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Tekilatex : "Plus qu'une interview: un début de biographie"

Tout le monde connaît Teki. Où plutôt, tout le monde croit connaître Teki. Hyperactif artistiquement mais peu présent dans les médias, à l'occasion du lancement du "Sound Pellegrino Festival" (les 6, 7 et 8 Avril au Social Club et à l'Enfer Montparnasse) on a rattrapé le temps avec le patron du label et ancien TTC. Plus qu'une interview, un début de biographie.

 

Tout le monde connaît Teki. Où plutôt, tout le monde croit connaître Teki. Hyperactif artistiquement mais peu présent dans les médias, à l'occasion du lancement du "Sound Pellegrino Festival" (les 6, 7 et 8 Avril au Social Club et à l'Enfer Montparnasse) on a rattrapé le temps perdu avec le patron du label et ancien TTC. Plus qu'une interview, un début de biographie.


Pour t'accompagner durant cette interview, tu trouveras au bas de celle-ci un mix réalisé par Teki.

 

Ça a été quoi la vie-post TTC?

 

Tekilatex: Le dernier concert de TTC a dû avoir lieu fin 2007 à Los Angeles au Viper Room, j'avais déjà sorti mon album Party de Plaisir dans le courant de l'année, et on avait tous envie de nous concentrer sur d'autres projets. Quand tu tournes pendant six ou sept ans avec les mêmes gens, dans un petit van, à faire tous les soirs les mêmes morceaux, à être payé le minimum pour tout donner sur scène pendant une heure et demi, jusqu'à en avoir une hernie (c'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé après Batards Sensibles) quand tu commences à te prendre la tête pour des broutilles avec ton manager, ton ingé son ou tes meilleurs amis, juste parce que tout le monde vit les uns sur les autres tout le temps, sans que ce soit dramatique, ça devient vraiment un truc dont tu pourrais bien te passer pendant six mois / un an, voire un peu plus... Donc on a décidé de faire une pause à durée indéterminée.

 

Moi j'avais ma carrière solo, l'album n'a pas hyper bien marché, par contre le single avec Lio avait cartonné et plein de gens voulaient me voir faire des lives. Or je ne me voyais vraiment pas partir arpenter les routes de France avec un nouveau groupe, sans mes gars de TTC, surtout en étant une sorte de rappeur/chanteur qui ne chante pas vraiment... Je voyais un peu les limites de mon fantasme pop.

 

Je m'étais vraiment épanoui en faisant le disque, et je m'étais bien marré en le défendant de manière un peu bizarre dans les médias, de Cauet à Voici, en disant n'importe quoi, en en rajoutant des tonnes sur mon obsession pour la réussite, en disant que Mathieu Chédid était l'équivalent musical du camembert Le Rustique, que l'humilité était le cancer de la musique etc… Mais après je ne me voyais pas défendre le disque sur scène alors que je me sentais un peu comme un imposteur, le faire au second degré ça m'aurait gavé, et le faire au premier degré ça ne m'excitait pas, il aurait fallu que j'ai vendu des millions de disques pour faire ce que j'avais en tête, en gros un show de Duran Duran avec des hologrammes et des hélicoptères en or... C'était pas en refaisant la tournée des salles subventionnées du circuit alterno français qu'on venait de se taper avec TTC que j'allais pouvoir faire ça. Donc pas de live mais il fallait que je trouve une solution pour continuer à avoir une présence et à gagner ma vie en faisant ce que j'aime. Alors je me suis mis au DJing.

 

Je voyais plein de gens issus de la french touch 2.0 que je fréquentais dans les clubs qui faisaient ça de manière complètement décomplexée sans jamais vraiment avoir été DJ, et donc je me suis dit pourquoi pas moi. Et puis presque instantanément le côté "selector qui ne sait pas caller deux disques" m'a un peu gavé et j'ai eu envie de prendre le truc au sérieux. Institubes existait déjà depuis 2003 donc j'avais déjà plus qu'un pied dans la musique électronique, on jouait les djs en tant que "Superfamilleconne" avec TTC à l'époque de nos soirées régulières "Alors Les Filles On Se Promène" au Triptyque, devenu maintenant Le Social Club, et au Rex pendant les soirées USR du magazine Clark et je commençais à m'intéresser de plus en plus à la musique électronique, via des amis comme Feadz, Para, Out one, l'équipe d'Institubes et en particulier mon ami de toujours DJ Orgasmic de TTC. Donc motivé par ces gens là, ainsi que des gens comme Kazey qui me poussaient dans ce sens, je me suis dit "je vais faire mes preuves, je vais devenir un vrai dj, et ils vont arrêter de me booker au début des soirées Institubes comme un bouche-trou alors que j'ai co-fondé le label!" (rires, ndlr). J'ai investi dans une paire de CDJ et là c'est devenu la folie, je n'arrêtais pas de mixer chez moi, de peaufiner mes enchainements et tout. Un peu accidentellement on m'a demandé de faire des mixes pour le label Modular et la série de mixes de la marque Mishka, et tout ça m'a bien motivé, j'ai commencé à mixer régulièrement au Showcase, au Social... puis partout en France et dans le monde. En parallèle à ça j'ai fondé Sound Pellegrino avec Orgasmic.

 

En gros Orgasmic bossait sur un nouveau volet de la série Eurogirls pour Arcade Mode et il avait sous la main un morceau de Zombie Disco Squad un peu bizarre, qui dénotait complètement avec les trucs populaires dans notre sphère "electro distordue ou fidget hyper bourrin" à l'époque. On commençait déjà à découvrir des labels comme Dirty Bird ou Made To Play, et on était fascinés par la house sans complètement oser se mettre dedans à fond. Et les autres gens impliqués dans Eurogirls n'étaient pas fans de ce morceau, qui s'appelait Eurovision. Un jour Orgasmic m'appelle un peu saoulé et on décide tous les deux de fonder notre propre sous-label d'Institubes dont on tiendrait complètement les rennes, pour pouvoir sortir Eurovision et d'autres coups de coeurs à nous qui ne collaient pas franchement à l'évolution de moins en moins club d'Institubes. C'est comme ça que Sound Pellegrino est né, fin 2008 avec une première sortie en février 2009. Moi j'étais moins impliqué dans Institubes depuis quelques années, on avait décidé vers 2005 que JR deviendrait le patron et le principal directeur Artistique et qu'Emile (Arcade Mode) prendrait un peu le rôle de "label manager", moi j'étais un peu en retrait puisque très pris par TTC et mon solo qui a mis longtemps à se faire. Entre temps Institubes avait pris une direction différente et JR avait signé de nouveaux artistes, et même si j'étais très fan de gens comme David Rubato, Château Marmont ou Rob, je ne savais pas du tout comment bosser et représenter correctement ces trucs là, donc je laissais faire les autres en leur faisant confiance, mais créer Sound Pellegrino avec Orgasmic à ce moment là c'était l'occasion parfaite pour me remettre le nez dans le label et assouvir à nouveau mes pulsions de directeur artistique avec une liberté totale, c'était nickel. Le but était aussi de commencer à tourner en tant que binôme avec Orgasmic sous le nom de Sound Pellegrino Thermal Team. Nous avons trouvé un tourneur qui était le même que celui de la plupart des artistes qui gravitaient autour de nos premières sorties, et c'est comme ça que le truc s'est lancé.

 

A peu près au même moment, et pendant environ un an, j'ai continué à écrire du rap comme une sorte d'outsider, j'étais obsédé par l'idée d'écrire un couplet en une nuit, de le poser à midi de le faire mixer l'après midi et de le sortir le soir, j'avais une boulimie de rap, et l'énergie de Stunts (le sous label rap d'Institubes à l'époque) me permettait de faire plein de featurings avec mes potes et de sortir des freestyles régulièrement sur le net. Au bout d'un moment j'ai rassemblé tous ces freestyles et ces collaborations dans une mixtape-recueil intitulée "Mes Pelures Sont Plus Belles Que Vos Fruits", que je considère encore aujourd'hui comme le sommet de mon art en tant que rappeur. Et puis, comme si j'avais tout dit, j'ai plus eu envie de rapper du tout, alors je me suis amusé à dire un peu partout que j'étais à la retraite du rap.

 

C'est à ce moment là que j'ai commencé à vouloir créer de la musique qui soit plus fidèle à ce que je jouais dans mes DJ sets, je me suis mis à expérimenter avec les nouvelles formes de house, en faisant des morceaux un peu plus parlés, intégralement en anglais, sur des beats de house (notre Sound Pellegrino Thermal Team remix de United Groove de L-Vis 1990, Answers produit par Renaissance man, puis des choses très robotiques (Dinosaurs With Guns avec Noob, 5th Dimension avec Para One) jusqu'à revenir récemment a un flow plus rap mais en traitant ma voix comme si j'étais un sample de rap qu'un producteur de musique électronique allait manipuler (Bassface avec Orgasmic, Cadillac Dreams avec les Birdy Nam Nam, notre remix de Myrryrs avec Bambounou). En ce moment c'est un mélange de tout ça qui définit mon style.



 

L'année dernière Institubes a cessé son activité tout simplement parce qu'il était devenu impossible de faire vivre un label trop coûteux. Mais Sound Pellegrino se portant bien, on a pris la décision de faire évoluer le sous-label en label indépendant. Aujourd'hui on en est à notre 28ème sortie et à notre 59ème épisode du Sound Pellegrino Podcast hebdomadaire né il y a un peu plus d'un an, on s'apprête à organiser une énorme soirée à Miami dans le cadre de la Winter Music Conference et on prépare un festival sur Paris pour avril, notre enfant est en bonne santé !

 

 

Tu vois encore les autres TTC ? Vous avez des projets communs ?

 

Tekilatex: Bien sûr on se voit encore, on est toujours amis et je pense que l'esprit de TTC est encore vivant à travers les projets solos et les collaborations qu'on continue à faire, pas au complet mais le plus souvent sous forme de binômes. Para One et Tacteel ont sorti un EP ensemble l'année dernière sur Fool's Gold, le label d'A-Trak. Para One et moi avons sorti un maxi sur son label Marble; Cuizinier finit son album avec 5 ou 6 beats d'Orgasmic dessus, si je ne m'abuse, et peut être un de Para et un de Tacteel. Tido sort des clips et des mixtapes régulièrement, il fait un peu sa route à part mais il nous consulte et on le soutient. Moi évidemment je bosse tous les jours avec Orgasmic... et une fois de temps en temps on essaye de se réunir tous ensemble avec TTC pour faire un morceau. Pour l'instant ça n'a rien donné qui soit au niveau du TTC de la grande époque alors on a rien gardé. C'est vraiment assez compliqué de s'y remettre mais ça n'est pas complètement exclu. On doit se revoir ces jours-ci pour tenter de faire un morceau pour l'album de Cuiz d'ailleurs, on verra si ça s'avère concluant. Je sais qu'il y a eu pas mal de spéculation et qu'une photo de nous tous ensemble en studio a circulé sur le net, et au moment où elle a été prise nous étions bien décidés à faire un morceau mais le morceau n'a pas encore été fait (rires, ndlr). Un album, je doute que ça puisse arriver. Une tournée c'est encore moins sûr. On a quand même tourné la page, ça ne sert à rien d'essayer de faire revivre un truc qui s'est arrêté plutôt sereinement au top de sa popularité et de sa performance. Parce que même si Batards Sensibles, notre deuxième album, est le plus cohérent des 3 et qu'en tant qu'album c'est celui que les gens préfèrent, je pense que les meilleurs morceaux de la carrière de TTC sont sur notre 3ème album 36 15. Je pense à Ambition, Antenne 2, Turbo, Téléphone, Travailler... on était au top et en parfaite symbiose quand on les a fait.

 


 

J'ai entendu dire que Yelle avait sa part de responsabilité dans la fin de TTC, c'est vrai?

 

Tekilatex: Je veux pas donner trop d'importance à cette histoire non plus, on aurait arrêté de toute manière un jour où l'autre, mais je dirais que c'est vrai à 27%. On a vu arriver Yelle tout en ne la voyant pas arriver. Moi au début, j'avais envie que le truc nous serve, que ça devienne une sorte de faire-valoir pour nous, du genre "les mecs sont tellement fat que des nanas font des morceaux contre eux sur myspace". Certains membres de TTC voyaient ça comme ça, d'autres non, ça nous séparait déjà pas mal à l'époque. Cuiz lui, le principal intéressé, ne voulait pas en entendre parler. Il a toujours fait un blocage, comme si elle n'existait pas, probablement parce que ça le blessait profondément, et je le comprends tout à fait, à sa place j'aurais réagi exactement de la même manière je pense; en tout cas au début. Mais peut-être qu'au bout d'un moment j'aurais répondu. Parce qu'au début c'était pas grave c'était juste un truc MySpace sans conséquence et puis on est rentré dans l'ère ou les maisons de disques ont commencé à signer les gens de MySpace et là ça a fait boule de neige et d'un coup le truc était partout et ça devenait de plus en plus chiant pour nous. C'est comme si on avait créé un monstre sans jamais le vouloir.

 

La fille pompe notre style en pourri, tout en disant du mal de nous et commence à passer à la radio, chose qu'on a pas réussi à faire, ensemble ou séparément, à part sur les Matins de Paris. On avait l'impression qu'elle nous piquait notre place tout en crachant dans la soupe. Le tout en tenant un discours ambigu dans les médias, un coup c'est une blague/hommage, un coup c'est une réponse au supposé machisme de TTC, je dis pas que c'est 100% de sa faute, mais ça ressortait comme ça dans la presse. Les fans ont aussi récupéré le truc de manière totalement bizarre. Il aurait fallu faire quelque chose, soit répondre en assassinant verbalement la meuf (et on en était totalement capable les doigt dans le nez en se grattant le dos et en conduisant en marche arrière les yeux bandés) soit complètement coopter le truc pour étouffer le phénomène ou au moins la controverse dans l'oeuf en collaborant avec elle. Mais je ne pouvais pas le faire à la place de Cuiz et lui a un tempérament qui fait qu'il ne veut pas lui donner une once d'importance et s'abaisser à son niveau. Donc voilà, c'est comme ça, et je respecte ça.

 

Après ça ne nous a pas empêché de faire 3615 TTC mais au bout d'un moment, quand tu te heurtes à un certain "plafond de l'underground", et que tu vois quelqu'un qui arrive à quasiment percer ce plafond - même si ça a été éphémère pour elle et qu'elle aura toujours moins d'impact sur la musique que TTC à long terme, à mon pas très humble mais toujours très juste avis - en reprenant tes concepts en version naze, ben ça te déprime un peu et t'as moins envie de te battre que si la fille n'existait pas. C'est pas une raison principale pour arrêter d'être un groupe mais c'est un genre de goutte d'eau qui fait déborder le vase. Mais c'est au même titre que lorsque je voyais des mecs comme PZK, même si c'est des bambins fans inoffensifs, ça me faisait déprimer. Ou quand je voyais des mecs qui débarquaient avec un son rap électronique affranchi du truc "indé", allant clairement dans la même direction que nous, s'attirer les faveurs de l'underground et des gens qui nous crachaient dessus, je trouvais ça injuste. Tu voyais des versions plus "acceptables" de TTC, en France mais aussi carrément à l'étranger, qui apparaissaient, et même quand c'était super bien foutu j'avais un souvent un goût un peu amer dans la bouche. Les journaleux ou des promoteurs qui, cinq ans avant, nous ignoraient complètement, accueillaient ces nouveaux artistes à bras ouverts instantanément sans les faire galérer comme ils nous avaient fait galérer. Comme si on avait essuyé les plâtres pour eux. Ca me faisait ramasser.

 

Alors ok, tout ça c'est responsable de la fin de TTC à environ 27%, le reste c'est la lassitude, l'âge, l'envie de changer d'air, les préoccupations qui changent, l'envie de confort, l'envie de s'exprimer en solo, etc. Enfin moi je l'interprète comme ça après dans TTC, un Orgasmic, ou un Tido, je dirais même un Para n'en ont jamais rien eu à foutre d'une Yelle, pour eux ça n'a jamais été un gros sujet de conversation ou de réflexion.

 

 

Est-ce qu'on entendra Teki rapper à nouveau? Tu te considères surtout comme un producteur aujourd'hui? Un patron de label? Ou les trois en fait?

 

 

Je me considère comme quelqu'un qui aime bien tout faire à la fois. Un DJ c'est clair: c'est mon activité principale. Un patron de label aussi, juste derrière. Je fais aussi des vêtements! A mon avis pas mal de gens sont passés à côté parce que c'était un truc confidentiel de spécialistes mais j'ai collaboré avec un designer japonais appelé Big O dont la marque s'appelle Phenomenon, sur une mini collection en 2010, c'était une expérience incroyable qu'on a renouvelé, cette fois ci via Sound Pellegrino, toujours avec Phenomenon, sur des polos et blousons qui viennent de sortir. Je suis assez passionné par les vêtements depuis toujours, je collectionne beaucoup tout ce qui est Ralph Lauren, Lacoste, je m'intéresse aussi à plein de plus petits designers de très près, j'adore les danois Henrik Vibskov et Soulland par exemple. J'ai aussi fait une bouteille de Cognac pour la marque Bache Gabrielsen l'année dernière, j'ai conceptualisé la vidéo promo qui allait avec ainsi qu'un morceau pour accompagner l'opération. J'adore faire tous ces trucs, ça me donne l'impression d'évoluer sur un grand terrain de jeu, ou de jouer aux Sims avec la vraie vie tout simplement.

 

Mais pour en venir au rôle de producteur, même si je ne touche toujours presque pas vraiment aux machines, j'assume ce rôle de plus en plus, en fait je dirais plutôt réalisateur que producteur. Au sein de Sound Pellegrino Thermal Team avec Orgasmic bien sûr mais aussi notamment sur les albums sur lesquels Para One a travaillé récemment. Sur le Birdy Nam Nam j'ai fait toutes les voix du disque à part un sample, mais même dans Written in the Sand les voix simplement susurrées qui arrivent au bout d'un moment, c'est basé sur un truc que j'ai écrit. Sur certains morceaux, la voix, c'est ce qui va définir la direction musicale de tout le track, et donc j'avais mon mot à dire là dessus. J'étais en studio un jour sur deux avec les Birdy et Para et ils me consultaient pas mal. Sur les trois morceaux qu'on a fait pour l'album d'L-VIS 1990 c'est encore plus le cas. On brainstormait tous les trois en studio et j'apportais mes idées, une idée de structure par ci, une mélodie par là, je tapais une rythmique pendant que para testait un riff, etc.


 

Avec Para on fonctionne bien en binôme. Un jour il va avoir une idée de ligne de chant, il va poser un truc vite fait en yaourt (c'est a dire en employant des mots qui n'existent pas, au hasard, genre wow wow wow juste pour avoir une idée de la mélodie et du rythme), et moi derrière je vais écrire puis poser des mots sur la base de ce yaourt en essayant tant bien que mal de raconter une histoire qui a du sens et en lui donnant une structure de chanson, c'est un super exercice. Ou bien un jour il va me faire écouter un morceau déjà bien entamé mais pas totalement fini sur lequel il bloque et je vais lui donner des directions possibles pour débloquer la situation et rendre le truc solide. Je crois qu'on appelle ça être un "topliner" et même si j'en suis encore à mes balbutiements dans ce domaine c'est quelque chose que je compte faire de plus en plus. Au final, c'est ça le vrai boulot de producteur, être dans le fond du studio et dire "tel truc ne va pas, tel truc doit être plus mis en avant, tel autre truc doit sonner comme ci ou comme ça", je ne sais pas si Dre, Diddy ou Rick Rubin en font beaucoup plus aujourd'hui. Moi je ne connait pas le solfège et j'en souffre, mais je sais siffloter une mélodie qui cartonne, et que quelqu'un comme Para ou Gonzales va pouvoir rendre concrète.

 

Alors en suite le retour de Tekitek rappeur... j'ai longtemps dit que j'étais à la retraite du rap, pour un mélange de manque d'intérêt pour le rap moderne, de dégout pour le rap ancien et son folklore parfois un peu chiant, de manque de temps, et d'impossibilité d'écrire du rap du jour au lendemain pour une raison totalement inconnue et probablement inconsciente. Mais récemment je me suis un peu fait violence, j'ai traversé une mini-période de remise en question, et j'ai réussi à pondre un truc. Je ne sais pas encore quelle forme ça va prendre, c'est un truc très extrême et archi négatif, c'est un peu ma thérapie, je sais pas trop quoi en faire mais c'est là. Donc peut-être qu'il y aura un morceau un peu "pelure" qui va émerger sur le net un beau jour, juste parce que j'ai envie et besoin d'évacuer ça, et Tekitek repartira dans sa retraite du rap directement après.

 

 

Tu te considères encore hip hop? Ça a du sens pour toi ce terme aujourd'hui?

 

Tekilatex: Ça fait un paquet de temps que je ne suis plus très fana du terme "Hip Hop" et de tout le cérémonial qui va avec. Je préfère parler de rap. Le trip "il faut respecter les valeurs du hip hop, les 4 disciplines, les codes dont on ne doit pas trop s'éloigner", au bout d'un moment on se rend compte que ça ne sert à rien et que ce n'est pas méga sincère à part si on à un tempérament de type "j'aimerais bien appartenir à une secte". Et ça ne sert à rien non plus de dire "tu peux être hip hop en ayant les cheveux longs et en écoutant du punk" parce que non en fait, c'est nul, ça donne des trucs nuls.

 

Le RAP, ça c'est un truc plus concret pour moi, un style de musique qui existe, qui est délimité, dont les limites évoluent mais qui est quand même là, et un jour on peut décider d'en faire, et de ne plus en faire le lendemain mais au moment ou on le fait il faut le faire bien et il faut le faire à 400%. Il ne faut pas se contenter d'en faire une parodie, ou une version chiante pour plaire aux popeux ou aux rockeurs qui n'ont jamais vraiment aimé le rap. Enfin tu as le droit d'en faire une version chiante si tu veux mais il y aura toujours des gens qui connaissent vraiment le rap pour t'insulter et ils auront raison.

 

Voilà un autre gros truc qui est responsable en partie de la fin de TTC: beaucoup de gens voulaient nous voir comme un truc "second degré", une parodie de rap, beaucoup de gens nous aimaient pour les mauvaises raisons, croyant qu'on allait assumer un rôle de "rappeur pour les gens qui n'aiment pas le rap", et ça ça nous foutait hors de nous. Nous, on jugeait et on détestait tous les trucs qui étaient du rap sans être du rap, comme ce truc dégueulasse "Stupéflip", on voulait surtout pas être dans le même panier qu'eux ou avoir des fans en commun avec eux, on les méprisait, et on les méprise toujours. On avait l'impression de faire ni plus ni moins que du rap, avec nos personnalités et nos particularités, mais juste du rap quoi, on ne voulait surtout pas être "alternatifs" et si on avait pu avoir des clips avec des grosses voitures et des filles à poil, on aurait été ravis. Au bout d'un moment, ce genre de malentendu systématique, ça use, alors si les gens nous comprennent de travers, autant ne rien faire.

 

Alors moi le Rap je l'ai beaucoup aimé je lui ai beaucoup donné, il m'a apporté énormément et il est inscrit dans mon ADN, je le défendrais toujours mais je me réserve aussi le droit de trouver qu'il m'ennuie à certains moments, et récemment y'a eu une grande période comme ça, où tout me faisait chier dans le rap, et où je ne retrouvais pas les émotions très fortes que j'ai connu quand j'ai découvert le rap pendant mon adolescence quand The Chronic est sorti et à changé ma vie, puis un peu plus tard au moment de ce que je considère comme ma version de l'âge d'or du rap, à savoir milieu des années 2000, au moment où je le pratiquais et ou j'étais fan hyperactif qui achetait plein d'albums et de mixtapes de Dipset ou de Lil Wayne et qui suivait les histoires des rappeurs comme on suit des histoires de super héros. C'est aussi une question d'âge je pense, le rap c'est un truc de jeunes, y'a vraiment pas de doute là dessus pour moi. Alors aujourd'hui miraculeusement je me réconcilie un peu avec le rap mais je ne pense pas revenir au niveau d'excitation que j'éprouvais avant. J'ai eu plusieurs grandes périodes d'excitation dans mes années rap: La G Funk, puis Biggie et le Wu, puis Time Bomb, Timbaland et la période "jiggy", bad boy et compagnie, puis le rap indé de backpacker contre lequel j'ai ensuite développé une sorte d'allergie, puis Cam Ron et sa clique, le rap minimaliste d'Atlanta à la Crime Mob et enfin Lil Wayne. Je ne retrouve plus d'équivalent à ces trucs.

 

 

Qu'est ce que c'est la musique que tu produis aujourd'hui? Comment tu l'appellerais?

Tekilatex: Il ne faut surtout pas lui donner de nom! Dans certains cas c'est tout simplement de la House, c'est un terme assez vaste pour regrouper plein d'émotions musicales qui vont dans la même direction. Dans d'autres cas c'est du rap, mais dans une version vraiment tournée vers le futur et vers la symbiose entre musique et paroles, mais j'ai pas envie que les gens commencent à dire "ça s'appelle du rap futuriste!" ça serait horrible pour moi.

 

 

Tu as l'impression d'avoir réussi à imposer une patte/un son Sound Pellegrino avec Orgasmic?

 

 

Tekilatex: En tant que groupe avec Sound Pellegrino Thermal Team c'est en train de s'affiner. En tant que label il y a de grandes lignes, et surtout une notion d'exigence et de renouvellement, mais s'il y a une patte elle change tout le temps. On sait surtout ce que l'on ne veut pas sortir, à savoir principalement des turbines, des trucs bourrin (même si l'énergie bourrine super stylisée de la hard house nous séduit) des trucs chiants qui tournent en rond, je dis des banalités là... On va dire que Sound Pellegrino est né d'une volonté de s'échapper du son french touch 2.0 distordu en se laissant séduire par certains aspects de la minimale et des petites scènes de dance music locales internationales avec toujours un regard dirigé vers l'Afrique et l'Amérique du sud. C'est passé par une période un peu techno, puis ça à rejoint un truc plus Britannique qui avait aussi suivi le même chemin, mais en partant d'un background différent. Et puis on a sans le vouloir une sensibilité de "mecs qui viennent du rap", dans nos goûts et dans nos choix. Tu ajoutes à ça une volonté de faire de la musique qui sera jouée en club par les DJs, même si ce n'est qu'un morceau par maxi, et tu as une idée d'un certain cadre sonore Sound Pellegrino. Il y a un grand respect du DJ dans la musique que l'on sort

 

 

Qu'est ce que ça a été ton premier vrai choc en tant que patron de label ? C'est quoi finalement la réalité d'un label aujourd'hui?

 

 

Tekilatex: Sound Pellegrino est né d'un choc, le maxi de Zombie Disco Squad et la découverte de toute une scène qui arrivait à faire danser les gens sans turbiner et qui nous prouvait que les soirées en club pouvait enfin ressembler à l'idée qu'on s'en faisait en regardant des vieux clips d'Armand Van Helden, et pas à un concert de heavy métal dans lequel des lasagnes de gens pogotent, tous tournés vers un dj clopeur masqué cynique qui "envoie du lourd" pour employer la pire expression jamais créée. Depuis, chaque maxi est un choc, ça ne sert à rien de sortir des maxis si on n'est pas persuadés que le monde ne pourra pas vivre sans les morceaux en question. Mais je dirais que le truc le plus inattendu qui nous soit tombé dessus et dont on a su immédiatement qu'on se devait de le sortir, c'est le EP de Matthias Zimmermann. Il faut l'écouter pour savoir pourquoi!

 


 

Tu le vois comment l'avenir de la musique en tant que patron de label? Ça a un intérêt de presser des Cds en 2012? Ou ça sert plus a rien vous allez vous fixer sur le digital? Des vinyles peut-être?

 

 

Tekilatex: L'avenir de la musique c'est un champ de mines mais si tu es vraiment bien entrainé, et c'est notre cas aujourd'hui avec nos 13 ans de bouteille, tu peux éviter ces mines relativement facilement et trouver des chemins de traverse. On va dire que la plupart du temps on vend tout juste assez de musique pour continuer à en sortir, et on arrive à payer nos frais et à vivre bien en faisant des DJ sets d'une part, et en vendant du merchandising ou en faisant appel à des partenaires d'autre part. Aujourd'hui des marques comme Burn ou la division américaine de Toyota Scion font office de mécènes dans les musiques moderne, tant qu'ils le font avec classe et discrétion comme c'est le cas pour l'instant, ça me va. Redbull font aussi un excellent travail en organisant des masterclass, en mettant des studios à la disposition des artistes... Burn a créé un logiciel en streaming appelé Audiotool, super pratique pour bosser sur de la musique et collaborer à distance, ils organisent aussi des rencontres avec des artistes pour apprendre à s'en servir. Scion a pressé 10.000 cds promotionnels pour nous et nous ont invité à une conférence qu'ils organisaient à Los Angeles lors de laquelle on a pu rencontrer Prince Paul, des légendes comme Omar S, Kool keith... J'ai parlé lors d'un panel sur le sujet précis de l'avenir des labels justement,  avec notamment Mike Simonetti de Italians Do it Better, c'est aussi là bas qu'on a vraiment sympathisé avec Todd Edwards ce qui nous à permis de mettre en route son prochain maxi en collaboration avec Surkin qui sortira chez nous. Ce n'est pas juste "prenez ce chèque et mettez notre logo en gros", c'est bien plus du domaine d'apprendre les gens à pêcher plutôt que de leur donner un poisson, pour moi. Les marques ont enfin compris qu'elles ne pourraient pas avoir de bonnes relations avec les artistes autrement, et tant mieux.

 

Sound Pellegrino est jusqu'à maintenant est un label 100% digital qui ne sort que des maxis, des EP. Presser du CD, c'est un grand débat. Pour moi ça n'a déjà plus d'intérêt de sortir des albums, parce que moi je n'ai vraiment pas cette culture "album", même avant les mp3 j'étais plutôt un gars de singles, de compilations, de mix tapes... Je n'ai pas la patience requise pour écouter un album de A à Z, d'un trait. Et oui j'ai l'impression que le téléchargement a rendu tout ça obsolète mais c'est parce que je vis dans une bulle. Pourtant en étant objectif et en prenant du recul on se rend compte qu'en 2012 le reste du monde de la musique réagit encore à la sortie d'un album, et à l'envoi d'un CD promo à la presse, par exemple. Les gens ont besoin de choses matérielles pour considérer la musique comme quelque chose qui compte et qui a de la valeur, et si c'est le seul facteur qui nous permettra de bénéficier de beaucoup plus d'exposition et d'un traitement plus juste de la part de certains médias spécialisés, alors je suis ok pour faire du physique. C'est pourquoi on envisage de sortir des longs formats, notamment en CD, d'un côté, et de l'autre on va commencer à presser du vinyle avec Sound Pellegrino. Le vinyle ça tient à coeur à Orgasmic et à Emile Shahidi qui est maintenant le label manager de Sound Pellegrino, c'est une opération qui ne creusera pas un trou dans nos finances comme ça a pu être le cas à l'époque d'Institubes, donc on va le faire avec plaisir et on sait que ça fera aussi énormément plaisir à certains des gens qui nous suivent depuis le début.

 

 

C'est quoi tes coups de cœur ces-jours-ci?

 

J'adore la compilation Hatched de Dirtybird qui est sortie en trois mini volumes, il y a tout le monde dessus, Dirtybird assoient une sorte d'identité "nouvelle bass music américaine" hyper forte et intéressante, ça reste un de nos labels préférés et un gros exemple pour nous. J'adore le maxi de Zebra Katz sorti sur Jeffrees le sous label de Mad Decent. J'adore le maxi de Redinho, le maxi de The Phantom, le dernier SKWERL chez Gigolo, le récent maxi de Mike Q, En rap je suis obsédé par ce morceau de Chris Mille "All Day", voilà c'est tout ce qui me vient à l'esprit sur le moment mais le meilleur moyen de découvrir nos coups de coeur c'est de s'inscrire au Sound Pellegrino podcast, c'est gratuit et il y en a un nouveau chaque semaine. Toutes les infos sont sur http://soundpellegrino.net

 

 

 

Sur quoi tu bosses en ce moment? J'ai entendu dire que tu bossais sur le prochain album de Para One, c'est vrai?

 

Tekilatex: Oui c'est vrai et il m'a demandé de ne pas trop en parler mais j'ai collaboré avec lui sur plusieurs morceaux. L'album est fini, il espère que ça sortira avant l'été, mais il veut faire ça bien, avec les bons partenaires donc il prend son temps. Tout ce que je peux dire c'est que ça ne ressemblera pas forcément à son dernier maxi Mother, même si Mother sera dessus. Globalement l'album est une synthèse complètement inattendue de tous les styles abordés par Para One depuis le tout début, avant TTC, jusqu'à ce qu'il a fait avec Marble aujourd'hui, en passant par ses B.O de films, ses trucs rap, etc…

 

Mon gros projet à moi pour 2012 c'est de vraiment développer Sound Pellegrino Thermal Team avec Orgasmic. On va sortir un maxi pour le printemps et probablement un autre truc dans la foulée, on bosse dessus en ce moment, peut être qu'il y aura un long format à la clef, ça va dépendre du résultat de ces séances de studio



 

 

Une rumeur coure comme quoi un festival Sound Pellegrino allait prochainement secouer Paris.  C'est vrai?

 

 

Oui c'est absolument vrai, ça aura lieu d'abord au Social Club pour une pré-soirée puis à L'Enfer sur deux jours avec une programmation que je qualifierais d'absolument parfaite et impressionnante dans les deux salles de l'Enfer. C'est une salle trop sous estimée et sous-exploitée que j'adore, On avait fait le festival Institubes là bas il y a deux ans et c'était absolument incroyable, tout le monde s'en souvient. C'est cool de bousculer un peu les gens et de les amener dans des lieux dans lesquels ils n'ont pas l'habitude d'aller. On a essayé de faire un truc impressionnant et magistral à tous les niveaux. Il va y avoir des sets de Claude Vonstroke, Justin Martin, Soulclap, Gernot de Modeselektor vs Siriusmo, Miss Kittin, Todd Edwards, DOP, A Trak, Crookers, Roundtable Knights, L-Vis, Bok Bok et puis la plupart des gens de notre famille parisienne et les artistes dont on a récemment sorti les EP, la liste est trop longue il faut aller sur http://soundpellegrino.net pour avoir toutes les infos et réserver sa place sur Digitick dès maintenant!

 

 

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