Metronomy : "Un bon album doit pouvoir s'écouter en voiture"
On ne présente plus Metronomy. Non vraiment. Après être parvenu à placer son troisième LP “English Riviera” dans le top 5 des téléchargements de nos verts pâturages, Metronomy s’avère être une de ces pops élégantes que nous autres esthètes du savoir-écouter à la française savourons sans faim. Rencontre avec nos employés du mois, histoire de savoir ce que ça fait de vendre plus que M Pokora mais moins que Nolwenn Leroy.
En France l’album a été un gros succès, vous avez été dans le top 5 des téléchargements, English Riviera fonctionne presque mieux en France qu’en Angleterre… Vous aviez prévu un tel succès?
Gbenga Adelekan : Ouais. Enfin… Je suppose… Je pense que c’est parce qu’on a joué énormément de concerts, quand les concerts se passent bien, tu sens que l’album peut se placer correctement dans les charts. Et il y a un tas de gens cools qui ont répondu super positivement à notre musique…
Peut-être est-ce lié à votre conception de la pop? Laquelle est-ce d’ailleurs?
Gbenga Adelekan : Ho! Populaire… N’importe quelle forme, du moment qu’elle est populaire.
Joseph Mount : Ici en France, comme en Angleterre, vous êtes plus… L’Angleterre est fameuse pour les groupes, tels que Les Beatles, Arctic Monkeys (il semble lister avec de plus en plus de dégout, ndlr), BLUR (il le crache comme un mollard, ndlr)… En France, quoi qu’il y ait de connu, il y a quelque chose qui fait que vous êtes plus habitués à la musique électronique. Tu vois la France a vu naitre “Oxygen” de Jean Michel Jarre, qui est un album énorme. Vous êtes plus enclins à aimer la pop électronique…
Jean Michel Jarre reste un cas à part dans la musique Française, c’est un scientifique, il a été réputé pour être avant-gardiste mais ça n’est pas un prototype d’artiste populaire ici…
Joseph Mount : Oui ou Daft Punk si tu préfères. Ou Elli & Jacno avec cette chanson instrumentale “Rectangle”. Je pense qu’il y a une plus grande capacité à aimer cette musique ici, étant donné la richesse de votre passé. C’est pour ça que la première fois que nous sommes venus ici, le public ne nous a pas vu comme un groupe de Nu-Rave ou je ne sais quoi, mais juste comme un groupe.
Pourtant nous avons aussi la vilaine habitude de poser des étiquettes sur tout et n’importe quoi…
Jospeh Mount : Oui mais j’ai l’impression que ça reste plus vivable qu’en Angleterre. Je ne me sens pas catégorisé ici.
Oui, c’est un TOC de journaliste. Mais vous même, vous vous êtes vraiment senti partie intégrante de la scène Nu-Rave?
Joseph Mount : (il semble hésiter, ndlr) Non. Je crois juste que lorsque nous avons rencontré le succès, cette scène explosait donc on nous a collé là dedans sans trop réfléchir. Je ne crois pas que quiconque d’entre nous ait voulu être rattaché à tout ça. Nous, ou même d’autres groupes prétendus Nu-Rave.
Parlons rumeur. J’ai entendu que vous vouliez être remixé par David Guetta. Me trompe-je?
Joseph Mount : J’adore la controverse autour de cette histoire...
Pour nous qui devons nous farcir du David Guetta lorsque nous achetons du pain (j’aime rajouter quelque chose de franchouillard à mes interviews, ndlr), imaginer une association avec David Guetta parait démoniaque… Vous avez déjà écouté ce que fait cette personne?
Joseph Mount : (il rigole, ndlr) Oui et comme souvent ça a été sorti du contexte. La question était : “Par qui aimeriez vous être remixé?” et on me l’a posé tellement de fois que, cette fois-ci, j’ai voulu être honnête et j’ai répondu : “ quelqu’un de capable de faire une club version de mes chansons, comme Armand Van Helden, pour passer en radio, être joué en clubs”. Et j’ai fait un petit trait d’esprit en disant que tous les groupes dans l’indie aimeraient donner leur argent à David Guetta, pour avoir une énorme version club de leurs titres. C’est ce à quoi tout le monde aspire. Je vais me mettre tous les gens “cools” à dos avec cette histoire. Voila, David Guetta ne fait pas une musique que tu peux vraiment critiquer, analyser, mais le fait est, beaucoup de personnes l’adorent et tu ne peux pas débattre avec le public, donc… Et il est populaire en France. Peut être est-ce un ami du gouvernement? Ça peut être avantageux sur un plan fiscal…
Gbenga Adelekan : Et je crois que la plupart des gens se trompent sur le propos d’un remix. C’est comme si les gens se disaient que Paul Van Dyke remixant un titre de Beyonce, le fait parce qu’il a des affinités personnelles ou artistiques avec elle. Alors que si Paul Van Dyke la remixe c’est qu’il veut qu’elle soit connue des gens qui n’écoutent pas de R&B. Il n’est pas question d’approuver la musique de quelqu’un, mais de faire sortir sa musique d’un certain carcan. Et David Guetta est un bon outil pour devenir populaire.
C’est même quelqu’un qui tente de transformer son nom en marque… (quelques blagues de bon aloi plus tard) … est ce que c’est quelque chose qui vous fait rêver? Du moins qui vous intéresse?
Joseph Mount : il est déjà une marque si je ne m’abuse? La façon dont je vois David Guetta, il doit être quarantenaire désormais, il a été DJ, il a eu ces soirées Fuck Me I’M Famous, il a fait ça pendant des années. Et maintenant il semble ne plus apprécier ça autant qu’avant et il se dit merde, je vais utiliser mon succès, faire de mon nom une marque et l’utiliser pour faire du parfum… Ça doit être une des dernières choses qu’il est capable de faire. Liam Gallagher est en train de faire un truc similaire, il a sa propre marque. Mais c’est différent il s’agit de vêtements… A croire que c’est ainsi que vont les choses, n’est ce pas?
Pour finir la dessus, lui joue dans des stades, est ce que c’est quelque chose qui vous tente?
Anna Prior : Eh bien, on a joué dans un Colisée Romain…
Vraiment?
Joseph Mount : ouais, c’était génial. Nous avons joué a Nîmes. Dans les arènes. C’était incroyable. C’est comme un stade old fashioned. Mais pour en revenir au stade, tu sais, les salles dans lesquelles nous avons joué dernièrement ressemblent à des stades pour nous. Devant 2000 personnes, tu te sens ridicule… Mais je ne me suis jamais trop posé la question à vrai dire.
Gbenga Adelekan : Le fait est, ce genre de choses n’arrivent jamais en quelques nuits… C’est graduel et si nous y parvenons c’est que nous avons accompli énormément de choses qui le permettent. Maintenant, je crois que ça ne sert à rien d’y penser. Il y a tellement de scènes et d’étapes par lesquelles passer avant d’arriver dans un stade qu’on en discute même pas.
Et quel est votre meilleur souvenir sur scène?
Oscar Cash : J’ai vraiment aimé les arènes de Nimes. C’est tellement unique.
(Tout le monde semble approuver, ndlr)
Je n’ai pas eu la chance de vous voir sur scène présenter ce nouvel album mais pensez vous qu’il a été bien reçu par le public? Vous avez eu de bons échos?
Joseph Mount : Je crois que oui, j’ai l’impression.
Anna Prior : Quand on enregistrait l’album, avant même de l’avoir sorti on avait quelques retours assez mitigés quant à la traduction scénique de nos compositions. Je répondais : “ce sont de bonnes chansons, quand l’album sortira, vous verrez, vous danserez”. Et c’est le cas. C’est toujours super agréable d’entendre le public hurler “haaaaa” dès la première note.
Parce que Coreen ou The Bay semblent être bâties pour la scène mais le reste de l’album entretient un rapport plus intime avec le public. Comment on convertit ça sur scène ?
Joseph Mount : Oui, c’est pour ça qu’il y a certains titres qu’on ne joue pas en live. Du moins que nous n’avons pas encore joué. Il y a en ce moment une idée commune voulant qu’aller voir un groupe jouer ses titres en live est toujours mieux que de l’écouter simplement sur l’album. Les entendre sur scène apportera fatalement quelque chose par rapport à l’album. Après il y a quelques titres que nous adorerions jouer sur scène mais qui sont si intimes qu’on ne peut pas les traduire en live pour les transmettre à 1000 personnes en même temps.
C’est vrai. Mais par exemple, Grizzly Bear, sur scène, parvient dans un registre assez peu entrainant et très intime à maintenir un public éveillé pendant une heure et demi. Ça ne vous donne pas envie d’essayer?
Joseph Mount : Eh bien, on a la chance d’avoir trois albums maintenant. Et c’est vrai qu’on peut se permettre de mettre pas mal de titres de côté. Pour reprendre ton exemple, je crois que Grizzly Bear essaye avant tout de coller au son et au sentiment de l’album. Quand le public vient voir nos shows, il s’attend à quelque chose d’autre : voir un groupe en live, passer du bon temps et reproduire ce sentiment que tu peux avoir en night club. Le public vient nous voir pour s’amuser et je me vois pas dire : “asseyez-vous! Maintenant on va en jouer une plus lente!” . Ça pourrait ajouter quelque chose niveau authenticité cela dit…
J’aime écouter English Riviera en voiture. Et c’est encore mieux si je passe par un paysage côtier ou quelque chose du genre. Pour vous, quel est le meilleur endroit ou moment pour écouter cet album?
Joseph Mount : Le meilleur endroit? Tu veux dire en voiture?
Non non n’importe où.
Joseph Mount : Parce que je pense que cet album doit être effectivement bon quand tu conduis (il rigole, ndlr). Parce que tu sais, à une époque, je partageais un appartement avec ce type Mylo, qui était producteur et qui tenait un label. Et à chaque fois qu’il voulait tester un album il sortait de la maison, allait dans sa voiture (il rigole encore, ndlr), il passait l’album dans son autoradio et il conduisait autour du pâté de maison. Désormais, les gens doivent tester leur CD via des baffles 3D. Quoi qu’il en soit je crois que le meilleur moment pour écouter cet album est après une fête. Ou après avoir fait l’amour.
(tout le monde se gausse gaiement, ndlr)
Oscar et Gbenga Adelekan : Non, avant! (rigolade de bon aloi, ndlr)
J’ai d’ailleurs entendu que tu as composé “Nights Out”, quand tu étais ivre, en rentrant de pubs ou de fêtes diverses?
(rires, ndlr)
Joseph Mount : C’est vrai. Ce sont des chansons tristes que j’ai composé pendant une époque assez sauvage de ma vie, en rentrant de pubs assez tard. “Holliday” est un titre où ça s’entend particulièrement. Toutes les parties vocales ont été faites dans ma cuisine, tard, éméché et je devais chanter très doucement pour ne déranger personne. Et le lendemain quand j’écoutais ce que j’avais produit la veille, je me disais “wooohhooo !”. À l’époque j’habitais avec Oscar, nous rentrions tard et lorsque nous nous disions bonne nuit, on filait en fait dans nos chambres pour composer. C’était plutôt rigolo d’entendre, le lendemain, ce que l’on produisait dans ce schéma là. Pour être honnête c’était assez terrible.
English Riviera est-il l’album de la sobriété?
Joseph Mount : Ouais… (il semble hésitant, ndlr). C’est surtout que cette fois-ci nous avons payé un studio et nous ne voulions pas vraiment perdre de temps. Ça aurait été vraiment non productif que de travailler bourré.
(ils simulent un de leur titre “bourré”, ndlr)
Joseph Mount : C’est peut-être plus professionnel comme attitude.
Gbenga Adelekan : Tu penses? C’est juste que nous n’avons pas le même budget que Kanye West, trois millions de dollars à dépenser en studio, gâchés à “zoner” dedans, fumer de la dope… ou comme les Kings Of Leon à s’envoyer des montagnes de cocaïne… Bref, si tu as la chance, aujourd’hui, en tant que groupe, d’avoir accès au studio, tu auras un budget très serré et tu ne peux pas perdre de temps.
Joseph Mount : C’est assez ennuyeux mais c’est très vrai.
C’est vrai que ça sonne comme une activité professionnelle stricte et sérieuse, c’est le cas?
Joseph Mount : Non, mais c’est vrai que quand tu enregistres dans ta chambre, tu peux te permettre le luxe de rentrer bourré. Là, tu as des horaires, tu dois te rendre quelque part et travailler à heure fixe. Ça n’empêche pas d’y prendre plaisir, d’avoir un bon feeling en jouant. Donc oui, c’est plus professionnel, mais pas dans le sens de chiant, tu vois? J’entends que tu es plus productif.
Sur ce nouvel album on sent un rapprochement vers l’instrument. Quelle est ta relation avec la machine aujourd’hui?
Joseph Mount : Je continue à composer quelques trucs sur ordinateur.
Gbenga Adelekan : L’album a été entièrement enregistré sur programme.
Joseph Mount : Quoiqu’il en soit la machine fait partie intégrante de la musique, tu l’utilises automatiquement. C’est amusant parce qu’il y a eu un âge d’or pour ça et j’ai l’impression qu’aujourd’hui on repart vers l’inverse. Comme Jack White, qui enregistre dans un studio analogue d’époque. Je crois qu’il y a une sorte d’équilibre à respecter. Comme cette histoire d’autotune : dans les 80’s ils ont commencé à en poser les bases, mais c’était laborieux, assez fastidieux dans la procédure, aujourd’hui tu as juste besoin d’un logiciel et c’est parti. Finalement, de nos jours, on assiste à une simplification de tout ce qui a été fait. Donc oui, j’entretiens toujours un rapport assez proche avec l’ordinateur.
C’est assez curieux finalement cette idée de vous quatre composant chez vous, face à un ordinateur, vous envoyant les pistes via email et enregistrant dans un studio impersonnel. A l’écoute d’English Riviera, on sent quelque chose d’organique, l’album s’ouvre sur un cri de mouette… On vous imagine plutôt composant à quatre dans une même pièce avec une vue sur la mer...
Joseph Mount : À vrai dire, j’avais une photo d’océan en fond d’écran… Hahaha…
Donc il est bien question de mer… Et sur ce nouvel album, tu te sens plus producteur que songwritter, ou l’inverse?
Joseph Mount : (il hésite…) Bah, lorsque j’ai commencé à faire de la musique, je composais via ordinateur. Je pense qu’à l’époque je réfléchissais plus en terme de production que vraiment en terme de mélodies. Maintenant le ratio est plus moitié-moitié. Je pense autant à écrire des chansons qu’à la façon dont ça sonnera, ne jamais séparer les deux. Aujourd’hui, je ne pourrais plus travailler avec un producteur parce que j’ai toujours une idée très établie concernant la production. Ça vient peut-être de la manière dont j’ai commencé la musique : dans ma chambre, seul, avec un ordinateur. Ça t’apprend à élaborer une idée forte sur la façon dont ton morceau doit sonner.
Si ça n’est pas David Guetta, par qui aimeriez-vous être remixés? Ou peut-être juste produit? Brian Eno?
Joseph Mount : (il rigole, ndlr) Non, vraiment pas Brian Eno… (ça semble énormément amuser Gbenga, ndlr).
Gbenga Adelekan : J’adorerais avoir une conversation avec Brian Eno. Juste discuter avec lui.
Joseph Mount : Je crois que nous ne sommes pas tellement dans cette idée d’être accompagnés d’un producteur pop. Peut-être même plus attirés par un producteur hip hop qu’un producteur rock comme Paul Epworth.
Metronomy est en constante évolution, aucun album ne se ressemble. Avez-vous une idée de la silhouette du prochain?
Joseph Mount : Ouais. J’ai commencé à écrire quelques petites choses et à penser à quoi ça pourrait ressembler. Mais tu sais, à l’origine, je croyais qu’English Riviera serait plus long, et j’ai toujours cette idée d’un album excessivement long. Un album de 30 titres, très couteux à produire, avec beaucoup de gadgets de studio et d’electro dedans. Mais cette folie est juste un rêve. Donc le prochain album comportera… 10 titres (rires). J’ai quelques idées mais c’est trop tôt pour en parler. Il faudra deux ou trois ans avant que ça se produise. Seule certitude : il n’y aura pas Brian Eno.