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Label : Co2 activity Sortie : 01/2002
On passera rapidement sur les quelques faiblesses du tracklisting, le morceau de Sniper, celui de Starflam ou de Face Nord. D'autres morceaux sont plus en demi-teintes, demi-succès dira t-on. Kesto de la Medina lyonnaise a un réel talent d'écriture "C'est l'extase je suis un artiste anticonformiste, un ultrafondamentaliste, notes mon nom sur la tienne, j'apprends et j'enseignes, j'balances mes rimes à l'ancienne" que ne met guère en valeur l'instru indolente et répétitive de Fabio. Eloquence et JL pourtant deux trés bons rappeurs aux flows réjouissants font un morceau "Anti" qui rappelle le "J'aime pas" de Diam's et Sniper sur What's the Flavor 2. Moins convaincant que leurs prestations aux côtés de Disiz ou Rocé. Staff du Vice et surtout Nespounta (qu'on avait vu sur Quality Street 1 sous le nom T'Menick avec Fabio) renchérissent de phases provocantes à l'humour grinçant souvent bien vues ("Un maxi, une mix-tape sont sorties, de la merde on est pas sorties, on y reste si c'est pour finir comme Corti...On nous demande eh les mecs votre imagination s'use t-elle? c'est comme si on te demande eh mec ta mère suce t-elle? Irrespectueux hein?, mais ça rajoute du piquant..."), dommage que le refrain irrite vite.
Quelques joyaux valent à eux seules l'achat de cette mix-tape. Morceaux rappés d'abord avec Efay (du groupe Légitimie Processus) qui avec déjà posé son "Enlever la haine" sur la compilation "l'Armée des ombres". Mais les couplets engagés de cet mc à la diction limpide prennent une toute autre ampleur grâce à la production de ParaOne, agrémentées du featuring de NOB des Rootsneg, deux coeurs en colère pour un plaidoyer anti-colonialiste, sincère sur le regard que les antillais portent sur l'attitude de la France à leur égard. Efay dynamite un certain discours fataliste, récurent ça et là dans le rap français, pour un appel à l'union et à la réconciliation.
Derrière une austérité de facade, Dune composé de Nelson et Mahony, un temps signé sur Nouvelle Donne posent un texte là encore étonnamment loin des conventions narcissiques " où dois je mette le cap, aies-je bien le don au fond d'oam, peut être ouais même si le mien n'a rien de grandiose, il faut de tout pour faire un monde chacun de nous le compose". Sincérité inhabituelle et salutaire ponctuée d'un refrain scandé par Siupaman au timbre ragga "Rien n'est éternel ici bas tu le sais, ni la maille, ni les tass ni ce putain de succès". Le beat s'accèlére sur une pulsion hypnotique autour de quelques notes de piano. Des voix font les coeurs en philigrammes, quasi imperceptibles, presque féeriques.
Le meilleur morceau de la mix-tape est un grand morceau de rap français tout simplement, et on espère que sa carrière sortira du carcan forcément restreint relatif à ce support. Sept à la stature des meilleurs lyricistes. Un Mc à la notoriétè trop confidentielle au regard d'une écriture cisellée à la quasi perfection, une véhemence qui ne se résume jamais à de simples phases tapes à l'oeil. Le propos acerbe et aussi acéré que son timbre est grave, tellement de mots en une seule respiration que l'on réecoute sans cesse ses paroles pour mieux en comprendre le sens."Je n'ai ni une anatomie d'athlète ni une vie d'ascète, ne me passes pas le cromi, moins j'ravale ma phobie plus j'vomi d'arrète, comme l'insomnie sans cigarettes je m'consume, je poursuis ma quète sur cette planête comme cette plaquette qu'on fume". La conscience hantée d'un pessimisme urbain."En développant nos vices à l'excès, ça nous rend autiste, fossile égoiste, en isolement dans nos villes trop tristes". Plus intelligible au premier abord, Iris possède aussi cette dextérité linguistique pleines de consonances: "Moi et le temps, c'est pas compatible et c'est pas le tout, les mots comme thérapie, un terrain pour imager le parcours.....C'est la qu'on poursuit pour seul salut l'instant, salaud d'instinct de survie, ça nous laisse le temps de sceller les forces, s'élancent Iris, ParaOne le Sept, c'est lorsque l'on aditionnent les sommes que ça met l'osmose.". Il faudrait tout retranscrire tellement les couplets des deux protagonistes se complètent, déconcertants de fluidité et de poésie. Chose rare, un petit clin d'oeil d'un Para, tout à fait à l'aise, venu se poser sur les dernières mesures.
Déjà sortie en face B du maxi Quality Street l'été dernier, on retrouve avec plaisir, "Assocation de gens normals", une sorte de suite ébourrifante d'audace et d'humour à "Association de dingos', sur Quality Street 1. Svinkels et TTC, association déroutante de mc's aux styles bien différents, avec pour grand point commun celui d'être une bande d'exilés d'un asile psychiatrique virtuel que pourrait être le rap français formaté. "Certains repètent que notre hiphop est conceptuel, nos flows expérimentaux, et nos sons extèmes, on s'en fout, ceux sont les autres qui sont fous...". La troupe de joyeux lurons se régale sur une instru de ParaOne, qui montre une fois de plus la versatilité de son talent sur ce sample accéléré de jazz, un saxophone enjoué qui cadence le tout d'un air débonnaire. Le bonheur.
Le ragga est mis à l'honneur avec brio et efficacité. Le futur maxi extrait de la mix-tape invite Dragon Davy, Shadness et Habib pour un freestyle one-shot ragga qui reprend la même instru, qui n'a pas vieillit d'un poil, sur laquelle s'était déjà posé Roll-K sur Quality Street 1. Les paroles freestyle ne sont pas transcendantes mais l'ambiance électrique dégagée par les toasters, surtout lors du refrain, font de ce morceau le dancehall shot par excellence. Un sentiment d'euphorie nous envahi, la boîte à rythme saccadée des riddim ragga est ici ponctuée de fantaisies électroniques. L'on retrouvera les mêmes poses vocales et félines, le même genre de riffs incandescents sur un autre morceau, celui de Chronikal, Ninja Ford et Black A.P, jamaicains venus poser le temps d'un passage à Paris.
Guitare andalouse, aux accents plaintifs pour Heartical dans un style mi rappé mi toasté. Invocations rageuses, quatre siècles de malaise esclavagiste évoqués là aussi à leur façon, fustigeant Babylone, et les appels à l'aide de l'Afrique auxquels l'Occident fait la sourde oreille. "malheureusement nous sommes nés à Babylone, conditionnés par Babylone, ce système nous emprisonne...Nous demandons le respect, l'égalité de nos droits.....un peu de reconnaissance avant que l'on ne pardonne, libre est ce que nous le sommes?". Autre harmonie entre rap et ragga, mais bien plus énergique et hardcore, la combinaison entre Soklak, révélé sur Quality Street 1 et Buru Banton, un jamaïcain, père spirituel musical d'un grande nombre de toasters. Banton irradie le morceau de l'ampleur du coffre de sa voix. Soklak, aussi tonitruant soit-il, à du mal à maintenir la cadence éffrénée imposée par son compère d'un instant. Bien plus à l'aise, on reste dérouté par la prestation de Soklak sur une instru de L-Fudge, une poignée de seconde à la fin de la Face b, extrait d'un freestyle sur Bum Rush.
Mais la vraie découverte ragga de la mix-tape (et de l'année) est Lyricson, dont le titre "Seeking for a better future" était également présent sur le maxi Quality Street. L'instru rappelle l'esprit des Fugees, une berçeuse de guitare ponctuée de tam-tam, qui fleure bon l'été et le soleil. Avaleur de mots, timbre doux et mélodieux tout en accélération, Lyricson, qui a tourné avec Assassin et Manu Chao, est sans aucun doute le grand espoir du ragga français même s'il toaste ici en anglais.
Les amateurs de reggae aimeront le seul morceau reggae-roots (la basse, la batterie et le clavier créant une mélodie imprégnée du fameux "Night Nurse" de Gregory Isaac) qui met à l'honneur le collectif 109 (qui n'existe plus), regroupant des groupes de Montreuil comme Kaliman, Dreada Vibes, Manu de Baobab, ainsi que Daniel Ray. Chanté en français, en anglais et en wolof (pour Habib de Kaliman), l'Afrique, continent pauvre assis sur tant de richesses, se retrouve une fois encore au coeur des textes: " ne vois tu pas nos frère renoi en Africa qui pour un peu de CFA feraient n'importe quoi, je ne comprend pas pourtant le sol est riche là-bas".
Mix-tape de ce début d'année, on a déjà hâte d'écouter le troisième volume, car le trio du Co2 a su trouver, malgré quelques baisses de régime ça et là, la formule secrète pour nous faire découvrir des talents méconnus en rap comme en ragga. Pour ceux qui sont déjà conquis, sachez qu' Iris, Soklak et Sept préparent actuellement un maxi 4 titres produit par ParaOne.
Chroniqué par Qratch Machine pour 90bpm.com [14.03.03]
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