Si St Vincent arbore un nom de saint patron, c’est qu’en deux essais elle s’est nimbée d’une pureté angélique qu’aucun loulou sur Terre ne saurait souiller. Trilogie oblige, St Vincent s’assure une place devant l’éternel et s’auréole de succès avec “Strange Mercy”, son troisième LP.
À l’heure où l’on se trouve un nouveau meilleur artiste de tous les temps chaque mois, il est délicat de faire son tri sélectif entre l’impérissable et l’oeuvre-PQ, bon à comporter son lot de merde avant de disparaître. Puis il y a des piliers comme Annie Clark.
Le second album de St Vincent s’appelait “Actor” mais ressemblait en tout point à un cours Francis Huster dans ses accents dramatiques. Personnages mal-dégrossis, mise en scène grossière, on sent l’intention dramatique au travers de sa musique mais on ne perçoit que quelques mimes et une galipette arrière. Toujours plus haut, toujours plus vite, Annie corrige le tir sur son troisième album “Strange Mercy” (étrange pitié) qui annonce la couleur dès le titre : Madame va jouer de l’ambiguité. Dès l’entrée Chloé In The Afternoon traite d’un rendez-vous SM entre un col blanc et sa maîtresse dominatrice, St Vincent prend le parti de la contemplation inerte. Un oeil naïf contemplant un drama de zone pavillonnaire, sa chirurgie esthétique, ses chearleaders, sa vie de famille dans une sorte de cabaret pop fait de féerie vitriolée et de baroque corrosif. Sous la Mme Propre, la desperate housewife d’albâtre, bouillonne un épouvantail au bord de la crise de nerf.
Une idée à peine plantée sur “Actor” germant avec beauté sur “Strange Mercy”. Car finalement ce troisième album n’est que l’apothéose du second, Annie Clark gravite toujours autour du même astre mais en ratissant plus haut et plus large. Cette idée d’un Bowie - early 80’s - voulant faire du Talking Heads (ou l’inverse) se précise, la mise en scène, les accents dramatiques, les schémas pop éclatés, le détachement candide d’Annie en tant que narratrice… tout le spectre d’Actor a pris vie sur “Strange Mercy”. Seul vrai changement sur ce troisième album, Annie a décidé de lâcher son laptop pour ne composer qu’à la guitare d’où le marbre mélodique des onze titres.
Le but d’Annie sur “Strange Mercy” n’était pas de réinventer la roue ou de se réinventer elle-même mais bien de se compléter, d’aboutir. Le but est atteint. A l’instar de son titre sur l’album, 2011 St Vincent vit une champagne year : 2011 voit naître son meilleur album et une des oeuvres les plus intelligentes et déroutées de l’année. Un étrange merci à toi Annie.