Il y a trois ans Zomby s’était fait remarqué en présentant le dubstep à sa mère biologique, la culture Rave, sur “Where were u in 92?”. Toujours en quête identitaire, l’Anglais revient avec “Dedication” un territoire autonome du dubstep évoluant selon ses propres règles.
Comme tout courant très codifié, le dubstep finit par donner naissance à un successeur : le post-dubstep. Lubie de journalistes maniaques du rangement ou besoin humain de nommer pour appréhender son environnement, le post-dubstep n’est pas qu’un terme volatile et a même vu trois écoles se distinguer en son sein. La première, dite des "puristes", suit le chemin du dubstep et se contente d’une piqure de Botox régulière (Ramadanman, Skream). La seconde, dite des "chirurgiens esthétique", greffe des extraits de dubstep dans une nouvelle matière (James Blake). La dernière, celle des "entremetteurs", choisit de marier le dubstep (Joy Orbison, Shackleton). Zomby, lui, serait un entremetteur esthétique : il mélange les matières jusqu’au renouvellement de l’ADN.
Ma thèse terminée, clarifions tout ça avec des schémas en cartons et des aimants comme Jamy et Fred.
Et tant qu’à coller des étiquettes comme des post-it, disons que Dedication est une œuvre post-post-dubstep. Une version conquérante où l'on fait rentrer la discipline au chausse-pied dans le format FM avec des titres excédant rarement les trois minutes et des… mélodies. Oui, Zomby se siffloterait presque pendant vos balades à vélo. Dans un genre où la texture prime et où la mélodie est souvent vendue en option, Zomby peut être labellisé dubstep deluxe. Référencé sans pédanterie (Tour De France de Kraftwerk), l’anglais évoque énormément le patrimoine local, reload le son rave d’antan dans le garage de demain et multiplie le 2-step par 8-Bit. Dedication est d'autant plus fascinant par sa facture qu’elle est ancrée dans la culture mixtape : Zomby enchaine brutalement, envoie plus de coups de feu qu'un texan ivre, et ponctue d'airhorns chacun de ses titres… Aussi sophistiqué soit-il, Dedication donne parfois le sentiment d'un foie gras emballé dans une boite de Snickers : Zomby ou l’art de la nonchalance calculée.
Censé être dédié à "un être aimé lui manquant", Dedication est une des rares œuvres romantiques du dubstep. Le genre d'album à vous légitimer une discipline même si celle-ci ne lui a rien demandé. Zomby n'est surement que le résultat d'un gamin anglais ayant grandi au sein de la culture Nintendo, du hip hop et du downtempo mais qui, peut-être inconsciemment, a épanoui sa discipline.