Buckshot, figure emblématique de Blackmoon et de Duck Down, Freddo Starr, un des excités du groupe Onyx et Afu Ra, sage disciple de Jeru Tha Damaja. Tout trois en concerts à Paris. Ou plutôt en show-case conformément à l’appellation en vigueur. Aux Bains Douches à Paris, célèbre boîte de stars en paillette ou en toc. Plus de noirs en une soirées aux Bains qu’en une année. Enfin ça reste du beautiful people hiphopement mondain, de Cut Killer au B.O.S.S.
Accompagné de mon partner Etienne aka Broco Lee, nous rentrons avec le carton qui nous sert de sésame, quelque peu refroidit de n’avoir pas pu faire rentrer avec nous nos trois potes et connaissances, Rocé, JL et Rom1, la physionomiste ayant un peu hésité devant ma tchatche intensive ‘’ceux sont des rappeurs français, ils doivent voir Buckshot et Afu ra ce soir pour enregistrer un morceau ensemble’’, finalement elle me fait signe que non ça ne sera pas possible. J’enchaine le deuxième physio en changeant de stratégie’’ les trois mecs qui sont là bossent avec moi pour un site de hiphop, on doit faire l’interview d’Afu Ra et de Buckshot et ceux sont les traducteurs et photographes, sans eux je ne peux rien faire’’. Réponse lapidaire de ce gentil homme ‘’vous avez qu’à attendre sur le trottoir, vos rappeurs américains finiront par sortir de la boîte et vous pourrez les interviewer à ce moment là….’’Euh bon..manifestement c’était non..
Je retourne à l’intérieur. Dj LBR du Double H est aux platines. Je m’attends au pire car il a une forte tendance à succomber aux charmes vénéneux de DMX, Ja Rule et autres Ruff Ryderies. Entrecoupés de breakbeats AV8 (dont il est le représentant officiel en France) forts indigestes à haute teneur en ‘’push ‘em up, baby, push’em up’’ scandait par un Dj Kool exaspérant.
Mais ce soir la pression devait être un peu plus forte que d’habitude, un peu plus de fans de hiphop, un peu plus de old school timers, bref un peu plus de gars qui n’aiment pas être pris pour des cons. Dj LBR transpire donc un peu plus. Il enchaîne les morceaux mythiques de Group Home, Gangstarr, EPMD, Big L, du Dilated Peoples, une séléction somme toute très classique me direz vous, mais qui sonne ironiquemment très underground entre les mains de LBR. Passes passes impeccables, quelques scratches ça et là, on commence à se dire qu’on est bien là, entouré de fashion victims s’emoustillant sur cette musique sauvageonne.
Le naturel reprenant hélas trop souvent le dessus, LBR nous sort tout d’un coup ses propres breakbeats ‘’LBR Party time’’ et les choses se gâtent pour mes oreilles. Imaginez un breakbeat avec tous les tubes de DRE compressé en un morceau, entrecoupé de ‘’bounce baby bounce’’. LBR n’est même plus aux platines. Son breakbeat tourne et j’ai la nausée.

La musique s’arrète tout d’un coup. La scène se vide des danseurs. Le petit Buckshot se fraye un chemin à côté de moi et monte sur scène. L’instru de ‘’How many emcees’’ démarre, la poignée de connaisseurs qui s’entassent devant la scène hurle leur joie. Buckshot et ses deux backers comment à rapper ce titre classique. Buckshot. Petit mais terriblement charismatique. Le son est pourri, l’instru est deux fois plus forte que sa voix, on en serait presque réduit à lire sur ses lèvres….
Il enchaine ‘’I got cha opin’’’, puis ‘’Who got the props’’. Deux de mes morceaux hiphop favoris et indémodables. La foule hôche la tête mais la cinquantaine de déchainés connaissent les paroles presque par cœur. Une vraie énergie se dégage de la scène.
15 petites minutes et puis Buckshot s’en va.
Lui succède Freddo Star, nouvellement appelé Firestarr. Un des membres d’Onyx. Un de ceux que j’aurai le moins imaginé aux Bains faire un showcase. Petit, musclé, nerveux, embrassant sa croix avant de commencer son set, on sent que le gars ne fait pas du rap pour rigoler. Les instrus de ‘’Raise it up’’, ‘’throw ya guns’’ (je me suis quand même abstenu par décence intellectuel, de faire commee j’avais un gun à la main comme le faisaient mes voisins en criant ‘’po po po, hands up ‘cauz we droppin’ some shit’…. Retentissent, Freddo hurle à s’en casser les cordes vocales. Clou du spectacle, le public a droit au mythique ‘’Slam’’ qui a révélé Onyx en 93. Tout le monde se lâche et les ‘’slams, tut tut tut..’’ jaillissent de partout. Le backer de Freddo se jete à deux reprises dans le public, stressant lègérement les gars de la sécurité. Onyx n’a jamais fait dans la finesse lyricale mais sait comment faire bouger la foule. Mission reussie.
Enfin vient le tour d’Afu Ra, dont on a l’impression qu’il est la star de la soirée (le carton est à son effigie précisant que cette soirée est en l’honneur de la sortie de l’album d’Afu Ra…qui est sorti y’a un bout de temps quand même…..) Des dizaines de personnes portent un t-shirt Afu Ra, les gens l’acclament, bref la concécration….

Afu Ra suscite d’emblée la curiosité. Vétue d’une tenue colorée d’arts martiaux, il entre sur scène en effectuant des katas, sauts périlleux et coups de pieds retournés. Bienvenue dans le hiphop shaolin. Accompagné d’un emcee disciple vétu dans le même genre, Afu Ra enchaine ses derniers titres, celui où il est accompagné de Cocoa brovaz’, ‘’Defeat’’ ou encore ‘’equality’’. Mais l’habit ne faisant pas le rappeur, l’homme n’a pas la prestance de ces prédécesseurs. Il doit donc recourir au pire des artifices : balancer une instru à la mode pour relancer la sauce. ‘’Down for the count’’ tiré de l’album de Reflection Eternal sert donc de faire valoir et le public ne prête même plus attention aux lyrics d’Afu-Ra et de son compère. Il finit quand même pour mon bonheur personnel avec le morceau qui l’a fait découvrir ‘’Scientifical madness’’ tiré de l’album de Jeru. Instru classique de Dj Premier. On regrettait que Jeru ne soit pas là.
Les mini concerts se terminent. Déjà tiédit par le show d’Afu Ra, je refroidit carrément en entendant les sons qui sont censés faire bouger la foule……allez hop du DMX, du Ja Rule remix r’n’b baby….le tout plutôt mal mixé par une charmante demoiselle Dj Kaori, présentée comme une dj japonaise aux allures de geisha, membre du crew de Funkmaster Flex, Big Dawg….
Je préfere m’esquiver plutôt que de partir sur un trop mauvais souvenir et de soupirer à l’écoute de la sempiternelle série ragga ponctuée de ‘’Oh no. ..that girl…et autres Red Rateries cent fois éculées’’….
[01.02.00]
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