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Sakage Kronik / Le beat, le flow, les mots


Label : Sakage Kronik
Sortie : 01/2001

Si l'initiative est courageuse, le résultat n'est pas toujours convaincant. La trop grande homogéneité des beats et la linéarité des flows et des thèmes nuit à l'efficacité de l'ensemble. On regrettera notamment, à défaut de boucles frissonantes, l'utilisation un tantinet abusive de samples violons/pianos "à-la-mobb-deep", faussement mélancoliques (à l'exception notable de l'instru sur laquelle se pose Seul2Seul, belle ligne de piano grave et émouvante sans tomber dans le larmoyant).

Cependant plusieurs pépites se glissent ça et là et valent le détour.

Côté production, Toni Brio du groupe Balistic, sort du lot par ses beats bondissantsà l'image du réjouissant "J't'explique" pour son groupe. Les instrus sont relativement simples tout en étant efficaces et énergiques. Toni Brio et ses acolytes se distinguent par des flows parfaitement articulés, le verbe plein de malice "Même si ça bréchan/ on compte pas sombrer sans/ avoir sabrer le champagne avec nos sombres chants...".
Toni Brio, sous le pseudo de MTISS, montre d'ailleurs un talent certain pour l'improvisation " J'm'appelle pas Tekila, d'ailleurs je dédicace TTC/ Tu sais bien comme je repars, j'fais pas des trips de téci...".

Retrouvaille le temps d'un refrain et d'un couplet avec Leenie Brasco du groupe Apothéose (dont on entend plus trop parler depuis le réjouissant "Brascommercial"). Un grain de voix toujours aussi doux et captivant "Je ne vois rien de magnifique/ toujours les mêmesqui manient le flingue, et qui manient le fric/ Tout ça craint comme un ami flic/On veut rebondir sans trempoline/ parce qu'on étoufffe grave comme un asthmatique sans ventoline..."

Petite exclusivité avec le morceau "Gosses du trottoir" extrait du nouveau maxi du Comité de Brailleur (annonçant leur premier album "Métropolitaine poésie"), sur une l'instru surfant avec reussite sur la vague électro-funk du moment.

Les parisiens de Dyxlexie arrive dans le registre coup de pieds violent dans la fourmillière, crache son pessimisme urbain à l'encontre de la Bac et autre indésirables képis.
Lyrics poudre à canon et images glaçantes: "A toute la jeunesse en pétard/ A tout ceux qu'on le joint aggressif/A tous les keufs qu'on un pétard/ Et qu'on a rendu dépressif. pour eux c'est triste, en plus c'est la merde comme sous ta chaussure/ sur le terrain y'a des jeunes auch qui jouent aux chasseurs..."

Leader du hiphop psychédélique made in France, le trio parisien confirme son imparable sens de la prose sur une instru à contre pied de ce qu'ils font d'habitude.Tout au long de ce sample de flûte particulièrement sautillant, la meilleur instru d'Aickone, les trois lâchent un couplet brillant, Tekila poussant la chansonnette sur le refrain en adaptant sa diction aux plis et déliés du rythme du beat" On médite, on rédige dans l'urgence des rimes inédites/ on hésite, on écrit sur le tas nos péripéties/ on évite les épines, les aiguilles, on définit des planspour détruire les mc's". On regrettera simplement que ce morceau ne soit pas un solo de TTC car le mélange entre ceux-ci et les flows et textes de Sakage Kronike n'est guère concluant.

Duo se jouant de la morale, Tekilatex et Fuzzati partent en improvisation sur une instru dont l'idée de départ est géniale. Une simple caisse claire agrémentée d'exclamations " de Ho, Ha, Hé!" faits préalablement par nos deux compères en guise de samples...Hélas le mauvais mix du morceau ne rend pas bien compte de l'originalité de l'instru.Tekilatex, loin de sa verve habituelle et inspirée s'égare dans le choquant qui tache et fache "Fuzati, son vrai nom c'est Marc Dutroux, il a du goût, parce qu'il sélectionne bien les petits gamins, qu'il amène dans les égouts pour leurs faire des cochonneries..." pour continuer jm'en-foutiste, à coups de phases palotes. Fuzati s'en sort mieux, fidèle à son "non-flow", sa plume cynique fait mouche "Les mc's portent des baskets parce qu'ils savent que pour me froisser, ils peuvent toujours courir" et ravira ses fidèles.

Habitués des mix-tapes, Sheryo sert ici un couplet vindicatif tendance improvisation qui ravira les amateurs sans convaincre les autres. On découvre un Prodige en grande forme. L'apogée du morceau étant comme d'habitude l'apparition finale de Casey (à quand un maxi solo....!!!), Rage à peine contenue dans des lyrics au vitriol: "Si j'ai l'humeur mauvaise/ c'est que les mes grnads ensembles m'épuisent/ et que seul l'appui de mes proches m'apaise/ je veux ma revanche, ma vie fut trop de fois revêche/ et j'ai choisi le prêche pour que tout le monde le sache..."

Destinées à être l'antichambre de la relève underground française, les mix-tapes, qui ont la chance d'avoir une totale liberté et l'absence de contrainte, doivent surprendre l'auditeur et garder sa curiosité intacte du début à la fin. C'est le pari que reussit en partie cette mix-tape.
[14.03.03]


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