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Alias / The other side of the looking glasseaLabel : Anticon Sortie : 01/2002 La première remarque à faire concernant ce disque est l'omniprésente ambiance lourde, "dark "qui émane de chaque morceau et qui justifie pleinement le surnom donné à Alias par ses compères d'Anticon : "the god-father of goth-hop". Goth-hop, voilà un néologisme bien pratique et ambigue, pour caractériser la musique d'Alias tant elle dégage une sorte d'aura à la fois affolante et envoûtante. Mais considérer Alias comme simple god-father of goth-hop semble réducteur; rares sont les producteurs qui comme lui arrivent à créer de telles ambiances mélodiques et oppressantes à la fois (sur "watching water" notamment), oniriques et cauchemardesques en même temps, rares sont les producteurs qui maîtrisent aussi bien l'art de coller des sons que tout opposent pour en tirer presque magiquement un ensemble totalement cohérent. Sans dire que l'expérimentation est poussée à son paroxysme sur cette album, on peut se permettre d'affirmer qu'Alias rompt avec ses anciennes productions (sauf peut être sur " black tea " et " dying to stay ") et qu'il affirme une plus grande maturité, sachant parfaitement distiller des instrus quasi-orchestrales, agrémentées de samples claustrophobiques rappelant l'univers torturé et mystérieux de David Lynch et de breakbeats de batterie très rapides qui vous restent dans la tête durant des semaines entières. Le résultat flirte pratiquement avec la quasi-excellence, une mention spéciale allant pour " watching water " et sa mélodie au piano qui soulage un peu l'auditeur des atmosphères pesantes, mais paradoxalement tranquilles et reposantes de " Inspirations Passing " un morceau extrémement beau voire émouvant où Alias y convie son frère de 12 ans Ehren Whitney pour un solo de saxophone et Dj Mayonnaise qui se retrouve à la production, et des environnements mélancoliques proche de Portishead sur " slow motion people ". Alias maîtrise donc parfaitement son sujet au niveau de la production, mais qu'en est-il au niveau du Mceeing ? Là le résultat demeure plutôt mitigé même si Alias se révèle être un mc assez technique, l'écoute de " phil hidding " où il alterne simultanément des phrasés rapides et lent calqués sur le breakbeat peuvent confirmer cela (même si Dose One avec qui il collabore sur " opus ashamed " maîtrise beaucoup mieux cet aspect ) , Alias pâtit d'un flow quelquefois monotone voire insupportable quand il " s'enerve " et le reverb/écho qu'il utilise sur sa voix peut surprendre ; cependant ces moments sont anecdotiques, ne faisant baisser aucunement la valeur de cet album. Un album dont les lyrics eux aussi sont de très grandes valeurs, bien sûr les sempiternels détracteurs d'Anticon leur reprocheront leur candeur et leur mollesse, toutefois chaque chanson est d'une richesse incroyable et le livret fourni avec le cd qui retranscrit les paroles demeure opportun pour qui veut comprendre la complexité de l'égo d'Alias. Car cet album est à la manière du " personnal journal " de Sage Francis, un album introspectif où le " I " est omniprésent, et où le désespoir l'est aussi " I'm growing accustomed to feeling down in the dumps and my tongue is sore and full of teeth marks ". L'album ayant été réalisé de décembre 1998 à octobre 2001 on peut remarquer qu'Alias à aussi mûri dans l'élaboration de ses lyrics; de l'adolescent attardé qui se prenait pour Dieu et pleurnichait sur la devenir du monde dans " Music for Advancement of hiphop ", et qui dans " Divine Disappointement " nous informait que Dieu ne pouvait plus rien pour nous, Alias devient un adulte qui se pose des questions intelligentes sur lui-même (" angel of solitude " ) cessant partiellement ses prosopopées divines. Au final, " the other side of the looking glasse " se révèle être un album dans la plus pure tradition Anticonienne, pourtant ceux qui sont effrayés rien qu'à l'ouie de ce mot devraient briser leur préjugés et écouter cet album. Pour les autres, c'est un disque à acheter presque les yeux fermés. [16.03.03] http://www.90bpm.com/ |