A l'heure où l'on étale un moindre rhume ou son repas de la veille sur 140 caractères, Rustie écrit via son premier album la bande son d'une génération élevée à la Super Nintendo et au Modem 56Kbps. Un des plus beaux miroirs que 2011 ait connu.
Tandis que Rustie l'écossais n'est encore qu'un poussin de sa discipline, la bestiole semble déjà pondre des œufs d'or. Russel Whyte brûle les étapes sans y laisser de plumes et gagne des courses d’endurance en sachant à peine marcher : en deux EPs, une collaboration avec Joker et une plâtrée de remix sur le C.V, Rustie a quitté le genre pour intégrer la catégorie "électro d'auteur".
A froid, Glass Swords est un musée du son interdit : basse slappée, grain "Marshall", pan flute de synthé cheap et autres kitscheries que l’on croirait dans l’air du temps comme ces pulls que l’on voit fleurir au dos des jeunes gens modernes, autrefois propriétés des nerds du premier rang dont vous vous gaussiez allègrement. Mais à mieux scruter la dégaine de chav de Rustie, il est évident que sa démarche n’est ni inscrite dans la coolitude, ni dans la fashion connerie. Ancien adhérent des confréries post-dubstep et bass-music, enfant de la culture rave, du hip-hop et de l’IDM, sympathisant 8-Bit, Whyte trempe et éparpille toutes ses Madeleines de Proust dans l'acid Britannique. Quelques chromosomes, d’ailleurs, partagés avec son gros poto du game Hudson Mohawke, tous deux s’auto-qualifiant d’Aqua-Crunk ou de Wonky (terme à retenir si vous souhaitez briller lors de vos diners en ville).
Quoi qu’on en pense, Glass Swords est loin d’être un album de club. Aussi intelligent et pas plus dance que l’Intelligent Dance Music, ce premier album est une pièce complexe et brutale d’électronique épique, représentant pour le hip hop ce que Aphex Twin a été à la techno. Un album à regarder, synthèse sonore et musicale de la génération née pendant/après la chute du mur de Berlin. Un jour prochain, qui sait, si vous devenez un vieux con réactionnaire (ce que l’on ne vous souhaite pas) Glass Swords sera le genre d’album que vous réécouterez en vous remémorant qu’à votre époque on savait faire de la bonne musique.