Label : Espionnage/Chronowax Sortie : 01/2001
Les murs d'Orly ont des oreilles, et ses rues un organe vocal, aux relents de diva soul en l' occurence, le temps de "La rue cause", prenant à revers avec un humour certain sa citation légendaire: "on se la joue artiste parce que la vie c' est compliqué". Une chronique du
ghetto, thème certes récurrent dans le rap francais, mais surprenante. De par l' ambiance teintée d'amertume, on ne peut mieux illustrée par le superbe artwork embaumé se fondant à merveille dans l'oeuvre, et ne laissant apparaître que la silhouette masquée par l'ombre des tours grises. Si cette atmosphère se propage tout
au long de l' album, elle est transcendée lors de deux titres d' une rare intensité.
"Blues" d' abord, où Karlito préfère prôner la prise en charge individuelle, l'alchimie entre sa verve nonchalante cristallisant le temps des regrets et le riff de guitare mélodieux de Mehdi. "C' est la vie qui nous change et qui te sauve a part toi même/ tu récoltes ce que tes potes sèment si tes potes s' aiment". "Personne dans le monde" ensuite, reprenant la ligne de basse de la série "Arnold & Willy" (!).
Sur le fil rouge de l'amertume, la prod rock de Mehdi donne un peu plus de relief aux couplets de Manu key et Karlito sur "Chienne de vie". Mais si la couleur de l'album se veut aussi grisée que les murs de sa ville sacralisée sur l' aller simple "D'Orly à Orly", Karlito trouve le temps de se fendre de "Kiffe kiffe mec" "Ma vie est des plus simples amertume bons délires ptites colères/ Fais le tour des tours y a plus rien a y faire", et l'étonnant bonus track sur lequel Rohff épaule Kid Bad Karl ("Reste vrai").
Si Karlito apparaît comme l'homme le plus réservé de la Mafia k'1fry, ce n'est que pour mieux livrer la profondeur de ses sentiments "contenus sous pression" sur un chef d' oeuvre rapologique, pouvant du coup presque s'apparenter à un journal intime. La complexité des productions, exclusivement de Mehdi, résolument tournées vers un sens aigu de la mélodie, encense le caractère introspectif de l' album, témoignant une nouvelle fois de son éclectisme musical, comme en attestent les quelques interludes électroniques (dans la plus pure tradition Espion) ou non disséminées ça et là; en plus de l'excellent featuring du toaster Rod Taylor apportant encore une autre coloration à l' édifice anthracite.
Chroniqué par Sker pour 90bpm.com [20.03.03]
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