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Label : Roc A Fella Sortie : 01/2003
Mettons tous de suite les choses au clair, cet album de Jay Z est une auto proclamation de son talent (comprenez de son génie) à la face du monde. Ne cherchez pas dedans une quelconque trace de modestie, d?humilité, Jay Z n?en a plus grand chose à faire de ces considérations, il est bien au-delà de tout ça. Voici Jay-Z: ma vie mon oeuvre et grosso modo si t?es pas content c?est la même chose, Jay Z est grand, Jay z est fort, Jay Z se paye les meilleurs producteurs mainstream, remet en service les vieilles légendes presque oubliées, (Rick Rubin, Dj Quik), invite Russel Simmons et Naomi Campbell dans son clip. Le pire dans cette prétention outrageuse, dans cette extravagance qu?on pourrait bien finir par penser de mauvais goût, il y a une sorte d?élégance, une classe, une vérité.
Vérité comme ce premier morceau, autobiographique, jusqu?au "feat", maman Carter qui dresse le triptyque de la vie de son fiston: du berceau au Etoiles en passant par le canivaux. Produit par Just Blaze ce "4th December" parle de famille, de gang et du rap, de ce qui a fait sa vie, d?où il vient, ce qu?il est et ce qu?il n?est plus, débattant au final du destin et surtout sa destiné "And it's nobody fault, I made the decisions I've made This is the life I chose, or rather the life that chose me". Ce joli démarrage est un des rares moments intimistes avec le "Moment of Clarity" (médiocrement produit par Eminem) et "1st Song" clôturant astucieusement cet album, ou Yough Hov accélère la cadence. Si on n?a pas les roulements de morceau comme "The Originator" avec Big Jaz, il est toujours bien de réentendre cette façon de rapper qui à défaut de lui être propre, lui va comme un gant.
Pour le reste, c?est ambiance clinquante et dancefloor. Avec 2 productions des Neptunes et une de Timbaland, la barre est haute. Tim Mosley assez décevant depuis son énorme participation a l?excellent album (c?est dit) de Justin Timberlake revient remettre les pendules à l?heure avec le terrifiant "Dirt Off Your Shoulder", tandis que le King of NY clôture le morceau a coup de "You're now tuned into the muh'fuckin greatest Best rapper alive, best rapper alive", sans que personne n?en n?est rien à redire, putain de vérité général.
Neptunes seul avec le morne Kaynie West et Just Blaze à balancer deux productions, font le coup du funky track, pendant party du Frontin de Pharrell " Changes Clothes" est une classieuse tuerie, élégante (matez le clip), un mélange d?Armani finement porté, de Veuve Clicquot soigneusement bu, une prod si fine qu'elle fait passer les propos les plus graveleux, pour des mots d?amour. "Allure" (qui signe au passage le retour de la caisse claire magique) plus basique, plus soulful, car plus intime et perso fait un peu pâle figure, malgré d?évidente qualité à l?image du fredonnement entêtant de Pharrell, trop propre, loin quand même de ambiances dirty et rugueuses qu?ils ont l?habitude de livrer.
Le coté dirty c?est Rick Rubin, ancêtre sorti d?une pochette surprise, qui s?en occupe, son "99 problems" et son leitmotiv entêtant "If you havin girl problems I feel bad for you son I got 99 problems, but a bitch ain't one" est une énorme déflagration. Jay Z y multiplie les phases assassines les unes après les aures, réglant ses comptes avec les critiques. "Rap critics that say he's "Money, Cash, Hoes/I'm from the hood stupid, what type of facts are those?/If you grew up with holes in your zapatoes/You'd celebrate the minute you was havin dough/ I'm like fuck critics, you can kiss my whole asshole/If you don't like my lyrics, you can press fast forward". Il pose en guise de troisième couplet un douloureux soufflet à ses adversaires les plus coriaces (Nas ?). Le tout sur un breakbeat dévastateur et des riffs cinglants de guitare.
La présence inattendue de 9th Wonder est vite atténuée par la médiocre qualité de sa production, même si on ressent l?ambiance de "Reasonnable Doubt", "Threat" a du mal à ressembler à autre chose qu?a une aimable resucée ce que l?on faisait auparavant dans la grosse pomme. Ancêtre encore avec Dj Quik, samplant sans vergogne le sexuellement explicite "Justify my Love" Madonna pour le transformer en hymne thugs "Justify my Thug", le résultat se laisse écouter sans non plus trop d?enthousiasme, tant on a connu cette icône west coast plus inspirée.
Ainsi officiellement se clôt la carrière discographique de Shawn Carter, sur cet inégal Black Album dont on retiendra surtout une capacité à sublimer les tracks dancefloor par une incroyable aisance derrière le micro. Et même s?il mélange un peu trop intimisme et baisse de régime (excepté le "4th december") il a toujours la phrase qui tue. Moins gargantuesque que le boursouflé "Blueprint 2", cette album est à la mesure de son auteur, clinquant souvent, sobre parfois, talentueux toujours.
Chroniqué par Ferragus pour 90bpm.com [06.01.04]
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