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Lil Wayne / Tha Carter IV

Label : Universal/Cash Money
Sortie : 08/2011

Note de la rédaction 4/5
Dans le monde du hip hop, l’arrivée d’un épisode “Tha Carter” de Lil’ Wayne est l’équivalent d’une veille de Noël et de rentrée scolaire chez l’enfant : un des jours les plus attendus et les plus redoutés. Au sommet du grand 8, Weezy avait réalisé une des oeuvres phare de sa discipline, “Tha Carter III”, triple album de platine vendu à un million d’exemplaires dans la semaine de sa sortie. La suite n’a été qu’une effrayante descente, sous forme de petite mort (“Rebirth”), de carte postale depuis Rikers Island (“I’m Not An Human Being”) ou de collaborations aussi pauvres artistiquement qu’intéressantes financièrement (le musée des horreurs : David Guetta, J-Lo, Enrique Iglesias ou encore Madonna…). Neuvième album mais quatrième round de la série “Tha Carter”, Wayne se bat-il pour la ceinture des poids lourds ou Lil a t-il perdu (définitivement) le nord?  
 
Dans l’hyper-production de Lil’Wayne chaque épisode “Tha Carter” était une tranche de filet hip hop taillé dans le coeur de la bête. Plaçant ses abats et divers restes sur mixtape, “Tha Carter” est un label, un repère, un recueil, un condensé de ce que Wayne considère comme le plus savoureux de son étalage. Maintenant que le néophyte est rencardé, venons-en au fait.


Lil Wayne Feat. Cory Gunz - 6 Foot 7 Foot

Tha Carter IV” est une réussite. Un gentil coussin pour s’assoir confortablement sur le trône. La première impression frappante est que depuis “Tha Carter III” Lil Wayne n’essaie plus d’assommer son auditeur en deux uppercuts mais travaille au corps sur le long de l’album. “Tha Carter IV” n’a pas vraiment de “A Mili” ou de “Lillipop”. Weezy a grimpé d’un cran dans sa conception de l’entité album en tant qu’oeuvre et fait de "The Carter IV" un “Ghetto Drama”, mélange de fiction pure, de réflexions personnelles (on voit apparaître quelques ressentiments politiques) et de miroir à ses propres expériences. Loin d’être un détail, ce dernier LP est plus introspectif qu’égotiste; plus ambigu et critique dans ses idées ( “Abortion”, “How To Love”, “President Carter”), plus sincère dans ses tourments, bien que le fond puisse rester très complaisant par instant. Si Lil’Wayne donne son nom à ces albums, c’est qu’il entretient un rapport affectif particulier avec eux, chacun d’eux doit être conçu comme un enfant, avec un investissement intense, une part de lui-même, de son ADN, de son histoire. Un lien de paternité encore renforcé faisant de ce "Tha Carter IV" un “blockbuster intime” : un LP hyper-produit, mais avec ses tripes posées sur la table.   

Bien qu’il sera fatalement le fruit d’une époque, Lil Wayne essaie de rendre l’album le moins daté possible, tendre vers l’oeuvre intemporelle. “Tha Carter IV” a fermé la porte à l’autotune ou au sample trop racoleur, ne conservant à ses côtés que les producteurs de longues dates (Birdman, StreetRunner, Infamous, Cool & Dre, Bangladesh, T-Minus et Polow da Don pour ne citer qu’eux). Idem concernant la galerie d’invités - à faire pâlir la guestlist de Kate & William - allant piocher dans toutes les époques (Cory Gunz, Drake, T-Pain, Tech-N9ne, Rick Ross, John Legend, Jadakiss, Nas, Busta Rhymes, André 3000 et Bruno Mars) sans sombrer dans le piège de la starlette montante (exception faite de Bruno Mars, on saluera les absences de Wiz Khalifa, Franck Ocean ou Tyler The Creator).

Profondément New-Orleans, profondément lui et toujours aussi virtuose, ce quatrième Tha Carter est fidèle à la série. Moins clinquant que son prédécesseur, ce dernier LP n’en reste pas moins le plus cohérent sur la longueur et le plus abouti en tant qu’oeuvre. Hitmaker devant l’éternel, fontaine à punchline, Lil Wayne ne modifie en rien la sève ni les productions grandiloquentes de ses succès d'antan sur ce "Tha Carter IV". C’est l’individu, Dwayne Carter, plus que l’artiste qui semble évoluer. Repoussé sans cesse parce que “Lil Wayne est un perfectionniste” (selon Mack Maine, patron de Young Money), écrit après un passage en prison, “Tha Carter IV” est l’oeuvre d’un rappeur vieillissant en ascète, porté par une fougueuse sagesse, tirant moins dans le tas pour viser plus juste. Comme par définition l’âge mûr est celui qui précède l’âge pourri, savourez-le, ce “Tha Carter IV” pourrait être une des dernières grandes oeuvres de Lil’Wayne.

(Même si - au cas où la codéine ne l’aurait pas transformé en guimauve hallucinée d’ici là - nous espérons qu’un “Tha Carter XII” de bonne facture puisse voir le jour dans le courant du siècle).  

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