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Triptik / Microphonorama


Label : Concilium/Next music
Sortie : 01/2002

L'album dans sa totalité est une ôde au hiphop, comme en témoigne la présence des "entractes" (sortes d' interludes) que ce soit par la démonstration de Dj Pone (Double H) sur un breakbeat que Qbert n'aurait pas renié, le freestyle cocasse des deux mcs sur un beat scratché par Dj Damage (HH) dans le registre jazzy qu'il affectionne tant où encore l'étonnant acapella de Dabaaz sur caisse claire minimaliste prouvant aux détracteurs que "le mc blanc grand comme un allemand" a plus d' une corde vocale à son arc. Après l' entrainante "introview" de Cut Killer évadé de Bum Rush (reprenant l' instrumentale du maxi "Interview"), Triptik kidnappe le tube de l' été pour le dancefloor mais néanmoins racé "Bouge tes cheveux".
L'étonnant "America", sur fond de guitares western, sur lequel Blackboul et Dabaaz expriment leur opinion mitigée sur l'hégémonie américaine, parfaitement résumée sur le refrain, constitue une réelle surprise, réfléchi sans tomber pour autant dans le cliché éculé et démago. A l'inverse "Star system" n'en est pas une, puisqu' étant tirée du maxi éponyme, mais demeure cependant sans doute le meilleur morceau de l'album, la production jouissive de Drixxxé mettant en exergue le talent lyrical de nos deux mcs non dénués d' humour notamment sur le virus de la promotion canapé qui sévit dans l' industrie du disque ("Tournes jamais le dos a Pierre, Paul ou Richard/ Sinon ils te la feront à l' envers dans la boite a Suchard"); un coup de génie précédant l'autre maxi non moins fameux "Le piège", meilleure réponse possible aux faussaires Blahzay Blahzay, basse assourdissante, saxo retentissant démontrant encore une fois que Drixxxé est un artiste du sampleur à part entière, et inscrivant par la même occasion Bordeaux sur le panorama hiphopologique francais, en la présence de l' excellent lyriciste D'Oz de Kroniker, rimant comme il respire: "On décrit ce qui se passe la relecture de nos vers fait peur/ tu l' oublies dans ton whisky glace et dans ce joint a la mixture grasse que tu roules tous les 3/4 d' heure"

Succédant à l' inévitable hymne antiwack (et oui c' est aussi ça Triptik) "On baigne dans le faux", se glisse une once de nostalgie avec le jazzy "Paname" ("Entre les cultures on slalome/ dans les quartiers feujes shalom/ Maleikoum salam a Barbès/ Loukoum Kebab aux Abbesses") aussi laid back que le soulful "Quart de siècle". Après la capitale, c' est à nouveau au tour
de la province d' être mise à l'honneur, Annecy en particulier, par le biais d' un Moudjad hilarant évadé de la Ménagerie aux côtés d'un Dabaaz, storyteller a bout de souffle, pour une fiction "Panik" des plus surprenantes."Je dévale la montagne elle crache des pierres qui pètent mon pare brise/ j'm'en bats les wèps j' ai ni vignette ni carte grise".

Diam's confirme son époustouflante technicité, pour un texte spécialement dédié aux mcs et à l'éternelle contrainte des 16 mesures, énoncant le "décompte" de la fin d' un album parachevé par l' entracte, certes anecdotique, mais révélant néanmoins un Asco affuté (Bunzen) et un Treyz l'affreux (signé sur le label Fuck Dat de Disiz) toujours au bord de l'agonie verbale. Le bonus track "J'rappe" assez éloquent quant à l' engouement procuré par la séquestration du microphone, n'est en fait que la face B du maxi "Le piège". "J'rappe pas pour les dollars ni pour essuyer des molards/ Mais pour donner de l' air aux tolards et bouger ta graisse gros lard".

Aux détracteurs déplorant l' absence de thèmes conscients, on répondra qu'"America" et "Star system" traitent de sujets pertinents dans une optique certes différente qu'à l'accoutumée, mais jamais de manière légère. A défaut de ne pas disposer de réelle ligne conductrice, et d'écarter les thèmes moralisateurs maintes fois ressassés dans le rap francais (auxquels Dabaaz répondra volontiers :"si c' est la merde alors change la"), Triptik, des entractes innovantes à une vision différente du hiphop, en passant par la subtilité de la pochette fort sympathique dessinée par Dabaaz (qui s' ouvre comme un triptique!) , démontre qu'riginalité et qualité se doivent de rimer dans un hiphop aussi asthmatique que Dabaaz sans ventoline. Un élan de fraîcheur venu oxygéner cette période de pénurie française.
[20.03.03]


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