Quand les nigauds du fond de la classe d’Histoire du Rock & Roll s’associent avec le producteur “invisible” Mark Ronson, Black Lips réalise le meilleur album de sa carrière. Oui Madame!
Les Black Lips, quatre garçons dans le vent (voire dans le brouillard et la crasse) décidèrent, un beau jour de printemps 2011, qu’il serait grand temps de nettoyer leur garage. Étant donné que le dernier coup de balai en date (200 Million Thousand en 2009) sentait trop la javel pour être honnête, ces messieurs avaient besoin, pour ce nouvel album, d’un technicien de surface hors-pair à leur coté. Avec sa dégaine de Benjamin Biolay (bon à poser sur une affiche de The Kooples), arrangeur sans patte, ni signature - surement protéiforme mais impossible à cerner - Mark Ronson s’annonçait comme l’euthanasie des Black Lips. Mais tout ces faits occultent que le Britannique est un Dr. ès 60’s, un amoureux de la northern soul, un type capable de faire briller Amy Winehouse... et qu’en rencontrant les Black Lips, c’est deux visions de l’Histoire, deux facettes de l’époque, qui s’opposent (ou se complètent).
Effectivement, une écoute suffira à vous convaincre : Arabia Mountain c’est un Ying trouvant son Yang. Comme tous les enfants turbulents, les Black Lips avaient besoin d’un cadre fort, d’un nouveau modèle (j’en place une pour Françoise Dolto) à transcender. Arabia Mountain voit l’huile et l’eau se mélanger, le garage psyché et la pop des 60’s se tiennent par la main faisant de ce sixième album (officiel) une réécriture de l’Histoire. Oui, les Black Lips font désormais du Rock & Roll de bons élèves et comme tous musiciens cultivés ils citent des grands noms de leur Hall Of Fame. Chaque titre pastiche un style, un groupe (Sonics, Ramones, Stones pré-Aftermath…) sans sombrer dans le plagiat. Désormais les Black Lips se déguisent, mais on reconnait toujours les mauvaises graines sous les perruques.
On ne pontifiera pas un discours du genre “Les Black Lips : entre tradition et modernité”. Mais si nous regardons les choses en face, plus les vilains gentils garçons d’Atlanta vieillissent plus ils ressemblent à leurs aïeux. Arabia Mountain est un album qui ne marquera pas son temps, encore moins l’Histoire, mais il est celui le plus emprunt de celle-ci. Un album cultivé et bien foutu, tout bonnement.