Si le hip hop a deux poumons, son côté le plus conservateur se flétrit ces temps-ci par manque d’audace tandis que le deuxième, malgré ses tentatives d’injection d’air frais, tend à suivre le chemin du premier. “Relax”, le premier LP de Das Racist pourrait offrir un troisième poumon à une discipline toujours guettée par l’asphyxie.
Vous n’étiez surement pas nés, peut-être trop jeunes ou comme 99,9% (sondage Ipsos) des individus sur Terre vous vous en foutiez gentiment mais les années 70’s virent l’avénement du “Stoner Movie”. Séries B, pour ne pas dire tiers-monde intellectuel du cinéma, ces “stoner movies” étaient des productions hard-discount où généralement deux neuneux aux cerveaux transformés en décharges à drogues (à l’instar de Cheech & Chong dans “Up In Smoke” auquel le titre Rainbow In The Dark fait référence) vivent de folles escapades scénarisées avec autant de goût qu’une feuille OCB.
Pour vous la faire courte (si ça n’est pas déjà trop tard) Das Racist, c’est du “stoner hip hop”. Rap décérébré, nonchalant et benêt à s'en écrouler en pleine rue, flow de chamallow, épuisé comme un premier tome d'Harry Potter, mélodies en dessous du seuil de pauvreté et productions en plaqué-or, Das Racist est cheap mais trouvable au rayon frais. A la mode le lundi, on est souvent démodé le mardi. Le mercredi, les New Yorkais ne sont toujours pas périmés : les deux mixtapes parrainées par (l'overhypeux marchands d'étoffes) Mischka ne semblent pas érodées par les vents de la hype et demeurent d’une facture intarissable.
Bien qu’ils aient grimpé les sommets du mont hype avec "Combination of Pizza Hut & Taco Bell" (titre vu très sérieusement par beaucoup comme une diatribe à l'encontre de la société de consommation mais qui ne demeure pas moins une farce très premier degré) Das Racist se prend suffisamment peu au sérieux pour perdurer. Le club des trois fait preuve de tellement d’autodérision, d’ironie, de lucidité, et de second degré vis a vis de lui-même et du game qu’il semble inattaquable. “Relax” tient presque autant du sketch que de l’album, un vrai rafraîchissement dans le hip hop qui attire une plâtrée de guests tels que Anand Wilder (Yeasayer), Rostam Batmanglij (Vampire Weekend), El-P, Diplo ou encore Danny Brown.
Bien plus qu’une "Combination of Pizza Hut & Taco Bell" Das Racist est un mélange de Beastie Boys - dans cette idée de marcher hors des clous du hip hop - de De La Soul, d’un ivrogne au réveil et d’un boulimique de blunts. Toujours borderline dans le foutage de gueule avec autant d'escroqueries que de bonnes idées et références obscures, à la fin d’une écoute de “Relax” on ne peut s’empêcher de penser que le hip hop se porte bien. Merci pour lui.
Beats de Roumains, textes de bourrins, tu peux pas faire plus… “Relax”.
Le petit plus 90BPM : les deux mixtapes de Das Racist