Kalk n'a jamais été prophète en son pays mais est parvenu, en une poignée de LP, à accéder au rang d’emblème de sa ville. Auteur d’un hymne, la B.O du navet-carte-postale "Berlin Calling", Polo a longtemps incarné la voix de la minimale pour le technophile à temps partiel. Toujours en quête de nouveaux fidèles, le teuton sort “Icke Wiede” : son guide de la minimale pour tous, délaissant le puriste au profit du touriste.
Kalkbrenner a été la face visible de la minimale. Surement la plus sexy. Et jusqu’à ce que son frère Fritz fasse une incursion dans le game, il était sa branche la plus pop. Une manière de tartiner d’adoucissant, sans jamais dénaturer son linge, qui lui fit sortir la tête de l’underground.
Naturellement c’est vers lui qu’Hannes Stöhr se tourna, en 2008, pour incarner cette tranche de vie nocturne Berlinoise dans son demi-four “Berlin Calling”. Si le film est aussi audacieux que la saison douze de “Plus Belle La Vie”, sa B.O deviendra le meilleur plan com de l’office de tourisme local en offrant aux yeux du monde une musique à la ville. Mais être un produit local, un attrape badaud ou même un symbole de sa discipline ne suffisent plus, Paul a un autre projet en tête : répandre la bonne parole minimale auprès des profanes. Symbole de ce changement, le transfert du label overhypé BPitch Control vers Rough Trade (le label des Libertines). Et d’ailleurs, si “Icke Wieder” (encore moi en Allemand) se nomme ainsi, s’il ressent le besoin de le préciser, c’est que ce LP est surement le moins authentique de sa production.
De son propre aveu, Paul n’écoute rien de ce que produisent ses contemporains. Au delà d’un caprice de connard suffisant, il considère que c’est la formule idoine pour rendre sa techno si unique. Et pourtant, il n’y a pas de consanguinité dans sa musique. L’air frais vient de son désir de désenclaver la minimale, de transgresser les codes stricts de sa discipline, faire que son auditeur puisse siffler, bramer, meugler - tous bras en l’air et l’haleine chargée de vodka-redbull - sa techno. Petit à petit, Kalk a délaissé son nid. S’il est toujours attaché à son blues post-moderne, il le dillue désormais dans l’électro progressive mollasse, la même qui fit les beaux jours de Modeselektor. Si vous voulez, “Icke Wieder” c’est encore Paul, mais c’est beaucoup moins Kalkbrenner. Il se pourrait que le producteur soit toujours l’emblème de sa ville : Berlin décline doucement, Kalk aussi.