
Sûrement plus sensible à la pesanteur que le commun des mortels, Elizabeth Harper a choisi de passer une bonne partie de son existence à l’horizontale. Pas fainéante, ni poseuse (bon, un peu quand même c’est vrai) pour un kopeck, Liz a juste fait de son sex-appeal un lifestyle. Une frivolité et apparente légèreté jouant contre l’auteure de “Rapprocher”, une oeuvre en strass, malaise et nausée, capable de rendre voluptueuses les gueules de bois et les nuits blanches.
C’est vrai que le postulat de départ a de quoi effrayer le fidèle de l’indé. Ancienne actrice (du moins étudiante en art dramatique) Californienne, Elizabeth choisît de rallier les rangs de la pop lorsque, de répétitions vaines en auditions foireuses, elle prit son baluchon pour s’installer à Brooklyn : The Land Of Poportunities. Qui plus est, Elizabeth affectionne tout particulièrement la station allongée (une attitude encombrante, surtout si l’on emprunte les transports en commun) sur ses visuels et, quoique séduit, notre fidèle de l’indé le sait : on ne produit rien de sérieux en restant sur le dos.
Weekend by Class Actress
Mais même les fidèles de l’indé peuvent se tromper. Entourée de Chris Taylor (Grizzly Bear/CANT) qui lui offrit une maison (de disque), Caroline Polachek (Chairlift) et Jorge Elbrecht (Violens), Elizabeth ne pouvait pas mieux renaitre à Brooklyn. A vrai dire ce qui apparaît en premier lieu comme un défaut majeur chez Class Actress est en fait un atout majeur. Qu’est ce qu’il y a sous la frivolité et les fines dentelles ? Elizabeth est-elle vraiment une femme Barbara Gould ?
Keep You by Class Actress
Oui. Sous le fond de teint et le rouge à lèvre, il fait grise mine. Class Actress c’est un des symboles du malaise de la jeune femme urbaine post-moderne. Dans sa version deluxe, entendons nous bien. Puisque dans cette étreinte langoureuse entre New Order et Madonna qu'est "Rapprocher", il est souvent question de Romantisme mondain, de spleen au champagne, de limousines trop grandes pour elle et de réveils esseulée. Oui, tous ces synthés malades, cette nonchalance à faire s’écrouler le plafond c’est le désenchantement derrière le stupre.
Rapprocher est beau comme une gueule de bois : on sent le bonheur s’évanouir doucement pour laisser place à la nausée.