| Imprimer |
James Delleck / Acouphène : DellecktableLabel : Kerozen Sortie : 01/2001 Au départ était prévu un maxi « C?est in ». Pour notre bohneur, grâce à un changement de stratégie, le maxi étoffé de morceaux inédits est devenu un EP de 11 titres. C?est donc l?opportunité pour cet « électron libre qui court-circuite les circuits » de livrer un disque construit et cohérent. L?occasion pour l?auditeur aussi de tenter de saisir toutes les facettes d?un mc producteur pour le moins atypique. « Acouphène » est un EP complet qui propose des titres connus, reconnus et difficilement accessibles (sauf dans quelques mixtapes) telle une compilation de morceaux devenus des classiques. On y retrouve également des inédits qui ne trahissent pas l??uvre précédente de James et étendent l?univers « delleckien ». Aux manettes et en solitaire, James Delleck est le véritable dénominateur commun. Mais que fait-il au juste ? Dénicheur de sons, de beats et autres rythmes. Producteur scrupuleux pour ne pas dire perfectionniste. Mc préoccupé autant par le sens que la forme et la diction des mots révèlant un véritable travail d?écriture dont le phrasé colle aux idées promues. Le disque met en avant autant le personnage James Delleck que sa personna, c?est-à-dire son abilité à se glisser dans la peau d?autres : du psycopathe au viel homme mourant. Et finalement c?est dans ce dernier rôle, que le mc chevelu « in et hype» apparaît le plus sincère grâce à une voix mise à nue et vibrante. Il décline les facettes de sa personnalité comme il décuple son flow et les rythmes toujours différents et rarement lassants. Alors il y en a pour tous les goûts, toutes les humeurs. Les avertis reconnaitront des morceaux mythifiés sur scène, même si malheureusement « Le Reverbère » brille par son absence. « Mais C?est Qui ? », véritable tube, apparaît comme une incantation au cours de laquelle James Delleck débarque. Entrée remarquée on peut le dire de cet « enfant de Vitry fou et insoumis (?) qui place des mines sur maxis ». Plus intéressant peut-être la déclinaison de « c?est in » (le morceau + deux remix) justifiée par le projet initial d?un maxi dédié à ce morceau. La satire humoristique est soutenue efficacement avant tout par la véracité et la pertinence des propos dans lesquels chaque auditeur se retrouve. Les différentes versions prouvent son talent de producteur capable non pas de recycler un morceau mais de véritablement le renouveller, multipliant des ambiances sonores et rythmiques radicalement différentes. « Radio Libre », déjà paru sur la mixtape « Virus » avec participation de Hustla, est un morceau carré qui présente une vision qui se veut sans compromis du hip hop. Mention tout particulièrement spéciale pour les deux instrus de l?album, « Hutch 70? » et « la bulle ». Là encore deux aspects dissemblables de l?univers delleckien, mais l?un et l?autre tout aussi délectables. L?un bondissant et dynamique qui donne bien envie de se déchainer sur un dance floor suivant un beat quelque peu jungle saisissant. L?autre évanescent et poétique porté par des sons crystallins de xylophone qui procure une insoutenable légereté de l?être, une certaine idée du bohneur sans doute. « Antechrist » se distingue par une rythmique atypique à cinq temps ponctuée d?interventions samplées d?un reportage pour un meilleur impact, et joue principalement sur des images morbides évoquées et exacerbées par un son distordu et alarmant. Les paroles tres imagées complètement psychotiques pour un son chaotique, démontrent ici la totale adéqation des paroles, son et flow. Seule dissonnance : « Aère » paru sur « Projet Chaos ». Trop consensuel et limite cliché, le titre nie la qualité exploratrice qui donne du bagout a l?EP. La prod plombée par un ryhtme lent est desservie par des paroles stéreotypées en devient ennuyeuse, du moins lassante. Inattendu, le titre "Le sourire" est la séquence émotion du EP. La simplicité y est combinée à la sensibilité pour plus d?efficacité. Totale sincérité de James Delleck qui se livre totalement en ne s?appuyant que sur quelques accords de piano. Tous ces morceaux sont encadrés par une intro et une outro qui structurent le disque. Référence directe à l'univers particulier de David Lynch tout à fait capturé le temps des quelques minutes de l?outro ; le pari risqué est facilement relevé. Alors, « Acouphène » un assemblage de sons qui bourdonnent dans les oreilles ? Plutôt des mélodies et des paroles qui résonnent dans la tête, pas si désagréables au contraire. Attention la nouvelle tendance underground hip hop française (La Caution en passant par James Delleck et TTC par ordre chronologique des sorties), après avoir investi les salles de concert et surtout le batofar pour imposer leur style audacieux et talentueux, envahissent désormais les bacs de disques de la Fnac. Cette régénération fait du bien et Kerozen prouve définitivement être un label hautement inflammable. [20.03.03] http://www.90bpm.com/ |