Il existe des traversées du désert s’avérant rafraichissantes. Après une disparition de cinq ans durant laquelle on avait hésité a envoyer une alerte enlèvement, The Rapture revient like a virgin : prêt à être touchant pour la toute première fois. On les a cru sombrer sans accéder à la postérité - trois essais pour à peine trois tubes - mais "In The Grace Of Your Love” est une nouvelle aurore, un nouveau jour, une nouvelle vie pour les Rapture, ils se sentent bien et sont devenus des garages à hits.
Si aux premières secondes d’Echoes (titre de l’album homonyme), l’auditeur lambda répond par une minauderie autour du générique de Misfits sans même mentionner les Rapture, il y a ici tout un symbole à observer. Celui d’un groupe qui vous frôle un hémisphère sans toucher la mémoire. La faute à des titres aussi bancals et jouissifs qu’un soir de foire au village concédant au trou de noir de rigueur une fois l’orgie passée.
Mais le meilleur Destop pour vous dissoudre un groupe reste encore un bon ego mal placé. Des rancoeurs entre Mattie Safer et Luke Jenner - à priori une mauvaise gestion des ressources humaines et autres tickets restaurants - font que le deuxième s’en est allé pour finalement revenir quand le premier quitta le groupe (voir schéma 2bis). La famille à nouveau réunie, il faut trouver un toit pour financer ses boeufs au coin du feu : retour chez DFA, le label âme-soeur. Comme eux, les Rapture sont des enfants d’un certain NYC des 80's (celui des Bush Tetras, Liquid Liquid, ESG, Delta-5) où l'on ne pratiquait pas l'apartheid entre disco et post-punk. Comme eux, ils aiment autant T.Rex que l’acid house (cf. interview Pitchfork), deux penchants aussi conciliables que l’huile et l’eau nécessitant un alchimiste hors-pair pour ne pas retomber dans les bafouillages d’antan. C’est vers les produits de nos terroirs que se sont tournés nos Yankees : Phillipe Zdar, moitié de Cassius et garant de la belle production avant tout.
L’intelligence de “In The Grace Of Your Love” a été de nettoyer le bordel ambiant d’autrefois, ne pas retomber dans le piège de productions aussi branlantes qu’un Jenga en fin de partie. The Rapture a domestiqué la foudre, canalisé l’urgence et n’a pas voulu éliminer la douleur mais la transcender. Il y a une structure humaine désormais - et non plus un sac d’os pétés gémissant à terre - pour poser son regard nouveau sur la texture. Une volonté de faire de chaque titre un fruit différent et juteux à décrocher sur le même arbre. Pour vous The Rapture a sélectionné le meilleur de l’arôme, un tri sélectif faisant de “In The Grace Of Your Love” un joli collier de perles.