Quand la moitié de Fuck Buttons se lance en solo ça donne… du Fuck Buttons. Quoique. Délesté d’Andrew Hung, Benjamin John Powers (le bien nommé) s’offre une balade aérienne et transforme le drone “molotov” d’antan en une substance inoffensive. Blanck Mass est la pause-goûter, le thé et le verre de lait d’un amateur de white spirit.
Après deux albums (dont le divin Tarot Sport) passé à patauger bravement dans les dégueulis 8-Bit ou autre éruption noise de Fuck Buttons, Benjamin John Powers s’est choisi une gentille mise au vert avec Blanck Mass.
Mais dans Blanck Mass, Fuck Buttons n’est jamais très loin. Seul, Benjamin John Powers serait même une version painless de son duo. Traitant officiellement de “suffocation cérébrale et constituant une ode à la complexité de la nature” Blanck Mass c’est le drone de Fuck Buttons désossé, une volonté de ne conserver que les chairs. Mais pas uniquement. Sur ce projet, Benjamin John Powers travaille sur la texture et les couches avec la subtilité infinie d’un Brian Eno, les burnes de Christian Fennesz et une carte routière de la musique concrète. Aussi invertébrées soient-elles, les productions de Powers tiennent debout et sa matière gazeuse semble se guider d’elle-même. Là ou Fuck Buttons fonctionnait sur des frottements de plaques, Blanck Mass est un jeu sur l’espace et les formes en douce mouvance comme le vent déplace les dunes.
Blanck Mass a ce charme mystique d’une jungle sacrée en pleine mégalopole, il donne la sensation d’une présence, d’une forme de vie difficilement identifiable à proximité. Ce soundscape from space - bande-son idéale pour accompagner vos premiers pas sur la lune - a cette beauté contemplative des films raflant une palme à Cannes : aussi voluptueux que chiant. Blanck Mass peut aussi bien éteindre un insomniaque que guérir un narcoleptique. Cependant, nous vous le déconseillons au volant.