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Sages poètes de la rue / Après l orageLabel : BMG Sortie : 01/2002 Un retour annoncé par le premier maxi énervé "Masters", nos poètes urbains s'autoproclamant maitres de l' arène rapologique, pour un égotrip secouant : "Tout le monde invite Dany Dan sur son album/ Car ma présence donne au track comme une cure de calcium/ Il n' est pas dit que j' accepte ton offre/ Mais si je touche en dessous de 4 zéros mon manager perd son job" (Dany Dan) Aussi, c' est avec un enthousiasme non dissimulé que s'opèrent les retrouvailles avec le débit de Dany Dan que l' on sent encore plus accrocheur et affuté, la voix mièvre du débonnaire Melopheelo et un Zoxea toujours aussi ahurissant d' acrobaties verbales et respectueux de la gente féminine sur le jouissif, dans tous les sens du terme, "Veux tu coucher?" ; dont le thème et la production rebondissante de Madizm (4 My people) basée sur des touches téléphoniques n' est pas sans rappeler le remuant "Au téléphone" de ce même Zoxea, qu' on sentait néanmoins un brin moins salace, sur le ep de Triptik : "Je lui ai montré ce que j' avais dans le bide/ Quand t' as craché l' encre/ Mais pas celle que j' avais dans le bic/ pour le reste ca s' est fini dans le lit a 10/ pour les prénoms mesdames m' en voulez pas si j' en ai oublié la liste" C'est d'ailleurs sans surprise que cette adulation pour le sexe opposé se révèle récurrente, notamment sur l' étonnant "No one to care" aux relents soul, rappelant cette influence musicale noire, chère aux Sages Po', nous narrant les désillusions connues avec leurs compagnes d' un temps. De même, sur "Tout le monde fait Oh!" , ode aux racolages a tout va, remake bounce de "Soirée de Guedin" reprenant un riddim de Chaka Demus version Akhénaton, qui se cantonne au rôle de producteur habituellement réservé à un Melopheelo faisant ici preuve d' une technicité que beaucoup ne lui connaissaient pas. Un Melopheelo qu'on retrouve à la production du tube dancefloor en puissance de l' album: "Les gangsters boivent àl' oeil" pourvu d' un sample de Madonna, n' en déplaise aux puristes, fort efficace malgré le refrain glamour de Gary "Mudbone" Cooper dont on se serait volontiers dispensé. Mais si les Sages pozoézets représentent bien sur ce rap festif et pacifiste, ces derniers ne se privent pas pour mettre les points sur les i, aux cotés de Kool shen et Nysay (Salif & EXS leurs acolytes du Beat 2 Boul), en l' occurrence sur "Thugs". La encore, la caisse tonitruante de Secundoauteur d'un son funky toujours accompagné de cette connotation soul sporadique, n'a pas son pareil pour illustrer les propos incandescents de nos protagonistes boulonais, Dany Dan y étant encore une fois auteur de phases plus folles les unes que les autres: "J' veux faire des tubes et des thunes/ des pubs et des unes/ marre des stups et des prunes/ gratte ma feuille et te fume/ trouve moi saoul sur le bitume/ au mic sans aucune lacune/ suant des burnes puant la brune/ chaque soir sous la plume ou la lune/ mes lascars chopent des putes ou des rhumes/ j'suis la mais tu ne peux pas me voir/ mon seul but est la thune/ marquer l' histoire au cul de chacune", au même titre que les violons de "Comment tu veux que j' taffe?" quant à la narration de rue de Zilizo accompagnée pour l' occasion de l' illustre inconnu Safir. Sans oublier "Coup de gueule" au titre assez éloquent quant à l' exaspération envers les médisants du rap, bavures et autres pollutions psychologiques ressenties par ceux-ci. Mais là où l'évolution se fait la plus marquée, c' est clairement sur le plan musical, et c'est sans doute là le point le plus regrettable, le trio faisant appel à des productions plus synthétiques au détriment d' un son inéluctablement moins racé et chaleureux. Aussi, c'est plutôt lorsque la mélodie se fait plus organique que l'on retrouve l' irrésistibilité des anciens morceaux de ravoure, les sons électrisants et hypnotiques (caractéristiques de la marque de fabrique Beat 2 Boul) ,de Gutsy, (des Rieurs voisins boulonais du Square) rythmant la flûte marrante, à bout de souffle sur la fin, de "Après l' orage", mais ne renouant pas tout a fait les liens avec l' époque bénie malgré un certain charme. C' est cependant avec un malin plaisir, que l' on découvre "Oublie moi", appuyé par un joyeux sample de série B, rappelant "L' arnaque" (du second ep Beat 2 Boul "Dans la ville"), les trois briscards nous contant, avec une fraîcheur narrative et un lexique bien à eux, les mésaventures rencontrées avec une drôle de cyberblonde aux seins percés... C' est en fait à l'épilogue de l'opus, qu' il faudra compter ressentir la chaleur d' autrefois, dans le riff de guitare acoustique de "Lecon de vie" en l'occurence (néanmoins toujours soutenue par cette caisse claquante si chère à Dany Dan), dont la légère boucle de synthé s'élevant sur le refrain fait planer la volupté de la verve insouciante du trio pacificateur, auteurs d' un joli texte sur la solidarité que l' on sent quelque peu naif. Mais n' est-ce pas la finalement ce qui fait tout le charme du groupe? "Qu' est ce que tu connais sur le charité?/ Rien des fois j' ai honte en pensant a mes chèques et mes Marithée/ Mais qu' est-ce que la qualité d' un tissu/ Quand on sait que celui qui l' a tissé/ N' a que l' enfer comme issue" Alors évidemment "Après l' orage" est loin d' être mauvais bien au contraire. Il est même très bon au vu des sorties francaises actuelles et le niveau des mcs toujours aussi rageurs n'est pas à blamer, mais il reste cependant un arrière goût de déception dans les oreilles notamment au regard de la mélodie d' autrefois... Ou est passé la magie de "Ma parole" ou "On inonde les ondes"?On ne peut néanmoins que se réjouir de l' énergie, de la positivité et de la fraîcheur débordante du triptique hédoniste qui on l'espère fera des émules dans une scène francaise souvent moribonde. Pozoézets!! [20.03.03] http://www.90bpm.com/ |