Et même quand tu l’achètes sur iTunes, tu vas avoir envie d’aller l’écouter, de… quelque part, inconsciemment, de rentabiliser ton achat, quoi, de profiter de ton achat, alors que quand tu l’as eu gratos, il n’y a plus aucun intérêt finalement. C’est juste histoire de remplir un peu plus ton disque dur, quoi. Donc ça fait comme même pas mal de questions qui se posent et qui sont… un peu en suspens en ce moment. Je pense que l’industrie, entre guillemets, et les artistes sont en train de s’adapter, mais un peu en retard à chaque fois, à la consommation directe. Moi, j’essaie d’être au fait de tout ça parce que, quelque part, c’est aussi ma vie et ma passion qui en dépend. Nous, on a la chance d’avoir la scène, qui rattrape… qui est un peu notre roue de secours et qui est quelque part, même, notre roue principale parce que c’est vrai qu’on vit principalement de la scène et que c’est en plus un gros kif, mais si on n’avait pas ça, ce serait compliqué, ouais, c’est sur.
Oui, surtout pour les artistes en développement. Et d’ailleurs, je pense pour le coup, David, à ton projet avec Jackson Reed, tu ne dois vraiment pas être aidé, parce que vous n’avez pas la même notoriété, vous ne faites pas autant de scène. Comment cela se passe à ce niveau ?
David : bah… en fait, c’est un peu particulier. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir la carte Hocus Pocus. Donc pour être honnête avec toi, monter cette tournée avec Jackson, par exemple, c’est moi qui l’ai fait. Je n’avais pas de CD de lui ou du son d’il y a quatre ans… C’est un mec que j’ai rencontré il y a quatre ou cinq ans. Je l’ai fait avec un Myspace, du son d’il y a quatre ans, une photo que j’ai trouvée, bidules. Donc on va dire que, moi, aujourd’hui, j’ai comme même la chance de pouvoir dire : « Salut, je suis David, je suis la guitare dans Hocus. » Et le mec, déjà, me fait plus confiance qu’à un mec lambda qui est obligé d’envoyer une maquette et machin… Donc, ouais, c’est comme même plus rapide. Après je t’avoue qu’aujourd’hui, quand je vois le taf que fait 20Syl et comment il y a toute l’industrie derrière qui un coup prend ou ne prend pas… enfin, ça me fait peur. Franchement, je flippe. Comme il dit, là, je prends mon kif et je veux garder le plaisir de faire de la musique. Je ne veux pas que tout ce côté industrie/commerce nique mon kif de la musique. Moi, je fais de la musique parce que ça me fait du bien, parce que j’aime que les gens viennent nous voir. C’est un échange, quoi. Ce n’est pas juste un truc qui va dans un sens…
20Syl : Ouais, c’est clair qu’on a envie de garder ce truc là mais en même temps, bon… Moi, j’arrive à faire la part des choses, c’est-à-dire que je vais toujours être un ouf de musique, de faire vraiment du son même si jamais je n’en toucherai rien du tout, ce n’est pas un souci. Mais c’est juste qu’à un moment, quand tu as fait un album, que tu as sué dessus et tout ça, tu es aussi préoccupé par la manière dont il va être défendu, dont il va être présenté au public, les premiers mots qui vont accompagner ce truc là. Et pour moi, c’est un truc qui est primordial, quoi. Je n’ai pas envie que d’un seul coup, je me sois tué sur un disque et puis qu’on le balance dans une espèce de masse… euh… difforme de trucs où voilà, c’est un truc parmi d’autres, quoi. C’est comme quand tu as créé un morceau de musique, tu n’as pas envie de le faire écouter sur un poste de merde à quelqu’un. Tu as plutôt envie de le faire écouter aux gens dans de bonnes conditions d’écoute pour le mettre le mieux en valeur possible. Et bah, c’est exactement la même chose.
C’est un peu le problème du mp3, non ? C’est du son compressé…
20Syl : Encore que pour moi, le débat mp3, wav, vinyle, et cætera, ne soit pas primordial, parce qu’aujourd’hui un mp3 compressé en 192 [NDRL : kbps], franchement, il faut vraiment avoir des oreilles de psychopathe pour capter la différence avec un wav, d’après moi. Et je pense qu’on pourrait piéger même des grands ingé. son, quoi, à moins d’avoir vraiment des écoutes très précises et cætera, mais… bon, le son est correct, la compression est de qualité. Même si tu vas jusqu’à du 320, tu retrouves des sons qui sons qui sont vraiment corrects. Ceci dit, pour moi, la seule frontière qu’il y a, c’est entre l’objet et la dématérialisation totale, c’est-à-dire qu’il y a un truc pour moi qui ne pourra pas mourir, c’est le vinyle, parce que les gens auront toujours envie de s’offrir de la musique et qu’il n’y a rien de plus beau que d’offrir un vinyle à quelqu’un quand tu lui offres de la musique. Je me vois mal offrir une clé USB ou… tu vois ? Avec le vinyle, tu as un vrai beau truc. Enfin… Moi, je kiffe offrir des vinyles à mes neveux qui ont 17 ans. Enfin, tu vois, à un moment donné, tu as aussi l’impression de leur amener de la culture, quoi, pas juste un produit de consommation.
Je comprends tout à fait et je continuerai bien cette conversation, mais puisque la montre tourne, on va comme même parler un peu de votre nouveau projet, puisque c’est l’objet initial de cet entretien.
20Syl et David (rires)

Donc, ce projet s’intitule 16 pièces, tu as aussi participé au graphisme de la pochette [NDRL : comme sur les précédents opus] ?
20Syl : Non, pas cette fois. Enfin… J’ai bien sur donné mon avis, mais c’est un collectif d’artistes nantais qui s’appelle LVL Studio, et qui se sont occupés de nous proposer ce concept sur l’idée du puzzle. Moi, je n’avais pas du tout pensé à ça. A la base, je leur avais dit que je voulais un délire autour du puzzle et ils sont partis sur cette idée de tangram japonais et j’ai trouvé ça terrible. Et toutes les déclinaisons qu’on peut en faire sont assez mortelles. Donc, voilà, on est parti à fond là-dessus.
Vous l’utilisez même en live… Donc la méthode de création graphique est différente pour ce projet. En ce qui concerne les modes de créations, par contre, ça a aussi changé ou vous avez continuez à faire les choses dans votre coin, en prenant votre temps et en travaillant les featurings à distance, par mail ?
20Syl : Oui, mais ça s’est fait en live comme même. Oxmo est venu chez moi. AKH, je suis allé à Marseille enregistrer. Et Alice Russell, on est allé enregistrer à Paris, chez un pote et la plupart des feat., à part avec les Procussions, ce sont faits en direct, quoi.
Ah ! C’est déjà une évolution par rapport aux précédents albums…
20Syl : Oui, bah, c’est vrai que quand on peut le faire, on le fait. Mais c’est vrai que quand c’est des gars qui sont à l’autre bout du monde, comme Fred Wesley ou des gars comme ça, c’était plus compliqué à mettre en place mais de toute manière, on essaie de concrétiser les choses sur scène. Donc Fred Wesley, on n’a pas lâché l’affaire : si, un jour, on arrive à le choper, on fait le morceau en live avec lui, quoi. (rires)
En revanche, au travers des 16 Pièces proposées, l’esprit « hip-hop positif » que vous avez toujours revendiqué est lui toujours présent. Toutefois, pensez-vous que le hip-hop instrumental, qui était votre marque de fabrique, est encore à l’heure actuelle une particularité, au su de ce que font Oxmo Puccino et les Jazz Bastards, Tumi & the Volume ou Rocé ?
20Syl : Ouais, ouais. Non, mais c’est vrai que c’est devenu quelque chose maintenant de naturel et de toute manière ça devrait l’être un peu partout même si je trouve complètement légitime l’idée de vouloir faire un truc avec des machines ou juste un DJ. Mais ça devrait être aussi naturel de faire un truc avec un guitariste et un batteur, quoi. Un moment, il y a eu une frontière assez dure où les rappeurs ne voulaient pas entendre parler de jouer avec un batteur ou un guitariste… Parce qu’il y avait un problème de communication aussi, je pense. Et dans l’autre sens, c’était la même chose.
… Ou un problème de connaissance de la musique
20Syl : Oui aussi, je pense. Et les zicos n’étaient pas trop chauds pour bosser avec des rappeurs, donc il a fallu des groupes qui montrent que c’était possible pour que ça donne aussi envie à d’autres, quoi, et c’est tant mieux. Je pense que c’est ce qui fait évoluer le truc. Maintenant, nous, notre particularité, je pense qu’elle ne se situe pas seulement là, quoi. On a ce mélange : cette manière d’aborder les thèmes, cette couleur musicale aussi qui est la particularité d’Hocus.
Alors justement, selon certains puristes du hip-hop, Hocus Pocus n’est pas du hip-hop. Aussi, en relisant vos anciennes interviews, je lisais que vous faisiez allusion à la chanson française, d’où la question de savoir, même si cela n’est qu’un jeu d’étiquettes, si finalement ce que vous faisiez n’était pas un renouveau de la chanson française, influencée par le hip-hop et nos influences générationnelles de trentenaires.
20Syl : Complètement ! Je pense qu’on peut dire que c’est de la chanson française influencée par le hip-hop et du hip-hop influencé par la chanson française. Ça marche vraiment dans les deux sens et quand on regarde le hip-hop aujourd’hui, tu vois des mecs comme Rocé ou des gars comme ça, pour moi, c’est la même chose, c’est-à-dire que… euh… à quel moment on peut se dire : « Hop ! Là, on est passé dans la chanson française » ? A partir du moment où on rappe, on dit des mots en français, on s’approprie cette langue. Alors est-ce que c’est parce que tu as un sample découplé ou un fat beat derrière, ou est-ce que c’est parce qu’il y a des scratchs ? Là tu prends l’album d’HP par exemple, si tu prends les ingrédients du hip-hop : regarde tous les albums de rap et de rap français qui sortent en ce moment et cites moi un album où il y a autant de scratchs que dans l’album d’Hocus Pocus ! Tu vois ? C’est des détails comme ça qui font qu’on se revendique aussi de ce truc là. C’est que pour nous, on a aussi les ingrédients et ce métissage musical, le recyclage avec les samples, d’aller chercher les influences et de les revendiquer : la soul, le funk et tout ça. Et en ça, on se sent en droit de se revendiquer hip-hop quelque part… même si ça reste une étiquette et que pour nous, ça n’est pas ce qui reste de plus important. Le plus important, c’est de faire de la musique, de partager les choses aussi avec les gens, de kiffer, tout simplement. Et voilà, mais c’est juste parce qu’à un moment donné, nous, on se pose… Moi, ma manière de travailler, elle est comme ça et voilà. Maintenant, je comprends que du fait qu’on soit devenu un peu plus populaire et que notre public ce soit élargi, qu’avec des morceaux comme « Smile », on ait donné une autre facette du truc, dans la tête des puristes, et je suis un puriste quelque part donc je sais très bien ce que les mecs se disent… euh… Et j’ai vu ce qui se dit sur les forums et cætera, et je comprends totalement ce truc là, c’est-à-dire qu’il y a des gars, à un moment donné, ils ont été leaders d’opinion sur Hocus Pocus, ça a été les premiers à écouter Hocus Pocus, les premiers maxis et ils se sont reconnus dans Hocus Pocus. Et à un moment donné, ils ont un peu perdu la main sur Hocus Pocus. C’est-à-dire que c’est un public vachement plus large qui s’est approprié le truc et que, eux, ils ne se sont plus sentis exclusifs sur le projet. Enfin, moi, je me permets d’analyser ça comme ça parce que c’est des choses que j’ai ressenti sur des groupes. Tu vois, un moment, je prends un extrême mais Black Eyed Peas… euh… J’écoutais leurs premiers albums, c’était de la grosse tuerie, voilà, et un moment donné, j’ai complètement lâché le truc.
Oui, quand Fergie a débarqué…
20 Syl et David (rires)

20 Syl : Voilà ! Bon… Et eux, il y a une vraie rupture musicale et quand tu écoutes leur dernier album, bon…On ne peut pas faire la comparaison pour moi et j’espère qu’on n’en est pas là. (rires) Mais ça peut être assimilé. Par exemple, Amy Winehouse, j’ai eu la même sensation, c’est-à-dire que, moi, l’album, je l’ai commandé en import… euh… je l’avais alors que personne ne connaissait, ?uestlove commençait à en parler sur ses blogs et moi j’étais à fond dessus… Les Dapkings, Mark Ronson et tout, c’était mortel. Et après, à partir du moment où c’est devenu plus un personnage qu’une artiste, et bah j’ai décroché… Alors que c’était la même musique. La musique, elle, n’avait pas changé mais juste que… voilà, du fait que tu perdes le truc qui t’appartient et que c’est ton petit truc à toi, tu as l’impression de le faire découvrir aux gens. Et puis d’un seul coup, tout le monde connaît… Je le lis un peu comme ça. Maintenant, je comprends que dans les textes et dans le flow et dans la manière d’aborder les choses, les gars trouvent que ce n’est pas assez brut et cætera mais… voilà.
Justement, sur le côté « gentil », il y a la chanson « J’ai le majeur qui me démange » qui est une façon de dire qu’on est aussi capable de lever le troisième doigt…
20Syl : Ouais, ouais
… Et du coup, je reviens sur le côté positif que j’énonçais précédemment. Là, finalement, les textes sont beaucoup plus sombres et plus sociaux, même, que les précédents albums.
20Syl : Ouais, mais ça c’est assez naturel, c’est-à-dire que moi, quand j’ai commencé à faire du rap, en 95, mes textes… euh… la politique, la société, je m’en foutais et pourtant j’étais fan de NTM, j’étais fan des trucs les plus hardcore qui existaient à l’époque, mais je ne lisais pas ça dans ces groupes là. Ce qui me faisait kiffé, c’était la vibe, les punchlines, l’énergie qu’il pouvait y avoir. Et quand j’écrivais mes textes, il n’y avait pas cette notion de social et cætera, même si j’avais des prod. mais je ne les analysais même pas : c’était du flow, quoi. Et aujourd’hui, j’ai trente ans : forcément, le monde qui m’entoure… Je suis vachement plus sensible à ce qui se passe. Et d’album en album, je pense que ça ira de plus en plus vers quelque chose de conscient, toujours avec cette envie de décalage, de dérision, d’autodérision, mais… c’est normal, quoi. C’est juste naturel dans l’évolution du groupe. On n’essaie pas de créer de rupture. On va juste à l’efficacité et puis au plus proche de notre personnalité, je pense, ouais.
Finalement, l’aspect sincère est en effet peut-être ce qui vous caractérise le plus…
20Syl : (approbation) Ouais, mais j’espère que tous ces mecs qui, sur Internet, ont la critique facile, j’espère aussi qu’ils percevront aussi tout ça. Et même en termes de flow, on en parlait avec des journalistes, j’ai souvent lu aussi « Ouais, 20Syl, il n’a pas de flow et cætera », alors que je sais pertinemment que c’est un des trucs que je maîtrise le plus. S’il y a un truc dans lequel je suis à l’aise, c’est le rythme. Et c’est ce que je disais : « je pense être un des rares rappeurs français qui pourrait écrire les partitions rythmiques de ses textes », tu vois ? Et moi, quand on me dit que je n’ai pas flow, c’est un truc qui me touche vraiment parce que, un moment donné, j’ai vraiment l’impression d’avoir un potentiel à ce niveau là que je maîtrise et que je choisis ou pas d’exploiter sur tel ou tel morceau parce que là, j’ai envie d’avoir le fond qui prenne le pas sur la forme et puis, sur un autre morceau, je vais avoir envie d’avoir la forme qui prend le pas sur le fond, quoi. Mais c’est vrai que parfois ça peut-être agaçant de lire des critiques où tu as l’impression que les gens n’ont pas compris et ne te connaissent pas finalement, quoi. Et c’est vrai que c’est souvent ça finalement. Ça va très vite.
D’ailleurs, par exemple, hier, tu as commencé par un slam sur le « 25/06 ». Pourquoi avoir parlé de la mort de Michael [Jackson] ? Pour le côté phénomène ou bien parce qu’il y a un avant et un après ?
20Syl : Ouais, c’est vrai qu’il y a un peu de ça mais c’est surtout le point de vue médiatique dont j’ai voulu parler. Bon… c’est vrai qu’au fil des interviews qu’on fait, ce qui ressort, c’est Michael Jackson, forcément, puisque je me sers des anecdotes autour de lui pour traiter ce thème là. Mais ce qui m’a vraiment intéresser dans ce morceau là, c’est de mettre en valeur à quel point un événement médiatique pouvait prendre le pas sur des informations essentielles et les occulter entièrement, quoi. Et ça nous fait poser des questions quant à la priorité de l’information… euh… Pourquoi, ce jour là, on n’a pas entendu parler de la révolution à Téhéran ? Pourquoi, ce jour là, on n’a pas entendu parler du retour de Nicolas Sarkozy en Guadeloupe ? Pourquoi, ce jour là, on n’a pas entendu parler des paysans qui vendent leur lait à perte ? Enfin, tu vois, un moment donné, il y a eu plein d’informations qui se sont faites occulter… Moi, c’est 24 heures, ce morceau, pas plus. L’analyse, elle est vraiment ce jour là. Je l’ai écrit le jour de la mort de Michael Jackson : du matin au soir, j’ai été devant internet, devant la télé et j’ai noté tout mon plan et mon développement, quoi, parce que… par trace, comme ça, je voyais le truc partir en vrille. Je me rendais compte que, de l’information, on était en train de passer à un outil marketing, quoi. Et c’est cette transformation là que j’ai ressentie flagrante ce jour-là et elle se reporte sur plein de choses. Là, en ce moment, sur l’histoire de l’identité nationale qui sert à occulter pas mal de licenciements, et cætera, une crise dont on a l’impression que c’est fini mais dans laquelle on est à fond, quoi… Enfin, voilà, c’est vraiment plus l’aspect médiatique que j’ai voulu traiter. C’est un peu la même chose dans « 100 Grammes de Peur ».
Oui, justement, je voulais revenir à ce titre et à une des phases : « on nous effet de serre »…
20Syl : Oui, tu vois, il y a des verbes qui sont inventés mais bon… On comprend : c’est ce climat dans lequel on met le citoyen, entre guillemets : le mec à qui on va dire : « C’est parce que tu laisses ton robinet ouvert quand tu te brosses les dents que la planète va mal », alors qu’à côté de ça, on laisse une industrie pétrolière déverser sa merde, on laisse des usines nucléaires rejeter leurs déchets en pleine mer et nous faire des simili Hiroshima au fond de l’océan en terme de radioactivité. Voilà, c’est juste ça que j’ai voulu dire par cette phrase: « Arrêtons de culpabiliser les gens et attaquons-nous aux vrais problèmes ».
Je vous remercie tous les deux pour ces éclaircissements. Et comme l’entretien touche à sa fin, j’aimerais que vous me disiez comment vous voyez cet album par rapport aux deux précédents ? J’ai, pour ma part, une impression de petit bilan… une sorte de synthèse.
David : Comme il dit, je crois que cet album, c’est les quatre derniers mois. Enfin… il l’a conçu en quatre mois. Bon… il y a une phase d’écriture, machin, mais c’est un résumé de choses qui se sont passées. Quand tu prends l’album, « 25/06 », c’était il y a bientôt un an…
20Syl : Après, tu prends « Papa », autour de nous, il y a des gens qui ont des enfants, donc fatalement tu as des questions qui viennent… euh… Après, tu as peut-être envie de faire des trucs qui… Je pense au doigt, c’est un morceau qui est un peu plus virulent que les autres et c’est aussi un petit pied de nez au truc et puis même de dire que même quand je veux être virulent, je n’y arrive pas parce que ce n’est pas moi, quoi. C’est ça je prends toujours des chemins détournés même quand je veux être hardcore, entre guillemets, même si ce n’est pas le but ici. Mais la seule envie quand on a commencé ce truc là, c’est d’y mettre de l’énergie, un peu plus d’énergie que dans Place 54 qui était un album qui n’était pas forcément évident à adapter sur scène, parce qu’il y avait beaucoup de morceaux assez calmes. Et là, on a eu envie d’un truc qui claquait un peu plus, voilà. C’est peut-être le seul truc. Là où je disais qu’on avait été un peu plus loin dans le côté hip-hop et un peu plus loin dans le côté jazzy, c’est parce qu’en effet, j’ai l’impression qu’on retrouve plus de sons un peu percutants et d’un autre côté, il y a des morceaux où on va encore plus loin, où on assume encore plus le côté jazz et tout. Donc voilà, il y a deux facettes qu’on a creusé un peu plus mais, en même temps, qui s’imbriquent, quoi.
Très bien. Pour finir, un petit mot sur la scène nantaise ? Il s’y passe de plus en plus de choses, entre le BIS, qui a bien fonctionné cette année, et les nombreux artistes locaux…
20Syl : Là, il y a une grosse structure qui arrive qui s’appelle La Fabrique où il va y avoir tout un pôle culturel, des salles de concerts,… qui est en train de se construire qui va être assez chant-mé. Et puis ouais, en termes d’artistes, il y a beaucoup de chose : il y a Smooth qui sortent leur album, Tribeqa aussi, Dajla qui a sorti le sien, qui continue de tourner, Elodie [NDRL : Rama] qui va sortir son maxi… Enfin, ouais, il y a plein, plein, plein de trucs qui arrivent. Gwen [NDRL : Delabar] aussi qui arrive avec son album. [NDRL: ces deux artistes sont en featuring sur 16 Pièces]… Enfin plein de choses. La Jam
David : Ouais La Jam aussi…
Et à quand cette communauté qui se réunit sur scène ?
20Syl : C’est vrai que c’est un truc que je kifferai : organiser une espèce de festival de notre famille musicale, quoi, ne serait-ce qu’avec les groupes qu’on a cité, il y a un truc à faire : une belle soirée, dans une salle un peu fat… Il y a moyen… Et puis je pense que si tu prends les fans de Dajla, de Smooth, d’HP, il y a déjà moyen de faire un truc sympa, quoi. Donc, voilà, quoi, ça c’est un truc auquel on pense en plus.
David : Il y a déjà eu des plateaux…
20Syl : … auxquels on n’a pas participé directement mais c’est quelque chose qui est faisable. Si possible, ne pas le faire à Nantes, quoi : d’amener le plateau nantais ailleurs.
Je vous remercie sincèrement pour tout. David, peut-être le mot de la fin ?
David : Ouh là (rires) euh… Merci au public, dont celui de La Cigale, hier. Paris, Formidable ! (rires) Non, non, vraiment à chaque fois, à Paris, c’est un plaisir. Cette date était vraiment cool. Et venez nous voir aux concerts.
Merci encore.
Propos recueillis et transcits par Arnaud Sorel pour 90bpm
* Le 17 février, La Cigale était complète, pleine d’un public déjà acquis à leur cause et à juste titre au vue de la performance livrée. Date spéciale également puisqu’elle tombait le jour anniversaire de 20Syl. Au programme : présentation du nouvel album. Et pour faire les choses comme il faut, Hocus Pocus ne s’épargne pas : 20Syl rappant au milieu de la foule et sautillant du côté cour au côté jardin, dynamique au possible, passage slam en introduction du nouveau titre « 25/06 », beatboxing de chacun des membres du groupe enregistré et mis en boucle par l’utilisation du sampler, moments de deejaying de DJ Greem et, même en duo avec 20Syl, jeu de lumières varié installant les ambiances adéquates, section cuivres puissante… Et en écho de cette débauche d’énergie, un public réactif qui s’est fendu d’une standing ovation non surfaite. Et ceci n’est qu’une esquisse ! En résumé, une date mémorable dont cette courte description invitera, je l’espère, à lever toute hésitation chez les plus sceptiques quant à la qualité scénique d’Hocus Pocus.
Live Pics / Olympia / de Mathieu Istil