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Combien de temps dans le graffiti ?
Plus d’une décennie. J’ai commencé le graffiti à Belleville avec les autres. Je n’avais aucune culture graffiti ni artistique. On voulait tout niquer et on a trouvé un moyen d’expression. Au lieu de voler, de braquer ou de faire n’importe quoi, on tagguait.
Comment as-tu su que c’était fait pour toi ?
Le fait de voir mon nom partout : je m’appropriais la rue.
Au début, je recherchais mes limites. Je voulais aussi me créer une identité. Aujourd’hui, je trouve que c’est beaucoup plus intéressant de se consacrer au graff. Traîner dans la rue, ça va un moment mais ce n’est pas ce qui te fait manger. Arrive un moment où tu as d’autres priorités.
Ton activité actuelle ?
Je kiffe toujours tagguer sauvagement un peu partout (ur tous les supports possibles : métros , camionnettes , tunnels , par terre...). Mais, depuis quelque temps je me suis mis un peu plus au graff, tu dépasses tes limites différemment, de façon plus artistique. Je trouve que c’est beaucoup plus esthétique et j’ai envie de me consacrer plus à l’art. J’ai une certaine notoriété et il faut que j’en fasse quelque chose.
Tu n’ as pas peur d’être un jour vraiment stoppé ?
Bien sûr, j’y pense. Mais, je ne peux pas m’arrêter de vivre parce qu’il y a des lois. J’ai besoin de m’évader. J’ai besoin d’échapper à cette société. C’est mon état d’esprit. La tempête est encore plus forte mais peut-être que j’essaie de canaliser toute cette énergie négative : c’est de la rage. C’est existentiel. C’est le système que je n’arrive pas à intégrer. Peut-être aussi des problèmes affectifs…
Le graffiti, c’est une thérapie pour moi !
Et si le graffiti devenait légal ?
Pour moi, le graffiti est légal. Bien sur je connais les endroits qui les poussent à venir me réveiller le matin, alors je les évite. Mais sinon, il n’ y a aucune restriction.
Pour les sensations, le graff c’est pas encore ça. Mais rien que le fait d’avoir une bombe dans la main : la sensation je l’ai . Je peux penser des heures entières à repeindre un mur entier juste avec une couleur.
Le graff , c’est plus une activité concentré : on fait nos lettres, on remplit … c’est un peu limité, j’ai envie que ça débouche sur autre chose.
Un point de vue sur la scène graffiti en général ?
A une certaine époque, c’était bien ce qui se passait à Paris. Mais aujourd’hui , le mouvement s’est enfermé. La culture graffiti s’est perdu : pleins de jeunes qui peignent aujourd’hui le font sans repères, sans savoir ce qu’ils font. Il y a aussi de la répétition, alors qu’ il y a des milliers de chose à faire. Il faut se bouger le cul et je crois que chacun peut apporter un truc.
Concernant le graffiti en galerie, c’est un peu « Faites moi des beaux graffitis sur des toiles pour que je fasse de l’argent ». Ca n’est plus personnel comme démarche, c’est quelqu’un qui t’ordonne quelquechose. C’est une démarche marketing.
Tes influences dans le graffiti ?
Personne en particulier. J’ai baigné dans la old-school et c’est ce qui me plaît le plus : j’aime beaucoup COLT, JONONE , PSY entre autre. Sinon, ce qui se fait actuellement ne m’intéresse pas.
Inspirations autres que graffiti ?
Plein de choses : cinéma, musique, bouquins .. J’essaie de faire un melting-pot de tout. C’est difficile d’avoir des influences parce que tout peut t’influencer.
Un bon souvenir ?
Il y a beaucoup d’histoires à raconter. Tu les as mais il t’en faut toujours plus. Avoir une bombe et kiffer ça reste ancré en moi. Peu importe qu’il y ait des flics qui guettent ou que je sois en sursis, il faut que je kiffe.Ca me permet d’exister.

Une anecdote ?
Une histoire parmi tant d’autres, extraite de mon livre ! Une fois , j’étais en train de travailler dans le tunnel. Je vois qu'un métro passe et subitement la rame s’arrête. Les 3 chauffeurs descendent avec des bâtons dans le tunnel et commencent à vouloir m’attraper. Les mecs gueulaient après moi et étaient plutôt vener. J’ai commencé à tracer et je me suis caché derrière une niche grillagée un peu plus loin.. A peine à quelques mètres, je ferme la grille et les mecs passent juste devant moi, sans rien voir. S’ils s’arretaient, ils auraient pu me voir. Mais ils n’ont rien calculé et ont continué à marcher. Une fois éloignés de la grille, je suis sorti, je me suis positionné entre les deux ballastes et j’ai hurlé après eux. Ils ont sursautés en se retournant et ont commencé à me poursuivre, mais sans succès.
Mot de la fin ?
Je veux rester libre.
Dédicaces ?
Dédicaces aux 156 et aussi à mes collègues des CMP.
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