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Antipop Consortium / The Ends Against The Middle


Label : Anti-Pop Consortium
Sortie : 01/2003


Non, plutôt une expérience à part entière. Sous le sigle A.P.C., on décèle une véritable quête musicale active qui s?apparenterait presque à de la recherche sur le bruit, sur la musique et son environnement social et urbain. D?ailleurs rien que le nom Anti-Pop Consortium (un collectif contre le pop, c?est-à-dire contre la vacuité musicale) révèle une volonté d?élaborer un projet qui fasse sens. Fatigué de la même pitance servie et resservie par les grandes majors hiphop, le trio new yorkais (en réalité quatuor avec E. Blaize qui s?occupe de l?arrangement final des productions concoctées par les mcs producteurs Priest, Sayyid et Beans) a décidé depuis 1997 de faire leur propre son puisque aucun ne leur convenait. Les agents pertubateurs se posent en alternative créative. A l?écoute de leurs morceaux, le groupe nous force à reconsidérer plus attentivement le bruit qui nous entoure quotidiennement : le " white noise " comme l?a défini Don Delillo dans un roman éponyme : un amas de sons et d?information qui ne sont plus qu?un décor et dont on ne prête plus guère attention. A.P.C manipule ces sons (industriels, électroniques, consuméristes : un peu notre vie) les broie, les recompose ; et en tire un puzzle bancal qui aiguise notre curiosité et gratifie notre intérêt en nous pointant du bout du disque ce que nous ne savons plus écouter seulement entendre passivement.

Plus important encore et où il faut vraiment être encore plus attentif : les paroles qui constituent la substantifique moelle de leurs productions. Elles ne remplissent ni ne décorent la musique. Il y a un réel travail d?écriture assez proche du slam (d?ailleurs les trois mcs ont fait connaissance au Nyorican Theatre, la mecque du slam). Se laissant divaguer au gré de métaphores et autres allégories, Beans, Sayyid et Priest délivrent chacun à leur manière et tout aussi efficacement un flot staccato de paroles dans un flow fluide et rythmé.

Après le très remarqué et déjà historique premier album, ?Tragic Epilogue? et un import japonais " Shopping Carts Crashing ", A.P.C pousse leur vice encore un peu plus loin pour notre plus grand plaisir et sort un mini album de sept morceaux. Initialement baptisé " Tri-Pinnacle " (le pinacle étant la partie la plus élevée d?un édifice), " The Ends Against The Middle " examine les limites, les frontières qui séparent la musique du son et du bruit, la mélodie du bruitisme. A.P.C teste son auditeur, le promène au fil des morceaux, l?invite à réaximiner ce qui fait un beat, ce qu?est un rythme et l?initie à leur travail de construction/destructuration sonore. A.P.C. teste encore plus son auditeur lors des instrumentaux qui pourraient bien en rebuter plus d?un. Mais nous devrions tous y jeter un petit coup d?oreille tout de même. Ne serait-ce pour la magistrale démonstration de l?habilité d?A.P.C. à distordre et contorsionner les ondes et les fréquences sonores pour enfin les ordonner en beats. Ne serait-ce pour la magistrale démonstration de leur maîtrise des mots assez souvent rimés et toujours très imagés. Et puis le design de la pochette réalisé par Beans est terrible.

Une question demeure : comment et surtout où placer A.P.C ? Avant-gardiste, post-moderne, à contre courant, ou tout simplement partout et nulle part dans leur propre monde dystopique. Atypiquement Anti-Pop et typiquement Pro-Hip-Hop.
[14.03.03]


http://www.90bpm.com/