Plaisir de recevoir, joie d'offrir, le troisième LP de Modeselektor, “Monkeytown”, c'est un peu "Le goût des hôtes": un album où les seuls bons titres comprennent un invité. Et comme c'est le cas sur huit des onze morceaux, d'après les chiffres de notre service statistique, "Monkeytown" est un bel objet à 72%.
En quinze ans d’activité la seule véritable faute de goût de Modeselektor est ce nom de scène que l’on croirait volé à une blogueuse adolescente fashion addict. Mais le nom ne fait pas le produit et Modeselektor a bâti, en parallèle de l’histoire de la musique des 00’s, un territoire autonome de l’électro. En deux albums et quelques remix pour TTC, Bjork ou Boys Noize, Gernot & Szary sont devenus l’emblème d’un autre savoir-faire Berlinois, celui de producteurs élevés au hip hop et pour qui la minimale ressemble à du pain sec prêt-à-tartiner.
Modeselektor est berlinois et il le reste, et dans le verbe, et dans le geste. Gernot & Szary ont conservé la sève d’antan (l’électro exigeante et fine gueule mais assez opaque sur ses références) pour la raffiner vers un level supérieur. Dans leurs productions, Berlin n’est jamais loin, même s’il s’agit d’un contre-pied à la minimale locale. Chez eux, la techno se doit d’être progressive, le kraut “Kraftwerkien” et l’électro suffisamment maximaliste pour qu’il y ait à boire et à manger jusqu’à la Noël. Bien qu’ils n’aient jamais été des geeks du plug-in faisant de leurs albums des catalogues, Hello Mom! et Happy Birthday! étaient des albums de producteurs dans leur attachement à la texture et dans leur volonté d’affoler les magnitudes. Sans perdre de leur perfectionnisme obsessionnel, Gernot & Szary tentent désormais d’écrire des chansons. L’heure n’est pas encore venue où vous bramerez du Modeslektor sous la douche ou dans une salle d’attente mais au vu de la liste d’invités longue comme un après-midi pluvieux à Dortmund, les Berlinois ne veulent plus que leurs productions restent de belles épaves sans conducteurs.
Un producteur épanoui est un gourou pour son prochain. Fait remarquable sur Monkeytown, Modeselektor traîne ses convives hors de leur ter-ter artistique : Thom Yorke - d’ordinaire apte à vous vriller un nerf - parvient humblement à faire de Shipwreck un chef d’oeuvre, PVT rutile de tout son spleen avec un Siriusmo discret aux claviers (improbable) et Otto Von Schirach se rend (enfin) utile sur Evil Twin.
Très récemment Thom Yorke confiait au magazine SPIN comment se déroulait le travail avec les Berlinois (“au volant d’une voiture avec Modeselektor dans Berlin”) et ce qu’il ressentait vis-à-vis d’eux en ces termes : “ces types sont tout sauf sérieux. Mais ce sont des experts dans leur domaine”. Monkeytown le prouve une troisième fois, Modeselektor est vraiment une bande de mecs sympas. Des surdoués aimant taquiner l’auditeur et qui pètent les schémas par jeu. Troisième strike d’affilé pour l’équipe Modeselektor.