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Kroniker / Virus


Sortie : 01/2001

En plus d' une bonne intro, Virus échappe aux stéréotypes redondants de la street tape moyenne: entendez par la point de freestyle racailleux au rabais sur instru ultra grillée américaines mais de véritables morceaux sur productions locales (Steady, Dr Fudge...) ou face B US, prouvant que le Bordelais a du goût en matière d' arôme (de Cannibal Ox à Scaramanga), alternant les couleurs musicales; des samples de soul au rap ragga de Bilen en passant par un hiphop futuriste des plus aboutis.

C'est donc tout naturellement que le label Kérozen incarnant on ne peut mieux cette scène avant gardiste francaise, est invité au grand complet notamment pour un "Fuck Sky" en deux temps, tournant en dérision (c' est un euphémisme) Fred, l' animateur de planète rap, l'alchimie entre le débit incisif de James Delleck et le rap nonchalant de Hustla (Le Jouage et Grems aka Supermicro) baladant leurs rimes habiles sur le beat fonctionnant à merveille ("Mais t' es en transe en fait/ comme la France en fete lors d' un matche de foot"); La Caution, sur une production immatriculée Dawan (proche d'Assassin), accompagnée de Saphyr le joaillier (L'un des Cautionneurs avec Izno et 16s64), confirme son statut d' esthète de la rime (Nikkfurie- "Ma gueule dans un photomaton/ montre aux matons/ qu' c' est l' automatisme/ de m' vouloir en cage par un juge devant lequel je n' peux lacher que des onomatopées") tandis que TTC pour Big Dada atteint un niveau de sordité égalant Necro ou Cage dans leurs plus beaux jours, sur l'instru d'un remix de Blackalicious par EL-P.

Mais les ressortissants du sud ouest sont loin d' être en reste et la face A (certainement la plus attractive) met en exergue les talents de lyriciste hors pair d' un Sept très en verve ("mais avant qu'un père t' explique/ un flic quitte son imper et t' nique"), Uzer et Irak sur un pamphlet étatique "M4" des plus poignants, le freestyle menacant de la Psycatrice, accréditée de punchlines assassines ("On vise personne les cons s' reconnaissent/ c" est comme le x beaucoup ont le manche mais peu de khos connaissent") ou encore l'étonnant Booba Boobsa sur une production envoûtante teintée d'africanisme du bordelais Steady. La petite déception revient au duo pro-provincial, Al & Adil el Kabir (dont le ep "A force de tourner en rond" avait laissé espérer de bien belles choses), avec un "Maximum de prose" affublé d' un intrumental Xzibit (le morceau "X" produit par Dre) assez saoûlant (à consommer donc modérément)

Aussi, la face B est loin d'être dénuée d' intérêt, D'Oz, décidément en grande forme, y dévoilant sa polyvalence en improvisant (à jeun?) de manière assez inspirée ("ici c' est Mérignac attention/ videur de bouteilles de cognac ou d' armagnac y' a pas de prétention") aux cotés de Dabaaz et Blackboul toujours aussi frais et son talent de Storyteller aux cotés de sa clique élargie (Don Argentino, El Ness, Sept...) sur un "Fiction/ Réalité" des plus réussis, pour conclure la tape en s' essayant sur une production el-pienne (toute proportion gardée ;-)) sur "3070" remake de Deltron 3030 à la sauce bordelaise, après avoir accompagné les vindicatifs Anfalsch (Sheryo,Casey,Prodige).

En fait comme tout bon vin, Virus tire sa force d' une saveur originale, ne privilégiant pas les têtes d'affiche les plus tendances mais un subtil coktail d' artistes dont la mise en valeur radiophonique n'est pas toujours à la hauteur de leur talent ( Hustla,Sept...) rappelant par la même occasion que le hiphop ne se réduit pas au microcosme Paris-Marseille.

Rafraichissant.
[14.03.03]


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