Génie à temps plein jusqu’à Mullholland Drive, David occupait dernièrement sa retraite en jouant les Ikea deluxe pour le Social Club. L’exercice terminé, Lynch se tournait les pouces sur sa chaise à bascule jusqu’à ce qu’une idée lui traverse l’esprit : “et si je sortais un album, tiens?”. Si nous avions toutes les raisons d’êtres enthousiastes, Crazy Clown Time son premier album (vraiment) solo fait le même effet que la baderne d’Il Est Revenu : un frisson à bas prix.
Lynch est presque devenu un adjectif dans le cinéma, la musique, et même l’Art dans sa globalité. Lynch c’est une étiquette infaillible, la possibilité d’une île artistique située à des berges de toutes autres terres. Mais Lynch vieillit et si les coopérations sur ses propres B.O avec Badallamenti ou en tant que muse de Sparklehorse (pour Dark Night Of the Soul) se sont avérées de l’extraordinaire au vraiment pas mal, Crazy Clown Time est une caricature de Lynch par Lynch en format réduit.
De la radiographie de la psyché jadis affectionnée, il ne reste qu’un spectre bon à zoner dans une maison hantée de fête foraine. L’avantage pour Lynch, c’est que son nom est devenu un repère. Une étiquette aujourd’hui apposable sur une boite à idée à moitié vide que le cerveau de l’amateur lambda remplira volontiers de suppositions crypto-arty pleines de bonne volonté. Outre Pynky’s Dream qui reprend dignement les thèmes Lynchiens (le rêve, la starlette perdue, la route perdue, la perte totale) Crazy Clown Time ne reste qu’un gros nez rouge se foutant du monde. Un rendu tout sauf révolutionnaire que Tom Waits, Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire ou encore Suicide auraient pu accomplir avec plus de majesté, chacun à leur manière, s’ils avaient été plus au fait de l’électronique en leur temps.
Le problème c’est que Lynch est devenu un repère. Une étiquette synonyme de flou artistique laissant l’auditeur faire seul le travail intellectuel. David étant parvenu à chopper une palme avec son pire film (Sailor & Lula), le public pense naturellement que la pire de ses productions restera toujours au dessus du seuil de pauvreté artistique. Mais non. Accompli par un autre artiste ou sous un autre nom, personne n’aurait accordé autant de crédit à Crazy Clown Time. Pas inintéressant, cet album souffre néanmoins du charisme de son auteur : on attend tout de Lynch, sauf une oeuvre médiocre.