“En 1603, à l’orée de la période baroque, Jacob de Gheyn II, fils d’un graveur anversois, peint la première vanité de l’histoire de la peinture occidentale. Mis en scène comme un blason, jouant sur les effets de trompe-l’oeil, le tableau représente un crâne humain adulte posé dans une niche de bois sombre, face au spectateur. Le crâne sourit de toutes ses dents, moins cinq. À sa base, un amoncellement de pièces d’or et d’argent. (...) Quatre siècles plus tard, l’oeuvre d’art la plus chère jamais produite au monde est un crâne serti de diamants de l’artiste Damien Hirst. À l’autre extrémité du spectre, on peut déguster un plat de nouilles noires en forme de crânes pour le priux d’un CD de Grateful Dead en solde. Le crâne s’est métastasié, prolifère sur des vêtements, des accessoires, de la vaisselle, des bijoux en toc. À quoi correspond ce besoin de regarder, d’acheter, d’arborer, de fétichiser et même d’ingérer l’image de notre mort ? (...) La contemplation d’une vanité nous arrachera un soupir mélancolique, mais elle finira par nous ébranler et nous convaincre qu’il y a urgence à cueillir l’instant avant que celui-ci ne nous cueille pour de bon.” - Elisabeth Quin, in “Le Livre des Vanités”, 2008, Editions du Regard
Rétrospective photographique de l'exposition collective "